LES SOURCES DE CETTE ÉDITIOK
Ouvrages manuscrits ou imprimés qjû tloatu ont conservé les sentences de Yamn.:
On connaît aujourd'hui deux grands recueils manuscrits des sentences de Varron ; Tun appartient à la bibliothèque d'Arras, Tautre à celle du séminaire de Padoue.
Le manuscrit d'Arras est du commencement du quatorzième siècle; c'est un in-4° de vélin commun à deux colonnes, orné de titres courants en vermillon et d'initiales en vermillon et à l'outremer : il est inscrit sous le n*" 305 et vient du fonds de Saint-Waast, où il portait le n? 24.
En regard de la première page on lit ces mots tracés sur un feuillet de papier par une main plus récente : Flores senterUiarum ex variis auctoribus
excerpti, et ce titre fait éfitantître exactement la ^ nature de ce manuscrit. »
Les sept premiers feuillets présentent des sentences tirées de Quintilien (1), les vingt et un suivants des pensées de Gicéron (2) , puis quinze feuillets et demi des pensées empruntées à Sénèque (3); viennent ensuite les sentences de Varron; la dernière partie du manuscrit renferme des pensées traduites de Platon, des sentences tirées de Macrobc, une pensée des, Priscien, des sentences du de Consolatione et des autres ouvrages de Boccc, des fragments de Pétrone, de Térence, de Salluste, d'Aulu-Gelle, de Macrobe et de Cassiodore (4).
*■ (i) De ses Institutions oratoires et du Liber causarum qui lui était attribué.
(2) Du de Offlciis, du de Amicitiaj du de Senectute, des Paradoxes , des Traités oratoires (le titre courant porte par erreur de Paradoxis comme aux pages précédentes), des Discours et des Tiisculanes,
(5) Elles sont tirées des Déclamations de Sénèque le père, des six livres de Beneficiis, des deux livres de Clementia^ de trois ouvrages qu'on attribuait à Sénèque : de Remediis fortunatorum , de Quatuor virtutibus , de Moribus; enfin des Questions naturelles,
(h) A la fin do la dernière page , on trouve une liste des auteurs auxquels les sentences sont empruntées et une note qui nous apprend que ce manuscrit de Saint- Waast
La deuxième page dîi feuillet 44 commence par les mots : Ex Sent^iis Varronis, titre courant reproduit aux pages suivantes; puis on lit ces mots en vermillon : Incipiunt Sententîœ Varronis ad Papirianum Athenis audientem. Les sentences de Varron occupent toute cette page, puis le feuillet 45 , enfin une colonne et demie sur le feuillet 46, en tout sept colonnes et demie, de la page 88 à la page 91. Elles se présentent sous la forme de cours versets dont les lettres initiales sont alternativement en vermillon et à Toutremer; mais le copiste a trop souvent coupé les pensées pour en
avait jadis 81 feuillets; aujourd'hui il n'en reste que 63, et il est aisé de remarquer trois lacunes : nous n^ÉvMil plus les pages où se trouvait la fin des pensées de Quintilien avec le commencement de celles de Cicéron ; le recueil des Sentences du de Officiis n'est pas achevé, et le feuillet suivant commence par les derniers mots d'un fragment du de Amicitia ; enfin la table placée à la fin da manuscrit nomme Plaute après Térence et avant Salluste; mais les feuillets où étaient les vers de Plaute ont été arrachés, et huit pages de Salluste font suite à deux pages occupées par des fragments de l'Andrienne , (de l'Eunuque et du Phormion. Heureusement les sentences de Varron ne présentaient point de majuscules richement ornées , et elles ont échappé aux mains (fui ont lacéré un. si grand nombre des manuscrits d'Ârras.
multiplier le nombre (1) ; d'autre part^ on a pris plaisir à orner de majuscules coloriées tous les membres de phrase qui commençaient avec les lignes (2). Il faut donc se garder de considérer chaque alinéa du manuscrit comme une sentence distincte, et à cet égard nous devons consulter le sens plutôt que le texte qui est sous nos yeux.
L'écriture est négligée, surchargée d'abréviations qui rendent la lecture difficile; enfin le texte n'est pas toujours correct, et Ton doit remarquer que le dernier tiers présente plus de fautes que les deux premiers (3). Si l'on ne puise pas à quel-
(1) Ainsi le g 81 est divisé en deux pensées dont la 2® cqw&enco par Hanc imperitum... J'ai réuni deux alinéas du inanuscrit sous le n'^. 110, trois sous le n®. 50.
(2) Notamment § li, 19, kh, kh, Cl, 66 de notre édition. — C'est à renlumineur qu'il faut attribuer la faute que nous relevons à la pensée ft 1 , sic pour hic, — Au g 92, sur l'N tracé par le copiste , il a dessiné un Q majuscule, erreur qui explique la leçon de M. Quicherat, quousque pour nusquam.
(5). Je ne parle ni de différences orthographiques, ni de nulla^ nullo, nuUius, toujours remplacés par ulla, ullo, ullius ; mais de fautes plus graves que je signalerai dans les variantes. On rencontre , il est vrai , quelques corrections : 1'? de la pensée 1^0 a été effacé , Vinterest de la pensée 99, peu lisible dans le texte , a été rétabli à la marge : au § 7, au-dessus de se, on a écrit vel si;
que autre source, on sera réduit à reproduire des leçons vicieuses ou à tenter des restitutions téméraires ; et cependant c'est à tout prendre le plus complet et le meilleur manuscrit des sentences de Varron.
