‹ Sentiment de Napoléon Ier sur le christianismeChapitre 14 sur 30 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

L'Empereur est averti de se préparer à mourir. — Il redemande un testament au général Bertrand. — Second testament. •^ Son testament est un résumé de sa TÎe politi(iue. — Son premier Talet-de*chanibre Marchant. — Son indulgence pour Marie- Louise. — Legs à l'abbé Vignali. — Résigné à mourir. — Appel à ses brayes qu!i\ va revoir dans l'autre monde.

Ce fut le 3 avril que Ton perdit toute espérance; ce jour là le médecin reconnut que la maladie était mortelle, et comme c'était son devoir, il prévint MM. les comtes Bertrand et Montholon que la crise était prochaine. Suivant l'étiquette des têtes couronnées, l'Empereur devait être averti; il le fut par le comte Montholon.

Il apprit, avec le calme de quelqu'un qui s'y attendait, la signification de cet aiTêt fatal de son médecin. Aussitôt rappelant la même éner-

gie avec laquelle il commandait autrefois à son corps, il se hâte de mettre ordre à ses affaires spirituelles et temporelles. Il avait fait un testament qui était dans les mains du général Bertrand, l'Empereur n'hésita pas à le redemander pour le détruire avant que d'en écrire un autre.

A partir de cet avertissement lugubre, TEmpereur n'eut plus qu'une idée, celle d'accomplir ses devoirs, et de signifier ses dernières volontés, comme homme, comme chrétien et comme empereur! Il était résigné, mais sa résignation était ce sentiment magnanime qui domine la mort elle-même. Alors on vit sa foi paraître en même temps que ses passions s'affaiblir, et sa croyance se ranimer, et teindre d'un vif et solen nel éclat les tristes ombres de l'agonie la plus douloureuse.

La politique ne lui est plus de rien; mais, préoccupé des principes, il se doit à lui-même de protester contre les crimes de la politique dont il expire la victime.

Tout ce Testament est un portrait au vif de la ressemblance morale de Napoléon, où il s'est représenté lui-même dans la nudité de son être intime. Chaque mot est une révélation de son

cœur ou de son esprit^ et dans Tensemble des dispositions^ on retrouve un abrégé de sa vie, et trait pour trait toute sa physionomie intellectuelle^ son âme elle-même avec ses qualités et ses vertus^ avec son caractère héroïque^ mais aussi avec ses faiblesses et ses passions.

Le testament commence par ces mots : Je meurs dans la religion ccUholiqtiey apostolique et romaine. C'est ainsi que Napoléon se déclare chrétien tout d'abord et sans user d'aucune dissimulation^ comme il l'avait proclamé jadis en prenant les rênes du pouvoir suprêiùe. Ensuite il décerne à ses amis^ à ses serviteurs^ des récompenses qui sont une juste appréciation de leurs services et de leur fidélité. Usant du droit qui est inhérent à un souverain^ il élève son premier valet de chambre Marchant^ jusqu'à l'honorer du nom de son ami; sa justice, image de celle de Dieu, pose en principe, que tous ceux qui lui ont été dévoués, ont les mêmes droits et sont égaux à ses yeux ; ce qui ressort de cette recommandation à Marchant d'épouser la veuve, la fille ou la sœur d'un officier ou soldai de son armée. On a vu en quels termes affectueux il formule le legs de M. de Montholon. Gomme s'il ne voulait donner au général Bertrand d'autre marque d'intérêt qu'une

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somme i' argent, il dit simplement dans son testament: Je lègue.», au général Bertrand. Néanmoins^ presque à la veille de sa mort^ il prend de nouveau la plume^ pour recommander, dans un codicille, le général Bertrand à Marie-Louise^ afin qu^elle lui fasse rendre 30,000 francs de rente qu'il possède dans le duché de Parme et sur le Mont-'Napoléon de Milan, ainsi que les arrérages échus.

