‹ Sentiment de Napoléon Ier sur le christianismeChapitre 15 sur 30 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

L*beure de mourir, — Chrétiens et Français sont sinonymes. — Objection contre le sacrement de pénitence. — L'Empereur et ie pape Pie Vil causante/» la eonfeasion. — Opinion de Napoléon sur la confession. — Le pénitent de l'abbé Yignali. — Ses dispositions et ses ordres pour mourir chrétien. — Entrevues de TEmpereur avec son confesseur. — SouTenir de la première commimion. — La nuit du 30 avril. — Dialogue religieux avec le général Montholon. — Le saint Viatique. — Autel construit par ordre de l'Empereur. — Paroles de l'Empereur. — Sa mort chrétienne.

Le propre du génie^ c'est de voir ce qui est : semblable au soleil qui^ à peine sorti de Thorizon^ remplit Tunivers de son regard^ en mesure Textrême immensité et déjà se précipite avec conscience vers le terme de sa course rayon-? nante^ Napoléon, dès le matin de sa vie, en avait aussitôt mai^qué du doigt le terme fatal. 11 était

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à peine âge de vingt^deux ans, lorsqu'il écrivait, avec le laconisme du penseur, celte sentence, qui exhale l'odeur balsamique d'i^n monastère du Carmel : « La vie est un. léger songe qui se dissipe. » Quand l'heure fut venue de voir ce songe s'évanouir, lui, qui appréciait le temps en homme qui en sait la brièveté, comprit la solennité, l'importance et l'imposante grandeur de l'emploi de sa dernière heure ! U avait de trop loin préparé cette dernière et décisive victoire, pour ne pas la remporter! Anoé de son jugement si sûr, Napoléon devait être abrs 6l il fût tout à fait chrétien ! Pour ne pas Têhre à sa mort, sQp âme était trop religieuse^ et lui*même ét«it trop positif pour ne pas seatir U nécessilé d'arrêter enfin ses idées dans une foi précise. Refuser à Dieu ce dernier hommage, c'était pour Napoléon apostasier! et rxQ pas s'astreindre à toutes les pratiques de la religion, c'était nonseulement rmoncer au ciel, mais encore à sa famille el à la France; car dans l'enchaînement logique de sa pensée rigoureuse, la religion étant le phénomène prmeipal, essentiel et géaéiuteur d'une nation, ne pas être ehréUen, c'était ne pas être Français, c'était ne pas être de sa lamiUe. Mais pour être chrétien, que de elftoses à aceoBir

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^îr ! Pikor celui qui jusque-là n'a pratiqué qu'à deml^ pour cet homiue terrestre qui, tout i^ Vheure encojfe, rampait à terre, opprimé par robscuriié d*^n dwte indigue de la majesté lu*ntineuse de la religion ; quel effort sublime pour triçnpber de soi-même! Napoléon s'y résolut «TOC cet élan indomptable qu'il portait daps l'ac^ eomplissement de sa Yolontél 11 s'hunôUa^ il ae réconcilia avec Dyieu, il s'anéantit en sa présence autant qu'il s'était élevé devant les hommes; ^fia ce grand homme est mort pénitent dans les bras de la religion, et il ne fit pas moin^ poui^ r^trer en grâce avec elle, pour en ot>^nir l'inv^ eiU>le pardon, qu'il avait fait pour conquérir les reyaymes de la terre ) c'était dans cette prévision fatale qu'il avait mandé avec we sollicitude ^ touchante, et fait arriver des prêtres dans l'ile* liais qu'il lui en coûta et qu'il eut à combattre!..»

