‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris. 2. Sér.: Au largeChapitre 27 sur 46 · LE LYS · texte numérisé non relu

LE LYS

Rendez-moi ma cabane Ou laissez-moi mourir.

Enfin donc, il est mort, ton lys. pauvre Fleurange,

Ton lys blanc et pur comme toi.

Odorant, parfumé comme ton âme d'ange, Quand, là-bas au milieu de son parterre étrange, Son calice brillait en roi !

Tes mains l'ont retiré du milieu des épines

Resplendissant, l'air noble et fier, Les rameaux pleins de sève en ses pâles ravines. Puis au flanc attiédi de fécondes collines Tu l'a mis au sources de l'air.

Là. tu vins chaque jour, et durant deux années.

Abreuver d'un gras arrosoir Ses bull)es sans vigueur, presque à demi fanées, Etayer doucement ses tiges chagrinées

Et sarcler son riche terroir.

Prête à lui i)r(>diguer mille autres soins encore

Pour voir sa corolle s'ouvrir Et sourire un seul jour aux grâces de l'aurore, En dépit de tout zèle, aimable sœur de Flore,

Aujourd'hui tu le vois mourir !

Ah ! sa mort a brisé ton âme qui pétille

Et mis à ton regard serein Cette larme naïve où tant de charme brille. Sèche-la nous, pourtant. N'en pleure pas. ma fiille,

Car. retiens-le. c'est le destin.

Oui, lorsque sur ton chef aux ondes satinées

Qu'on dirait de vastes flots df'or Le temps aura doublé le nombre des années ; Lorsque ton cœur rempli d'espérances fanées

Aura vu douze étés encor ;

Tu l'auras éprou\'é. naïve enfant, peut-être, Pour qu'un lys soit rempli d'appas.

Pour qu'à nos sens charmés Tété fasse renaître Sa corolle à l'éclat plus royal que champêtre, Tant de soins ne suffisent pas.

Il lui faut l'air natal, l'haleine si connue

Qu'il a respiré en naissant.

Son ciel, noyé d'azur ou noirci par la nue, L'humble motte où naquit sa racine menue,

Ou son roc au pied du passant.

Si le destin cruel t'arrachait les campagnes,

Les prés au languissant gazon Où tu suis en riant tes rieuses compagnes. Les rochers, les grands l3ois. les sauvages montagnes

Qui bornent ton noir horizon,

Ton bel œil azuré se noîrait dans les larmes

Et ton cœur se fendrait d:'émoi.

Tu t'en irais mourant de secrètes alarmes. Et nous, nous n'aurions plus, la douce enfant, les charmes

Que tu répands autour de toi (*).

(*) Voir la pièce intitulée Flenrange.

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