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SALON DES XX

Les XX ?

C’est uniquement un groupe d’audacieux et d’apporteurs de neuf. Sinon, rien d’homogène dans leurs tendances.

Les impressionnistes français se ressemblent bien plus entre eux que les Vingt.

Il y a quinze ans, l’école belge évoluait dans la splendeur d’une faune d'art où les noms de Dubois, Verwée, Artan, Boulanger, de Braekeleer désignaient ce qu’il y avait de plus éclatant et de plus vigoureux. Ces peintres nous venaient des anciens flamands, des Rubens, des Teniers, des Jordaens. Ils vivaient dans l’idolâtrie de la couleur unique. Leur vision, sortie de la vision luxueuse et grandiose des ancêtres, adorait les beaux rouges, les jaunes ardents, les bleus de pierre précieuse, les blancs gras. Quelques-uns accommodaient ces tons avec des bruns, d’autres avec des gris et des noirs. Tous admettaient la sauce. Ils produisaient des tableaux superbes en des données anciennes. Courbet leur avait soufflé son enthousiasme un peu lourd. Et l’on revit les batailles d’art.

Certains « Vingtistes » contmuent cette race : Verheyden, Boch, Vogels. La belle pâte, les tons fins, les truellages artistes les séduisent. Ils ont la main habile, quoique forte.

APPENDICES

Vogels surtout. De rares paysagistes ont vu plus finement que lui. Ses sites sont mouvementés de vent, de pluie, de neige. Une vie de nuages, de branches remuées, d’eau passante y circule. Les choses sont imparfaitement formulées. Qu’importe ! Seulement les noirs abondent et salissent, comme dans les œuvres hollandaises.

Ensor. plus délicat et subtil encore dans sa couleur, produit des natures mortes, des coins d’appartement, d'atelier, des marines merveilleuses. Il rend une lumière factice, une lumière rêvée certes, mais combien belle ! Les nacres, les reflets des joyaux, les irrigations de l'eau, les scintillements des choses, il en donne la sensation. Fête des yeux, que son art; mais rien que cela.

Ces quatre peintres sont, parmi les Vingt, les peintres du ton. Rien pour eux n’égale son importance. La forme ? Ils veulent l’obtenir par le ton, le caractère également. Us regardent l'enchantement des couleurs elles-mêmes et les mariages heureux qu’elles font mêlées et fondues sur panneau, bien plus que la lumière. Les valeurs, ils les observent, mais ces valeurs ils les tirent de leur cerveau bien plus que de la réalité. Ce sont des visionnaires de leur palette.

Voici Fernand Khnopff, leur contraire. Artiste mental, attiré vers les sentiments et les émotions raffinées. Torturant, torturé, il cherche à traduire les inquiétudes, les douleurs, les perversités, les drames qui ne franchissent point le rêve pour se diminuer dans l’action. Des pensées plastiques le hantent; il les dessine.

Henry de Groux va jusqu'à l’action. Il tient de Delacroix; seulement une originalité étonnante le marque déjà, quoique jeune. Son Gausryder atteint une sauvagerie épique. Il se dépense à traduire des luttes et des assassinats sinistres, et rien n'y crève en mélodrame.

Un autre groupe des Vingt est, comme les impressionnistes de Paris, exclusivement préoccupé par les problèmes de la lumière. Tels : Théo Van Rysselberghe, Willy Schlobach, Dario de Regoyos.

I/e premier, dans la Promenade des Nounous. Un éclat extraordinaire tiré de la juxtaposition audacieuse de tons francs donne

l’illusion du soleil. Ce n’est plus ni du jaune, ni du blanc, c’est de la lumière. Et les personnages s'y meuvent, déformés par la clarté, caricaturés par elle. Une étonnante et triomphante bravoure à peindre empêche jusqu’ici le peintre de se résumer en une œuvre patiente et volontaire. Regrettons-le.

Schlobacli se fie à sa vigueur de coloriste pour s’essayer à traduire les somptuosités mûres des sites d’automne et les réverbérations du soir et des horizons dans les fleuves. Très limpides, très rêveurs, très puissants, ses paysages.

Plus sec, plus méridional, Dario de Regoyos. Son Sirocco est d’une impression nette. La brûlure du vent, sa torridité maigre, la voici visible. Une maladresse où le peintre se complaît, une maladresse à la Greco, son lointain ancêtre, éloignent de ses études de scènes espagnoles. Elles ont néanmoins la belle saveur que seuls quelques artistes parviennent à goûter.

Les Vingt se complètent par Finch, calme et délicat poète en couleurs, par Guillaume Van Strydonck et Rodolphe Wytsman, Toorop, Charlet.

Rops est vingtiste, également. Il expose cette année le Guérisseur des Fièvres, œuvre où le surnaturel est mêlé à la simplesse et à la naïveté d’une scène paysanne. Le guérisseur de fièvre ? un simple empirique de village sans doute. Pourtant, quelle étonnante confiance il impose, et combien cet homme a l’air de se sentir une force d’en haut ! L’enfant qu’il guérira ? droit, livide, attend. Un paysage malade et comme empoisonné de malaria s’étend autour.

Depuis huit jours, dans la salle dernière du Salon, sont rangés sur chevalet les six dessins qu’Odilon Redon a consacrés à l’illustration du Juré, un prochain monodrame judiciaire écrit par Edmond Picard.

Une scène de lutte entre un halluciné et sa vision y est merveilleusement rendue. Tout le macabre de convention en est banni. L’effrayant règne.

Les Vingt ont invité, cette année, à prendre part à leur exposition, plusieurs artistes étrangers : le Norvégien Thaulow, peintre lourd et maçon, les Plollandais Zilken, Van der Marel, les deux Maris, l'Anglais Siekers, un élève de Whistler. Aucun n'attire.

APPENDICES

Ils ont également invité quelques Belges, dont est : Henri de Braekeleer, artiste férocement provincial, mais superbe. Il a traduit toutes les mélancolies, toutes les heures grises, tous les ennuis, tous les dimanches mornes de son pays. Que de lamentables sons de cloches, que de bourdons de paroisse on entend ci et là dans son œuvre ! L’Homme à la Chaise, une de ses toiles exposées, résume merveilleusement le peintre lui-même, et l'on se le figurerait ainsi, triste, songeur, infiniment ennuyé et inactif devant la vie, dans une grande salle archéologique et vide où jadis des fêtes étincelaient, si on ne le savait jovial, aimant le rire, flamand de race. A moins qu’au fond de lui il ne cache les mélancolies d’une nature du Nord, et c’est ce que je crois.

Les Français invités ? Seurat, Pissarro, Morisot, Lebourg, Raffaelli, Renan, Rodin, Marie Cazin. Artistes connus.

Revue indépendante, mars 1887.

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