Napoléon était chrétien sans do«te par sanaifr; lance et eon éducation, parce qu'il était un htm* nête homme (et l'honnête homme est d'abord de la rdigien de son père et de sa nière) ^ de plus Napoléon était chrétien par le génie et par le cœur; il avait la foi qui natt d'une grande ftmé. Mais tel est l'orgueil humain. ; lui fui eut

regardé comme nn crime et même cott&ftie ttnô folie la prétention de retrancher un seul iota de l'Évangile^ dont il vénérait également tous les dogmes^ il avait constamment éludé la pratique par une de ces aberrations trop communes^ e% qui sont la plaie de noire époque! Le sacrement essentiel du christianisme, et qui est tout le christianisme, c*est le sacrement de FEucha-* ristie; aucun chrétien, si relâché qu'il soit, n*ose en discuter, même en idée, la vérité mystérieuse ; mais on ne se fait pas de scrupule des objections contre la confession ; et cependant quelle inconséquence! La confession est Fescalier de l'autel chrétien ; brisez-le, vous ne pouvez plus en approcher ! Déjà sur le trône , pressé de se confesser par le pape Pie YII, Napoléon avait dit: « Je suis trop occupé, saint Père; quand je serai plus vieux. » Puis il disait à ses courtisans : « Un souverain peut-il, doit-il se confesser? Alors^ que devient la question des deux puissances, la temporelle et la spirituelle? Le souverain, c'est le prêtre *. »

Mais ce qui prouve que Napoléon faisait an

* Étranges chimères de l'orgueil! Quel terrible danger que la toute -puissance qui inspire de telles pensées! {Révision.)

SOa I4E CHRISTIANISME. 149

sophisme quand il refusait de se confesser^ prétextant que les soins^ Thonneur du trône le lui défendaient^ c*est qu'à Sainte-Hélène il ne saconfessait pas davantage. A quelqu'un qui lui disait : ft Sire^ vous êtes chrétien^ vous entendez la messe, TOUS allez même jusqu'à faire maigre, mais comment TOUS dispensez-vous du principal, vous ne vous confessez pas? » L'Empereur répliquait vi-< vement : « La confession est d'institution divine ; elle est nécessaire ; en se faisant connaître à autrui, nous apprenons à nous connaître; c'est un supplément, et un auxiliaire admirable de la conscience; la confession est un émétique trop nécessaire à la pauvre humanité pour ne pas être l'institution médicinale du Dieu réparateur de l'âme; par la confession on s'affermit dans le bien, on connsdt à fond le mal, on s'en sépare, on s'unit à Dieu, cela est incontestable; mais la confession est une affaire de confiance, et la confiance est une chose délicate qui ne se commande pas; aussi c'est notre droit à tous de choisir, de pouvoir choisir un confesseur; et moi le puis-je? qui choisir? l'abbé Yignali, un jeune homme qui est là toute la journée sous mes yeux, aussi familier avec moi que l'un de vous. Il a de la foi, c'est tout; mais ce n'est pas

là te qu'il me faut; il a de ritisiru(^i!> WAH â n*a ni asset de lumières ni asset d'exj^drience pou^ moi. L*abbë Buonavita^ à la bonne heure I voilà un prêtre, un saint vieillard 1 » Pui« il ajoutait : « Si rëvéque de Nantes était id, je me coti-'fesserais sur Theure. Il eût fait de moi tout cd qu'il eût voulu. y> Qu'on juge par là combien il eti coûtait à Napoléon de se mettre aux genoux de ce même abbé Vignalî, quand la maladie vint enfin le lui commander impérieusement. Cependant s'était-il confessé à l'abbé Buonavita? Personne n'est en mesure de l'affirmer ou dfe le nier ; mais ce qui est certain^ c'est qu*il s'était enfermé souvent avec lui ; que se passait41 alors entre le prêtre et Napoléon? Dieu seul le sait. Ce qui est certain encore, c'est que l'Empereur ne niait pas la vérité de la confession, et c'est là l'unique point qu'il est essentiel d'éta^ blir.

Voici une preuve nouvelle que les délais à accomplir un devoir impérieux, doivent être rangés parmi ces subtilités que suggère le démon et qu'accepte l'orgueil. Avant la venue des prêtres dans l'île, comme un de ses servilettrs> gravement malade, se désolait à l'idée du risque qu'il courait de mourir sans sacrements.

8^R LE CSmSTlÀNldHft. 151

TËmpereUr lui disait : « Certes ^ j^en sei^i« effirayé à Totre place, mais non autant que vous^ (Mitce que je suis plus instruit. Il n*y a pas de notre faute si nous sommes ici sans religion. C'est une infamie houvelie de nos bourreau^.