Le manuscrit n« 101 de la bibliothèque du séminaire de Padoue, signalé en 1843 par M. Devit, est un in-4t<» oblong du treizième siècle , qui offre de nombreuses abréviations; il est composé de 81 feuillets, formant dix cahiers, dont les six premiers sont d'un vélin fort beau et fort bien conservé; les quatre autres, d'un vélin plus commua portent des taches et des traces d'humidité, qu'ils soient de la même époque , ils semblent écrits par une autre main ; l'encre est plus blanche ; les lignes ne sont plus tracées au crayon et deviennent inégales (1).
Que renferme ce manuscrit? Nous y rencontrons les titres suivants : Isagoge ad moràlem
mais par une correction moins heureuse vel (t, placé dans Pinterligne à la pensée 75, conduirait à y lire motibus,
(1) Voy, pag. i2 et 15 de la publication de M. Devit , SentenOasM. Terentii Varr onismajori ex parie ineditas,.. edidit et eommentario Ulustravit D^. Vincentius Devit. Patavini, i^Z.
muru
pfdlosopMam , Seneca de. quatuor virtiUilnis, Excerpta ex epistolis Senecœ adLudlium, Proverbia Varronis ad Paxianum, Proverbia Sefiecœ secundiim alphabetum. Remarquons qu*il n'y a pas là une seule œuvre originale : le traité d'Hildebert de Tours sur la Philosophie morale n'est qu'une suite de passages des auteurs anciens. Ce liyre, attribué à Sénèque, n'est qu'une compilation; viennent ensuite un recueil de sentences extraites de ses lettres à Lucilius (de la 1" à la 73% mais dans un ordre différent de celui des éditions) , les Proverbia Varronis, et des pensées par ordre alphabétique ^ dont quelques-unes sont de Sénèque , la iSljKirt de Publius Syrus. Ce manuscrit rappelle donc le manuscrit d'Arras; tous les deux ils ne présentent que des fragments , des extraits , des choix de pensées, et placent Varron auprès de Sénèque, ses sentences auprès des lettres à Lucilius.
Dans ce manuscrit de Padoue, les sentences de Varron commencent au revers* du feuillet 71 et occupent les suivants jusqu'au verso du 75*; elles se trouvent donc dans les derniers cahiers, c'està-dire dans ceux qui sont le plus mal écrits et qui ont le plus souffert.
Mais, comme l'a dit M. Devit, on n'a pas seu-
lement à se plaindre des injures du temps et de la forme trop peu distincte des caractères (1); il faut admettre que le copiste a eu sous les yeux un texte fort incorrect ou bien accuser sa négligence. M. Devit a su relever quelques-unes de ces leçons défectueuses (2); mais quelles que soient sa science et son habileté, il ne pouvait les éviter toutes. Le manuscrit de Padouc présente un grand nombre de passages étrangement altérés (3) ou coupés de la manière la plus bizarre (4); des réflexions oiseuses, des gloses se sont introduites dans le
' (1) Fatendum est aliquot locos exlare tum ia editis, tum iû iis quœ codice nostro habentur , quos non iatelligo. Ncquo hoc ullo modo vitio codicis tribuas wé&tù , qui forte aetatem non bene tulerit , aut non satis distinctis et Claris , quoad fieri poterat , characteribus exaratus ; sed potius librarii ipsias, qui vel codicem mancum aut lacerum descripsit, vel propria oscitatione ac negligentia quasdam maie transcripsit, qusedam vitîata protulit, quaedam etiam omisit; quare factum est, ut plures sententiae vel minus intelligantur, vel ita corruptaB sint, ut nec pes née caput uni reddàtur formas. Pag. 18.
(2) Notamment § 21, 53, 48, 80, 82, 68, liiO, 146 de notre édition.
(3) Je signalerai surtout les passages que j'ai cités dans les notes des variantes /§ 7, 50, 49, 132.
<4) Voy. les notes des var. § 19 , 28 , 50, 41, 68 , 76, 79. 80, HO, 119, 131 et 132, 140 ^ 144, 147.
UixUi (1), et il y laut noter plusieurs omissioiis (2).
L'ordre des infusées y est le même que dans le manuscrit d'Arras; on doit donc considérer ces deux manuscrite comme deux copies d'un même «uvnige de Varron, ou du moins d'un recueil de fragmente com[)osé par une seule et même main.
La première et la dernière sentence du manuscrit de Padoue mancpient à Arras ; mais , pour Tune, on a toute raison de Tattribuer à Varron ; pour Tau Ire, il n'eu est pas de même, et M. Devit n'Iuîsile pas à la rcgeler; un intervalle d'une ligne luHépare de celle «pii précède; une note marginale porliM'ail à rallribuer à Sénèque , la latinité et la |K)n»éc à un écrivain ])lus récent^ même à un chrétien (a).
(0 Voy, lotjnotosdes vur. § iO, 17, 99, 1/|5, ih7, 152.
(«). Voy. hw nolort dos var. § 15, liH, ftS, 95, 99, 115. Vm pwrliu i\{\ la poiwi^o 87 manque, et la marge porto lo moi <lr»*HNl.— Kn (luolquos endroits on trouve des notes luarginali^s « mais qui no permettent pas de riHablir compltN|eu»o«t le texte. Koy, les notes des var. § 58, 80, 81, 97. — Il est i\ ivnu\r(iuer que la partie la plus fautive du muuuHerit , eello aussi où les omissions se multiplient , ii*ôlentl du § 80 au § 99.
