CHAPITRE CINQUIÈME
U p. L^eorëaire et Nifi0léoa. «r Sur la divinité de
Jésus-Christ, — Ob^ctians. -- ^tAgoMi^iM réponse de l'Empereur. — Le christianisme et les fausses reliions. — Jésus-Christ est un être exceptionnel, abioiai»ent différent de quoi que oe seit. -«- Les edn- <|uêtef ÔB César, d'AlG^ndr^^ d'A4oiha|> àe Nn^pltécw comparées à celles du Christ, — Mahomet et le Coran. — Être athée ou chrétien. — Le Christ imposteur ou Dieu. — Explication de la durée des hérésies. -* Éioge de rÉTangtle. -^ La foi est le bâ&heur. -*- Les fondAteurs d'empires et de religions se sont senrif du nom de Dieu, sans oser rusurj)er pour eux. — Le Christ est le seul qui exige d'une manière absolue et exclmi?^, pour lui seid, le culte s^rèrae. — Le ratf^ nerntMeiil de la, Q^arité.
Le ^f il^ qu'on va lire el le mémûrahle di»i^f g qu'il caniient ont in^iré à un grand orar \mf (Étrétien^ qui est en même temp£ un adr milice écrivain , une de ses plus éloquentes pages. Jl nous a paru utile de la repro4uire ici^
en forme de prologue. Le lecteur assurément ne s'enplaindra pas.
« Notre âge^ dit le P. Lacordaire^ s ouvrit par un homme qui surpassa tous nos contemporains et que nous^ venus après^ nous n'avons pu égaler. Conquérant^ législateur^ fondateur d'empire^ il eut un nom et une pensée qui sont encore présents partout. Après avoir accompli Tœuvre de Dieu^ sans y croire^ il disparut^ cette œuvre achevée, et se coucha comme un astre éteint dans les eaux profondes de FOcéan atlantique. Là, sur un rocher, il aimait à ramener devant lui-même sa propre vie, et de lui, remontant à d'autres auxquels il avait droit de se comparer, il ne put éviter, sur ce théâtre illustre dont il faisait partie, d'entrevoiriune figure, plus grande que la sienne : le malheur ouvre Tâme à la lumière que la prospérité ne discerne pas. La figure revenait toujours, il fallut la juger. Un des soirs de ce long exil, qui expiait les fautes du passé et éclairait la route de Tavenir, le conquérant tombé s'enquit d'un des rares compagnons de sa captivité s'il pouvait bien lui dire ce que c'était que Jésus-Christ. Le soldat s'excusa; il avait eu trop à faire depuis qu'il était au monde pour s'occuper de cette question.
SUR L£ CB&ISTUNISME. 89
« Quoi ! reprit douloureusement Tinterlocuteur^ tu as été baptisé dans TÉglise catholique et tu ne peux pas me dire à moi^ sur ce rocher qui nous dévore, ce que c'était que Jésus-Christ. £h bien î c est moi qui vais te le dire.
a Et alors, ouvrant TËvangile, non pas de la main^ mais d'un cœur qui en était rempli, il se mit à comparer Jésus-Christ avec lui-même et tous les plus grands hommes de l'histoire; il releva les différences caractéristiques qui mettent Jésus-Christ à part de toute l'humanité, et, après un torrent d'éloquence qu'aucun Père de VÉ^ glise n'aurait désavoué, il conclut par ce mot : Enfin, je me connais en hommes, et je te dis que Jésus-Christ n'était pas un homme !
a Un jour aussi, sur la tombe de son
grand capitaine , la France gravera ces paroles et elles y brilleront d'un plus immortel éclat que le soleil des Pyramides et d'Austerlitz. »
Maintenant laissons parler l'Empereur.
Un soir, à Sainte-Hélène, la conversation était animée ; on traitait un sujet bien élevé ; il s'agissait de la divinité de Jésus-Christ. Napoléon défendait la vérité de ce dogme avec les arguments et l'éloquence d'un homme de génie, avec quelque chose aussi de la foi native du Corse et de l'Italien.
00 SEirnVBMT B« MAFOLÉeN
Aux objections d'un de ses interlocuteurs qui, dans le Sauveur^ ne semblait voir qii*un sage^ un philosophe illustre^ un grand homme^ PEmpereur répondit ^ :
« Je connais les hommes^ et je vous dis que Jésus n'est pas un homme.
- a Les esprits superficiels voient de la ressemblance entre le Christ et les fondateurs d'Empires^ les conquérants et les dieux des autres religions. Cette ressemblance n*existe pas. Il y a entre le christianisme et quelque religion que ee soit^ la distance de rinôni.
« Le premier venu tranchera la question comme moi;, poi}rvu qu'il ait une vraie connaissance des choses et Fespériencedes hommes.
n Quel est celui de nous quî^ envisageant avec cet esprit d'analyse et de critique que nous avons^ les différents cultes des nations^ ne puisse dire en face à leurs auteurs s
« Non^ vous n'êtes ni des dieux^ ni des agents » de la Divinité ; non^ vous n'avez point de mis-
^ Napûléoii a'a jamais pyoDoneé tout d'une haleine le m9grnliique plaidoyer qu'oji va lire. L'auteur a donc réuni et rassemblé ce qui a été dit dans plusieurs conversations en présence de l'interlocuteur qui parle Je premiep^ ou du général Montholoa.
