L'ORMEAU
rui pencliant de riants coteaux Il était une forêt sombre
Où sans nombre Venaient gazouiller les oiseaux.
Parfois clans sa vaste ramure Les vents épanchaient leurs bruits sourds.
Froids et lourds.
Mais pour elle sans noir augure ; Et dans une \-ague au flot lent.
Sans murmure.
Fraîche et pure. Elle mirait son front mouvant.
Elle n'est plus, la forêt sombre :
Des coteaux le sein découvert
Et désert X'est plus rafraîchi par son (^mbre :
La douce haleine des zéphyrs.
Le souffle des noires tempêtes
Sur ses faîtes N'ont plus de voix ni de soupirs.
Et son fleuve pur roule une onde
Sans saphirs
Ni plaisirvS.
v^ans image verte et profonde.
Vœ soli.
Seul, un mélancolique ormeau "Y penche encor son front austère,
Sans s'y plaire, Sur le sein tranquille de l'eau.
C'est que sa ramure flottante, Son feuillage riche, ample et clair,
Son port fier.
Ont du colon fixé l'attente ; Et l'a hache au bord du ruisseau
— Imprudente
Ou méchante — N'a pas coupé l'orme si beau.
Ah ! dans sa naïve ignorance, Il a cru, le vieux Inicheron,
Ce fleuron Insensible à son deuil immense.
Mais, hélas ! il verra bientôt De l'arbre s'enlaidir la face.
Et sa grâce Prendre un aspect sombre et lourdaud Puis il le verra choir, au terme
D'un sanglot
Dans le flot Qui coulé à sa base peu ferme.
l66 SENTIMENTS ET SOUVENIRS
Car les arbres sont comme nous :
Lorsque leurs aimés disparaissent
Et les laissent.
Poussés par le sort en courroux, Leur front pâlit et se chagrine, Leur feuillage, aux souffles brûlants
Des autans, Va joncher au loin la ravine ; Leur tige souffre, s'assombrit,
Se ruine ;
Leur racine Elle-même sèche et périt.