BALE Z I O
tre-mer, les hommes avec le complet moutarde qu'ils arborent chez nous à l'Opéra, les femmes, miracles d'ostéologies, dans des robes économiques de velours Liberty compliquées de satin noir avec, fichés partout, au cou, sur les épaules, à la ceinture, en bandoulière, en sautoir, toutes les broches-camées, tous les fers à cheval, toutes les mosaïques dé Ravenne, tous les médaillons avec la photographie du dear husband ou de la clear inotlier, et tous les lourds bracelets et toutes les grosses chaînes et toute la bijouterie massive aux ors jaunes et mats de la prognate Angleterre. El dire qu'à cause d'un Burn Jones, d'un Crâne et d'un Rosetli, de quelques nuances acides de chez Liberty, jaune citron et vert salade à faire grincer des dents le râtelier d'un mort, et d'un ou deux velours ras à dessins assez élégants de chezMapIe, nous nous extasions sottement, la petite classe surtout, devant cette nation de gros mangeurs et de jeunes athlètes et de llttle girls for old mon, qui nous méprise, nous hait et nous connaît à peine (voyez les ovations à Zola qu'elle a pris pour un journaliste) ; et au fait pourquoi ne nous mépriserait-elle pas, puisqu'au fond elle n'estime qu'elle-même, elle et sa supériorité de vieille dame puritaine, industrielle, tempérante, indépendante, protestante et anti-humaine, avec ses longues dents d'ogresse, ses fortes mains de boxeur et ses pieds plats à talons plats, qui la font la première nation du monde
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des ascenseurs, des téléphones et des pf;lits télégraphistes àl'usagesde Leurs Majestés?
Ah ! cette Angleterre ! quelle robuste haine j'ai puisée contre elle et ses chers sujets daus celle salle à manger des Trois-Rois, devant ces impassibles et rogues figures aux yeux ronds, à la lourde mâchoire perpétuellement en mouvement ! Et la coiffure de ces dames, donc 1 cette espèce de tourte en dentelle qu'elles arborent toutes, inévitablement, sur des petits chignons plats et qui les font ressembler toutes à des nourrices sèches pour royal children, ces royal children qu'on mène si strictement au prêche tandis que leurs ascendants apr^s le Champagne et le tokay, chiffonnent si élégamment les jolies babies d'Irlande.
Oh ! ces vieilles Anglaises ! ces figures de contes d'Hoffmann au teint de jambon, physionomies rébarbatives ou grimaçantes de vieux procureurs auxquelles vraiment il ne manque que la perruque, m'ont-elles assez empoisonné les rues de Bàle et les lacs de Suisse ! Telles je les avais rencontrées en hiver, déambulant à dos de chameau par les rues de Biskra, telles je devais les retrouver, souriant de tous les palets d'ivoire de leur bouche devant le Saint-Georges — 0 the most splendid indeed ! — de la cathédrale et les cartons d'IIolbein, — 0 very beautiful, Lily^ — et les vieux Cranach du musée.
Et cette nourriture qu'ils ont imposée désormais
dans tous les hôlels d'Europe, ce régime de viande sanguinolente et de légumes cuits à l'eau que peuvent à peine relever leur national pickles et leur Worcester-sauce^ ce sourire immobile qu'ils ont fini par incruster dans la face de la domesticité, et toute celle indigeste et dense copie de la presse anglaise qu'on retrouve dans tous les salons de lecture d'hôtels cosmopolites, à Lucerne comme à Alger, à Madrid comme à Bàle, y compris naturellement le Times, le Times surtout, où les quotidiennes injures que nous adresse M. de Blowitz l'ont immcdiatenientdosigné pourle ruban de la Légion d'honneur à l'heureux choix de nos gouvernants !