‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris. 2. Sér.: Au largeChapitre 41 sur 46 · LA VAGUE · texte numérisé non relu

LA VAGUE

Quand le matin tu vois briller la rose. Songe qu'au soir elle n'existe plus.

Mme Perrier.

Quand sur les flots brumeux de l'immense océan

Le? vents ont déployé leur aile,

Leur front palpitant s'échevelle Et le géant bondit dans un sublime élan ;

Il brandit des milliers de crêtes Qu'en ses bruyants transports sans relâche il accroît, Et que traîne avec lui le souffle humide et froid

En faisant bouillonner leurs faîtes.

Et parmi ces grands flots, ces montagnes — Cjui sont

Néanmoins des points dans l'abîme,

Quelque sourcilleux et sublime Qu'à travers le brouillard nous paraisse leur front —

Il en est une qui domine Par son port noble et grand, sa splendide beauté, Dont la marche s'empreint de fière majesté,

Dont la face paraît divine.

L'œil plein d'enchantement la regarde venir

A t;"îivers la sombre distance ;

A mesure qu'elle s'avance.

L'esprit même enchanté ne sait se contenir :

L'ci-'il et l'esprit l'aiment, l'admirent. L'admirable au milieu des lielles aux traits blancs. Avec ses longs tressants, ses grands jets écumants.

Ses bowillonnemejits qui délirent.

AU LARGE l6l

Mais avant qu'elle fut, dès le principe, Dieu De sa main discrète et féconde Au sein tumultueux de l'onde

Devant elle a placé le granit plein de feu ; Et, quand l'admirable s'approche,

On croit que va tomber devant elle l'écueil :

Elle y heurte pourtant à son propre cercueil, Et sans que frémisse la roche.

Hélas ! du temps brumeux le souffle amer et froid

Comme l'autan sur l'onde

Sans relâche s'accroit ;

Sa course furibonde

Sur l'océan du monde Consomme chaque jour un plus farouche exploit. Oui saura les compter, ces humains enviables,

Ces maîtres de l'amour,

Ces forces indomptables.

Qu'il fait paraître au jour

Et brise sans retour Dès qu'on a vu s'ouvrir leurs carrières aimables ?

Et parmi ces puissants, ces rois de la santé.

Ces prodiges sans nombre

De force et de beauté,

Combien au tombeau sombre

Il en jette dans l'ombre Oui tiennent noblement la haute royauté ! . . . .

Ah ! Tim d'entre eux. naguère, une vierge ingénue,

Au front plein de splendeur

Et de grâce inconnue

Par sa douce candeur

A charmé notre cœur Autant qu'à nos regards elle fut bienvenue.

Nous nous disions : « Son teint de neige et d'incarnat, 'L'attrait qui la décore,

Est moins charmant encore Que le cœur chaleureux, naïf et délicat,

Oui d'un élan sonore

Dans sa poitrine bat :

Douce comme l'espoir, forte, candide et belle, Elle a du frais matin l'apparence et l'éclat,

Heureux l'époux fidèle

Qui vieillira près d'elle ! »

Mais la fille admirable a rencontré l'écueil

Sur l'océan du monde *

Où le trépas abonde.

Où si près du berceau flotte aussi le cercueil.

Où la mort nous émonde

Dès en passant le seuil ....

Elle avait dix-huit ans. la brillante admirée Et déjà pour jamais au jour elle a clos l'œil.

Et nous l'avons pleurée

Dans la mort sombre entrée !

Sur son charme et son nom déjà le noir oubli, Comme un voile épais d'ombre Tendu par la nuit sombre, s. jeté lourdement son vaste et froid repli ! Oui, comme un flot qui S(jmbre S'affaisse enseveli Sans quitter sa mémoire au sein mouvant de l'onde, Les charmes de Roxanne ont si vite pâli Et sa trace profonde A disparu du monde !

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