(^) Toj^» notre § L — Jo transcris ici la pensée 157 do IVdltlot\ tie M. IVvit en renvoyant i\ la note qui Tacs \HmqH\iit\e î « Nemini . quia senex uddisiMt , verwundia ^"«t ineutieuda i molius enim ^^'^t) ;$ouom addiscondo paii
Le manuscrit d'Arras donne cinq pensées qu'on ne rencontre pas dans^celui de Padoue (1). Est-il quelque raison de ne pas les admettre ? Doit-on se faire une règle de rejeter les sentences qui manquent dans Fun de ces grands recueils? Non; pour les cinq pensées en question Tautorité du manuscrit d'Arras est confirmée par celle de plusieurs autres manuscrits , et Ton doit réconnaître là cinq nouvelles lacunes de la dernière partie , la plus négligée et la plus fautive du manuscrit de Padoue.
Ainsi la comparaison de ces deux textes conduit à donner la préférence à celui d'Arras; sans doute le manuscrit de Padoue ne nous sera point inutile et souvent il nous fournira des leçons meilleures. Mais si celui d'Arras renferme des fautes, elles sont moins nombreuses et moins graves; si les pensées y sont trop coupées , elles ne le sont jamais d'une manière aussi défectueuse; il est plus pur et plus correct, o^mme il est aussi plus complet.
Les deux manuscrits que nous venons d'étudier renferment presque toutes les sentences de Varron
erubescentiam , quam per ignorantiam pœnam promereriaeternam. »
(I) Fot/. §117,121,123, Ul,149.
qui sont parvenues jusqu'à nous , et nous n'avons, pour en grossir le nombre, que les quatre sentences citées par Matthias Farinator dans son lÀber Moralitatum (1). Tous les autres ouvrages manuscrits ou imprimés dans lesquels nous rencontrons des pensées de Varron, n'en présentent aucune qxii ne se trouve dans nos deux grands recueils (2).
Parmi les écrivains qui ont le plus contribué à faire connaître les sentences de Varron,.il faut citer en première ligne Tauteur de la grande Encyclopédie du treizième siècle, Vincent de Beauvais.
Le chapitre 59 du VI« livre du Spéculum historiale est un choix de 54 sentences de Varron , presque toutes reproduites dans le Spéculum doctrinale, qui malheureusement n'en ajoute qu'une seule à celles du premier ouvrage.
(1) Voy, Spangonberg, BihL crii. 1819, vol. 1, p. 89, etM.Œhler,Af. Ter.Varronis Sat.menipp.reL 184'i,p.9.
(2) Jo ne parle pas des sentences données par M. Devit, pag. ft2 à lih; ce sont des pensées qui manquaient dans son ms., et qu'il rétablit d'après Vincent de Beauvais, et un plus grand nombre qui ne sont point citées comme faisant partie du recueil des sentences ; elles appartiennent en effet aux Satires ménippées ou sont attribuées à Varron sans preuve suffisante.
Dimsle Spéculum doctrinale les sentences sont disséminées , et citées comme des autorités et des preuves à Tappui des opinions de Tauteur (1) ; mais le Spéculum historiale les présente, à peu d'exceptions près (2), dans le même ordre que les manuscrits d'Arras et de.Padoue; ce qui prouve assez que Vincent de Beauvais avait sous les yeux un recueil de sentences analogue à ceux que nous possédons.
Mais ce recueil n'était ni celui d'Arras, ni celui de Padoue; en effet, Vincent de Beauvais donne deux sentences qui manquent dans ce dernier (3), et permet de rétablir plusieurs passages qui y sont complètement altérés (4). Quant au manuscrit d'Arras, dont les leçons ont plus de rapport
(1) Dans la 2« partie du II® livre {de Ordine et methodo sciendi) et dans les livres V et VI (de Scientia morali), (Liv. I, IV et V de l'éd. de Douai.) /
(2) La pensée 86 y précède la pensée 85 (et de môme S. D. II, 53) ; la pensée 90 est suivie de la pensée 92 (cf. S. D. V, 103). Enfin la sentence IIS est renversée ainsi qu'il suit : « Vialores non eunt ut eant ; sic et vita non sui causa fit, sed ut ea prœclarum aliquid fiât » (cf. S. D. V, 142; VI, 31).
(3) §141 etiao.
{h) C'est ainsi que M. Devit a pu corriger plusieurs erreursel combler diverses lacunes de son manuscrit.
avec celles qu'il a suivies, il ne faut pas oublier qu'il est d'une date plus récente.
Malheureusement l'auteur s'est borné à choisir des sentences ou même des parties de sentences, et il a souvent écarté celles qui ont le plus d'intérêt pour nous , celles qui portent l'empi^inte de l'esprit de Varron et de ses idées stoïciennes (1). Les observations relatives à la mémoire, à l'expérience, à la manière de diriger l'esprit occupent plus de la moitié du manuscrit d'Arras ; elles ne forment que le tiers des pensées recueillies par Vincent de Beauvais; il choisit de préférence les maximes relatives à l'amitié, aux bienfaits, à la pauvreté, aux vrais biens, à la conduite de l'homme, à la mort, c'est-à-dire les pensées morales. D'autre part, il a rejeté les sentences dont le texte lui paraissait embarrassé et le sens obscur; et, par-là même, son secours nous fera défaut dans les moments où il nous serait le plus utile.
