‹ Sentiment de Napoléon Ier sur le christianismeChapitre 12 sur 30 · DB L8 C8RI9TIANI81IE · texte numérisé non relu

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sa dodrine^ il le fait avec tout ce qu'il y a dlm» posant et d'absolu dans son caractère Aq fUs de Dieu.

« Sans doute il faut la foi pour cet article-là^ qui est celui duquel dérivent tous les autres articles. Mais^ le caractère de la divinité du Christ une fois admis^ la doctrine chrétienne se présente avec la précision et la clarté de Valgèbre : il faut y admirer renchainement et Funité d'une science.

«Appuyée sur la Bible> cette doctrine explique le mieux les traditions du monde; elle les éclaircit^ et les autres dogmes s'y rapportent é^oitement comme les anneaux scellés d'une même chaîne. L'existence du Christ, d'un bout à l'autre, est un tisgu tout mystérieux, j'en conviens; mais ce mystère répond à des difficultés qui sont dans toutes les existences; rejete2-»ie, le monde est une énigme : acceptez-le, TOUS avez une admirable solution de l'histoire de l'homme.

a Le Christianisme a un avantage sur tous les philosophes et sur toutes les religions : les chrétiens ne se font pas illusion sur la nature des choses. On ne peut leur reprocher ni la subtilité, ni le charlatanisme des idéologues, qui ont cru résoudre la grande énigme des questions

théologiques avec de vaines dissertations sur ces grands objets. Insensés^ dont la folie ressemble à celle d'un petit enfant^ qui veut toucher le ciel avec sa main^ ou qui demande la lune pour son jouet ou sa curiosité. Le Christianisme dit avec simplicité : « Nul homme n'a vu Dieu^ si « ce n'est Dieu. Dieu a révélé ce qu'il était. Sa « révélation est un mystère que la raison ni l'es- « prit ne peuvent concevoir; mais puisque Dieu « a parlé, il faut y croire. » Cela est d'un grand bon sens.

« L'Évangile possède une vertu secrète, je ne sais quoi d'efQcace, une chaleur qui agit sur l'entendement et qui charme le cœur; on éprouve à le méditer ce«qu'on éprouve à contempler le ciel. L'Évangile n'est pas un livre, c'est un être vivant, avec une action, une puissance, qui envahit tout ce qui s'oppose à son extension. Le voici sur cette table ce livre par excellence (et ici l'Empereur le toucha avec respect), et je ne me lasse pas de le lire, et tous les jours, avec le même plaisir.

«Le Christ ne varie pas ; il n'hésite jamais dans son enseignement, et la moindre affirmation de lui est marquée d'un cachet de simplicité et de profondeur qui captivent l'ignorant et le

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savant^ pour peu qu'ils y prêtent leur attçn* tion.

c( Nulle part on ne trouve cette série de belles idées^ de belles maximes morales, qui défilent comme les bataillons de la milice céleste > et qui produisent dans notre âme le même sentiment que Ton éprouve à considérer l'étendue infinie du ciel resplendissant, par une belle nuit d'été, de tout l'éclat des astres K

<t Non-seulement notre esprit esl préoccupé, mais il est dominé par cette lecture, et jamais l'âme ne court risque de s'égarer avec ce livre. Une fois maître de notre esprit, l'Evangile fidèle nous aime. Dieu même est notre ami, notre père et vraiment notre Dieu. Une mère n'a pas plus soin de l'enfant qu'elle allaite. L'âme séduite par la beauté de l'Évangile ne s'appartient plus. Dieu s'en empare tout à fait, il en dirige les pensées et toutes les facultés, elle est à lui.

a Quelle preuve de la divinité du Christ! Avec un empire aussi absolu, il n'a qu'un seul but, l'amélioration spirituelle des individus, la pu-

* Rousseau a fait aussi quelque part un éloge de rÉ?angile ! Mais qu'il est loin de cette éloquence ! (Révision.)

lit SBimiBNr BK NAMtAON

reté de la conscience, Funion à ce ^i est vnà^ la sainteté de Tâme. Voilà vraiment une religion^ et je reconnais là un pontife.

« Et ce qui ravit la conviction^ ce sont tous les avantages et le bonheur qui résultent d'une telle croyance. L'homme qui croit est heureux! Ah ! vous ignores ce que c'est que croire ! croire, c'est voir Dieu> parce qu'on a les yeux Ûxës dans lui! Heureux celui qui croit! ne croit pas qui veut ! Tel est le Christianisme, qui satisfisit complètement la raison de ceux qui en ont une fois admis le principe, qui s'explique luirmème par «me révélation d'en haut, et qui explique ensuite naturellement mille difficultés, qui n'ont de solution possible que par la foi.

