‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris. 2. Sér.: Au largeChapitre 26 sur 46 · LE SOUPIRS · texte numérisé non relu

LE SOUPIRS

Cœur content Soupire souvent.

Vous, les enfants d'un jour qui dormez votre somme

Aux langes du l>erceau.

Pourquoi soupirez-vous comme soupire l'homme

Qui descend au tombeau ?

Pourquoi soupirez-vous comme ces tendres mères Que vous navrez d'amour,

Tout en les abreuvant de tristesses amères Dès votre premier jour ;

Comme ces jeunes forts — \'Os pères indomptables —

Déjà pleins de soucis Et jaloux de filer des trames enviables

Aux heures de leurs fils ;

Comme l'homme écrasé sous le fardeau de l'âge

Que la mort va bientôt En dépit de ses vœux ravir à l'esclavage

Dans un dernier sanglot ;

Comme l'exilé sombre à qui le sort funeste

Garde les noirs ennuis.

Ou le pâle captif pour lequel il ne reste

Que d'effroyables nuits ;

On la veuve qui pleure et dont l'âme se brise

Au penser du trépas, Ou Torphelin sans toit que la pitié méprise

Et ne recueille pas ;

Ou l'infirme en haillons que la faim étiole

Sur le bord du chemin, A qui la charité refuse son obole

Et repousse la main ?

Pourquoi soupirez-vous comme en passant soupire

Le hâve mendiant.

Ou le juste qu'on frappe et que son long martyre

Tourmente en souriant ;

Comme soupire aussi la fille pâle et nue

Qu'on flétrit sans retour.

Ou l'amant qui s'affole, ou la vierge ingénue

Que tourmente l'amour ?

O vous qui paraissez, pleins de paix et de grâce,

Ignorer la douleur, Pourquoi soupirez-\ous comme C|uiconque passe

Au creuset du malheur ?

Au creuset du malheur ! L'homme au sein de l'ivresse

Qu'enfantent les plaisirs.

Et flottant emporté sur des flots d'allégresse

Pousse encor des soupirs.

Et les objets nombreux qu'il hait ou qu'il adore

Etalés à ses yeux En exhalent aussi, du couchant à l'aurore

En fatiguent les cieux.

Le ruisseau clair et lent qui sous les verts ombrages Mouille à peine ses bords.

Et le fleuve argenté qui caresse ses plages Sans pénibles transports,

Le lac au fond des bois entouré de verdure.

Les antres, les bosquets.

L'oiseau sous la feuillée au sauvage murmure,

La fraîcheur des forêts,

Le soir où tout émoi se calme et se repose,

La brise et. les zéphyrs, La nuit majestueuse et l'aurore au teint rose,

Sont tous pleins de soupirs.

L'océan en fureur, l'ouragan qui délire

Et s'arrête navré.

L'orage qui mugit. . . Tout ce qui naît soupir.

Ai-je trop soupiré ?

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