• ttoa dtt Oiel. Vo«8 êtes plutôt les mis^onc n^res du mensouge ; m^k à coup sâr^ vous I Câtes pétris du même limon fue le reste des
• i&ortels. Vgus êtes biea de ia race et de la Êsh « mille d'Adam. Vous na faites qu'un arec taàtes f Ifis passions et tous les vices qui en sont insé- « ptfables^ talleaient qu'il a falli| las déifier avee t Ypiis. Vos temples et vos prêtres procl^uient « eux-mêmes votre origine. Votre histoire est i eella des inventeurs du despottsma. Si vous « eiigaâtes de vos sujets la culte et les hon« « naurs qui ne sont dûs qu'à Dieu seul^ fOf»
« fûtes inspirés par Forgueil naturel a|i rang
• mprèxm* Et ei^rtaineinent> cq ne fut ni la li-
• hç^té, ni la conscience qui vous obéirent d'a-^ f bord^ mais la bass^sse^ }e besoin et Tamour du « ioerveilleux, rignoranee et la superstition; « voilà vos premiers adorateurs. »
(( Tel sâ:a Lb jugement^ le cri de la conscience 4e quiconque inte^irogera les dieux ou les teta* pies 4u paganisme.
9 Reconnaître la v^ité est un don du Ciel et le aaraetère propre d'un excellent esprit; mais il n'est personne qui ne puisse rejeter tout de «uite le mensonge. Ce qui est fs^ux répugne^ et te reeonnait à une Maiple vue.
<( Eh bien 1 il s'élève constamment un flot sans cesse renaissant d'objections contre la yraie religion^ soit. D'où vient qu on n'en fait aucune contre les fausses? C'est que sans hésiter tout le monde les croit fausses.
«Jamais le paganisme fut41 accepté comme la vérité absolue par les sages de la Grèce , ni par Pythagore ou par Socrate^ ni par Platon^ ni par Anaxagore ou par Périclès?
« Ces grands hommes se récréaient avec les récits du bon Homère^ comme avec les riantes imaginations de la fable^ mais ils ne les adoraient pas.
c( Au contraire^ les plus grands esprits^ depuis l'apparition du christianisme^ ont eu la foi^ et une foi vive^ une foi pratique aux mystères et aux dogmes de l'Évangile^ non-seulement Bossuet et Fénelon^ dont c'était l'état de le prêcher^ mais Descartes et Newton^ Leibnitz et Pascal^ Corneille et Racine^ Charlemagne et Louis XIV. D'où vient cette singularité^ qu'un symbole aussi mystérieux et obscur que le symbole des apôtres^ ait été reçu avec un profond respect par nos plus grands hommes^ tandis que des théogonies puisées dans les lois de la nature et qui n'étaient^ à vrai dire^ que des explications
StH £S CHRISTIÀmSME. M
systématiques du monde^ n'ont pu parvenir à en imposer à aucun homme instruit? Qu'ést-ee qui a le plus médit de FOlympe païen ^ sinon les païens?
« La raison en est bien naturelle; derrière ie Toile de la mythologie^ un sage aperçoit tout de suite la marche et les lois des sociétés naissantes^ les illusions et les passions du cœur humain^ les symboles et Forgueil^e la science.
« La mythologie est la religion de la fantaisie. Les poètes^ en déifiant leurs rêves^ suivirent la pente naturelle à notre esprit^ qui exagère sa puissance^ jusqu'à s'adorer lui-même ^ parce qu'il ignore ses limites.
«Ici^ tout est humain, tout crie en quelque sorte : « Je suis l'œuvre de la créature. » Gela saute aux yeux^ tout est imparfait^ incertain^ incomplet^ les contradictions fourmillent. Tout ce merveilleux de la fable amuse l'imagination^ mais ne satisfait pas la raison.
« Ce n'est point avec des métaphores ni avec de la poésie qu'on explique Dieu^ qu'on parle de l'origine du monde et qu'on révèle les lois de l'intelligence.
« Le paganisme est l'œuvre de l'honmie. On
peat lif6 ici notre imbécÂUité et notre cachet foi font écrite pettout*
« Que savent^il» de piaft <]ne lès ait^e» ttioilèl^ ces dieux si vantés^ ces législateurs greos 0tl roïôaios : ces Numa^ oès Lycurgue^ ces prêtres ée lliideet de Memphis^ oen Confuclud^ eeê IM^- Uaiû^il Rien absolHôieBt.
« Ite Ont fait un traiehaos de la morale ^ mais ^ e^-il lin »mil d'entre eux^ qui ait dit tien de neuf relativement à notre destinée à yenir^ à iK^tf e kùie, à Teseence de Dieu et à là créafôon ? Lès théodophes ne mpoi ont rien appris do eé qu'il nous importe de savoir^ et nous ne teirans d'eux aucune vérité essentielle. La question re^ ligieuse n'est pas même entamée par eux^ tant leur théogonie est embrouillée ^ confuse , obseure#
«I II est une vérité primitive qni remonté au beroeau de l'homnte^ qu'on retrouve ehee tous les peuples> écrite par le doigt de Dieu dans notie âme : la loi naturelloi d'où d^ive le devoir^ la justice^ l'exietenee de Dieu> la connûssanœ de eé que c'est que l'hoûMne composé d'u6 esprit et d'un corps*
« Une seule religion accepte pleinement lu lo! naturelle, ui^ seule s'en approprie leg prindpes^
SUR IiB CHRI9T{A1H91». M
une seule en fait Tabjet d'un enseignement fea^ pétuel et public. Quelle est eetie religion? le Christianisme.