Enfin dans le Spéculum historiale, mais surtout dans le Spéculum doctrinale, il a souvent réuni les pensées par des conjonctions (2) ; il a
(1) Ainsi il n'a point conservé le8§ 3, 6, 7, 18, 19, 70, 82, etc.
(2) § ft . ...mori grave fert, § 8 , duplexgue malum est...
quelquefois introduit de légères modifications dans le texte (1), et, dans ce dernier ouvrage, il lui arrive de donner deux leçons opposées pour une même pensée (2).
On ne doit donc le consulter qu'avec une certaine réserve ; s'il ne donne qu'une partie d'une sentence, ce ne sera point une raison de rejeter l'autre ; on devra écarter avec soin les mots secondaires qu'il a intercalés, et éviter les altérations qu'il s'est permis d'introduire. C'est à ces conditions que , loin de nous égarer à sa suite , nous trouverons en lui un auxiliaire utile.
Il sera aisé de rencontrer des sentences de Varron dans les Chroniques analogues- au Spéculum historiale. Ainsi on en trouvera deux dans l'ouvrage
— §67. ..nil didicit, | 68 , falsogiie... sic igitur.,, — §86. ..utconvivaBdelicias, § 85. sed cite transcursa...
— Il ajoute après le premier mot de la pensée : autem^ § 15, 16, 55, fi6, iti'5;vero, § 62, 91, iH^iquidem, § 55, 56, 58, 149; et au second membre le mot quia, §87.
(1) 11 donne au § 68 recensent pour recenser e magis ducunt ; il ajoute le mot est, § kh, 56, 7k ; il modifie les temps des verbes, § 17, 94, 95, 150.
(2) § 57, eo animo et eo vultu. — § 62, eo vero fine et eo iantum, — § 74, tam ridenda et sicut ridenda.
d'Hartmann Schédel, connu sous le nom de Chronique de Nurembe^^g (1), et elles sont toutes les deux reproduites dans le Supplementum chronicorum de Jacques Philippe Foresti (2). Un Cornpendium chronicanim, manuscrit de la fin du quatorzième siècle, appartenant à la bibliothèque de Besançon, renferme la plupart des sentences qui se lisent dans le Speadum historiale(3).
L'auteur dit qu'il ks tire du recueil de Vincent de Beauvais; d'autres ont pui^é à la même source, sans la désigner. Je nommerai Jean Colonna (4)
(1) L'auteur mourut en 151ft. Son ouvrage est intitulé : Chronicon mundi ou Chronicon chronicorum. J'ai eu sous les yeux à la bibl. de Besançon l'cd. princeps, Nuremberg, 1493 , folio : l'article consacré à Varron est au verso du feuillet 92. On y trouve nos | 20, 21 que précèdent ces mots : « Edidit insuper et librum de lingua latina et librum moralem dequo sententiam ponimus banc. »
(2) Né à Bergame, en l/i34, mort en 1520. Son ouvrage parut à Venise en U93, c'est-à-dire l'année même où fut publiée la Chronique de Nuremberg. L'article consacré à Varron est au verso du feuillet 156 de l'éd. de Venise 1506, folio; on y lit : « Nec non ad Atheniensena auditorem librum moralem (scripsit) , in quo multa continentur utilia; de quibus hanc ponimus sententiam... »
(3) L'auteur ne reproduit le texte que d'une manière à ssez inexacte.
{h) Il mourut environ vingt ans après Vincent do Beau-
dont la chronique, traduite sous le titre de Mer des Bystoires (1) , renferme la moitié des sentences du Spéculum histonale, et Antonin de Forciglioni, qui en inséra quarante environ dans son Historianim opus seu chronica (2).
Il est plusieurs autres ouvrages dont les auteurs n'ont connu les sentences de Varron que d'après Vincent de Beauvais : ainsi ils ne citent aucune sentence qui ne se trouve dans les ouvrages de celui-ci ; ils reproduisent ses leçons , même ses fautes; ils omettent les mômes mots, les mêmes membres de phrase; ce sont enfin de part et d'autre les mêmes rapprochements de pensées et les mêmes renversements. Il faut se garder de prendre pour des variantes nouvelles les altérations que prévais; la bibl. impériale de Paris possède deux beaux mss. de son Mare historiarum, n®* 49 14 , 49 i 5 des anciens fonds.
(1) J'ai eu sons les yeux l'éd. de Paris, 1536, folio. L'article consacré à Varron est au feuillet 220 du l**" vol., on y lit : « Aussi il escript ung livre de l'honneur et sacrifice des Dieux et encore ung autre traictant de matière morale envoyé à l'auditeur des Athéniens, ouquel sont contenus plusieurs dicls notables utiles et moraux lesquels sontcy extraicts...»
(2) Venise, 1480. L'autour était archevêque de Florence, et mourut en 1459.
sentent ces ouvrages^ et en général de leur attribuer une autorité qu'ils n'ont pas.
Sous cette classe, nous réunissons Touvrage de Jacques de Cessoles, de Moribus hominum et de officiis nobilium super hido scaccorum; composé vers 1290 et imprimé dès 14.73 (1), et le Sophologitem, composé au temps de Charles VI, par Jacques le Grand (Jacobus Magni), de Tordre des ermites de Saint-Augustin , et imprimé à Paris, en 1475.
