‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris. 2. Sér.: Au largeChapitre 17 sur 46 · LE CHICOT · texte numérisé non relu

LE CHICOT

Je pense à ceux qui ne sont plus.

Lamartin'E.

C'est un cèdre rompu.

Sans écorce. et noirci par le temps et la flamme ; Et nos pères l'ont vu.

Le vieux tronc chauve et nu.

Au milieu du vallon de loin attrister Tàme.

Ce vieillard affaisé.

Que de fois il a vu naître et mourir les âges :

Dix siècles ont passé

Sur son front convulsé.

Enlaidi, déformé, sans sève et sans feuilUage !

Pourtant il naquit beau Sur son délicieux et fertile rivage.

En inclinant sur l'eau

Du limpide ruisseau Le trésors gracieux de son naissant ombrage.

Environné de rois.

D'amis, de protecteurs à la vaste puissance.

Il a vu, sans abois

Et sans cruels effrois.

L^n océan de force abreuver smi enfance.

Si d'arides désirs Ont parfois torturé sa vivace racine.

L'haleine dtes zéphirs

A charmé ses soupirs Et défendu son corps d'une lente ruine.

Il a crû, l'arbrisseau.

En méprisant les vents, en défiant l'orage.

Et. de simple rameau.

De frêle baliveau.

Il s'est fait le support du plus géant feuillage.

Et ses nombreux étés, Oii'ils ont à son calice épanché sans alarmes

De riantes beautés^,

D'ineffables gaîtés.

De jours (|ue les zéphirs ont saturés de charmes !

Et ses nombreux hivers, Qu'ils ont ombré de fois sa robuste jeunesse !

Que de chagrins amers

Et de larges revers N'ont-ils pas épandus sur sa verte vieillesse !

Car, devenu géant.

Neuf longs siècles et plus le livrèrent en butte

A la rage du vent

A l'orage béant Prêt à \omir la foudre et consommer sa chiite.

Plus de cent fois, croitnDn, La foudre meurtrière a dû frapper son faîte,

Et sous l'acre aquilon

Au fond dti vert vallon Mille fois il a dû geindre et courber la tête.

Mais du funeste autan.

Et de l'orage en flamme, et de l'affreux cyclone,

Et du noir ouragan

Il a bravé Télan Sans voir pâlir l'éclat de sa noble couronne.

Même il l'aimait, le fort.

Ce souftle plein de feu qui gonfle la tourmente. Car l'ouragan qui tord

En comblant tout de mort Remplissait de beauté sa ramure flottante.

Un jour pourtant, ce fort.

Il a vu l'arbre cher dont la source féconde

Le sema sur ce bord

Pour y braver la mort Descendre de vieillesse au fll de sa chère onde.

Ensuite sont partis Ceux dont il a goûté le salutaire ombrage,

Et puis, grands et petits,

Ceux qui furent ses fils Et tous ceux qui faisaient son paisible entourage.

Ils ont fui tour à tour Sous la hache, le temps ou le ciel en colère

De son heureux séjour

Ils ont fui sans retour^ Et l'arbre est devenu ce débris solitaire.

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