« La loi naturelle chez les païens^ attCGotracr^ était méconnue i défigurée > modifiée par Fégoîsme et dépendante de la politique^ On la tolérait^ mais on n'en connaissait pas le caractère sacré. Cette loi n'atait ni temple^ ni prêtres^ ni d'autre asile que le langage^ où IHeu la coUseï^ Tait par une sagesse de sa providence*
«La mythologie est un t^siple consacré à la force, aux héros^ à la science^ aux bienfaits de la nature^ Les sages n'y ont pas de placer en effet, les sages senties ennemis nalureh» de cette idolâtrie qui divinise la matière.
«Aussi, pénétrez dans les sanctuaires, Vous n'y trouvez ni l'ordre, ni rharnK)nie, mais un vrai chaos, mille contradictions, la guerre entre les dieux, l'immobilité de la sculpture, la division et le déchirement de l'unité, le morcellement des attributs divins, altérés ou niés dans leur essence, les sophismes de l'ignorance et de la présomption, des fêtes prennes, le triomj^e de la débauche, l'impureté et l'abomination ado^ rées> toutes les sortes de corruption gisant parmi d'épaisses ténèbres avec un bois pourri, l'idole
et son prêtre. Est-^ce là ce qui glorifie Dieu, ou ee qui le déshonore?
« Sont-<^ là des religions et des dieux à comparer au Christianisme?
« Pour moi, je dis non . J'appelle l'Olympe entier à mon tribunal. Je juge les dieux, mais je suis loin de me prosterner devant de vains simulacres. Les dieux, les législateurs de l'Inde et de la Chine, de Rome et d'Athènes, n'ont rien qui m'en impose. Non pas que je sois injuste à leur égard ! non, je les apprécie parce que j'en sais la valeur. Sans doute les princes dont l'existence se fixa dans la mémoire , comme une image de l'ordre et de la puissance, comme un idéal de la force et de la beauté, ne furent point des hommes ordinaires.
« Mais il faut aussi calculer dans ces résultats l'ignorance de ces premiers âges du monde.
Cette ignorance fut grande, puisque les vices furent divinisés avec les vertus, tant l'imagination joua le rôle principal dans cette séduction curieuse ! Ainsi la violence, la richesse, tous les signes et l'orgueil de la puissance, l'amour du plaisir, la volupté sans frein, l'abus de ja force, sont les traits saillants de la biographie des dieux, tels que la fable et les poètes les présentent, et nous en font un naïf récit.
« Je ne vois dans Lycurgue, Numa, Gonfucius et Mahomet^ que des législateurs qui, ayant le premier rôle dans l'État, ont cherché la meilleure solution du problème social; mais je ne vois rien là qui décèle la divinité; eux-mêmes n'ont pas élevé leurs prétentions si haut.
« Il est évident que la postérité seule a divinisé les premiers despotes, les héros, les princes des nations et les instituteurs des premières républiques. Pour moi je reconnais les dieux et ces grands hommes, pour des êtres de la même nature que moi. Leur intelligence, après tout^ ne se distingue de la mienne que d'une certaine façon. Il ont primé, rempli un grand rôle dans leur temps, comme j'ai fait moi-même. Rien chez eux n'annonce des êtres divins; au contraire, je vois de nombreux rapports entre eux et moi, je constate des ressemblances, des faiblesses et des erreurs communes qui les rapprochent de moi et de l'humanité. Leurs facultés sont celles que je possède moi-même; il n'y a de différence que dans l'usage que nous en avons fait, eux et moi, selon le but différent que nous nous sommes proposé , et selon le pays et les circonstances...
a 11 n'en est pas de même du Christ. Tout de
M ssmittiBirr de kapoléoin
lui m*ëtonne; gon esprit me dépasse et sa vo onté me confond. Entre lui et quoi que ce soit au monde^ il n'y a pas da terme possible de comparaison. 11 est vraiment un être à part : ses Idées et ses sentiments^ la Térité qu'il annonce^ sa manière de conyaincre^ ne s'expliquent ni par Forganisation humaine^ ni par la nature des choses*
«( Sa naissance et l'histoire de sa vie^ la profon-* deur de son dogme qui atteint vraiment la cime des difficultés^ et qui en est la plus admirable solution ; son Évangile^ la singularité de cet être ttlystérieux, son apparition^ son empire, sa marché à travers les siècles et les royaumes, tout est f!Our nioi un prodige> je ne sais quel mystère insondable.. li qui me plobge dans une rêverie dont je ne puis sortir, mystère qui est là sous mes yeux> imystère permanent que je ne peut nier, et que je ne puis expliquer non plus.
« Ici je ne vois rien de l'homme.
«Plus j'apptoche, plusj'examlnedeprès, tout èi^ au-dessâs de moi, tout demeure grand d'une grandeur qui écrase, et j'm beau réfléchir, je ne me rends compte de rien...
