‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris [microforme]Chapitre 10 sur 51 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

L'Irlandais plein d'orgueil tressaille de bonheur A l'aspect enchanté de ses vertes campagnes ; L'Ecossais belliqueux adore ses montagnes

Et le son du pibroc fait palpiter son cœur.

Mais du brave Ecossais les cimes sourcilleuses Demeurent sans appas comme un front sans espoir, Et du vain Irlandais les campagnes soyeuses

Ainsi qu'un Sahara deviennent ennuyeuses

Auprès du doux vallon où frémit le Lac-Noir.

C'est là qu'environné des biens que son cœur aime,

Le vert gazon, le calrne et l'ombre des forêts,

Vit Benoit, homme heureux dont le plus cher emblème Est l’auguste pavot qui blanchit ses guérets,

Que, dans un océan d'insouciance extrême,

Le ciel garde à mon cœur l'arbitre de ma paix,

Le dieu qui fut toujours la moitié de moi-même.

Ah ! que l'astre du jour de ses vastes splendeurs Ne transperce jamais les tranquilles ombrages Où le divin Benoît s’abreuve de douceurs !

Qu'il y laisse dormir le plus sage des sages Sans connaître nos bruits et nos mille douleurs.

Ce qu'il lui faut, à lui, c'est la voûte étoilée, C'est la douce lueur que la reine des nuits

Verse en gerbes d'argent sur l’onde constellée, C'est l'ombre et le silence au fond de ses réduits.

Murmure donc toujours à tes rives charmantes, Lac-Noir que l’âge d'or eût mis au rang des dieux ! Roulez-y donc toujours vos ondes gazouillantes

Sur vos sables dorés, sous vos gazons soyeux, Ruisseaux parfois mutins mais toujours gracieux !

Et toi, brise embaumée, et toi, léger zéphire, Effleurez, mais sans bruit, son arceau velouté, Et n'allez pas ternir sa douce volupté,

Ah ! ne réveillez pas le sage qui soupire

En buvant à grands flots l'ivresse du Lethé.

Vous ne connaissez pas, orages et tempêtes,

Les rivages fleuris de son divin Lac-Noir ;

Vos souffles trop bruyants ne tordent pas les faîtes De ses pins sourcilleux où la nuit va s’asseoir,

De ses grands bois obscurs pleins de douces retraites.

Oui, vous allez ailleurs noircir le front des cieux.

Allez ! vous faites bien, tourmente échevelée :

Car Benoit veut dormir, et vos bruits odieux, Et votre face maculée,

Iraient jeter l’horreur sous ses pliants arceaux, Au fond de la fraîche vallée

Où le ciel lui forma des milliers de berceaux.

AU LARGE 33

Et vous, chantres ailés qui peuplez ces domaines, Ne rompez point le cours de vos longues chansons ; Faites-les retentir par les monts, par les plaines, Sur la cime des pins et sur les verts gazons. À Quand va naître le jour, et puis le soir encore, Chantez, puisque le ciel vous donne comme à nous Une âme expansive et sonore,

! ë ; pa Mais que vos ramages soient doux.

Car le sage Benoît veut oublier la vie 4 En vouant au sommeil sa carrière ravie, Et des cantiques pleins de bruits Feraient languir son âme à la veille asservie... Ah ! dévouez piutôt le Lac-Noir aux ennuis.

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