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que je n*aî suîtî Votre Miyesté que pour ce motif.
Aille d*Elbe, Drouot cumulait les fonctions de gouverneur avec celles de ministre des finances. Vers la fin de i8i4, il eut à présenter son budget pour l'année suivante. L'Empweur^ après Tavoir examiné^ lui dit :
— Sur la liste des traitements^ il y a un oubli?
— Lequel^ Sire?
— Le traitement du gouverneur de Hle? Pourquoi ne vois-je pas votre nom sur ce papier?
— Sire, répondit Drouot, Votre Majesté me loge, elle me nourrit, elle me fait donner un cheval de son écurie, lorsque j'ai l'honneur de l'accompagner dans ses promenades. Mes dépenses se réduisent donc à mon entretien, à un faible traitement pour mon secrétaire et aux gages de mon unique serviteur. Mon revenu^ que Votre Majesté connaît, suffit et au delà poui* ces dépenses.
L'Empereur serra en silence la main de Drouot et prit le budget qu'il lui rendit deux jours après. Le gouverneur s'y trouvait porté pour une somme de six mille francs.
Drouot, lors du retour de Napoléon en France, se crut, par suite du serment qu'il lui avait prêté.
obligé à le suivre^ quoiqu^il désapprouvât Tespédition^ et il ne le dissimula pas à TEmpereur. Après la seconde Restauration^ traduit devant un conseil de guerre^ mais acquitté^ il se refusa dans sa chevaleresque fidélité à prêter un nou^ veau serment, et préféra, quoique jeune encore^ (il n'avait que quarante-deux ans), se résider à la retraite. Il refusa même son arriéré de solde, s'élevant à plus de 60,000 fr., dans k crainte qu^on n'en prît occasion de le rappeler à Tactivite.
— Vraiment ! je ne trouverais pas dans mon royaume un second Drouot ! s'écria Louis XVIII, qui avait donné royalement l'ordre de liquider la pension en même temps que de payer l'ar-» ' riéré.
Drouot, retiré à Nancy, sa ville natale, partageait son temps entre l'étude, la prière et les œuvres de chai'ité. Pendant trente années, il donna l'exemple d'une vertu qui ne se démentit pas un seul jour, même dans les plus douloureuses épreuves; même quand la paralysie, jointe à la cécité, faisant de sa vie un martyre, le retenait prisonnier dans sa maison. « Dans cette maison, dit le P. Lacordaire, dont on approchait comme d'un sanctuaire, on n'entendit
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jamais que des actions de grâces et des louanges pour Dieu, r*
Les revenus de Drouot^ y^mpris sa retraite et son traitement de la Légion d'honneur> n'atteignaient pas douze mille francs; il régla ainsi sa dépense : 2^400 francs pour lui^ tout le reste pour les malheureux; et encore lui arriTait-il souvent de prendre pour ceux-ci sur ce qu'il s*était réservé à lui-même. Un jour qu'on lui faisait à ce sujet quelques observations, il répondit en souriant :
— Lorsque mes ressources seront entièrement épuisées^ ou bien qu'elles viendront à me manquer, je me présenterai à T hospice Saint-Julien^ et Von ne me refusera pas un des lits que j'y ai fondés en faveur des vieux soldats.
Il toucha sur le legs de l'Empereur, beaucoup plus considérable, seulement 60,000 francs, qull distribua, sans en rien réserver, aux anciens militaires qu'il savait dans le besoin. Voici de son inépuisable charité un touchant exemple :
« Quelques mois avant sa mort, n'ayant plus rien à donner, il se souvient d'un grand uniforme qu'il conservait comme une sorte de relique de ses anciens jours. Il en fit découper et vendre les galons. Un de ses neveux en témoigna du
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regret^ disant qu'il aurait eu du plaisir à le transmettre à ses enfants. « Mon neveu^ répondit le « général^ je vous Taurais donné volontiers^ mais « j^aurais craint que vos enfants^ en voyant Tunî- « forme de leur oncle^ ne fussent tentés d*«u- « blier une chose qu'ils doivent se rappeler tou- «jours^ c'est qu'ils sont les petits-fils d'un « boulanger. » (Drouot^ en effets était fils d'un boulanger.)
Estr-il besoin de dire que le principe^ la source féconde de tant d'admirables vertus^ c'était surtout la religion^ la foi éclairée et pratique. « Drouot, dit le P. Lacordaire, croyait à tout^ il accomplissait tout... il se confessait et communiait plusieurs fois dans l'année^ et on ne saurait dire avec quel respect militaire et filial il recevait dans sa solitude le Dieu qui avait réjoui sa jeunesse^ protégé sa vie de soldat^ et qyi répandait sur la fin de ses jours une inénarrable consolation. »
De cette mâle piété, les biographies du général Drouot racontent maints touchants exemples. Mais sur ce point comme sur plusieurs autres, forcé d'être court, je dirai quelques mots seulement, me réservant d'être plus tard complètement juste envers Drouot.