« Sa religion est un secret à lui seul et provient é'tine intelligeneé qui, oeriainetnent, n'est pas
une iateUigeDce de Thoinme* H y d là une mU ginalité profonde qui crée uae série de mots et de maximes inconnus* Jésus n'emprunte rien k aucune de nos ^iences, Oa ne trouve absûlti^ ment qu'en lui seul rimitation ^n Vexem^ dâ çftvie. Ce îi'est pas Qpn plus u» philoeophe, puisqu'il procède par des mir«ieies> et défi la commencement ses disciples sont ses adonir leurs* Il les persusu]^ biea plus par un ^ppel m Sêi^timent^ que par un déploiement fàiimm ^ «cathode et de logiqiie} ^ussi f^ hw^ impos^^rii ni des études préliminaires^ ni la connaisi^ane^ des lettres. Toute sa religion consiste à croire.
« Eu eifet, les sciences et la philosophie ne servent de rien pour le salut^ et Jésus ne vient jum^ 1^ noionde que pour révéler les ^ecretfs du Ciel et les Iqîs de Tesprit.
« Aussi n'a-t-il affaire qu'à l'àipe, il ne ^'entrer tient qu'ftvec elle, et c'est à elle seule qu'il apporte sou Évangile.
«ç L'âme lui siiffît commun suffit à l'âme» j^usr qu'à lui, l'âme u'était rien } I4 matière et le temp§ étaient les maîtres du monde. A sa voix tout est rentré dans l'ordre. La science etlaphirlosophie ne sojat plus qu'un travail second4irè. L'àme a r^onqui? sa ^ûuy§raiReté, Tout l'écb§r
faudage scolastique tombe comme un édificer raine par un seul mot : la foi.
« Quel maître^ quelle parole qui opère une telle révolution ! Avec quelle autorité il enseigne aux hommes la prière , il impose ses croyances ! et nul ici ne peut contredire^ d*abord parce que rÉvangile contient la morale la plus pure^ et ensuite parce que le dogme^ dans ce qu^il contient d'obscur^ n'est autre chose que la proclamation et la vérité de ce qui existe^ là où nul œil ne peut voir^ et où nul raisonnement ne peut atteindre.
« Quel est l'insensé qui dira : Non, au voyageur intrépide qui raconte les merveilles des pics glacés, que lui seul a eu l'audace de visiter?
« Le Christ est ce hardi voyageur. On peut demeurer incrédule, sans doute; mais on ne peut pas dire : Cela n'est pas,
<c D'ailleurs, consultez les philosophes sur ces questions mystérieuses qui sont l'essence de rhomme, et aussi l'essence de la religion ; quelle est leur réponse, quel est l'homme de bon sens qui a jamais rien compris aux systèmes de la métaphysique ancienne ou moderne, qui ne sont vraiment qu'une vaine et pompeuse idéologie, sans aucun rapport avec notre vie domestique.
avec nos passions? Sans doute, à force de réfléchir, on parvient à saisir la clé de la philosophie de Socrate et de Platon ; mais il faut être métaphysicien, et il faut de plus, avec des années d'étude, une aptitude spéciale. Mais le bon sens tout seul, le cœur, un esprit droit suffisent pour comprendre le Christianisme.
« La religion chrétienne n*estpas de Fidéologie ni de la métaphysique, nâais une règle pratique qui dirige les actions de Thomme, qui le corrige, le conseille et l'assiste dans toute sa conduite. La Bible offre une série complète de faits et d'hommes historiques., pour expliquer le temps et Téternité, telle qu'aucune autre religion n'est à même d'en offrir; si t^ n'est pas la vraie religion, on est excusable de s'y tromper; car tout cela est grand et digne de Dieu.
a Je cherche en vain dans l'histoire pour y trouver le semblable de Jésus-Christ, ou quoi que ce soit qui approche de l'Évangile. Ni l'histoire, ni l'humanité, ni les siècles, ni la nature ne m'offrent rien avec quoi que je puisse le comparer ou l'expliquer. Ici tout est extraordinaire, plus je le considère, plus je m'assure qu'il n'y a rien là qui ne soit en dehors de la marche des choses et au-dessus de l'esprit humain.
iOtS SENTIMENT DS NAPOLÉON
«Les jimpies eux-mêmes n^ont jamais o$é oier la ^u))limiié dd rÉvaQgila qui Leur iuspire une $ortâ 4â Yéaération forcée ! Quel booheur ce livrç procure à ceux qui y croient ! Que de merveille? y admirent ceux qui Tout médité 1
c( Tous les mots y soat scellés et solidaires Yun de l'autre, comme les pierres d'un même édifice. l<*esprit qui lie les mois entre eux^ est un cim6nt divin qui tour h tour en découvre le sens ou le cache h Tesprit, Chaque phrase a ua sens complet, qui retrace la perfection de l'unité et la profondeur de l'ensemble ) livre unique oit l'esprit trouve une beauté morale inconnue jusque-làj et une idée de l'infini supérieure à celle p^niie que suggère la création ! Quel autre qu/ç J>leu pouvait produire ce type, cet idéal de perfi)ction, également exclusif et original, où perfK)nne ne peut ni critiquer ni ajouter, ni retrancher un seul mot| livre différent de tout ce qui e^dste^ absQlumei]^ ne^if, sans rien qui le précède et sans rien qui le suive.