« Enfin, et c'est mon dénier argument, il n'y a pas de Dieu dans le ciel, si un homme a pa concevoir et exécuter, avec un plein succès, le dessein gigantesque de dérober pour lui le culte suprême, en usurpant le nom de Dieu. Jésus est le seul qui lait osé, il est le seul qui ait dit clairement, affirmé imperturbablement lutméme de luiHnaème : je suis Dieu. Ce qui est bien différent de cette affirmation : je suis un Dieu, ou de cette autre, il y a de$ dieux» L'histoire oe mentionne aucun autre individu qui se soitqu«-

SOR US CHUlSTUKieKË. M

iifië Itd-mêâiè de ce titre de Dieu dimâ te sent absolu. La &ble n*étâblit nulle part que Jupit^ et les autres dieux se soient eux-mêmes divini^ sée. C'eût été de leur part le comble de Toipieil^ et une monstruosité^ une extravagance e^surde. C'est la postérité^ ce sont les héritiers des pre^ miers despotes qui les ont déifiés^ Tous les hommes étant d'une même race^ Alesandre a pu se dire le fils de Jupiter. Maie toute la Gtkse a souri de cette supercherie^ et de mèiUe Fapo^ tfaéose des empereurs romains n'a Jamais élé une chose sérieuse pour les Romains. Mahomat et Confucius se sont donnés simplement pour des agents de la Divinité. La déesse Égérie de Numa n'a jamais été que la p^sonnificatioa d'une inspiration puisée dans la solitude des bois. Les dieux Braimaa de Tlnde sont une îxt^ tention psychologique.

«Comment donc un juif > dont Texistence hl^ toiique est plus avérée que toutes celles des temps où il a vécu^ lui seul^ fils d'un charpentier^ se donne-t-il tout d'abord pour Dieu même^ pour l'être par excellence^ pour le créateur de tous les êtres? Il s*arroge toutes les sortes d'adorations. Il bfttit son culte de ses mains ^ non avec des pierres^ mais avec dos hommes. On

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s^extasie sur les conquêtes d* Alexandre : eh bien ! Toici un conçuérant qui confisque à son profit^ qui unit^ qui incorpore à lui-même, non pas une nation > mais Tespèce humaine. Quel miracle I rame humaine, avec toutes ses facultés, devient une annexe de Texistence du Christ.

« Et comn^nt? par un prodige qui surpasse tout prodige. Il veut Tamour des hommes, c'està-dire ce. qu'il est le plus difficile au monde d obtenir; ce qu'un sage demande vainement à quelques amis, un père à ses enfants, un^ épouse à son époux, un frère à son frère; en un mot, le cœur : c'est là ce qu'il veut pour lui^ il l'exige absolument, et il y réussit tout de suite. J'en conclus sa divinité. Alexandre, César, Annibal, Louis XIY, avec tout leur génie, y ont échoué. Ils ont conquis le monde et ils n'ont pu parvenir à avoir un ami. Je suis peutêtre le seul de nos jours qui aime Annibal, César, Alexandre... Le grand Louis XIV, qui a jeté tant d'éclat sur la France et dans le monde, n'avait pas un ami dans tout son royaume, même dans sa famille. Il est vrai, nous aimons nos enfants, pourquoi? Nous obéissons à un instinct de la nature, à une volonté de Dieu, à une nécessité que les bêtes elles-mêmes recon-

BXm LE CHAISTIANI6ME. ISS

osiss^t et remplissent; mais combien d*e&fimts qui restent insensibles à nos caresses^ à tant de soins que nous leur prodiguons > combien d'enfants ingrats? Vos enfants^ général Bertrand^ vous aiment-ils? Vous les aimez> et vous n'êtes pas sûr d'être payé de retour... Ni vos bienfaits^ ni la nature^ ne réussiront jamais à leur inspirer un amour tel que celui des chrétiens pour Dieu ! Si vous veniez à mourir, vos enfants se souviendraient de vous en dépensant votre fortune, sans doute, mais vos petits-enfants sauraient à peine si vous avez existé... et vous êtes le général Bertrand! Et nous sommes dans une île, et vous n'avez d'autre distraction que la vue de votre famille.

«Le Christ parle, et désormais les générations lui appartiennent par des liens plus étroits, plus intimes que ceux du sang, par une union plus sacrée, plus impérieuse que quelque union que ce soit. Il allume la flamme d'un amou^qui fait mourir l'amour de soi, qui prévaut sur tout autre amour.