Mais si Je mourais sans sacrements^ mon ss^ serait sur eux et non sur moi, si d'ailleurs je suppléais par l'intention à ce qui nous manque. Une confession faite à Dieu est très^valable pout celui qui ne peut la foire à son ministre. «

Enfin, pressé d'en finir avec toutes ces subtilités par le progrès de la maladie autant que par te besoin de sa conscience, l'Empereur se éédàSi, Déjà il avait eu plusieurs entretiens secrets avec l'abbé Vignali, lorsque le 20 avril, Vau- %el se trouva dressé, et à fissus de la ^esse VEn^ pereur se confessa et fut admiûistré dans la mérfie matinée, c'est-à-dire qu*il reçut î'Extrême-Onction; voilà ce que rapporte M. de Norviiis, et ce qui ita'a été confirmé par M. Marchant. Le malade désirait mssi recevoir le èaini Viatique (je cite encore M. de Nôrvîns) ; mais la maladie ne te permit pas. Le lendemain 24 avril, ^Empereur mande de mmveau ¥abbé YiqnaUj et lui dit t « Monsieur Vabhé, savez-vous ce que c'est qu'une chapelle ardente?'^ Oui, Sire, — En axiez-mus ikfservi? —

i52 SEMTIllEm' DE NAPOLÉON

AtuMne.-^Eh bien, vous desservirez îa mienne! L'Empereur entre à cet égard dans les plus minutieux détails^,» lorsqu*un éclat de rire se fait entendre. Quel est celui qui s'oubliait jusqu'à insulter à la Religion et à la majesté de TEmpereur^ sans être retenu par ce respect naturel qui s'attache aux dernières paroles d'un mou* rant ? C'était le médecin Antommarchi. Qu'on juge de ce qui dut se passer dans Tâme magnanime de Napoléon ; sa colère fut telle que M. Mar* chant; qui en fut témoin^ me disait : «c Je n'ose ni ne veux rapporter les termes textuels de sa colère , par égard pour l'Empereur, qui a par-donné au docteur, mais je vous autorise à dire qu'il fut tancé d'importance, » On peut se faire une idée, par l'expression de M. Marchant, de la vivacité de la correction qui foudroya le moqueur insolent. Les termes furent énergiques^ puisque Antommarchi, racontant cette scène > en atténuant ses torts, prête ces exclamations à l'Empereur : « Vom êtes un athée; vous êtes médecin ; les médecins ne croient jamais à rien, parce qu'ils ne brassent que de la matière. Je ne suis ni philosophe ni médecin, je crois à Dieu, je suis

^ Ces lignes en italique sont d'Antommarchi.

SUR LE CHBiSTIANlSME. 153

chréOen^ catholique, romain; soyez athée, mon-sieur, pour moi, je veux remplir toitô ^5 devoirs que la religion impose, et recevoir tous les secours qu^eUe administre, (Et se tournant vers le prêtre :) Monsieur l'abbé, vo/us direz la messe tous les jours, et vous continuerez à la dire après ma mort. Vous ne cesserez que lorsque je serai en terre. Aussitôt que je serai mort , vous poserez un erudpas sur mon cœur, vous mettrez votre autel à ma tète. Je veux en outre que, dés à présent, vous exposiez tous les jours le Saint-Sacrement et que vous disiez tous les jours les prières des quarante heures.» Voilà ce que le médecin Ântommarchi lui-même raconte^ et ce qui m'a été confirmé par M. Marchant^ ayec la rectification si intéressante qu'on vient de lire*

Mais bientôt TEmpereur rappelle l'abbé Vignali; il veut converser ^ il s'enferme avec lui. Quoi donc! ce jeune homme art-il vieilli tout d'un coup? n'est-ce plus ce même abbé Vignali, le commensal et le famHler de l'exilé? Non, voyez-le : sa démarche est noble et grave^ l'Empereur ne lui impose plus ; au contraire^ il impose à l'Empereur luinoaême : c'est un être tout divin, le familier de Dieu, le dépositaire de ses sacrements et de sa parole, le nouvel Adam, le