«Vous parlez de Confucius, de Zoroâfitre> de Numa, de Jupiter et de Mahomet ; mais il y a entre eux et le Christ cette différence que, de même que tout ce qu'il a fait est d'un Dieu, il n'est rien chez eux au contraire qui ne soit d'u^
SDR hE CH]aiS7|AI|I«yB, 103
Jiomme. L'action de ces mortels fut bornéeà latq: Yk, et ce îni, de leur vivant qu'ils établireut leur culte à Taide des passions, av^ la forcfi Qt à la faveur des événements poli4iqves«
4iljR ChriiBt attend tout de samp^t : est-ce là riaveniion d'un homme? Non, c*est au contraire une marche étrange, une conHance surhur maine, une réalité inexplicable. N'ayant encore que quelques disciples grossiers, le Christ est condamné à mort ; il meurt objet de la colère de$ prêtres juifs, et du mépris de sa natiop, ab^u^ donné et contredit par les' siens. Et eomm<$i|i pouvait-il en être autrement de celui qui avait apnoncé par avance ce qui allait lui arriver :
« On va me prendre, on me crucifiera (disaiiu il), je serai abandonné de tout le monde, mon « premier disciple me reniera au commenceft ment de mon supplice, je laissers^i Êiire les u méchants ; mais ensuite la justice divine étant « satisfaite, le péché originel étant expié par mon « supplice, le lien de l'homme^ avec Pieu sejra a renoué, et ma mort sera la vie de mes dis- « ciples : alors ils seront plus forts sans moi tt qu'avec moi ; car ils me verront ressuscité : je « monterai au Ciel, et je leur enverrai du Ciel « un esprit qui les instruira : Tesprit delà Croix
« leur fera concevoir mon Évangile ; enfin ils y « croiront, ils le prêcheront, ils le persuaderont « à l'univers tout entier. »
« Et cette folte promesse, si bien appelée par saint Paul la folie de la croix, cette prédiction d*un misérable crucifié s'est accomplie littéralement... Et le mode de Taccomplissement est peut-être plus prodigieux que la promesse.
<( Ce n'est ni un jour, ni une bataille qui en ont décidé ; est-ce la vie d'un homme ? Non. C'est une guerre, un long combat de trois cents ans, commencé par les apôtres et entretenu par leurs successeurs, et par le flot successif des générations chrétiennes. Depuis saint Pierre, les 32 évoques de Rome qui ont succédé immédiatement à sa primauté, ont été comme lui martyrisés.
Ainsi trois siècles durant, la chaire romaine fut un échafaud, qui procurait infailliblement la mort à celui qui y était appelé. Et rarement les autres évêques, pendant cette période de trois cents ans, eurent une destinée meilleure.
«Dans cette guerre, tous les rois et toutes les forces de la terre se trouvent d'un côté, et de l'autre je ne vois pas d'armée, mais une énergie mystérieuse, quelques hommes disséminés çà et là dans toutes les parties du globe , n'ayant
SDR LE CHRISTIANISME. 105
d'autre signe de ralliement qu'une foi commune dans le mystère de la Croix.
«Quel étrange symbole ! l'instrument du supplice de l'Homme-Dieu, ses disciples en sont armés. Ils portent la croix dans l'univers avec leur conviction, flamme ardente qui se propage de proche en proche : « Le Christ, Dieu, disent- « ils, est mort pour le salut des honmies. »
Quelle lutte, quelle tempête, soulèvent ces simples paroles autour de l'humble étendard du supplice de l'Homme-Dieu !
« Que de sang versé des deux parts : quel acharnement ! Mais ici, la colère et toutes les fureurs de la haine et de la violence ; là, hr douceur, le courage moral, une résignation infinie. Pendant trois cents ans, la pensée lutte contre la brutalité des sensations, la conscience contre le despotisme, l'àme contre le corps, la vertu contre tous les vices. Le sang des chrétiens coule à flots. Ils meurent en baisant la main de celui qui les tue. L'âme seule proteste, pendant que le corps se livre à toutes les tortures. Partout les chrétiens succombent, et partout ce sont eux qui triomphent.
«Vous parlez de César et d'Alexandre, de leurs conquêtes, et de l'enthousiasme qu'ils surent
allumer dans le cœur du soldat pourrentraîni^ avec eux dans des expéditions aventureuses j mais il faut voir là le prix de Tamour du soldat, Tascendant du génie et de la victoire, Teffet na^turel de la discipline militaire, et le résultat d*un commandement habile et légitime. Mais combien d'années l'empire de César a-t-il duré ? Combien de temps Fenthousiasme des Sol(}Ats pour Alexandre s*est-il soutenu ? Ils qnt jpui da çe;^ hommages pn jour, une heure, le temps d^ leur commandement et au plus de leur yie, sçr Ion les çapriçe§ du nombre et du h^s^rd, s^lpn les calculs de 1^ stratégie, enfin SQlo|ileschaj^^$ de la guerre... Et si la victoire infidèle tes eût quittés, doutez-vous quç l'enthousiasme n'eût aussitôt cessé ? Je vouç le demande, rinfluence militaire de César et d'Alexandre M^Ue fini avec leur vIq? s'e^t-elle prolongée au delà du tombeau ?