Jacques de Cessoles ne cite que trois sentences de Varron; mais le Sophologium en renferme plus de trente. Elles y sont disséminées sous divers chapitres, comme dans le Spéculum doctri-
(i) Cet ouvrage est indiqué par M. Œhler {M. Ter. Varronis Sat. menippearum rel, pag. 7) , d'après Spangenberg(5tW. crit vol. 1, 1819) qui avait sous les yeux réd. de Milan, 1479. J'ai consulté à la bibliothèque de Besançon la première édition (Utrecht, 1473; Voy. Lud. Hain. Repert, bihliogr,). Au chap. de Triplici causa inventionis ludi prœdicti, on trouve notre pensée 115 telle qu'elle est dans Vincent de Beauvais, et au chap. de Lanificio les pensées 30 et 21, dont le texte est un peu altéré ; mais je n'ai point rencontré ces dix-huit sentences dont parlent M. CEhler et M. Labilte {Revue des Deux Mondes, !«' août 1845, pag. 466) d'après Spangenberg.
rude dont elles rappellent les leçons (1). Jacques le Grand les reproduit souvent, d'après des souvenirs trop peu fidèles (2), et n'hésite pas à les altérer pour les fondre dans son texte et à les couper pour en rapprocher les différents membres. Ainsi son livre n'est pas une source nouvelle; c'est Vincent de Beauvais réduit à un petit nombre de sentences reproduites avec peu d'exactitude.
A ces deux ouvrages imprimés, il faut en joindre quatre qui sont restés manuscrits :
D'abord un traité de Vita et moribm veterum philosophorum et poetamm , dont il existe à Vicence un manuscrit connu par M. Devit, et un " autre manuscrit, à la bibliothèque impériale^ sous le no 6069<^ (3); il renferme environ trente sentences de Varron ;
D'autre part un manuscrit du dix -septième
(1) Surtout celles de l'éd. de Douai.
(2) % 55. Mit autem concordia mores et cohabitantium animos format. — % 109. Nullus tam modeste sua judicat sicut aliéna : hoc autem accidit eo quod nemo sibi invidet.
(5) L'auteur de ce traité est inconnu. Le ms. de Vicence a pour titre : de Viiis philosophorum; il a été écrit en iftôS par Charles Guidon ; celui de Paris en diffère sur quelques points et omet deux sentences ; il est aussi du quinzième siècle.
siècle , qui , sous le n*» 126, fait partie de la bibliothèque du séminaire de Padoue, et où Ton ne trouve que dix-sept sentences choisies parmi les vingt-cinq premières du Spectibim historiale{i);
En troisième lieu , un manuscrit antérieur de plus d'un siècle à Finvention de Timprimerie, où Gaspard de Barth trouva les dix-huit sentences insérées dans ses Adversaria (2) ;
Enfin, le Liber Vaticani, composé en 1424 et 1425, par Arnold de Hollande.
André Valère, dans sa Bibliotkeca Belgica (3), rapporte qu'il avait vu à Tabbaye de Saint-Martin de Louvain les deux tomes de cet ouvrage : Tun est aujourd'hui à la bibliothèque Mazarine; c'est
{{) Foi/, sur cesrass. de Viconce et de Padoue, M. Devit pag. 16 et 17. Il a signalé les rapports du recueil de Vicence avec Vincent de Beauvais ; mais il a méconnu ceux du petit ms. de Padoue , et en général il s'est exagéré la valeur de ces deux textes, dont le dernier est fort incorrect.
(2) XV, 19. « Quae hactenus non visa hac scheda publicabimus , ea scripta calamo in membrana non usquc adeo veteri offendimus , tali tamen quae plus quam une saeculo artem chalcographicam antecedat. Ex ea totidem verbis et litteris hœc scripta descripsimus...» Le texte de Barth no reproduit celui de Vincent de Beauvais qu'avec de nouvelles altérations , môme assez graves.
(3) Tome 1, pag. 103. Bruxell. 1739.
un fort beau manuscrit sur vélin, à deux colonnes, grand in-4°, catalogué sous le n® 577 ; il contient la première partie intitulée de Vita et moribus philosophonim, et le commencement de la deuxième qui est un recueil de sentences, sous des titres par ordre alphabétique de la lettre A à la lettre H. La fin de cette deuxième partie, de la lettre I à la lettre Z, occupe le commencement du second tome, qui appartient à la bibliothèque de Bruxelles, où il porte le n» 1169 (1).
Le liber Vaticani renferme plus de quarante sentences de Varron, disséminées sous les différents titres de sa deuxième partie (2). Ce qui lui donne un intérêt particulier, c^est qu'il désigne
(1) D. Pitra qui signale ce ms. de Bruxelles (3® vol. du S^c. Soîesra, proleg. p. Ixxxili), n'a pas connu le i«»* vol., celui que renferme la bibliothèque Mazarine, et s'est trompé par là même, sur la division du Liber Vaticani,
(2) Il cite sous le nom de Varron deux pensées tirées du traité de Morihiis attribué à Sénèque : « Malis displicere est laudari. Bonum est non laudari velle , sed prœstantius est esse laudabilem. » Arnold de Hollande n'a fait que reproduire inexactement le Spéculum doctrinale (YI, 69) qui les cite comme lui après notre § 122, mais en les rapportant à leur vraie source.— Remarquons qu'il existe une grande analogie entre le texte du Liber Vati^ cani et celui du ms. de Vicence écrit par Guidon : Arnold de Hollande avait étudié en Italie, à Bologne et h Padoue.
