‹ Sentiment de Napoléon Ier sur le christianismeChapitre 9 sur 30 · F. MONTHOLON · texte numérisé non relu

F. MONTHOLON

Paris, 4 avril 1840.

6é SBNTimCNT DE NAPOLÉON

NOnCE BIOGRAPHIQUE DE L*ABBB TIGNAU.

Angelo Paolo Yigoali^ néàVignaledeRostino^ le 11 avril 1789, fils légitime d'Angdlo Giovanni et de Lucie, propriétaires dans ledit pays, d*une famille honnête et honorable, apprit à lire et à écrire, et à connaître les principes de la grammaire latine à Técoledu pays. 11 apprit la langue latine et l'humanité à la vallée de Rostino, La philosophie et les principes de la morale, au séminaire à la porte d'Âmpugnani. Il fut ordonné en 1814, le 20 octobre de la même année. Il partit de Corse avec un passeport pour Rome^ mais emporté par le désir de voir Sa Majesté FEmpereur Napoléon, il passa par Tile d'Elbe : et le 28 octobre, il eut le bonheur de parler à Sa Majesté, lorsqu'elle retournait de sa maison de campagne, ayant dans sa voiture son excellence M. le grand-m9u*échal Bertrand. Il partit de l'île d'Elbe et arriva à Rome, le 12 novembre^ où il resta cinq ans, à étudier la théorie pratique de la médecine. Le 15 janvier 1819, il fut reçu docteur en philosophie et en médecine par les autorités de ladite école de l'Université de Rome. 11 partit pour Londres le 25 février, où il

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arriva le 19 avril. 11 s'y embarqua pour Sainte- Hélène le 9 juillet^ et y arriva' le 21 septembre.

Certifié conforme à l'original.

MONTHOLOI^.

Après avoir lu ces notices^ ainsi que les lettres de sa famille^ Napoléon demande alors les deux prêtres. D'abord il se tourne vers Tabbé Buonavita^ il lui parle de sa santé, de son âge, des dangers qu'il a courus sur m^ pour venir à lui, de ceux qui le menacent sur ce rocher, par suite de l'intempérie du climat ; enfin l'empereur pense à lui-même, à ses affections^ à sa m&re> à sa famille. Un bon cœur est le fondement naturel d'un grand esprit. Â tout ce qu'il entend de sa mère^ l'Empereur répond : « Me m'a toujours aimé; elle a été tcuie sa vie xme excellente femme, vne mère sans égale; elle a un courage, une farce d'âme auFdessus de l'immanité. »

Aussitôt il s'occupe de régler le service de la chapelle^ de concert avec le général Montholon : il veut la messe le lendemain même; vainement on fait des objections contre cette précipitation. L'Empereur le veut : « Quoi, Messieurs, dit-il, être privés depuis si longtemps d'un tel

SENTinilT DB MAFOLÉON ^

bonheur^ et ne pas être empressés 4*en jomr aussitôique nous le pouvons? » On était embar^ rassé de trouver le lieu convenahle : « Je vais r indiquer^ dit l'Empereur ; désormais nous aurons la messe tous les dimanches^ et les jours des fêtes reconnues par le Concordat ; je veux à Sainte-Hélène les cérémonies rsUgietisês ^'on célèbre en France. Ces jours^là, on dressem tin autel mobUedans la salle à manger ^ vous étee âgé^ sottiTrant^ monsienr Tabbé^ je choisis Theiire qui vous sera le plus commode. Yous célébreres de neuf à dût heureé. »

Ces ordres étant donnés^ TEmpereur mande le docteur Antommarchi. « le vous recem--> mande Tabbé Btionavita. le crains que le cardinal ait envoyé ici ce bon vieillard pour le faire en-* terrer. En tout cas je le recommande à vos bons offices^ il mérite notre bienveillance et notre appui : c'est un homme bien respectable. Le ptipe aaêsi est un fneiUard eajcelleni que j'ai Uhh^ jour» bien traité^* »