jK CpnG0vez-vpu§ un mort, faisant deg conquêtes avec une arméç fidèle et toute dévouée à sa m^ moire? Conceve?-vous un fantôme qui a des soldats sans solde, sans espérance pour cp mondeci, et qui leur inspire la persévérance et le sup-» port de tous les genf es de privations ; hélas ! le çprps de Tureuniç était encore tout châu4| que
son artnée décampait devant Montécuculli. Et moi, mes armées m*oublienl tout vivant, comme l'armée carthaginoise fit d'Annibal. Voilà notre pouvoir à nous autres grands hommes l une seule bataille perdue nous abat, et l'adversité nous enlève nos amis. Que de Judas j^ai vus autour de moi î Ah ! si je n*ai pu persuader ces grands politiques, ces généraux qui m*ont trahi, s*Os ont méconnu mon nom et nié les miracles fun amour vrai de là patrie et de la fidélité quand même... à leur souverain... si moi, qui les avais si souvent menés à la victoire, je n'ai pu, vivant, réchauffer ces cœurs égoïstes, par où donc, étant glacé moi-même par la mort, parviendrais-je à entretenir, à réveiller leur zèle !
tt Concevez-vous César, empereur éternel du sénat romain, et du fond de son mausolée, goutemant Tempire, veillant sur les destins de Rome; telle est Fhistoirè de Tenvahissement et de la conquête du monde par le Christianisme ; voilà le pouvoir du Dieu des chrétiens et le perpétuel miracle du progrès de la foi et du gouvernement de son Église. Les peuples passent, les trônes croulent, et l'Église demeure ! Quelle est donc la force qui fait tenir debout cette Église assaillie par l'océan furieux de la colère
108 SENTIMENT DK NAPOLÉON
et du mépris du siècle ? Quel est le bras, depuis dix-huit cents ans, qui la préservée de tant d'orages qui ont menacé de l'engloutir ?
« Dans toute autre existence que celle du Christ, que d'imperfections, que de vicissitudes ! Quel est le caractère qui ne fléchisse abattu par de certains obstacles ? quel est l'individu qui ne soit modifié par les événements ou par les lieux, qui ne subisse l'influence du temps, et qui ne transige avec les mœurs et les passions, avec quelque nécessité qui le surmonte?
« Je défie de citer aucune existence,comme celle du Christ, exempte de la moindre altération de ce genre, qui soit pure de ces souillures et de ces vicissitudes.
«Depuis le premier jour jusqu'au dernier, il est le même, toujours le même, majestueux et simple, infiniment sévère et infiniment doux ; dans un commerce de vie pour ainsi dire public, Jésus ne donne jamais de prise à la moindre critique; sa conduite, si prudente, ravit l'admiration par un mélange de force et de douceur. Qu'il parle ou qu'il agisse, Jésus est lumineux, immuable, impassible. Le sublime, dit-on, est un trait de la Divinité : quel nom donner à celui qui réunit en soi tous les traits du sublime?
âUR LE CHRI3TIAMISUE. 109
«Le mahométisme^les cérémonies de Numa^ les institutions de Lycurgue^ le polythéisme et la loi mosaïque même sont bien plus des œuvres de législation que des religions.
« En effets chacun de ces cultes se rapporte plus à la terre qu^au ciel. 11 s'agit là surtout d'un peuple et des intérêts d'une nation. Et n'est-il pas évident que la vraie religion ne saurait être circonscrite à un seul pays ? La vérité doit embrasser l'univers. Tel est le Christianisme, la seule religion qui détruise la nationalité, la seule qui proclame l'unité et la fraternité absolue de l'espèce humaine, la seule qui soit purement spirituelle, enfin la seule qui assigne à tous, sans distinction, pour vraie patrie, le sein d'un Dieu créateur.
a Le Christ prouve qu'il est le fils de l'Éternel, par son mépris du temps ; tous ses dogmes signifient une seule et même chose ; « l'éternité. »
a Aussi comme Thorizon de son empire s'étend, et se prolonge infiniment ! Le Christ règne par delà la vie et par delà la mort I le passé et l'avenir sont également à lui; le royaume de la vérité n'a et ne peut avoir en e£Pet d'autre limite que le mensonge. Tel est le royaume de l'Evangile, qui embrasse tous les lieux et tous les peu-
liles. Jésus s'est emparé dtt {^re liunaia: ii en A fait une seule nation, la nation des honnêiês gens, qu'il apipelleà une ^ par&ite. Les eniaemis du Christ relèy^it de lui comme sea amis par le jugement qu'il exercera sur tous, au dernier jour.
«MahoutôtsanBdouteproclameltinitédeDiea :
tette vérité est l'essence et le dogme priacipal de Isa religion, lé le reoonnais ; malB tout le monde «ait qu'il ne Tafâmie que d'wprès Uoïse «t la tradition juf?e. L'espHt de Mahomet au platôt ison ima^natien « Mi tous les fm$ de tous les auti^ dogmes de rAlcoran, livre plein d» oimf^ion ^t d'obscuîitë, d'un novateur passionné qui se lourmente pour résoudre avec le ^^ie, des questions qui sont plus hautes que le génie; -et il n'ïi)Outit vrdment qu'à des turpitudes ! Tstfit il est vrai qu'il n'est donné à p^nsonne, même à un grand homme, de rien dire de saiisMsant sur Dieu, le paradis et la vie ftiture, « Dieu ne Ven instruit luinoiéme pxéadablement!
« Aussi Mahomet n*est vrai qu'autant qu'il s'ap puîe sur k Bible et sur te sentiment inné de la troys&ice en Dieu.