— utiles ouvrages de Vârron auxquels sont empruntées quelques-unes des sentences : in libro ArUiquitatum, in MoralibuSy in libro Moraliitm,
Il ne nous reste plus à.signaler que trois manuscritS; mais qui sont indépendants de la tradition de Vincent de Beauvais, et ont par-là même plus de valeur que les précédents.
Le plus important est un recueil de cahiers des treizième^ quatorzième^ quinzième siècles^ inscrit sous le n*» 8542 du catalogue des anciens fonds latins de la bibliothèque impériale (1). Le cahier qui nous intéresse est du quatorzième siècle ; il renferme des lettres à Lucilius ; les sentences de Varron se trouvent sur le dernier feuillet, et sont suivies de vingt-quatre pensées de Sénèque, dont quelques-unes sont heureusement trop connues pour qu'on pense à les attribuer à Varron. Il n'y a du reste, dans le manuscrit, ni titre ni intervalle qui mettent à 1 abri des méprises; un léger trait sur la marge marque seul la première ligne de ces vingt-quatre penses, écrites d'une encre un peu plus blanche, maS par la même main.
Ce manuscrit ne donne que cinquante-quatre
(i)Cod. membr., pfimum Jac. Aug. Thuaiii, postea Golbertinus.
sentences de Varron^ prises parmi les soixante* trois dernières (i). Il les présente dans le même ordre que les manuscrite d'Arras et de Padoue (2) : toutefois , il n'en est point la copie exacte ; ses leçons le distinguent de Tun et de l^autre, et il renferme les cinq sentences qui manquent à Padoue. Le copiste a quelquefois modifié le texte et rejette volontiers les sentences qui lui semblent obscures ou altérées; mais ce manuscrit confirme souvent les meilleures leçons^ et^ en quelques passages^ il les a seul conservées.
D. Pitra, dans le 3* volume du Spicilegitem Solesmense , nous a fait connaître un manuscrit du quatorzième siècle , sur vélin in-4® , à deux colonnes^ appartenant à la bibliothèque impériale où il porte le n<» 640 du fonds de Saint-Victor.
Du folio 233 au folio 250 s'étend un recueil de fragmente empruntés à des auteurs anciens ou à des Pères de TÉglise (3) : on y trouve des sen-
(1) Du § 89 au § 1S2.
(i) Un seul renversement (§ 133, 132) est dû peut-être à ce que le copiste, pour ne pas couper une sentence, a * mis à la fin de la page une pensée d-une seule ligne.
(3) La table au l®*" folio porte : t Item senlentiae quaedam morales quorumdam auctorum , philosophorum et sanctorum, a folio 233 usque 251. » On rencontre dans ce cahier des sentences de Sénèque , Platon , Macrobe ,
tences de Vairon au verso du feuillet 248« et au recto du 2i9« (1).
Ce manuscrit n'est point une copie de ceux que nous avons déjà signalés ; il diffère de nos deux grands recueils par Tordre des sentences ; de Vincent de Beauvais par le choix cpi'il en fait (2). Le texte est généralement pur (3); sauf cpielques variantes et quelques changements de construction, il diffère peu de celui du manuscrit d'Arras et de celui que nous publions; mais il ne donne que trente sentences, choisies même parmi les plus simples et les plus courtes.
A la suite de ces pensées nous en trouvons douze qui n'en sont séparées par aucun signe : fàut-il les attribuer à Varron? D. Pitra n'a pu résister à cette séduction ; il s'est félicité de publier de nouvelles sentences de Varron et de faire connaître le premier fragment de ses lettres (4).
Priscien , Boëce , Macrobe (iterum) , Pétrone , Térence, Plaute, Vairon , Gassiodore , Sidoine, Salluste, Cicéron , saint Augustin, saint Bernard.
(1) D. Pitra par erreur , 289.
(2) Ce ms. renferme 12 sentences qui manquent dans les ouvrages de Vincent de Beauvais.
(5) Il permet même de corriger une erreur qui se trouve dans tous les autres ross. Voy, %kh.
(k) « Eas (sententias)... auximus additamentis , acce<
Cependant la latinité d'une part, de Tautre le sens trop chrétien de certaines pensées, auraient dû mettre en garde le savant bénédictin. Pour nous, nous ne pouvions oublier qu'un autre manuscrit de la bibliothèque impériale semblait attribuer à Varron vingt-quatre sentences de Sénèque, et tout nous faisait craindre une erreur pareille, quand nous avons été assez heureux pour rencontrer , dès longtemps connues et dès longtemps imprimées, ces douze sentences que D. Pitra venait de mettre au .jour; elle sont tirées du premier livre des lettres de Cassiodore (1).
Enfin on rencontre des sentences de Varron dans un petit manuscrit delà bibliothèque impériale qui porte le n*> 8818* (2).
dente imprimis fragménto ex unica quae lucem viderit Varronis epistola. » Spic, Solesm.\o\, 111. proleg, p. il. — « Gujus thesauri ( Epistolarum ) ulinam nobis contigerit primam invenisse gemmulam ! » ib., p. 515. — Faut-il rappeler ici que l'on connaît un assez grand nombre de fragments des lettres de Varron ?
(1) Voy, Lettres 11, 18, 19, n, 27, 28, 29, 56 et 58 ; p. 9, 11, 15, 14, 18, 17, 18 de l'éd. donnée par les bénédictins de Saintr-Maur, à Rouen, 1679, 2 vol. fol. — La vingt-septième lettre citée par le ms. est la vingt-huitième de l'édition.