Le soir, FEmpereur, seul avec le génémlMon-

1 L'emp«reur, dans le Mémorial de 11. de Las Gaaei>

dans O'Meara et dans le récit d'Antommarchi, répète souvent cette phrase. 11 ignorait donc les cruels procédés dont ses agents avaient usé envers le Pape; au-

tteloB> «*informe^ dans le plus petit dëiail^ des préparatifs pour la messe du lendemain. Il en parle aTiec une joie intérieure qu*il ne peut con«tenir^ et qui est pour le général un sujet de ré^ flexion et d*admiration. Mais déjà l'Empereur prévoyait des dissidenees. Allant au devant des objections^ il disait : « Sur le trône^ environné de généraux qui étaient loin d*étre dévots^ ou!^ je ne le cache pas^ j'avais du respect humain et beaucoup trop de timidité; et peut-être je n'au** rais osé crier tout haut t le crois, le disais : La religion est une force, un rouage de ma politique; mais alors même, si Ton m'eâtques-' tienne en face, j'aurais répondu * Oui, je suis chrétien ; et s'il eût Mu confesser la foi au prix du martyre, j'aurais retrouvé tout mon caractère; oui, je l'aurais enduré, jdutôt que de renier ma religion. Maintenant que je suis à Sainte-Hélène, pourquoi dissimulerais-^je ce que je pense au fond de l'âme ? Ici, je vis pour moi. le veux un prêtre, je veux la messe et professer ce que je crois, l'irai à la messe; je ne force personne de m'y accompagner, mais ceux qui m'aiment m'y suivront, »

trement c'eût été le comble de Fimpudence d'oser affirmer ^tt'tV l'avait toujours bien traité.

Toat le sei*vice divin^ à Sainte-Hélène, consistait dans une messe basse. Sitôt que TËmpereur entrait dans la chapelle, il faisait un signe de croix très-prononcé, et s'agenouillaut sur un fauteuil, il y demeurait les mains jointes, avec toutes les marques du recueillement. Au moment de rélévation, il inclinait sa tête avec un sentiment profond d'adoration. C'était tantôt le jeune Bertrand et tantôt le jeune Montholon qui faisaient Tofiice d'enfant de choeur. Pour le service de la chapelle, tout était riche et magnifique; le cardinal avait tout prévu. Mais il faut mettre à Taise ceux qui ne se soucient pas d'entendre la messe, et l'Empereur ordoniie que, pour assister à la sienne, il fallait, conmie aux Tuileries, être invité.

L'Empereur, plein d'un respect vraiment filial pour l'abbé Buonavita, l'invite à s'asseoir à sa table avec l'abbé Yignali ; il ne cesse de lui témoigner en particulier et en public les égards qui sont dus à la vieillesse rehaussée d'un caractère sacré. Un jour il lui disait : « Vous êtes protonotaire apostolique; ne pourriez-vous pas prendre le costume d'évêque ; ne suis-je plus l'Empereur ? Vous êtes mon aumônier ; je ne vous le dis pas pour moi, ni par une consi-

dération de vanité puérile : non^ mais il fkut imposer à ces hérétiques, et rien n'est imposant comme le costume d'évêque. « Ce fût dans ces dernières années que l'Empereur parut Touloir sérieusement se rapprocher de la pratique religieuse. Il est certain qu'il voulait qu'on Ht maigre à Sainte-Hélène, le vendredi, et souvent il en fit l'injonction formelle ; c'était lui qui disait au maltre-d'hôtel : « Allons, Cypriani, sommes-nous donc des parpaillots? Pourquoi nous fais-tu vivre comme eux? Tu es Italien comme moi. Ce n'est pas le poisson qui manque à Sainte-Hélène ; fais^nous du maigre ; c'est aujourd'hui vendredi. »

Mais quand on y manquait, ce qui était le plus ordinaire, il disait doucement : « Allons, messieurs, une autre fois faisons maigre. Quelle exoiseaVons-nous? Sommes-nous à la guerre?