« Pour tout le Teste, rAioeran n'est vrai&)i»it
SDR I£ CHBiSTlANiaiiB. lii
qpi'nn système hardi de dotBin^Uon et d'enva bissement politique.
« Partout rhomme ambitieux se montre à dé coureH dans Mahomet. Vil flatteur de toutes le$ passions les plus chères au cœur de rhomme^ emune il caresse la chair l quelle krg» pari il fait à la sensualité !
« EsiKA yers la yérité de Dieu qu*U veut eniraiiier PArabe, ou y^s la séduction de toute» les jouissances permises dans cette yie> et pro*mises comme Fespoir et la récompende de l'autre?
<x II fallait enlever un peuple ; Fappel aui pair aions fut iiëoas6aîre> à la bo»ue bi^ure l il a réussi : mais la. causa de son ^iomfhe sera la ttoiae de sa ruine. Tôt ou tard le croiscaat disparaîtra de U scène du monde^ et la croi^ y da* ««tirerai
a Le aensuaUsme tue en définitive les nationa^ aussi bien que les individus» qui ont la folia d'en faire la base de leur existence !
« De. plus> oa faux prophète s'adresse à une seule nation^ et il a senti le besoin déjouer deu)^ xiUêB, le râle politique et le rôle religieux. Il a ^Esclivemeiit oonquis et id possède toute la puis»nnca du premier. Pour le second» s'il en a eui la prestige^ il n'en a paa «u la réalité» jamais il
iiî SÉNTIMENt DE NA!»OLéON
n*a donne de preuves de la divinité de sa mis* sion. Une ou deux fois^ il veut s*étayer d*un miracle^ et il échoue honteusement. Personne ne croit à ses miracles^ parce que Mahomet n*y croyait pas lui-même ; ce qui prouve^ qu'il n'est pas aussi aisé qu'on se l'imagine^ d'en imposer sous ce rapport.
« Si le titre d'imposteur s'accole facilement au nom de Mahomet^ il répugne tellement avec ce* lui du Christ^ que je ne crois pas qu'aucun ennemi du Christianisme ait jamais osé l'en flétrir!
« Et cependant il n'y a pas de milieu^ le Christ est un imposteur ou il est Dieu.
« Le Christ n'a point d'ambition terrestre^ il est exclusivement à sa mission céleste. Il lui étAit facile d'exercer une grande séduction, et d'avoir de la puissance, en devenant un honmie politique. Tout s'y prêtait et allait au devant de lui^ s'a l'eût voulu !
«Les Juifs attendaient un messie temporel, qui devrait subjuguer leurs ennemis; un roi dont le sceptre rangerait le monde entier sous leur domination. Certes, il y avait là une tentation difficile à surmonter, et l'élément naturel d'une grande usurpation. Jésus est le premiei* qui ose.
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attaquer publiquement Tinterprétation erronée des Ecritures. Il s'attache à démontrer que ces yiotoires et ces conquêtes du Christ sont des victoires spirituelles^ qu'il s'agit de la répression des vices, de l'assujettissement des passions^ et de l'envahisi^ment pacifique des Âmes ; et si les Ecritures annoncent la soumission éclatante de l'univers, cette soumission absolue regarde le second avé-nement qui arrivera à la fin du monde.
« Jésus prend un soin tout particulier d'inculquer cette explication toute spirituelle à ses dis^ ciples. On veut, dans plusieurs occasions, se sai* ^ sir de lui pour le faire roi ; il écarte de son front la couronne, il n'en veut pas : il en veut une autre, que la Vierge, sa mère, lui a préparée : il la ceindra le jour de son grand sacrifice.
« Jésus ne pactise pas davantage avec les autres faiblesses humaines. Les sens, ces tyrans de l'homme, sont traités par lui en esclaves faits pour obéir et non pour commander. Les vices sont les objets de sa haine implacable. Il mortifie les passions, qui sont l'élément naturel des grands succès. Il parle en maître h la nature humaine dégradée, en maître courroucé qui exige une expiation. Sa parole, tout austère qu'elle est, s'insinue dans l'âme comme un air subtil et
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fan ; la conucienoe en est pénétrée et fiâleoeieiisément persuadée.
« Jésus met de côté la politique^ qui est AoiS^ superflue pour de Trais chrétiens, qui adorât le dogme de la fraternité divine.
« Certes, voilà un homme, voilà un ponttfe à part, et une religion qui se sépare vraiment de toutes les autres religions ; et celui-là est un menteur, qui dit qu'il y a nulle part quelque chose qui ress^nblê à cela.
« Il est vrai que le Christ propose à notre foi une série de mystères. Il commande avec autorité d'y croire sans donner d*autre raison, que cette parole épouvantable : Jb suis Dieu»
« Il le déclare! quel abîme il creuse par cette déclaration entre lui et tous les faiseurs de ra* ligionl Quelle audace, quel sacrilège, quel blasphème, si ce n'était vrai 1 Je dis plus : le tricmipha universel d'une affirmation de ce genre, ai ce triomphe n'était bien réellement celui de Dieu même, serait une excuse plausible, et la preuve de l'athéisme.
