‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris [microforme]Chapitre 13 sur 51 · LE DEPART DES CORNEILLES · texte numérisé non relu

LE DEPART DES CORNEILLES

Au temps que les Corneilles braient, Et la froidure s’achemine.

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Aussitôt que la froide automne

Au front pâlissant des coteaux

De lambeaux glacés se couronne, O Corneilles, bruyants oiseaux, Sur les falaises résonnantes

Vous formez vos troupes flottantes Et pleines de stridents accords, Vous déployez larges vos ailes,

Et loin de nos plages cruelles Vous dirigez vos longs essors.

En quel secret recoin du monde Allez-vous donc, à noirs oiseaux, Enfouir votre peuple immonce

Et chercher des soleils plus beaux ?

Quelle atmosphère favorable,

Quel paysage plus aimable

Vous ravissent à nos climats ?

Est-ce au Couchant ? Est-ce à l'aurore ?

Serait-ce au rivage du Maure ?

Le vulgaire ne le sait pas.

Ah ! c’est pourtant sur nos rivages Que s'ouvrit pour vous le berceau :

C'est à l'ombre de nos bocages

Qu'il pendit à son vert rameau :

Ce sont nos bois et nos montagnes Nos vieux rochers et nos campagnes Qui charmèrent vos premiers jours, Où frissonnèrent de vos ailes

Les ombres naissantes et grêles, Qui virent vos premiers amours.

Ah ! sur nos campagnes chenues Quiconque a vu passer l'hiver Comprend qu'aux rives inconnues Vous demandiez l'exil amer.

Car l'exil funeste et morose

Est une moins cruelle chose

Que notre hiver tant rigoureux :

Oui, l'exil a moins d’amertume,

Sa funèbre langueur consume Moins que chez nous l'hiver affreux.

Il n’est pas, jusqu’au bout du monde Un séjour cruel et maudit

Où la neige piquante abonde

Comme au front de notre bandit, Où la bise qui tourbillonne

En levant sa large colonne

De frimas au toucher mortel

Alligne au dos de ses campagnes, Comme ici, de longues montagnes Qui menacent parfois le ciel F

AU LARGE 41

| Où, d'une aurore à l'autre, en proie l A la tristesse, au päle ennui,

| Blasé, sans travail et sans joie,

| On demande au vice un appui ;

| Où la tyrannique indigence

| Fait naître et régner la souffrance

| Au toit sombre du laboureur ;

| Où la famine, la détresse,

| Le crime auprès de la paresse,

d | Sur leurs pas épandent l'horreur ;

Où se gaudit et règne en maître

Le rhumatisme douloureux,

Où chaque heure en tout lieu fait naître Par cents les fléaux catharreux ;

Où, le front ceint d’hypocrisie,

Circule l'affreuse phtisie

En semant la peur et la mort ;

Où d'une aurore à l’autre aurore

L'on voit mille autres maux éclore Ainsi que chez nous c'est le sort.

nn

Non, sous ses glaces sans mesures

Ses nuits aux manteaux froids et longs, Avec ses géantes froidures

Et ses éternels aquilons,

Le pôle n’est pas plus horrible

Plus meurtrier et plus terrible,

Dans ses gigantesques rigueurs

Que nos bords, glaciers délétères

Où l'hiver gonflé de colères

Traïîne ses mortelles longueurs.

Ah ! fuyez notré hiver horrible, O noirs oiseaux, vous faites bien B Déployez votre aile flexible, Hôtez-vous, l'exil n'y fait rien.

Allez lui demander la vie

Avec la campagne fleurie

Et l'épi lourd du laboureur,

L'aube en pleurs et les verts feuillages Les reflets d'un ciel sans nuages,

Et les zéphyrs et le bonheur.

Oui, fuyez, bruyantes Corneilles, Hâtez-vous par tous les chemins !

Fuyez, et fermez vos oreilles Aux discours de naïfs humains Qui prétendent que leur patrie

À toujours la face fleurie,

Lors même qu'elle est sans étés Et qu'une flamme colossale Contre le givre et la rafale Nous y tient à peine abrités.

Ces patriotes en délire Qui vantent, chantent nos glaçons, En vous moquant laissez-les dire, Et vivez si nous périssons.

Car c'est dans un effort pénible, Poursuivis par la mort horrible Qui plane sur nos blancs déserts ; C’est du moins pâlis par les transes, Sans force, écrasés de souffrances, Qu'ils vantent, chantent nos hivers

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