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CaAPJTRS SUOËME.
I^apdiëon pressent sa mort prochaine. — Son jugement sur l'Angleterre. — La comète de Napoléen «t •eeSe de César. — Besoin d'une obscurité profonde. — Ëiamen et condamnation des doctrines de Gally de Cagliostro et de Mesmer, — Napoléon et l'abbé Buona^ita. — Ennuis et isolement de l'Empereur. — Dévouement et départ de l'abbé Buonavita. — Égards touchants de l'Empereur pour le bon abbé. — Non- Telle de la mort de la princesse Élisa.
L*instant fixé dans les décrets étemels pour la moi:t de Napoléon approchait. Usant avec lui de cette modération dont il use à Tégard de ses amis> Dieu avait achevé ce modèle de sa puissante main^ avec Fépreuve des humiliations^ les mesurant aussi grandes que le grand honune !
Pour lui, il les reçut comme un présent et une grâce de salut qui le préparait à mourir d'une mort chrétienne.
Les âmes vaines se repaissent de chimères et
SBIRUOCliT DS fià^lÈm, ETC. t|l
d'iUosioiis; il fout à Vèsak» de Nap^oa la venté^ mêiDe celle de la oaort.. Depuis Moscou^ eeUa Tërité, ce j^ectre, oat eans cesse apparu à ses oôiés «omme le fantôme de Brutus avec le aM)t fatal : Cest moû,. bieni^ tu me r^verros 8^ nous ^erom «nsem&Je. Maintenant c'est Theure où va s'accomplk le destin à/d grand JNapoléon. La mort est deveniie sa compagne, qui ne le quitte pius, le ccHiâdient de «es longues ¥eilles, ie scMige de s&n sommeil, Vème de tontes ses peasée&j le dernier mot de to^ites ses ^nvecsaticms.
Gomme il prophétisait «a mort arec ce stoïcisme d'un chrétien rassasié 4e la vie^ voiià qu'une comète parut au-dessus de Sainte-Hélène ; Kapoléon songea d'alHNrd à celle de Jnles César^ «t semto croire que le Ciel lui confirmaôt l'arrêt Irrévûcahle 4e sa propre mort dans un 4élai trèsr-prochain. Toutcequiremironnait^lepreseait d'aJULer voir ce phénomène; mais iost^u^iees inu- ItlasI un seul» le général Month^don, giu^dait le cileace. « Yons m'avez compr^^ vouiiy ^^^ 4itHl. »
Bientôt tous les symptômes de la dissolution du o^ps deviennent ^siJ^les pour tout k mood^. L'Empereur perd l'appétit» il >est Uviàe, ^ a®
IS2 SfitmitE^T Dfi NAPOLÉON
présente presque plus que Faspect d'un cadavre; deux fois il veut monter en calèche^ et il ne peut y parvenir : son effort l'épuisé... Tous ses membres sont crispés par Un froid glacial^ il se couche avec des frissons^ il s'écrie : « Ah ! comme je souffre ! je le sens^ ma mort ne peut être éloignée ! en quel état suis-je tombé ! j'étais si actif, si alerte ! à peine si je puis à présent soulever ma paupière^ je ne suis plus Napoléon ! p
L'Empereur aimait à s'isoler dans l'obscurité; c'était une habitude de sa jeunesse qu'il avait portée sur le trône ; cette habitude se fortifia à Sainte-Hélène^ et pendant sa maladie devint un besoin et son unique consolation^ à tel point qu'il ne voulait pas de lumière non-seulement pour converser avec son médecin ou ceux qui veillaient^ ou pour donner ses ordres; mais encore souvent il voulait qu'on fit même le service de sa chambre dans l'obscurité...
Ce fut dans cette obscurité favorable au recueillement^ que Napoléon puisa ces vues profondes^ cette sensibilité^ ce jugement^ ce discernement^ ces pensées fières et mâles^ toutes ces fleurs variées si délicates et ces fruits exquis qu'on admire dans son langage et qui brillent dans ses actions. Je ne veux pas me détourner
StR LE CHRIStUNlSHE. 43^
de mon but^ qui est uniquement religieux; cependant^ je ne puis me refuser à faire encore nne citation de quelques paroles qu'il prononça dans le mois qui précéda sa mort^ et où Ton retrouve toute la profondeur, le sens et la sagacité de son génie.
