L'AMERTUME D'ANATOLE
Défecit in dolore vita mea.,
Ps, 30.
Sous les arceaux brunis et lourds du temple antique L'ombre avait commencé de descendre sans bruit. Anatole y penchait son visage phtisique,
Et sa voix murmurait triste comme la nuit :
«< Messagère du soir, la brise au doux murmure Annonce le retour des moments solennels Où l'âme désolée, à Vierge sainte et pure, Epanche sa douleur au pied de tes autels.
# Kecois-moi donc encor, Vierge mon espérance, Reçois-moi, devant toi mon cœur veut soupirer : En tous lieux exilé, lassé de la souffrance, A tes genoux sacrés, je viens encor pleurer.
< Ah ! pourquoi vois-donc la constante poursuite Des hommes conjurés s'attacher à mes pas ?
Pourquoi ces cœurs remplis d’une haine gratuite Livrent-ils à mon cœur ces inhumains combats ?
Je naquis ignoré des princes de la terre,
Mon jeune âge a passé sans faste, sans splendeur, Sans charme, sans plaisirs, au sein de la misère Et sans avoir connu l'ordinaire verdeur.
'ita
ntique uit.
mea.
AU LARGE
€ Jamais un vrai souris de la justice humaine
N'a réjoui mon front que des maux sans secours, Les soucis, les labeurs de vingt printemps à peine Ont marqué sans pitié du cachet des vieux jours !
< Je frémis sous les coups des êtres à qui même Dans mon cœur plein de feu j'offre le premier rang ! Et, pleins de noir venin et de rage suprème,
Je vois fondre sur moi ceux de mon propre sang !
« Et jamais dans mon cœur une amitié fidèle
N'a fait luire un seul jour le flambeau du bonheur : On n'eut jamais pour moi qu'une glace cruelle, Complaisance enfiellée et sourire berneur.
«Le jour est-il pour moi l'image de la vie ?
Non ! jamais mon regard n'implore ses clartés :
Je dois songer à fuir dès que l'aube convie
Le monde à ses bonheurs... que je n'ai pas goûtés.
« Ah ! ton souvenir saint est ma seule assistance Dans les transports brülants de ma longue douleur ; Et d’un vol enflammé ma prière s'élance A ton trône de gloire, à Reine de mon cœur.