« D'aiUeu):s, en proposant des mystères, le Christ est conséquent avec la nature des choses qui e»i {»:ofondément mystérieuse. D'où viens^ où vaishjo^ ^c sui^je? La vie humaine est un
son ÎA CStl^TIANidUB. iiti
■kystàredansaon orisiBe^ ùms son oiiga»îs«tiaa etdAnfrssLilB. Dansrbommeethorsderhommey dans la natuie> tcmt est myetèrej et Ton voudrait que la religion ne fût pas mystérieuse I La <^4^ Uon et la destinée du xnondi^ sont un abUne impénétrable^ avisai bien que la destinée et \% création d'un seul individu. Le Gbristianî^me, du moing^ n'élude pan^ ces grandes questions: il ks attaque en &ce^ et nos dogmes en sont un^ solution pour celui qui croit. Les païens ne nkient pas que la nature des cboses ne lut mystérieuse ; cbej( eux^ le mystère était partout : ils ai avaient de toutes les sortes^ mystères ^Isis^ mystères des bacchanales, mystères desar gesse et d'infamie. C'est ici qu'à bon droit Ton peut se révolter de la nuit impure et profonde qui enveloppe le sanctuaire*
a Quel amalgame hétérogène de principes contradictoires que la théogonie chaldéenne, grecque et égyptienne 1 quel océan d'idées mal digérées^ unies sans liaison^ sans hiérarchie 1 quel mélange du sublime et de l'absurde I du sacré et du profane ! Ce qui est le moins obscur, se rapporte évidemment à Vorigine des sociétés, à leur histoire, et surtout à celle des premiers princes, tandis quç le dogme rappelle l&i mim^ çroyan-
ces OU plutôt les mêmes erreurs d*une tradition perdue ! Et le sanctuaire païeji est vraiment le réceptacle ténébreux des lueurs fausses des sens, le rendez-Tous impur des mille bizarreries de Fimagination et Tasile consacré de toutes les folies du cœur^et de toutes les aberrations des siècles.
« De tels temples, de tels prêtres, peuyent41s être les temples et les prêtres de la vérité? Qui oserait le soutenir? Non, jamais les païens euxmêmes ne l'ont cru sérieusement.
« Le Christianisme seul a affiché dès sa naissance cette prétention, et seul il en a le droit, parce que son dogme est conséquent, et d'accord avec cette prétention. Le polythéisme en eut le pressentiment, quand il attaqua le Christianisme avec tant de fureur. La voix du Christianisme fut entendue comme un cri puissant de la science, qui venait réveiller la conscience. Aussitôt l'idolâtrie se sentit attaquée dans sa base, et n'ayant rien à opposer à l'attaque de ce cri généreux, l'idolâtrie, menacée dans son existence, répondit par un cri de rage. Cette rage n'était pas de la conviction, mais le désespoir de ceux qui allaient cesser de vivre, parce que leur vie était liée à celle de leur idole.
« Telle est la faiblesse du meDsonge,qui de soi
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n'a rien de fixe. Gomment sur la tige mouTante de Terreur, gennerait-il une croyance, une con« Tiction? Non, les païens ne croyaient pas au pa^ ganisme ; et de nos jours un hérétique n'a et ne peut avoir qu'une fausse confiance dans les er^ reurs qui le séparent du catholique : mais il croit en toute assurance les articles communs aux deux conununions; et c'est la croyance commune qui explique la durée des hérésies.
On ne peut expliquer le succès de Luther et de Calvin ^e par les passions des hommes, et par le secours qu'ils reçurent de la politique des princes et des grands qui se servirent de l'hérésie, comme d'une arme, contre le pouvoir royal et contre l'autorité ecclésiastique. Mais comment un homme de bon sens peut-il demeurer protestant dans ces temps-ci ? Aussi le protestantisme existe plutôt par ses conquêtes passées que par sa force présente.
<K Quelle est la religion qui soit absolue, qui éclaire, dirige et tranquillise la conscience conune la foi chrétienne ? Les fausses religions laissent l'esprit, comme un vaisseau sans pilote, errer à l'aventure. Le protestantisme lui-même montre bien sa triste origine par l'abandon qu'il fait du gouvernement de l'âme.
fia scMnMsifT mi ma»oi^n
« Et je conçois que Lu^fir et Cialvin aiêttt m peur de ce fardeau. Oui, je conçois qu^an homm^ft recule toujours devant la direction dés con*^ sdenoes. Dieu seul a pu s'en saisir comme d*ua sceptre qui lui appartient à lui seul I
« Toutes les reli^ons^ hormis la religion chré tienne^ rejettent Tâme dans le commerce de la vie commune*
a Confucius propose aux Chinois Tagriculture^ Lycurgue et Numa crurent contenir leurs con<^ citoyens par le sage équilibre des lois et par rharmonie d'une société bien réglée. Mahomet poussa ses disciples à la conquête du mond# par le sabre. Tous précipitèrent l'homme vers les choses extérieures* A la boime heure ! Me^s quel rapport esiste4^il entre cette actlTité et le sentiment religieux? le vois là des citoyens^ une nation^ un li^islateur^ un conquérant^ mais nulle part un pontife.
« Et quel autre que Dieu pouvait af firmer^ avec cette certitude absolue capable de tranquilliser la conscience^ des vérités telles que Texistence de Dieu^ Timmortalité de Tàme^ la croyance à Tenfer, au paradis^ ces dogmes enfin qui sont les prémisses et la base de toutes les religions ; quand le Christ les énonce comme Tessence de