Est-H^ le poisson qui manque ? Cependant, ajoutait-il, j'ai une dispense, et le pouvoir de dispenser les autres ; ce qui fait que je ne pèche pas, et, si vous le voulez, vous ne pécherez pas non {dus. Je suis un vieux soldat ; je sais l'importance d'un signe de ralliement, la nécessité et les bienfaits de la discipline. Tous les vices, toutes les passions sont plus près qu'on ne croit

70 SENTIMENT DE NAPOUOH

de ^OB appéUts naturels* Quel sovrenlr contenu daQ« le seul mot de vendredi, n

Mais ces paroles avivèrent les discussions r^ ligieuses.

ÙPimOif DE l^Ettt^REim StR iBS GAtANTeRf%S Cï LfeS «AlTftBiSBS DBS A0»«

Un jour on parlait des maîtresses des rois * FËmpereuradit : « Si la race des Bourbons a mérité ses malheurs^ c*est pour avoir voulu s'élever au-dessus de la Religicm et de la mo** raie. Rien de plus insolent^ de plus démondi* sant que le libertinage scandaieu2[ d'un souv»* rain* Mieux vaut> pour un royaume^ la guerre la ' plus malheureuse et le fléau dé la peste. La cot^ ruption est contagieuse quand elle descend dn trône ; car la cour et la ville s*empressent d'imÎF' ter. Sans nul doute les galanteries de la royauté^ les turpitudes de Louis XV et du régent^ forant une d6s principales causes de la révolution.

Avant qu*on dégradât le pouvoir^ le pouvoir s'était dégradé lui-même; il était tombé au-* dessous de tout le monde, en foulant aux pieds tous les principes. Louis XYI, par son courageux martyre, releva la royauté dans l'opinion;

ceci ne jastifie pas^ mais explique les crimes de Marat et de Robespierre et des antres régicides^ qui sont vraiment des monstres à face humaine ; maiê ces monstres ont exécute une sentence de répamUon socicde... Le» forfaits y ont servi, comme les iiiimottdiee« qui servent d*engraisi à une terre épuisée et kt rendent capable de produire au centuple. Quant à moi, si j'ai eu des faiblesses, je n'en ai jamait fait parade, j'en ai en honte le premier. C'est que j'en appréciais les conséquences. Les femmes sont un éoueil pour le souverain. Mon âme était trop forte pour donner dans le piège } sous les fleurs, je jugeais du précipice. Je comoiandais de vieux généraux. Les re^urds |aloux s'attachaient à tous mes mouvements. Ma fortune était àdxtë ma sagesse | j'eusse pu m'oublier une heure *, et combien de mes victoires n'ont pas tenu à plus de temps! En épousant Marie-Louise, je me sentais un cœur bourgeois. Peut-être la postérité me reprochera ce mariage ; j'aurais dû épouser une Française ^

t L'Empereur ss tromps sn diiant qu'il détail épeia« an une Française) il devali rester uni à Joséphioe. Le liaa 4n mariage n'e8t4l pas un lien indissoluble, fende sur la parole de Dieu et sur rmtérèt mtoe de la se*

PRB17TE DE L'BXISTBNGE DE DlEV.

Quelqu'un disait à Napoléon: « Sire> vous croyez en Dieu ; j'y crois également. Insensé qui pourrait en douter ! Mais pourtant quel est-il ? L*avez-vous vu cet être si mystérieux Î^Qu'en savez-vous?

L'Empereur répliqua :

« Qu'estH^e que Dieu ? Si je le connais^ ce que j'en sais ? Eh bien ! je yais vous le dire : répondez à votre tour : Gomment juge:&-vous qu^un homme a du génie ? Est-ce quelque chose que vous avez vu? est-ce une chose visible^ le génie ? Qu'en savez-vous pour y croire ? On voit l'effet^ et de l'eifet on remonte à la cause^ on la cherche^ on la trouve^ on l'affirme^ on y croit^ n'est-ce pas? Ainsi sur ua champ de bataille^

ciété? Si le divorce est an crime pour les particuliers^ quelle insolence à un souveraiuNde se le croire permis? Napoléon a outragé les femmes et la société autant que la religion en se séparant de l'impératrice. C'est se mettre hors la loi^ que de s'élever au-dessus de la loi; et de la part de Napoléon, sa déclaration de divorce fut une déclaration de despotisme et la consommation d'un suicide; mais ce fut le crime de ses passions, plutôt que de sa volonté.