164 SENTlHEinr DB KAlN)LfiON

convive «t Thôte du bdiiquei^ le prMre éternei> enfin le représentant et le ministre légitime de Jé8U8^hrl8t> qui en tient les pouToirs et qui est revêtu des entrailles de sa misërioorde. Je na dis point assez^ écoutes : Ce pïétre^ e*est lësus^ Giirist; oui^ Dieu méme^ notre Sauveur bëni^ dont Napoléon contemple le visage> recherche ki société et adiure la conversation. triomphe de la foi 1...^ €e fait des entrevues secrètes de Tabbé Yiguali avec TEmpereur ne saurait être robjet d'aucun doute , puisqu'il est attesté également par M. Àntommarchi et par MM. Montholon et Mard«int« «Pluneura fâis^ m*ont-il8 répondu quand je les înterrogeaii là-^l6Bius> pendant toa dwnières sesiaines de son agonie> TEmperear demeura seul avec Fabbé Vignali; sa portb était feimée pcar wér^ b

Que se pasniM ? Nous pouvons le pressentir :

TËmpereur repassait toute sa vie pour eb ôter rivraie; il nettoyait son aire avec le van de i'fi-^ vangile. Quel travail nouveau ! On ne veut plus gagner le monde ou des trônes qu*oH merise > mais rame qu'on estime enfin son prix! Qui pourrait dire quelles furent les pensées avec les» quelles il traita Tafi^ire de son éternité^ lui qui avait des pensées si magnanimes pour les af*

8im LE CHlIISTiÂmSME. 155

du t^npsl Lui^ si dévoué à sa famille, à les amis, indulgent aux ingrats, facile à la pitié^ avec une conception si prompte et si féconde, une mémoire prodigieuse, une volonté ardente, quelles ftirent ses sensations quand il se sentit tout près de la réalité de nos saints mystères, et déjà les maniant, palpant Dieu avee la matn, ^otir mé servir d'une expression de TËvangile. Hommes grossiers et charnels, apostats du christianismoi qui ne comprenez ni la profondeur, ni la vérité de cette expression , éloignez -vous; il n'y a plus rien ici pour vous! Dans ces instants solennels où Napoléon médita le christianisme, fovorisé de la grâce, réconcilié avec Dieu, lui ^i, à la lueur seule de son génie, était monté et descendu dans Tabîme de nos mystères, aidé de la foi , fondé sur rhumllité et rempli de là charité qu'elle inspire, où ne parvint-il pas, où s'arrêta cet aigle dans l'ascension de son vol royal, dans quelle région de l'azur, dans quelles harmonieuses sphères, dans quelles sublimités, dans quels deux?

Ce ne sont pas là de pures idées, des hypothèses de l'imagination; non, ce sont les réflexions qui naissent naturellement des faits. J'en fais juge le lecteur, et je poursuis. Un ehré-

156 SENTIMENT DE NAPOLÉ(»i

tien vulgaire se fût contenté avec la cérémonie du 20 avril. C'était assez surtout pour un prince plus scrupuleux observateur de la forme que du fond. Mais non^ le christianisme n'était pas une aifaire de forme pour Napoléon^ c'était une vérité essentielle et capitale^ la première de toutes les vérités, puisqu'elle embrasse, éclaire et domine toutes les autres ; enfin , c'était pour lui un sentiment, une croyance, la vraie religion ! Cette vérité était écrite dans ses nerfs et dans son organisation; il était chrétien, profondément chrétien ; il l'était beaucoup dans son esprit, il l'était davantage dans son cœur 1 Un fait grave de sa jeunesse, une première communion excellente, y contribua puissamment en marquant dans son âme d'ineffables vérités et d'ineffaçables impressions; aussi l'idée de l'Eucharistie ne se présentait jamais à lui sans l'émouvoir profondément ! C'est que rËucl\aristie lui rappelait son éducation, la cathédrale d'Ajaccio, avec son grand-oncle l'archidiacre, dont l'étole avait veillé sur son berceau et qui plus tard avait été le tuteur de l'orphelin. L'Eucharistie ne faisait qu'un avec ses souvenirs, qui réunissent tout ce qui est cher à un cœur bien né, la patrie, la fan^ille et la religion, ces objets qui sont la

SDR LE CBBISTIANISIIE. 157

félidté i Qu'estH^e que l'homme égaré loin de ces objets et de cette félicité^ qui étaient pour Napoléon un sentiment unique et inviolable !