On reçut d'Angleterre et de milady Holland un envoi de livres dans lequel se trouvait une cassette renfermant un buste en plâtre, dont la tête était couverte de divisions, de chiffres qui se rapportaient au système cranologique de Gall. L'Empereur dit à Ântommarchi : « Voilà, docteur, qui est de votre ressort; nous causerons de cela plus tard; on s'amuse quelquefois à considérer jusqu'où peut aller la sottise. Lavater, Gagliostro, Mesmer, n'ont jamais été mon fait; j'éprouvais je ne sais quelle espèce d'aversion pour eux. Ce sont des gens qui donnent l'apparence du vrai aux théories les plus fausses. La nature ne se trahit pas par ses formes extérieures. Elle cache, elle ne livre pas ses secrets. Vouloir saisir, pénétrer les hommes par des indices aussi légers, est d'une dupe ou d'un imposteur. Le seul moyen de connaître ses semblables est de les voir, de les hanter, de les soumettre à des épreuves. Il faut les étudier
i34 SENTIMENT D£ NAPOLÉON
longtemps^ si on ne veut pas se méprendre, il faut les juger par leurs actions : encore cette règle n'estrelle pas infaillible^ et a-t-«lle besoin de se restreindre au monient où ils agissent. Car nous n'obéissons presque jamais à notre caractère. Nous cédons au transport^ nous sommes emportés par la passion; voilà ce que c'est que Jes vices et les vertus, la perversité et Théroïsme, Telle est mon opinion; tel a été longtemps mon guide. Ce n'est pas que je prétende exclure l'iiifluence du naturel et de l'éducation; je pense, au contraire^ qu'elle est immense. Mais hors de là| tout est système, tout est sottise. »
L'Empereur aurait voulu que le climat ne fût du moins mortel qu'à lui seul; n'éi^it^e point assez d^ l'holocauste de sa viel Préoccupé d'un pressentiment douloureux au sujet de la sauté de l'abbé Euonavita^ qui, depuis qu'il avait dois le pâed dans lile, était toujours souffrant, m9r lad^ Naj^éon avait pris le parti de lui corn*u^ander de retourner en Europe, Le docteur An» tommftrcbi> qui fut témoin de cette séparation, a raconté combien elle fut touchante : un &1& obligé de quitter son père ne montre ni plus do tendresse;,.m.pïlusde déférence que l'Empe* ireur ; il a^sur^ a« bon abbé une pension de
3,000 francs pour le reste de ses jours. Ah ! sans doute il y avait dans ce départ, dans cette séparation, une arrière-pensée qui brava les yeux d*Hudson Lowe et du gouvernement anglais, la pensée d'un fils mourant qui envoyait à sa mère, à ses frères et aux siens sa dernière parole, son dernier baiser; puisqu'il lui était défendu de les déposer dans une lettre, ce fils auguste les cachait dans le cœur d'un prêtre catholique.
Le bon abbé Buonavita, chargé des instructions de l'Empereur, par obéissance, quitta seul Sainte-Hélène ; ce départ fut un acte de résignation, un sacrifice héroïque, car c'était fuir la mort pour la trouver plus sûrement; l'abbé Buonavita, plus que sexagénaire, à peine arrivé, à peine reposé de ses fatigues, se rembarque pour recommencer le voyage le plus pénible. miracle d'un cœur chaste qui a Dieu avec soi et qui accomplit sans peine et comme naturellement ce qui est le plus opposé à la nature et ce qui est le plus parfait ! Mais pourquoi m'étendre davantage? pourquoi louer le bon abbé? en faisant une action sublime, il a été prêtre et voilà tout ! Ah I que l'Empereur, qui avait aussi> lui, un caractère sacré, comprit bien cette abné^ gation, ce dévouement admirable ! 11 est des lar-
mes intérieures qui ne sont connues que de certaines âmes! ce sont celles qui inondèrent le cœur de Napoléon^ quand il fit ses adieux au bon abbé! Ecoutons Antommarchi nous raconter à son insu quelque chose de cette douleur impériale : L'Empereur me dit (à Antommarchi) : «c Docteur^ accompagnez ce bon vieillard à James-Town; rendez-lui tous les soins^ donnez-lui tous les conseils qu'exige un si long trajet, i» Quand je fus de retour : « Est-il embarqué? demanda Napoléon. — Oui, Sire. — Commodément? — Le navire paradt bon. — L'équipage?
— Bien composé. — Tant mieux, je voudrais déjà savoir ce brave ecclésiastique à Rome, et quitte des accidents de la traversée. Sans doute le Pape lui fera bon accueil. Sans moi, où, en serait VÉglise^?
Ce fut vers cette époque que l'Empereur apprit la mort de sa sœur, la princesse Élisa; cette nouvelle rappelle Napoléon à cette idée fixe de sa fin prochaine : « Je n'ai plus ni forces, ni ac-
< L'Empereur, sans doute, a raison de se glorifier que Dieu eût fait de lui sou instrument; mais il se trompe s'il se croit absolument nécessaire. L'Église at-elle chancelé quand Napoléon retira sa main d'abord étendue pour la protéger?
tivité, ni énergie. Je ne suis plus Napoléon, dit-il à son médecin; vous cherchez en vain à me rendre l'espérance, à rappeler la vie prête à s'éteindre; vos soins ne peuvent rien contre la destinée; elle est immuable. La première personne de notre famille qui doit suivre Ëlisa dans la tombe est ce grand Napoléon qui végète, qui plie sous le faix, et qui tient encore l'Europe en alarmes. »
L'anecdote suivante est racontée par Antommarchi. Un soir, l'Empereur s'était endormi pendant la lecture; tout d'un coup il se réveille et demande de quoi il s'agit. « Sire, des prêtres, des embarras qu'ils vous ont suscités, de leurs intrigues. — L'auteur extravague ! s'écria l'Empereur; ils furent tous pour moi, je n'ai eu qu'à m'en louer, ce sont eux qui m'ont le mieux servi, et dont j'ai eu le moins à me plaindre. »