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quand Faction est engagée, si tout d*un coup le plan d*attaque est reconnu mauvais, à la promptitude, à la justesse des manœuvres, on admire, on s'écrie : Un homme de génie ! Au fort de la mêlée, quand la victoire flottait indécise ; pourquoi, vous, le premier, me chèrchiez-vous du regard? Oui, vos lèvres m'appelaient, et de toutes parts on n'entendait qu'un cri : L'Empereur, où est-il ? Les ordres !

(( Qu'est-ce que c'était que ce cri? C'était le cri de l'instinct et de la croyance générale à moi, à mon génie.

a Eh bien ! moi aussi, j'ai un instinct, une certitude, une croyance, un cri qui m'échappe malgré moi; je réfléchis, je regarde la îiature avec ses phénomènes, et je dis : Dieu I J'admire et je m'écrie : Il y a un Dieu.

« Mes victoires vous font croire en moi ; eh bien ! l'univers me fait croire en Dieu. J'y crois à cause de ce que je vois, à cause de ce que je sens. Ces effets merveilleux delà toute-puissance divine, ne sont-ce point là des réalités aussi positives et plus éloquentes que mes victoires? Qu'est-ce que la plus belle manœuvre auprès du mouvement des astres? Puisque vous croyez au génie,' dites-moi du moins, dites-moi, je vous

14 SENTIMENT BB NAFOldÈON

prie, d'où vient, chez Thomme de génie^ €eUe invention à*idées, l'inspiratioii, ee coup d'œil qui n*est propre qu'à lui? répondez I D'où vient cela? indiquez-en la cause? Vous l'ignores > n'est-ce pas? E^ bien! moi aussi> et personne n'en sait plus que nous deux. Et cependant cette singularité qui signale quelques individus^ n'est-ce point un fiait aussi évident, ausû positif qu'aucun autre fait? Mais s'il est une telle diffé^ rence dan» les esprits, il y a une cause apparemment, c'est quelqu'un qui la fait cette différence; ce n'est ni vous, ni moi, et le génie n'est qu'un mot qui n'apprend rien de sa cause» Que quelqu'un vienne dire : Ce sont les organes* Voilà une niaiserie bonne pour un carabin, mais non pour moi> entendez-vous?

(( Votre esprit à vous, est-il celui du pâtre que nous apercevons d'ici dans la vallée gardant ses moutons? N'y a-t-il pas la même distance entre vous et lui qu'entre un cheval et un homme?

Comment le savez-vous? Ce n'est pas que vous ayez jamais vu son esprit Non, l'esprit d'une bête a le don d'être invisible 3 il a ce privilège cenmie le plus grand génie.

« Mais vous avez causé avec ce pâtre, vous avez examiné son visage^ vous l'avez questionné, e^

SUR L£ GHRISTUNiSHB. TS

ses réponses vous ont dit ce qu'il était. Vous jugez donc la cause d'après les effets , et vous jugez bien. Certes votre intelligence, votre raison, vos facultés sont infiniment au'^ssus de celles de ce pâtre.

« £h bien ! moi, je suis la même marchei ^ les effets divins me font croire à un© eattse di* vine. Oui, il existe une cause divine, une raison souveraine, un être infini; c^tte cause est la cause des causes, cette raison est la raid(Hi créa* k'ice de Tintellig^^nce. Il existe un être infini, auprès duquel, général, vous n'êtes qu'un atdme 5 auprès duquel, moi, Napoléon^ avec totit mon génie^ je suis un vrai rien, un pur néaat^ entendez* vous? Je le sens, ce Dieu.;, je le vois.u j'en ai besoin^ j'y crois... Si vaostie le sentez pas, si vous n'y croyez pas> eh bien ! tant pis pour vous..^

(( Mais je m'emporte, général : puisque, comiiid moi^ vous croyez à l'existence de Dieu, et tenez à honneur de le proclamer ; je pardonne bien des ehoses> mais j'ai horreur de l'athée et du matérialisme^ Gomment voule^vous que j'aie qudi-' fQe ehose de commun avec un matérialiste^ avec un homme qui ne croit pas à l'esisience de l'ém« } qui ciN>it qu'il est un tas de boue et qui TèUt que je sois^ comme hti^ un tas de boue? »

76 SENTIMENT t)Ë NAPOLÉON

CBITI0C1S BU PftOTESTANTISHE.