C'était son cœuri II voulait mourir dans la foi chrétienne^ parce qu'elle était la vraie foi^ mais aussi parce qu'elle était la foi de son éducation^ celle de son père et de ses ancêtres! C'est pour cela qu'il lui fallait à sa mort la religion^ toute la religion! Et l'avait -il iout entière^ si l'Eucharistie lui manquait! Qu'on me pardonne ces réflexions^ qui m'ont semblé nécessaires à l'intelligence et à la suite des faits qui vont clore ce récit. Ce n'était donc pas assez d'avoir reçu le sacrement de Pénitence et le sacrement de VExtrême^nction^ il fallait de plus à Napoléon Dieu lui-même.

Mais avant d'arriver à cette heure et à la nuit solennelle où l'Empereur va recevoir la sainte Eucharistie , voici deux traits qui achèvent de peindre sa physionomie morale.

On a vu tout à l'heure sa colère contre son médecin ; jusqu'au 27 avril il n'avait pu se décider à écrire le nom de cet impie dans son testament ; mais ce jour-là^ la clémence l'emporte ; il se préoccupe d'acquitter envers son médecin sa dette de malade : ^SeriezHvous bien aise, lui

I5§ SBMTHBICT fil NàVOLÉOH

âit-iif â*éntrer€utur»iDé de Man^Lmése^ de hd être attaché en qmHfé de cMnirgûn, eonmê v<m^ rétes aufifés de ma personne ? — Si je devais pet^ dre Voire Majesté^ ce serait iùùte mon ambiU&n. -^Fert bien, je vais écrire à l'impératrim. » Ce n'est pas assez pour TEtopereur ^ il sent qu» Cette promôsse a <^elque chose de trop vague, n en M% un codieille à part qu'il écrit la r^lle de sa moFt^ ainsi conçu : nie prie ma bi^ihaiméê Mariê-Lùuiee de prendre à son serfïiee mon chirHn^ gien Antommarchi, auquel je légne une pension pour sa vie durant de 6,000 fr. (si^ milk fYanàfi)^ f^eîle lui payera, i» Gela ne tranquillise pas etn eore celui qui eonnatt les cours; il craint sans doute que la politique n'ëlève des ôbjectléng^ et que son médecin ne soit frustra du prix fé-» ilëreux de ses services; ti mande ses exécuteurs testaoïentaires , MM« Montholon, Bertrand dt Mandant 9 et en leur présence , il déeiare qm c'est son intention de laisser à son médecin une gemme de cent mille firmes. En tète du codicille qui regarde Antommarchi, on lit ces mots : Aw* jourd'hui 27 avril 4S21 , malade de eorps, mais sain d'esprit f j'ai êorit de ma propre main vé huitième codieille à mon tsêtament.

Yoici le second trait rapporté pfl»* Antoaimar**

chf Ini-mèfOkè.' le 2^ at)n7, KâpeUm n'éprow&e pas de vomissements et boit beaucoup é'eau flraîdie, ce qui lui inspire ces pensées : « Si la destinée voulait que je me rétablisse, il s'élèverait un monument dans le lieu où jaillit cette eau; ju couronnerais la fontialne en mémoire du soulagement qu'elle m*a donné. Si je meurs, que Ton prosoive mon cadavre^omme ou a proscrit tua personne, que Von me refme tm peu âe terre, je souhaite qu'on m'inhume auprès de mes an* oètres, dans la cathédrale d'Ajaccio en Corse; s'il ne m*est pas permis de reposer où je naquis> eh bienî qu'on m'ôilsevelisse là où coule cette em si douce et si pure. » sentiment touchant! 6 gratitude digne d'un souverain! Celui qui a été le mfl»h*e du jtnoude demsmde l'auîÉiMe éhmpèu de terre pour soii cadavre 1 II vietit dé disposer de tout ce quUl a pour ses amis ; il ne veut pas de* meurer redevable, il veut payer généreusement^ mtoe à une fontdne, la ihiîcheur de son eau 5 il n'a plus rien, mais le <^avre de Napoléon proscrit est un trésor ; sa reconnaisi^tnce le donné à cette fontaine. Don immortel, dernière munificence d'un prince libéral et magnifique, vous êtes le dernier trait qui couronne toute une vie f Et tout seul, vous révélez TinfinSé grandeur da^

