‹ Sentiment de Napoléon Ier sur le christianismeChapitre 18 sur 30 · DE L^EMPIRE · texte numérisé non relu

DE L^EMPIRE

drissement qu'on le voyait de temps en temps se ranimer, joindre les mains et s'unir aux prières que Ton faisait pour lui. A l'exposé des souiTrances du Sauveur que le prêtre rappela à son souvenir, il se sentit ému et crut devoir faire une profession publique de sa foi, en prononçant, de manière à être entendu de toute l'assistance, ces courtes mais énergiques paroles : « Certum est; cela est certain. »

ce II remercia plusieurs fois avec effusion Madame Gambronne, sa femme, de lui avoir procuré, malgré la différence de leurs croyances S les secours de la religion catholique, et ses derniers mots à cette digne compagne de sa vie furent ces paroles consolantes :

« Courage, ma chère, j'espère que nous nous « reverrons au ciel. »

« Rien donc ne manque à la gloire de Gambronne : après avoir déployé pendant sa vie tout le courage des anciens preux, il est mort avec la foi d'un pieux chevalier. Tels s'étaient montrés à leurs derniers moments les Du Guesclin et les Bayard. n

1 Quel exemple et quelle leçon pour certains catholiques si lâches et si coupables, qui se placent comme une barrière entre le prêtre et le lit du mourant !

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PONIATOWSKI (Joseph).

Quoique Poniatowski eût à se plaindre de la politique française qui n'avait pas fait tout ce qu'elle aurait dû et pu pour sa patrie (Napoléon le reconnut trop tard), il fut admirable de dévouement aux jours du malheur. Le prince Poniatowski est assurément une des plus nobles figures de cette époque héroïque, lui aussi, brave entre les braves. Pendant la campagne de Russie, il forma constamment avec ses Polonais Tavantgarde de la grande armée. « Dans cette campagne si pénible, dit la Biographie universellef le prince se fit constamment un devoir particulier de surveiller ses soldats et d'arrêter les excès qui, dans d'autres corps de l'armée, rompaient tous les liens de la discipline.* Le cinquième corps (celui qu'il commandait) avait acquis une réputation

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si honorable que les habitants des contrées placées sur sa route ne quittaient point leurs demeures. En entrant à Moscou^ le prince fit publier que tout soldat qui quitterait les rangs^ serait considéré comme pillard et fusillé, i»

Pendant la retraite qui fut si désastreuse^ le prince maintint dans le cinquième corps la discipline la plus sévère; aussi les Polonais ramenèrent à Varsovie leur artillerie sans qu'il en manquât une pièce.

Lorsque s'ouvrit la campagne de 1813^ Poniatowski^ toujours à la tête de ses Polonais, se trouva constamment aux postes les plus périlleux. Dans le combat du 16 octobre, il fut le héros de la journée, et l'armée entière applaudit à des prodiges d'héroïsme dont s'étonnaient les plus vaillants. L'Empereur proclama Poniatowski, sur le champ de bataille même, maréchal de France, « voulant, disait-il, tout à la fois donner au prince une marque de sa haute estime en même temps que l'attacher plus étroitement aux destinées de la France. Le soir, au bivouac, comme les Polonais s'empressaient autour du nouveau maréchal pour le féliciter, il leur répondit :

— Je suis fier d'être le chef des Polonais; toute autre distinction n'est rien à mes yeux.

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Quelque temps auparavant, il n a^ait pas craint de dire tout haut dans un grand dîner auquel assistait l'ambassadeur de France à Varsovie^ le baron Bignon :

-* Je dois beaucoup à TEmpereur ; je suis prêt à lui prouver en toute occasion mon dévouement; mais si j'avais à choisir entre lai et mes compatriotes^ je n'hésiterais pas !

Cette hardie et patriotique parole fut, bien entendu, rapportée à l'Empereur ; il ne parait pas> d'après ce qu'on a vu, qu'il en gardât rancune au héros polonais.

Après la sanglante journée du 18 octobre, Poniatovrski fut chargé de protéger la retraite de l'armée française, et, quoiqu'il n'eût plus guère avec lui que 700 fantassins et 60 cavaliers, il réussit à contenir les forces de plus en plus mniibreuses de l'ennemi. Il se retirait sur Pégau, lorsque tout à coup il apprit que, par un fatal malentendu sans doute, les ponts derrière lui 86 trouvaient coupés. Alors, tirant son sabre, il dit à ses soldats :

-^ Mourons comme il convient à des Polonais ; mais du moins vendons chèrement notre vie.

Et il se précipite, tête baissée, sur une colonne prussienne ébranlée du choc et qu*il force à re^

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culer; mais dans cette furieuse attaque j il est de nouveau blessé (car déjà il l'avait été dans la journée). Ses soldats> alors^ l'entourent et le conjurent de s'éloigner en se conservant à la Pologne pour des jours meilleurs. Il s'y refuse et s'écrie avec une héroïque énergie :

— Dieu m'a confié l'honneur des Polonais, je veux le remettre entre ses mains.

Puis il s'élance de nouveau dans la mêlée, suivi de ses quelques braves. Cependant, blessé une troisième fois, et hors d'état de combattre, ne voulant pas faire de sa mort inutile une espèce de suicide, il se résigne avec douleur à quitter le champ de bataille. Il réussit à passer la Pleisse; mais bientôt il se trouve arrêté par TElster, beaucoup plus profond et plus large. Un instant il hésite; mais les ennemis arrivent en foule... Alors, il pique des éperons et se précipite dans le fleuve; il ne reparut plus... son cheval, épuisé par la fatigue du combat sans doute, blessé probablement aussi, l'engloutit avec lui dans les flots. Au milieu de tant d'inunenses désastres, la mort de Poniatowski ne passa pas inaperçue. Les Polonais le pleurèrent comme la dernière espérance de la patrie. En France même, sa renommée devint populaire, et le souvenir de

rhëroïque et infortuné Poniatowski^ noyé dans l'Elster (catastrophe dont Timage orna bientôt toutes les chaumières)^ ne contribua pas peu aux sympathies de la France pour le pays des Jagellon et des Sobieski.

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