‹ Sentiment de Napoléon Ier sur le christianismeChapitre 21 sur 30 · MONCEY · texte numérisé non relu

MONCEY

• Le nom dé Moncey est resté justement populaire par la part héroïque qu'il prit à la défense de Paris, en 1815. Ce fut lui en quelque sorte qui tira le dernier coup de fusil.

Lors du procès de Ney^ nommé président de la commission qui devait juger Taccusé^ dans Tespoirde sauver un ancien compagnon d*armes, il se récusa en écrivant au roi Louis XYIII cette noble lettre :

« J'ai cru, lui disait-il, que la même voix qui avait blâmé les guerres d'Espagne et de Russie, pouvait parler le langage de la vérité au meilleur des rois. )>

Moncey fut envoyé au fort de Ham pour trois mois. Mais sa disgrâce fut de courte durée; Louis XVni, qui n'avait cédé> paralt-il^ dans ces

circonstances qu'à des exigences supérieures et implacables, prouva au maréchal qu'il était digne de le comprendre en lui rendant bientôt toute sa faveur.

Moncey, que Napoléon, à Sainte-Hélène, appelait un honnête homme, et d'une intégrité austère en effet, mourut en avril 1842, gouverneur des Invalides, où,' pour la réforme de quelques abus, il avait fait preuve, malgré son âge, d'une remarquable énergie. Il mourut en généreux chrétien, léguant à la commune de Moncey, où il possédait un château, i 2,000 fr., pour la fondation et l'entretien d'une école chrétienne. «Sa vie privée, dit un consciencieux biographe, toujours pure comme sa vie militaire, fut signalée par de nombreux actes de bienfaisance. Toutes les entreprises formées dans un but utile, charitable, trouvaient en lui un patron zélé ex généreux. »

Un grand poète a dit de Moncey :

C'est MoNCET ! Des combats le bruit Ta rajeuni. Malgré ses traits flétris sous les glaces de l'âge. Les camps Font reconnu... mais c'est à son courage.

YII

LE BiARÉCHAL NEY,

Au retour ie la campagnç de Russie, l'Empereur, frappe de l'énergie qu'avait montrée Iç prince de la Moskowa dans ces terribles circonstances, se plaisait à répéter :

— Tai deux cents millions dans mes caves; je les donnerais pour Ney.

Pourtant ce soldat, si héroïque en face de Venixemi, dans la politique manqua d'esprit de conduite, et, lors des événements de 1814 et 1815, il parut frappé comme de vertige. C'est le jugement qu'en a porté Napoléon lui-même àSainte- Hélèn^. l^s FeiTeur de sa conduite, à çett^ époque, t'explique par le tirctvJb^a géaér«t des esprits dans le pêle-mêle de tant d^événements inattendus, par l'entraînement des circonstances, et surtout par la fougue du caractère que le ma-

réchal, faute d'une éducation première^ n'avait pas appris à maîtriser. Ney ne savait pas se défier de la soudaineté de ses impressions 5 et cette impétuosité du premier élan, qui le rendait sublime sur le champ de bataille, lui devait être funeste ailleurs. On sait son procès et sa mort tragique.

Pendant la délibération suprême qui devait aboutir h un si terrible arrêt, le majréchal qu'avait fatigué le procès, dîna. Remarquant, dit un écrivain contemporain, que ses gardes l'épiaient d'un œil inquiet et paraissaient geindre qu'il n'abusât contre lui-mêjïie d'un couteau dont il s'était servi pendant son repas, il le jet% loin de lui en disant avec un sourire :

— Croyez-vous donc que je ne sache pas mourir?

Le secrétaire général de la cour de justice vint peu après pour lire au maréchal son arrêt.

Comme M. Cauchy avec une noble délicatesse exprimait à l'illustre guerrier tout ce que çettç mission av^t pour lui de pénible, Ney lui dit avec calme :

— Faites votre devoir, monsieur • chacun doit faire le sien. Et il écouta tranquillement la lecture.

220 LES HÉBOS CHRÉTIENS

Le matin du jour suivant^ il fit ses adieux à sa femme et à ses enfants. Après cette scène qui fut des plus déchirantes, car il fallut emporter la maréchale évanouie, Ney, encore tout ému^ paraissait en proie à de douloureuses réflexions» L*un des gardes royaux de service s*approchant lui dit avec Taccent de la sympathie et la géné^ reuse liberté du soldat chrétien :

— Monsieur le maréchal, au moment où vous êtes, ne pensez-vous pas à Dieu ?

— Vous avez raison, dit le maréchal en relevant la tête, vous êtes un brave homme et je vous remercie. Faites prier monsieur le curé de Saint-Sulpice de vouloir bien se rendre ici, on le dit bon consolateur.

On fit avertir aussitôt le digne prêtre, qui s'empressa d*accourir et passa trois quarts d'heure avec le maréchal, dont il entendit la confession.

Lorsqu'il se retirait, Ney le pria de revenir pour l'accompagner jusqu'au lieu de l'exécution :

— C'était mon intention ! répondit le prêtre, et il s'y trouva en effet.

A neuf heures du matin, le 7 décembre, un carrosse de place arrivait près de la terrasse dominant sur le jardin. On y conduisit le rnaré*

DE l'empire. 221

chai, accompagné du curé de Saint-Sulpice.

Ney invita celui-ci à monter le premier en lui disant:

— Montez, monsieur le curé, je serai là-haut plus tôt que vous.

La voiture suivit la grande allée sur Tancien terrain des Chartreux ; elle était escortée par 200 soldats vétérans. Chemin faisant le maréchal s*entretint avec le curé ; il lui dit entre autres choses :

— Je suis parti de rien pour arriver vous savez où ; les honneurs, la fortune, j*ai eu tout ce qu*un homme peut désirer, et cependant je n'ai jamais été heureux.

Quelque temps après, il dit encore :

— Vous prierez pour moi, monsieur le curé.

Tenez, voilà pour vos pauvres ! Et il remit au curé tout l'argent qu'il avait sur lui.

La voiture s'arrêta au hout de l'allée à gauche, en dehors de la grille, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la statue de Ney. Le maréchal descendit de voiture, embrassa le curé fort ému, et conmie on voulait lui bander les yeux, il dit :

— C'est inutile 1 depuis vingt-cinq ans je suis habitué à regarder la mort en îance.

Puis se présentant au peloton de vétérans qui l'attendaient la main sur leur arme :

• -^ Soldats, crîa-t-il d'une voix fbrte, droit au cœur!

Et il tomba percé de douze balles, trois à la tètè, neuf à la poitrine.

Le corps porté à Thospice voisin fut le lendemain conduit au cimetière du Père-Lachaîse, où repose, à l'ombre de la croix, celui que VEmpéreur avait surnommé le ^Braoe des braves.

vm

i)E NÀPfeÔtJtt,

Page 1