160 SENTIKENT OS NAPOLÉON

héros! Ainsi dépouillé tout vivant de son cx>rps^ il ne lui reste plus que son âme ! 1 !

Mais s*agit-il ici seulement d'une fontaine?

cette exquise sensibilité^ qui se manifeste dans des termes choisis, n'est-^^e qu'un^entiment de bien-^tre physique? N'est-ce pas plutôt Tindice d'un bonheur plus relevé, d'une espérance de l'âme? J'en fais juge le docteur : d'après M. de Norviiis, la nature seule de la maladie s'était opposée, le 20 avril, au désir de l'Empereur de re^ ceooir le saint Viatique. £h bien ! le 29 avril, le médecin constate dans son journal que les vomissements ont cessé par suite de cette eau fraîche et pure de la fontaine; et ce jour-là même, l'Empereur se prépara à recevoir le saint' Viati-^ que. Gomment douter, après cela, de la liaison secrète, dans l'esprit de Napoléon, entre cette fontaine et le bonheur qu'elle va lui procurer d'étancher une autre soif et de se désaltérer à une autre fontaine, dont l'eau vive rejaillit ju&* que dans l'éternité? Aussitôt qu'il sent l'irritation de son estomac se calmer, et la nature toute seule opérer enfin ce que l'art n'a pu faire, Nar poléon doit se dire à lui-même : « Dieu le veut. Dieu me permet donc de goûter à ma mort ce délicieux bonheur, que je n'ai goûté qu'une foid

SUB LE CHUSTIANISME. A 61

dans ma vie^ et qui m'a laissé une impression qui dure encore !

Écoulez, lecteur, non de vaines conjectures, mais un fait, dont Fauthenticité ne saurait plus être révoquée en doute, même par la mauvaise foi.

a Le 20 avril, raconte le général Montholon^ j'avais déjà passé trente-neuf nuits au chevet du lit de TEmpereur, sans qu'il eût voulu permettre, même à mon vénérable compagnon de chaîne le général Bertrand, de me remplacer dans ce pieux et filial service, lorsque dans la nuit du 29 au 30 avril il affecta d'être effrayé de ma fatigue et m'engagea à faire venir à ma place l'abbé Vignali. L'insistance que mit l'Empereur me prouva qu'il parlait sous l'empire d'une préoccupation étrangère à la pensée qu'il m'exprimait ; il me permettait de lui parler comme à mon père : j'osai lui dire ce que je comprenais de son insistance : il me répondit sans hésiter : Oui, c'est le prêtre et non le montagnard Corse que je demande; veillez à ce qu'on me laisse seul avec lui, et ne dites rien. J'obéis, et lui amenai immédiatement l'abbé Vignali, que je prévins du saint ministère qu'il allait remplir ^ »

* Ceci est littéralement extrait d'une lettre inédite du général Montholon, qui se trouve à la fin de ce volume.