(2) Appendice des anciens fonds latins, k^ vol. des catalogues imprimés, p. 556.
Il est du quinzième siècle, d'une fort belle conservation, d'une écriture très-nette et très-élégante y sur un vélin rayé à l'encre rouge. Il a pour titre : Flosculi e variis, et renferme plusieurs séries de sentences par ordre alphiabétique. Celle qui nous intéresse s'étend du 35« feuillet au 49* , et commence par ces mots : De floscidis morcdibus Senecœ y Varronis , Terentiï , Boetii, Sallustii et Tiillii Ciceronis. On voit sur les marges les noms de ces auteurs inscrits en vermillon et à l'outremer : malheureusement ces désignations sont trop peu fréquentes et parfois inexactes (1).
Ce manuscrit ne renferme que vingt-neuf sentences de Varron, et il faut le regretter; en effet, plusieurs d'entre elles manquent dans Vincent de Beauvais et dans la ptopart des manuscrits , et ce texte est le plus correct que nous ayons; il ne diffère qu'en deux passages de celui que nous publions (2).
(1) Le nom de Varron placé par erreur sur la marge conduirait à lui attribuer trois sentences nouvelles ; dans ces trois cas il se rapporte à la sentence précédente qui est bien de Varron.
(2) § 56 : « Pauca vero laudabile, » qui est une erreur ; — § lik6: c Magni suntpretiij » qui esttine bonne leçon. Je
Tels sont les dix-neuf ouvrages imprimés ou manuscrits (1) qui nous permettent d'établir le texte des sentences de Varron.
signalerai dans les variantes deux pensées dont les membres de phrase sont renversés comme dans Vincent de Beau vais.
(1) J'en donne ici la liste en marquant d'un astérisque ceux qui n'avaient point encore été consultés :
Le manuscrit d'Arras.
Le grand manuscrit de Padoue.
Le Liber moralitatum de Matthias Farinator.
Le Spéculum historiale de Vincent de Beauvais.
Le Spéculum doctrinale du même auteur.
* Le Chronicon chronicorum de Schédel.
* Le Supplemenium chronicorum de Foresti.
* Le Compendium chronicarum^ms, de Besançon.
* Le Mare historiarum de Colonna.
* Le Chronicorum opus d'Antonin.
Le de Ludo scaccorum de Jaqtets de Gessoles.
* Le Sophologium de Jacques l"rand.
Lede Vitisphilosophorum^rnss. deVicence*etdeParis. Le petit manuscrit de Padoue.
Le manuscrit de Barth.
* Le Liber Vaticani d'Arnold de Hollande.
* Le manuscrit 8S42 de la bibliothèque impériale. Le manuscrit 640 de Saint-Victor.
* Le manuscrit 8818^ de la bibliothèque impériale.
Éditions écH Sentences de YarroD.
On a donné plusieurs éditions de ces sentences depuis le dix-septième siècle jusqu'à nos jours; disons rapidement quelles sont les sources et quelle est la valeur de chacune d'elles.
Gaspard de Barth, qui attira l'attention des érudits sur les pensées de Varron , crut être le premier à les publier; au moment où parurent ses Adversaria, c'est-à-dire en 1624?, il y avait déjà un siècle et demi que l'imprimerie avait répandu les ouvrages de Vincent de Beauvais,de Jacques le Grand et de Jacques de Céssoles, les Chroniques d'Antonin, de Sché<|0bt de Foresti, les traductions de Vincent de Beauvais et de Colonna sous le titre de Mirouër fdstoricd et de Mer des Hystoires; mais Barth ne connut que les dix-huit sentences du manuscrit qu'il avait sous les yeux.
Fabriciiïs, dans sa Bibliotheca latina en 1607 , Ernesti, lorsqu'il remania et améliora cet ouvrage en 1773 , se bornèrent à reproduire les sentences de Barth.
En i794f^ Gottl, Schneider signala les sentences
renfermées dans le Spectdum historiale de Vincent de Beauvais et les inséra dans son recueil des Scriptores rei rusticœ à la suite d'une vie de Varron. Mais lo. Conr. Orelli, en 1822, dans ses Poetarum veteritm latinonim carmina sententiosa ne donnait encore que le texte de Barth, et dafls les suppléments, en 1824-, dix sentences seulement AviSpecuhan doctrinale.
Ainsi, jusqu'à ces dernières années, on ne connaissait d'autre source des sentences de Varron que Vincent de Beauvais dans ses deux recueils imprimés ou dans la transcription incomplète et fautive qu'en avait donnée le manuscrit de Bartli. La découverte des deux grands manuscrits , par M. Devit, à Padoue, par M. Qiiicherat, à Arras, mit enfin sous les yeux des érudits un texte plus pur et trois fois plus étett^ (1).
M. Devit donna en 1843 son édition des sentences de Varron; il ne se dissimulait point les incorrections et les lacunes de son manuscrit; mais les travaux antérieurs et ses propres recherches lui fournirent d'utiles secours ; il consulta d'une part Barth et Vincent de Beauvais , de l'autre le
(1) Leurs publications ont donné lieu à des travaux critiques dans les Arch. fur PhiloL und Pœdag, Voy, celui de M. Klotz, Suppl. IX (cahier 4), p. «82.
— appétit manuscrit de Padoue et celui de Vicence.
