‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris. 2. Sér.: Au largeChapitre 23 sur 46 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

Le printemps a vingt fois déployé sa parure

De rayons d'or et de verdure Depuis que, pour pleurer Lamartine au tombeau, Ta lyre modula le suave murmure Que j'entendis frémir dans un lointain écho.

Mon vers humble et timide alors osa te dire :

« Le ciel t'a fait dieu de la lyre ; Poète, charme encor ton rivage acadien ; Avec le vent du soir que ta corde soupire. Enchante jusqu'ici le flot aérien. »

Et neuf ans, cependant, comme un linceul i^nmense,

Un austère et morne silence A déroulé sur toi son plus vaste repli ! Comme un enfant de honte occis en sa naissance, Tu reléguas ta muse au plus profond oubli !

Mais voici que soudain elle se lève fière ;

En larges éclats de colère Sa voix déborde au loin comme un bruit d'ouragan ; Le suave murmure est devenu tonnerre.

Et l'humble philomelle aigle au sublime élan.

Ne prévarique plus. Poète, chante encore ;

Que ton rythme, doux ou sonore, Epouvante ou ravisse encor l'écho lointain. Chante, ami d'autrefois qu'un feu sacré dévore : J'écoute tes concerts plein d'un transport divin.

En de mâles accents, en des flots d'harmonie,

Chante la gloire, le génie ; Flagelle sans pitié le traître, l'oppresseur. Burine en traits de feu sur leur face honnie La marque de Caïn, l'éternel déshonneur.

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