Enflilj voici rEmpereur face à ihce «vèe tè christianisme^ avec tous ses dogmds^ eotttenw dans un 8etil> avec le dogme de la création^ de la chute et de la rédemption de Thomme : faoe à face avec TEucharistie! avec le corfys^ le «àng> rame et la divinité de Jésu^-Christ ! face à fiaw?e arec Dieu ! Né craignons pas d'appuyer sur les mots^ car il s*agit ici d*un fait bien grave. D'hh tdié, le spiritualisme chrétien et tous les mystères de la foi; et de Tautre^ l'Empereur; TEmpereur^ cette tête carrée^ cet homm« positif par excellence^ si clair et si net dans ses idées^ pru* dent, réfléchi; chez qui la volobté est rintelli* gence même. Voilà bien ^ mon Dien> une de eet victoires que vous remportez quand cela vous platt^ et ensuite que vous exposez aux yeux des nations^ pour être un signe du salut ou de 1« ruine de plusieurs! Quelle fut> je le demande, cette communion différée^ jusqu'à la mort^ par celui qui avait dit : Je ne suis pas assez pimm pour communier^ mais je le suis trop pour com-^ mettre un sacrilège. Quelle en fut la ferveur et la sincérité î Quelle union intime avec la vérité, et surtout quelle séparation du monde et de ses meosonges 1 Quel triomphe pour la vérité ! Qui n'admirerait, en voyant Napoléon s'incliner avec le. tremblement de la foi devaat notre myslé-

Heuse «t rûdôtttàble hostie, attendre Im màli» jointes ei dâtM an mctteillêment pirofond^ pvtn*èe^ et consommer raliment divin ! hxmi% le hénm tuUil plus grand que quand il donnait^ dan* la tineériié de ea fbi^ cet immortel exemple t

Quand le général Monthelon parut le iiïatiii> lur les quati^e ]ieures> danfi kt Cambre du m»tede^ ^(apoléon lui dit avec diâotien ces paroles si toudiantes * « Oénéral^ je suis henrôux^ j*ai rempli tous mes devoirs^ je vous souhaite à votre mort te même bonheur. Ten avais besoin^ voyez-vous; je suis italien, enfant de dasse de la Corse. Le son des cloches m'émeut, la vue d*un pr6tré me fait plaisir, le voulais faire un Mystère dé tout ceci> mais cela ne couvient pas; je dois> je v^eux t«ttdre gloire à Dieu; je doute qu'il lui plaise de me rendre la santé. I>9'lmp<M^^ donnes vos ordres, général, feltes dresser va autel di^s la chambre voisine; qu'on y exposé le Saint*Saeremeftt, et qu'on dise les prières des quarante heures. »

Comme le générai s'apprêtait à sortir, NapSk Won rarrêta :

«Non, dit-il, vous aves asses d'etmèmisf « eoiÉame noUè et ^enUlhomme, on vous im- « puterait d'avoir tout fait d'aprèis v^M t6il)è>

194 SEMTIILENT DE JNAfOLtoN

« q[uand je n'avais plus la mienne; demeorez^ a je veux donner les ordres moi-même. »

Le général étant monté à sa chambre, s*étaU jeté sur son lit tout habillé; il dormait^ lors* qu'un bruit inaccoutumé le réveille. Le général Bertrand entre chez lui, et d'une voix trèsaninokée lui demande k ce que c'était qu'une « chapelle en permanence chez l'Empereur, et « 1 abbé Vignali ne cessant d'officier. » Le gêné* rai répartit : « Qu'on pouvait interroger l'Em- « pereur là-dessus. » -^ Gomment cela! puis<iue « c'est de vous que Saint-Denis a reçu ces eiv « dres> de vous seul> » s'écria le comte Bertrand. Les deux génmiux descendirent pour interroger Saint-Denis, qui convint qu'il avait reçu de l'Empereur directement l'ordre relatif à l'érection de la chapelle* Alors le comte Bertrand entra chez Napoléon, et crut devoir faire une objection respectueuse « contre des actes aussi solennels^ aussi réitérés de religion, que la re« nommée porterait en Europe, pour les défigu-rer, et qu'il regardait comme des exagérations politiquement peu convenables, plus conformes d'ailleurs au caractère d'un religieux qu'à celui d'un vieux soldat, son Empereur. »

Alors Napoléon se leva sur son séant, et d'une voix animée :

Stm lE CHUfSflANtSlIÈ. M

9 Général^ je suis chez moi ! vous n*ayez pas • d'ordre à donner ici^ vous n*en avez pas à re« toevoir; potirqnoi donc ète&-Tous ici? Est-ce t qne je me mêle de votre ménage^ moi? )> Le général s'inclina et sortit...