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Voici, dans une lettre de Drouot, citée par le brave colonel Ambert, un de ses biographes, ce que nous lisons : ce Arrivé près du terme de ma carrière, j'attends en paix qu'il plaise au Seigneur de me rappeler à lui, et de m'admettre, comme je l'espère, dans le séjour où seront récompensés ceux qui ont bien aimé et bien servi leur patrie. »
Et quelques jours avant sa mort, il disait avec une admirable sérénité, au milieu de souffrances croissantes : a J'attends tous les jours la mort, et puisque telle est la volonté de Dieu, je m'en réjouis; car je vais retrouver ma mère, moa père et mon Empereur. » Ce furent presque les dernières paroles du général Drouot. a Soldat sans tache, dit le P. Lacordaire, qui termine son discours par ce magnifique éloge, capitaine habile et intrépide, ami fidèle de son prince, seiv viteur ardent et désintéressé de la patrie, soli-* taire stoïque, chrétien sincère, humble, chaste, aimant les pauvres jusqu'à se faire pauvre luimême; l'homme enfin le plus rare, sinon le plus accompli, que le dix-neuvième siècle ait présenté au monde dans la première moitié de son âge. »
CAMBROiNNE.
L'un de nos héros les plus populaires^ surtout par le mot fameux : La garde meurt et ne se rend pas! que cependant^ à ce qu'il paraît^ il n'aurait point prononcé. Plus d'une fois^ dit-on ^ luimême Ta déclaré; et, d'après un de ses biographes, M. Gh. Du Rozoir, qui l'affîrme pertinemment, le mot aurait été fabriqué dans un café au coin de la rue Feydeau par feu Rougemont, et le soir même inséré par lui dans son journal. Mais qui sait si Rougemont n'était pas lui-même l'écho de quelqu'un des glorieux vaincus de Waterloo? Quoi qu'il en soit, que Cambronne, à Waterloo, se soit servi de la phrase historique ou d'un équivalent plus bref et non moins énergique, il est certain que, debout et intrépide au milieu de ses carres foudroyés, il répondit par
un refus à la sommation qui lui fut faite de mettre bas les armes! Et Ton continua de se battre^ tant qu'enfin Gambronne^ couvert de sang et de blessures, tomba, et en apparence mortellement atteint. On le retrouva parmi des monceaux de cadavres respirant encore, et les vainqueurs, dans l'admiration de son courage, lui prodiguèrent les soins les plus empressés. Transporté à Bruxelles, il put guérir. A peine convalescent, impatient d'embrasser sa vieille et bonne mète^ il envoya sa soumission au roi Louis XVIIÏ, mais dans des termes qui ne pouvaient que l'honorer. 11 eût pu invoquer à l'appui, outre tant de glorieux services, les généreux exemples donnés par lui en Vendée, à une époque où il y avait à cela plus que du mérite. Capitaine dans la légion nantaise qui combattait les royalistes, il n'avait pas montré moins de modération que de courage. Maintes fois il avait laissé échapper des prisonniers; il avait caché dans une autre occasion, pendant deux mois, chez sa mère, un pauvre prêtre auquel la loi défendait sous peine de mort de donner asile. Lôrs de la catastrophe de Quiberon, un grand nombre d'émigrés, pris les armes à la main, lui durent aussi la vie.
Cambronne apprit^ bientôt après Tenvoi d6 sa lettre au roi^ qu*il était compris dans la liste des dix-neuf officiers supérieurs ou des généraux qui devaient être traduits devant les conseils de guerre. Il n'hésita pas cependant; il rentra en France et se présenta avec une noble confiance devant le tribunal militaire^ où défendu par M. Berryer fils^ Tillustre orateur qui préludait alorsàses riomphes^ il fût acquitté à Tunanimité. Rappelé à Tactivité^ il commanda quelque temps la place de Lille^ puis il prit sa retraite et vint habiter son village natal a où^ dit Feller^ Tillu»* tre guerrier^ étranger à la gloire comme aux événements de la politique^ donna Ta^emple de toutes les vertus civiques et religieuses qu'il est ^ bien difficile de séparer. Il mourut^ entouré des siens^ au mois de février 1842^ après avoir demandé et reçu les secours de la religion, n
Un autre biographe donne sur cette mort des détails admirables et touchants^ qu'on est heu* reux de pouvoir reproduire :
<K Celui qui avait été si fidèle à son prince, dit M. Ch. Du Rozoir, n'oublia pas ce qu'il devait à son Dieu. Il reçut de la manière la plus édifiante les derniers sacrements de l'Eglise. Bien qu'il fût abattu par le mal, ce n'était pas sans atten-