Hais il n*est rien qui puisse donner une idée de Tempire de Napoléon sur ses passions plus que le codicille qui regarde Marie-Louise. Il hésita longtemps avant de le tracer, et on l'entendit s'écrier : « Etre Corse et pardonner im tel outrage! » Et il ajoutait : a Quoi donc! la justice elle-même ne me convie-t^lle pas à la flétrir! » Puis s'arrêtant, il disait avec une réflexion plus mûre : « Cest la mère de mon fUs, qui reste seule pour veiller sur ses jours. Eh ! quepuis-je d'ailleurs, moi misérable proscrit, captif, que puis-je contre la fille de César? Mon anathème ira se perdre dans les airs, ou retombera sur moi, sur mon fils. Elle est coupable, et moi, suis-je innocent? Elle a besoin de pardon, et moi qui vais paraître devant Dieu, n'en ai-je pas besoin? « Ce fut après ce colloque avec lui-même que l'Empereur écrivit :

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« Je comerve juêqv'au dernier moment à ma trës^ chère époitse Mariê-Louiee les phm tendres smUi* ments; je la prie de miUer pour garantir mon fUi des embù/ôhes qui envinmnent encore son ei^ fance^»

Il est deux legs de ce testament que nous de^ vous encore transcrire.

« Je lègue à Vahbé Vignali cent mille flrancê* le désire qvfil bâtisse sa maison prés de Ponte-Nueoo de Roetino.

« Je charge l'abbé Vignali de garder les vases sacrés qui ont servi à ma chapelle à Longwood ei de les remettre à mon fUs quand il aura seiTS/e ans*. »

• « Elle est coupable, et moi, suis-je innocent? » s'éorie Napoléon en parlant de Marie-Louise. Ouel rap-^ procheœent involontaire ne présente pas à l'esprit cette confession énergique d'un prince qui avait cru pouvoir se permettre, du vivant de sa femme légitime l'impératrice Joséphine, d'épouser une archiduchesse d'Autriche! Quelques années sont à peine écoulées, et voilà cette méioe archiduchesse, devenue l'épouse de Napo» léon, qui brise à son tour le nœud conjugal, et qui croit pouvoir se permettre, du vivant de Napoléon, de lui donner un successeur, avec le titre d'époux légitime, le comte Ncipperg, un général autrichien !!! Quelle leçon du ciel aui souverains pour leur apprendre à garder la sainteté du ir.ariage!

' L'abbé Vignali a été assassiné en Corse, et c'est

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Pendant qu'il se lorçait pour écrire de sa main ces codiciUes> se tenant renfermé et assidu à ce travail^ trois et quatre heures de suite^ la msr* ladie s'en irritait^ et La mort impatiente étendait sur Napoléon les ombres de cette nuit redou-» table qui ne doit se dissiper que dans Vétemité. Pour lui^ il regardait la mort en face, sans en sentir le moindre trouble, avec le même sang^ froid, avec la même magnanimité qu'il Tayait tant de fois envisagée sur les champs de bataille. A quelqu'un qui lui disait qu'il avait encore des chances, que son état n'était pas désespéré, il disait : (c Plus d'illusion, je sais ce qui en est, je suis résigné. »

Le 19 avril, il fait un effort, il se lève, et s'assied dans son fauteuil. Le général Montholon se réjouit de cette amélioration ; Napoléon se met à lui sourire avec douceur : c< Vous ne vous trompez pas, mon ami, je vais mieux aujourd'hui; mais je n'en sens pas moins que ma fin approche. Quand je serai mort, chacun de vous aura la douce consolation de retourner en Europe.

Vous reverrez vos parents, vos amis; et moi, je

cet assassinat qui nous a privés du témoignage intéres> sant qu'il aurait pu rendre des sentiments et de la foi de l'Empereur.

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retrouverai mes braves. Oui^ continua-t-il en haussant la voix, Kléber, Desaix, Bessières, Duroc, Ney, Murât, Masséna, Bertbier, tous viendront à ma rencontre; il me parleront de ce que nous avons fait ensemble; je leur conterai les derniers événements de ma vie. En me voyant^ ils redeviendront tous fous d*entbousiasme et de gloire. Nous causerons de nos guerres avec les Scipion, les Ânnibal, les César, les Frédéric!!! A moins, ajoute-t-il en riant, qu'on n'ait peur là-bas de voir tant de guerriers ensemble. »

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