L*Empereur avait peu de goût pour le protestantisme^ et il saisissait volontiers l'occasion d'en faire la critique. Voici ce qu il en disait un jour à Sainte-Hélène :

« On peut appeler le protestantisme, si Toil veut, la religion de la raison, dénomination bien convenable pour une invention de Fhomme.

« Le catholicisme, au contraire, est la religion de la foi, parce qu'il est Tœuvre de Dieu.

« Sans doute nous avons tous du penchant & rapporter tout à Faune de notre jugement, et à ne croire que ce qui tombe sous nos sens.

m Humainement parlant, je m'arrangerais de faire la Cène en mémoire de Jésus-Christ, plutôt que de manger réellement son corps et de boire son sang, ce qui est difficile à entendre et dur à croire.

« Mais dois-je m'étonner de rencontrer dé»

mystères dans la religion, quand j'en vois partout dans la nature? Moi 'qui ne conçois rien de la création, qui ignore l'essence des choses^ dois-je m'étonner que l'explication même de tant de mystères soit un dogme tout mysté^

rieux? Je m*étoanerais plutôt qu'il en fût autrement.

« Oui^ la religion est ce qu'elle doit être^ eu égard à la grandeur de rÊtre-Suprême et à la misère d'une pauvre créature; j'y vois précisément la preuve de la vraie religion. Pourquoi ne pas nier l'azur^ parce qu'on ne peut en mesurer ni en embrasser l'immensité avec le compas?

a II n'est que Dieu^ il n'est que la foi qui puisse atteindre et résoudre ces hautes questions de la création du monde et de la destinée humaine.

a D'ailleurs^ si le protestantisme s's^proprie mieux à mon imbécillité humaine^ comme roi^ comme chef d'un grand empire^ je demeure catholique. «

«Le catholicisme est la religion du pouvoir et de la société; comme le protestantisme est la doctrine de la révolte et de l'égoïsme. La religion catholique est une^ mère de la paix et de l'union.

« L'hérésie de Luther et de Calvin est une cause étemelle de division^ un ferment de haine et d'orgueil> un appel à toutes les passions.

« Le clergé catholique a présidé à la fondation de la société européenne; ce qu'il y a de meil-

Tf SfiNTilfENT DB NAPOLEON

leur éan« la cfrilisatiam moderne^ les arts^ les sciences, la poésie, tout ce dont nous joHissons mi mn ouvrage. Tous les éléments d^ordre, qui assurent la paix des états sont encore un de sea bienfait.

« Au contraire, le protestantisme a signala sa ndssance par la violence, par les guerres civiles. Après avoir déduit l'autorité par un esprit de doute, et par une critique de mauvaise foi, Théi^sie a préparé, par Taffaiblissement de tous les Ueoi sociaux, la ruine de tous les états. L'individu livré à tut-même s'abandonne au seepticisi|ie ; «le besoin de croire, de se confier à son ^fflnblable, est la base de tous les rapports des hommes entre eux e on a sapé cette base.

«lianarchie intellectuelle que nous subis* Bom est une suite de Tanarchie morale, de Textinction de la foi, et de la négation des principes qui a précédé.

«Bientôt nous subirons les convulsions de Tar* narchie matérielle; quand les riches auront mis tout frein de côté, le peuple se précipitera aussi vers les jouissances paatérielles. L'Europe est attai&te di:| Hial de l'idéologie, mal incura-s ble i elle en mourra. Les plus belles idées du monde n'nnt de valeur que pcM^ leur réalisatioa ^

8im us CBBISTIAllISlfE. T9

si les iàé^ ne se p^^ennifient^ politiquement pa^lant^ ce sont des rêves. Telles sont les idées dn jooratdisnie; qui prêche de yéritables utopies.