Cependant on s'était empressé de démolir Fautel. Sur un nouvel ordre^ on le reconstruisit; les intentions de TEmpereur furent remplies; les prières des quarante heures et la messe furent dites tous les jours. Quand Theure eut sonné^ on oonmiença les prières des agonisants^ ^iime invocation du chrétien^ près de quitter son corps et la terre^ dernier battement de son cœur ex^rant.

Antommarchi cite dans son journal des pa« rôles qui se rapportent trop directement à la religion pour les omettre. Napoléon parla des cultes^ des dissensions religieuses^ et de Tespé*rànce qu'il avait nourrie de rapprocher toutes les sectes. « Je n*ai pu Texécuter^ dit-il; les revers sont venus trop tôt; mais du moins j'ai f établi la religion; c'est un service dont on ne peut cakuler les suites. Que deûiendraient les hommiès sans la reUgûm ?

M. de Norvins rapporte les paroles suivantes : « Aucun remède ne peut me guérir^ dit Napo- « lécm à un étranger qu'il avait admis auprès

« Jiutasr^ ^mt 9»e» eanemiflu f «uinî» àéfuM d« « r^y^ir ma îmam et mon M») «mm qim h «0« 4 Umié d» jM«u MMi^ /Mte. » Pula il ajouta s « H « n*y a rien de terrible dana la mori^ «U» a élé «la ùmuftigt» de mon orMltor fAndanl tes f tfrâ sewEiûnes^ et à pré«eat elle esl dur le f fidfoit de a*«uparer de me) pour jamais. »

. il dit encore : « QiieUa seiiffiranee inaa eoiMt m» vm tofii endurer t IStio^e a'ils m'avaÂe»^ Mit fU9iltor^ i*auraia eu la loort d*«B sold$4 1 i'm M plua dingrat» qta* Auguste* Qm ne Mâi-^i

Le 3 mai^ après avoir dit adieu à ses géoéimux» l^faaKvettte du jour fatal, il proaonça oetle parole : ^ tm m jrnct dim k geme kummn* »

Ce oaêiiiie >aiir, TEinpareiir reçut une êêOMk

f^ le flaiat Viati^e; oe qui est attesté par M. AfitoDUoarchi et par M» Marobant Yeici ce qu*on lit daB» Aatommarchî :

Il Le 3 mai, deux hearea aprèa midi, la fièmne dimûnue. Tout le moiâle se relire. L'ahlié Y»fialî ratle aeol avec le malade, et noua rejomt quelques instants après dans la pièce Vbiaittey 011 tt BOUS aanemee qu'il a admioiatfé la mint \iatlqua à rSoiiiera»:. »

^. Mardittil m'a «il 9ue kt céioua s'éMèaC

SUR LE GBRISTIANISHE. 167

passées telles que les rapporte M. Antommarchi^ et que pour ce qui le concerne, son souvenir lui rappelait de la même manière l'événement de la dernière entrevue du prêtre et de Napoléon.

Le buste de son fils, que l'Empereur avait fait placer en face de son lit, eut son dernier regard. 11 joignit les mains, et sa dernière parole fut : Mm JHçu ! Telle fut la fin de Napoléon, fin vraiment chrétienne !

Alors eut lieu une scène solennelle :

« A peine eut-41 expiré^ dit un histori^p^ que* 8e9> eomps^nons le placèreat sur w Ut 4?

caiop^ recouvert du manteau de gucarfe de M»reago. De tous ks points de llle les troupes é^ la ganuson accourur^t pavir défiler en grande temie et saivs^wiies devant ce glorieux cadavre, Gliaque homme s'approcha religieuseineiit da Ut ^ mit genou à terre; beaucoup apposèrent leurs lèvres sur un coin du manteau. Sir Hudson lùyife voulut en vain s'opposer à ces àémùt»' tralions ; sa volonté échoua devant la légalité anglaise. Le colonel lui répondit :

<c — Ns^léon est mort, k loi d'exception n'existe plus; j'ai le droit de foire promener moii régiment comme il me plaît, et ie le fais.»

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