L'AURORE
Sicut aitrora consnrgens.
La Bible.
Quand l'urne matinale De vermeil et d'opale Répand sur la face des flots Sa vague fraîche et virginale En reflets chatoyants et beaux,
Quand la riante Aurore Fait /Sourire et colore Le bord des lointains horizons Et que sans épargne elle dore Le faîte sémillant des monts,
Les humides feuillages Des forêts, des bocages, Revêtent de vives couleurs.
Et, comme les prés, les rivages En riant ruissellent de pleurs ;
Du sublinie empyrée
La tenture azurée Reprend sa suave splendeur, Et sîi vue, immense, éthérée, Enivre l'âme de grandeur ;
Sous l'épaisse feuillée
De perles émaillée. L'oiseau, frisonnant de plaisir.
Etale son aile habillée De rubis, d'or ou de saphir ;
Sa gorge se déploie En longs hymnes de joie.
En chants plaintifs, mais frais et l>eaux. Qu'en notes limpides renvoie La troupe des moqueurs échos :
L'agneau d'un jour palpite.
Bondit, court et w^'agite ; Le taureau frémit, noble et fier, Le coursier va. se précipite Et de ses longs crins fouette l'air ;
Et le fauve lui-même
Malgré sa rage extrême S'éprend d'indicibles émois, Il tressaille d'un feu suprême Dans sa retraite au fond des bois ;
La mantille fleurie
Que revêt la prairie, Le tapis des moites gazons, L'insecte qui change de vie Et le reptile aux noirs poisons. . .
46 SENTIMENTS ET SOUV^ENIRS
Ah ! toute la nature
Sous l'or ou la verdure Se ravive, forme un seul' chœur, Se répand en un doux murmure Et frémit d'aise et de bonheur.
Et plus qu'elle encor, l'âme
S'illumine et s'enflamme D'heureux, d'ineffables transports ; Elle admire, et parfois se pâme Devant ces sublimes décors.
C'est que la nuit amère,
Aft'reuse, délétère, A fini son règne de mort Et que son humide repaire Du jour ôst devenu le port
Car cette flamme immense, C'est le jour qui commence
Plein de ris, de vie et de feu.
C'est le règne de l'espérance.
Le regard propice de Dieu.
Ah ! c'est bien, nombreux êtres,
Forestiers ou champêtres.
Ou qui i)euplez le champ des airs.
Vous surtout que Dieu fit leurs maîtres, Hommes, précis de l'univers !
Banissez la tristesse, Soyez pleins de l'ivresse Que verse la main du bonheur ; Aux plus doux élans d'allégresse Sans borne livrez votre cœur.
Mais ces feux de TAurore
Devant qui s'évapore Le manteau sombre de la nuit Et devant qui, noir météore.
L'horreur froide et lourde s'enfuit,
Ils sont, bien qu'assombrie.
L'image de Marie Brillant sur le monde charmé, Quand elle parut à la vie Comme un phare immense allumé.
Telle, et plus douce encore.
Sur la nuit incolore Où gisait l'homme avec la mort Brilla cette divine aurore Qui présagea notre heureux sort.
Telle, et cent fois plus l^elle, Sa lumière immortelle Bannit du monde la torpeur Et sur notre épaule infidèle Brisa Taffreux joug de la peur.
Du Jour Père de l'être Oui devait bientôt naître
Sur notre brumeux horizon.
Où Lucifer régnait en maître,
Elle fut le premier rayon.
Sous les voiles funèbres
De nos froides ténèbres
Elle épancha les premiers feux.
Les seuls feux à jamais célèbres,
Et les premiers transports heureux.
Et pareille à l'Aurore Qui fait briller et dore La terre et les cieux enchantés.
Puis leur jette bientôt encore Des flots de plus vives clartés.
Marie à la souflfrance.
A la désespérance.
Donna l'étemelle splendeur, Et l'éternelle délivrance.
Et l'éternelle paix du cœur.
Mais quand le jour éclaire Et le»? cieux et la terre De sa lumière aux jets féconds.
Déjà l'Aurore salutaire Kst dans les abîmes j^rofonds.
La \'ierge magnanime Ne connut pas l'abîme
Du profond et funèbre oubli ;
Mais son éclat vaste et sublime
Est par les âges ennobli.
Car le Dieu tutélaire Dont elle fut la mère Chaque jour accroît sa grandeur, Sa gloire qui ravit la terre Et son ineffable splendeur :
Toujours sa main puissante.
Féconde et bienfaisante.
Aux Ijons "end pins douce la pais.
A ceux que la peine tourmente
Dispense plus grands les bienfaits.