« Si le protestantisme a vraiment^ comme on le dit^ développé Tesprii industriel^ augmenté le biei|«étre matériel $ ce léger avant^e^ qu'on pouvait obtenir avec le catholicisme^ est largement compensé par toute sorte de maux caur ses par le libre examen^ sans parler de eeux qui sent imminents pour l'avenir.

« Un protestant honnête homme ne [peut pM ne pas mépriser Luther et Calvin^ ees violatemrt Montés du second commandement de Dieu ; ridée de Dieu est ineépai^ble de la foi à la parole. Qu*espérer de bon de ces deux religieux eatholiques^ déserteurs de leur couvent et de la foi jnrée? Ils étaient liés par les vœux les plus solennels^ et qui obligent le plus étroitement^ ceux de la religion i ils y ren(»cent sans avoir aucune excuse ! Ces deux moines apostats^ îgnoraient^ls que le serment est la base des so* eiétés, si bien que Jephté a tué sa fille pour ae^ eontplir un vœu imprudent^ ce qui est raconté sans le moindre blâme dans la Bible t Ils ont Hna de oâté le célibat, pour fiavorisor^ pour ss-

souvir leur luxure et celle des princes qui les protégeaient. Sont-ce là les hommes de Dieu?

Un Henri VIII, un Luther, un Calvin peuvent-^ils être des agents, des intermédiaires de la divinité? D'ailleurs, qu'est devenu le protestantisme primitif? Les protestants n'en ont rien retenu, que la maxime absurde de ne s'en rapporter qu'à soi sur les matières religieuses. Aussi, de nos jours, les protestants ne s'entendent pas plus entre eux qu'avec nous autres catholiques.

((On compte 70 sectes reconnues, on en compterait 70,000 si l'on consultait chaque protestant sur sa croyaace.

<i Et comment en serait-il autrement? Est-il un lien assez fort pour réunir des hommes qui croient plus à eux-mêmes qu'à des règles, à des définitions et à un symbole, qui n'admettent ni base fixe, ni autorité, qui demain peuvent rejeter ou démentir leurs croyances d'aujourd'hui?

<i Peut-être on finira par s'entendre avec un schismatique, parce qu'ici la porte n'est pas ouverte à toutes les nouveautés. Il y a une limite à l'erreur. Un schismatique reconnaît in-^ variablement les mêmes dogmes, parce qu'il demeure soumis à une autorité.

« L'empereur Alexandre et moi, nous aurions

SUR LE CHBISTIANISKE. 81

peut-être rétabli Tunité entre les communions dirétiennes. Nous en avions conçu le projet^ cela était possible. Mais ce serait une folie de penser à un rapprochement avec un protestant^ qui (ïoit au dogme de son infaillibilité^ et à la souveraineté monstrueuse de Findividu.

« Où trouver un point de ralliement avec des sectaires dont la secte est fondée sur une base aussi mouvante que le droite pour chaque individu^ d'interpréter l'Ëvangile^ suivant les inspirations de sa conscience^ sans assujettissement^ ni à la tradition^ ni à Tautorité?

A II est vrai que le catholicisme est un océan de mystères; mais^ outre que le protestantisme les admet presque tous^ la religion catholique possède des avantages qui me la feront toujours préférer à toute autre. Elle est une, elle^n*a jamais varié, et elle ne peut changer. Ce n'est pas la religion de tel homme, mais la vérité des conciles et des papes, qui remonte sans interruption jusqu'à Jésus^hrist son auteur.

