‹ Sentiment de Napoléon Ier sur le christianismeChapitre 20 sur 30 · LE GÉNÉRAL BERTRAM · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL BERTRAM

Certains passages de l'ouvrage de M. de Beau<« terne ont pu pandtre un peu défavorables au général Bertrand. Aussi nous croyons juste de rapporter ici quelques traits tout à Thonneur du général et que nous empruntons surtout à sa biographie écrite par M. Paulin , qui parle de UMtt^ puisqu'il fut Faide-de-camp de Bertrand.

Pendant la campagne de i8i4^ toujours auprès de TEmpereur, le général Bertrand prit une part brillante aux ccmibatsde Brienne, de Ghampaubert et surtout de Montmirail. A cette dernière afi)ûre, on le vit^ dans un moment cri* tique» prendre le commandement d*un bataillon de la vieille garde pendant que le maréchal Lefebvre en entraînait un autre^ et charger les Russes qui furent culbutés.

— C'est la première fois^ dit l'Empereur sur le champ de bataille même^ que Ton a vu des maréchaux de France charger à la tête d'un bataillon.

Lors de la défaite des alliés à Montereau^ le grand maréchal rencontre une masse d'officiers et de soldats wurtembergeois, restés prisonniei*s^ et qui exténués de fatigue, manquant de tout^ \ont périr de misère et d'inanition. Ému d'une généreuse pitié, il expédie aussitôt àiranc étrier un de ses aides-de-camp à Paris pour lui rapporter tout l'aident dont son banquier pouvait disposer, afin de le distribuer aux Wurtembergeois. Il se souvenait que ces braves avaient combattu sous ses ordres à Wurtchen pour l'honneur du drapeau français.

Pendant les Gent-Jours, le général Bertrand, comme grand maréchal, dut signer tous les décrets et proclamations de TEmpereur. L'un d'eux était le décret accordant une amnistie générale; mais un article exceptait 13 personnes qui devaient être traduites devant les tribunaux. Lorsque cette pièce fut présentée à la signature du grand maréchal :

— Ce n'est pas là, dit-il, ce que l'Empereur nous avait promis, je. ne signerai pas une pareille mesure.

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Napoléon le pressa vivement, et, sur ses refus réitérés, il lui dit :

— Mais vous voulez donc séparer votre cause delà mienne?

-Ah ! sire. Votre Majesté peut-elle le penser?

— £hbien! signez donc!

— Sire, mon affection même pour Votre Majesté comme ma conscience me font un devoir de m*y refuser.

Bertrand resta inébranlable et le décret ne fut pas contresigné.

« Le général Bertrand, a dit de lui M. Gharlemagne, qui fut longtemps son collègue dans la Société d'agriculture de Tlndre, le général, homme de cour avec toute la franchise et la loyauté du soldat, doux, facile même, dans les relations ordinaires de la vie, montrait dans les > occasions importantes de la vie une fermeté iné> branlable ; dévoué jusqu'à l'abnégation la plus complète, il savait résister jusqu'à la désobéissance quand sa conscience le lui commandait.

« Habile à cacher ses bienfaits, il fallut deviner l'usage qu'il avait fait d'une partie du legs de l'Empereur, et son vieux professeur, tombé dans la misère au retour de l'émigration, attribua toujours à la munificence du gouverne-

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ment la pentiofi qne lui payait la reeonnaiamice de son ancien élève. Le désintéressement était encore une de aes vertus. Longtemps à la source de toutes les grâces et des faveurs^ Bertrand n'a laîMé à nés eofuits que le patrimoine qu'il tenait de ses pères. i>

A ce portrait» fidèle saoe doute, quoique tracé piar la main d'un ami, il est permis d'indiquer quelques ombres. On regrette de Toir le brave général» dont la Restauration avait su noblement honorer le dévouement à Tetilé de Sainte- Hélène, sa rallier si vite h la dynastie de juillet, et efi même temps se montrer, comme député à la Chambre, le champion de certaines idées l^us que libérales* On sait qu'il terminait chacun de ses discours par cette phrase stéréotypée dans les imprimeries et qui faisait sourira la gauche ella^ôme : Je voU pwr la Hberté illi^

Mais ce qu'on ne peut contester au général Bertrand, et ce qui l'honore à jamais, c'est la persévérance de sa noble fidélité dont 11 donna, après tant d'années, vers la fin de sa vie, une dernière et touchante preuve. Presque septuagé^ naire, il voulut s'embarquer sur la BeUe--P(mUy quij commandée par un capitaine de vaisseau,

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vrai marin quoique prince^ se rendait à Sainte- Hélène pour en ramener la dépouille mortelle de TEmpereur. A peine de retour^ le général Bertrand, malade par suite des fatigues du voyage sans doute, était forcé de s*aliter, et il expirait quelques semaines après (31 janvier 1841), couronnant sa glorieuse vie par une mort chrétienne. En voici les circonstances touchantes, d'après le récit d'un témoin oculaire :

Lorsque le général, tombé malade, se fut alité, la curé de Châteàuroux, M. Tabbé Mohac, s*emprefisB de rendre visite à son illustre paroissien. Les plus célèbres médecins de Paris entouraiônt le lit du malade dont Tétai semblait grave. Aussitôt que le général aperçut son curé^ il lui tendit la main en disant» sans s'intimider par le respect humain :

— * Vous venez pour me confesser, monsieur le curé, je vous remercie de votre visite et je serai heureux de remplir tous mes devoirs de chrétien»

Ce qu'U fit à la grande ëdificâtiob de toute sa pieuse famille.

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