«A ce miracle de sa volonté, comment ne pas reconnaître le Verbe créateur du monde?

a Les fondateurs de religion n'ont pas même eu l'idée de cet amour mystique, qui est l'essence

lit SBKfnfKRT Ut KAVOLÈam

é9 Chrifi^ianUme^ gous le beau nom àe

« C'est qu'ils n*aTai«ftt g»âe de se hnc^ 600* tre tin écueO« C'est que, dans une epëration semblable^ »e faire aimer j Fliomiiie porte en lui-même le seiïthnent profond de son impuHH ^ance.

tf Aussi le plus grand miracle du C^rist^ saznr contredît, c'est le règne de la charité.

« Lui seul il esrt parvenu à élever le cœur des hommes jusqu'à l'invisible, jusqu'au sacrifiée du temps; lui seul, en créant cette immolation, a créé un lien entre le ciel et la terre.

«Tons ceux qui croient sincèrement en lui reî^ sentent cet amour admirable, surnaturel, supé* rieur : phénomène inexplicable, impossible à la iraison et aux forces de l'homme; feu ^cré donné à la terre par ce nouveau Promélhée, dont le temps, ce grand destructeur, ne peut ni user la force ni limiter la durée. Moi, Napoléon , c'est ce que j'admire davatitage, parce que J'y ai pensé souvent, et c'est ce qui me proure absolument la divinité du Christ! ! !

ic l'ai passionné des multitudes qui mouraient pour moi. A Dieu ne plaise que je forme aucune comparaison entre l'enthousiasme des soldats et la charité chétienne, qui sont aussi différents

SÛK Ifi CHRISTIANlSHE* ISff

^c létcf (^usc; mais enfin il fdiait ma présence; FflédricîM dô mon regard, mon suîcent, une parole de moi; alors, j*allnmais le fen sacré dan^ les tosnts.,. Certes, je possède le secret de cette puissance magique qni enlève Fes^» prit, mais je ne saurais le comnmniqner h personne; aucun de mes généraux ne Ta reçu ou deviné de moi; je tt*ai pas davantage le secret (Pétemiser mon nom et mon amour dans les ccEfurs, et d*y opérer des prodiges sans le secours de la matière.

« Maintenant que je suis i Sainte-Hélène ,

maintenant que je suis seul cloué sur ce roC| qni bataille et conquiert des empires pour moif Oh sont les courtisans de mon infortune? penset-on à moi? qui se remue pour moi en Europe?

qui m'est demeuré fidèle? oit Sont mes amis?

Oui, deux ou trois, que votre fidélité immortalise, vous partagez, vous consolez mon exil, w

Ici, la voix de l'Empereur prit un accent particulier d'ironique mélancolie et de profonde tristesse : « Oui, notre existéwice a brillé de totit Fëclat du diadème et de la souveraineté; et la vôtre, Bertrand, réfléchissait cet éclat comme le dôme des Invalides, doré par nous, réfléchit les ntvons du soleil... Mais les rerers sont tenttat.

l'or peu à peu s'est etacé. La pluie du maUieur et des outrages^ dont on m^abreuve chaque jour^, en emporte les dernières parcelles. Nous ne sommes plus que du plomb ^ ^néral^et bientàt moi je serai de la terre.

a Telle est la destinée des grands hommes, celle de César et d'Alexandre , et l'on nous oublie! et le nom d'un conquérant comme celui d'un empereur n'est plus qu'un thème de collège! Nos exploits tombent sous la férule d'un pédant qui nous loue ou nous insulte!

« Que de jugements divers on se permet sur le grand Louis XTV! A peine mort, le grand roi lui-même fut laissé seul, dans l'isolement de sa chambre à coucher de Versailles... négligé par ses courtisans et peut-être l'objet de la risée. Ce n'était plus leur maître! C'était un cadavre, un cercueil, une fosse, et l'horreur d'une imminente décomposition.

« Encore un moment, voilà mon sort et ce qui va m'arriver à moi-même... Assassiné par l'oligarchie anglaise, je meurs avant le temps, et mon cadavre aussi va être rendu à la terre pour y devenir la pâture de vers.

«Voilà la destinée très-prochaine du grand Na« poléon... Quel abime entre ma misère profonde

Stm LE CHBISTIANISMB. îfè

tl le règne étemel du Christ^ prêché^ encensé, «imé, adoré, vivant dans tout Tunivers! .. Est-ce là mourir? n'est-ce pas plutôt vivre? voilà la mort du Christ! voilà celle de Dieu! m

L'Empereur se tut, et comme le général Ber- Inind gardait également le silence : « Si vous ne comprenez pas, reprit l'Empereur, |que Jésus- Christ est Dieu, eh hien ! j'ai eu tort de vous faire général m»

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