Elle possède tous les caractères d'une chose naturelle et d'une chose divine; elle plane audessus des passions et des vices : elle est un soleil qui éclaire notre âme avec mystère et majesté; elle est infiniment supérieure à notre es-

PfM { ^ Tm)^, cette «upéf ierité, Irèf^^^poit^ »i3o^ fia» esiiQmweii intoUifenoefl^ m t^rtu eai liQf^ vertu ciyeUé^^ qui ^ft au (tedCMiSi de rbi»3)ioe^

dre partout^ qui mi kh bi» vm lieai fHMslal ^t un lifia religieux, (jui fortifie le peuToir, qui IHfêche h Um» Tuoian i^ rameur, et qui patr- «uade merveiUew^Qmeat à chaoun aon àmeir,.

€ C^est pour cela qu^ |e suit du^étien, ca|hoiiqueroinftin, paxee que p&ea père l'éiait, que mon fils Test comme moi, et que j'aurais un grand ebagrin m mm petit-éls pouYaii ne pas Tetra ^ . .»

ef unpir mi L'EimsiBom fOR ul cfein «blov lu

Un jour qu'il était questioi:| de Lutbar et de Calvin, et spécialement du changement que gqb deux îbérésiarquçs s'étaient permis da«i§ Tiater-

* Puissent ces paroles, pleines de sentiment, réveiller la foi endormie dans le cœnr de phi^ars ! Àh} epiHls ^igv^nt lei éoouter et j réâéeliir 1 Dieu les a mûm mm doute dans la bouche d'un ^rand homme pour rens6i< gnement des partisans de ce grand homme, et de ceux qui écouteraient difficilement une autre voix que cefie du §émA»

SGR LE CBBtS-EIAKISME. H

prétation des paroles saerftBieiitelles de la Gèiïe^ Ms^léon formula aind son (^inton :

a Quelles sont les paroles du Cbfist? les voiei t Ma chair est waimeni viemdef et men sang est vraiment bremage. 8i vùm m mangez ma ehair, si vous ne buvez mon sang, wus n^aur&s pas la vie en vous; et en prenant du pain ; Ce&i est mon corps; de même^ en prenimt du vin : Ceoiest mon sang.

« Catholiques et protestants reçoirent égaler ment ces paroles; comment se fait-il qu'ils les interprètent si diffi^mment : Les catholiques dans le sens littéral^ et les protestants dans le sens figuré?

« Les protestants veulent que tout ee langage^ si positif, si extraordinaire, qu'ils croient, comme les catholiques, être la parole de THomme-Dieu, que ce langage n'aboutisse qu'à cette maigre et chétire signification : « Ceci représente du pain, « ceci représente du Tin. Souvenefr-Tous de man- « ger cette Cène en souvenir do moi. »

Voilà, en efet, une explication 'tmitevulgs^re, et qui ne présente plus à la raison la moindre difficulté, je l'accorde; mais aussi je n'y vois plus rien de ce qui annonce un Dieu, et la parole efficace de rÊtre-Suprême; j'y voisl'inven-

tion^ le conseil^ la pensée et rexhortation d'un homme comme moi. Mais pourquoi donc employer des mots remplis d^horreur comme ceux-ci : Mon corps est viande, etc., et appuyer sur ces expressions, en développer le sens avec une insistance toute particulière? Pourquoi des paroles aussi épouvantables pour rendre la pensée la plus simple du monde?

« Si je crois à la divinité du Christ, c'est à cause du mystère profond caché dans ces paroles, à cause de Tefficacité qu'il a su y attacher.

a Si le Christ n'a entendu que cette recommandation : Mangez du pain, buvez du vin, en mémoire de moi, et je m'unirai à vous et vous vous unirez en moi; il n'y a rien là d'un Dieu...; en dissimulant le mystère vous anéantissez la religion. Qu'est-il besoin d'un Dieu pour faire tout juste ce qu'un homme peut dire et faire?

«Et cependant les protestants croient à la divinité de Jésus-Christ. Us croient à l'Évangile, à la sainte Trinité et à la conception par l'opération du Saint-Esprit. Pourquoi cela ? Ces mystères sont au-dessus de la raison. Il n'y a que quelques mots dans l'Évangile qui les affirment; pourquoi ne pas les interpréter également avec la raison ? »

MOT PROFOin) DE l'eMPEREUR SUR LE MYSTÈRE

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