Six années après , M. Jules Quicherat , dans la Bibliothèque de l'École des Chartes (3« série, tome 1")^ fit connaître le manuscrit d'Arras; mais il ignorait la publication de M. Devit et n'eut d'autres secours que Barth et Vincent de Beauyais. Du reste, il pensait moins à donner une édition des sentences qu'à provoquer l'attention et les recherches : « Dans la transcription que j'ai faite , disait-il , j'ai omis quelques passages (1) , pressé que j'étais par le temps , et pensant alors qu'il me serait permis de revoir une autre fois le manuscrit. Quoique cela ne se soit pas effectué , je n'en livre pas moins ma copie à l'impression. Telle qu'elle est , elle suffira pour donner l'éveil aux personnes qui ont sous la main des collections dé manuscrits^.. Il est impossible qu'il n'existe pas d'autre texte des sentences varroniennes. » .
On a déjà répondu à cet appel. Ainsi , dans les Mémoires de V Académie d'Arras (août 1855), M. Caron , conservateur adjoint à la bibliothèque de cette ville, a publié toutes les sentences que
(1) M. Quicherat a publié d'une manière complète la l^e moitié du ms. ; mais dans la %^ il a omis environ vingt-cinq sentences.
renferme notre grand manuscrit et dont deux étaient inédites (1). La même année D. Pitra, dans ' le 3« volume àxxSpîcilegium Solesmense, rétablissait d'après ce même manuscrit les sentences qui avaient été omises ou laissées trop imparfaites par MM. Devit et Quicherat. Mais si la transcription faite par M. Garon présente des fautes , celle de D. Pitra en renferme un plus grand nombre, et les conjectures y remplacent trop souvent les vraies leçons. En même temps il faisait connaître le manuscrit 640 de Saint-Victor, faible secours et Hiatière d'une grave erreur.
Lorsque ces derniers travaux parurent , il y avait un an que le savant doyen de la Faculté des lettres de Paris, M. J.-V. Leclerc, m'avait signalé les publications faites par MM. Devit et Quicherat, et m'avait inspiré Fidéc de donner une édition critique des sentences de Varron.
Je n'ai connu les manuscrits de Padoue que par l'édition de M. Devit.
Mais j'ai étudié avec la plus scrupuleuse attention le manuscrit le plus important, celui d'Arras (2). D'autre part, j'ai consulté à la biblio-
(1) S 121 et 123.
(2) Qu'on me permette de remercier ici M. Caron pour
thèque impériale le manuscrit de Saint-Victor, signalé par D. Pitra; pour Vincent de BeauvaisJ'ai eu sous les yeux l'édition donnée à Douai en 1624, et un assez grand nombre de manuscrits (1).
Enfin mes recherches m'ont fait connaître plusieurs sources nouvelles (2) : 1« ce recueil n* 8542 qui est le plus important après les deux grands manuscrits et renferme le texte assez pur de cinquante-quatre sentences ; 2® cet autre si beau et si correct n» 8818* , Flosculi e variîs; tous les deux de notre bibliothèque impériale et restés comme inconnus jusqu'à ce jour, bien qu'ils
l'empressement avec lequel il m'a communiqué le manuscrit et m'en a facilité la lecture. Nous avons pu collationner ensemble sur le manuscrit même les feuilles de son travail qui sortait alors de l'impression.
(1) Pour le S'peculum hùtoriale :
A la bibliothèque d'Arras, n® U57, in-fol. 2 col.; A celle de Douai, n® 756, in-fol. vél. du treizième siècle; A celle de Lyon, n<> 110 (800); A celle de l'Arsenal, n® 112, sect. d'histoire; (ces deux derniers mss. sont peu corrects.) Pour le Spéculum doctrinale :
A la bibliothèque impériale, n^ 6428 ; A la bibliothèque de l'Arsenal, n® IIU, sect. d'histoire.
(2) Je ne parle pas du n® 6069^ de la bibliothèque impériale ; ce traité de Vita et morihus veterum philosophorum et poetarum était connu de M. Devit, qui avait sous les yeux l'exemplaire écrit par Guidon.
figurent sur le catalogue imprimé de ses anciens fonds; 3° le Liber Vaticani de la bibliothèque Mazarine et de la bibliothèque royale de Bruxelles (1) ; 4® le Sophologium, qui imprimé depuis près de quatre siècles, avait également échappé à tous ^.les regards (2); 5<> les cinq Chroniques (^e y^\ mentionnées.
Telles sont dans leur ensemble les sources de cette édition ; mais avant d'y puiser il fallait connaître exactement la valeur de chacune d'elles, et pour y parvenir j'ai dû comparer toutes les variantes, toutes les omissions, toutes les coupures, tous les renversements.
J'ai été conduit ainsi à reconnaître la supériorité du manuscrit d'Arras sur celui de Padoue ; à placer en seconde ligne après ces deux grands
(1) C'est à M. Taranne que je dois d'avoir connu lo Liber Vaikani^ et d'avoir eu entre mes mains le l®' tome de ce ms. ; quant au 2®, il m'était signalé par le Spcilegium Solesmense{ioine 5, Proleg. p. Ixxxiii), et MM. les conservateurs de la bibliothèque royale de Bruxelles l'ont consulté pour moi avec une obligeance dont je ne saurais trop les remercier.
(2) J'ai consulté , pour le Sophologium , le ms. de la ^ bibl. de l'Arsenal , phil. n^' 1 , et celui de la bibl. Maza-
rine, n® 4096; enfin l'édition que renferme la bibl. de Besançon (Casselae ap. Taurinum, d'après Lud. Hain, Reipert, bibliogr, n® i0474).