NE
AU LARGE
Et comme flottant dans les airs, Vous avez aperçu l'immense ; Vous avez vu poindre à vos pieds Des forêts, des prés et des mornes, Puis, dans un horizon sans boïnes, Des bourgs de verdure noyés,
Des champs que la moisson colore, La mer, ou l'orage en couroux, L'éclair même au-dessous de vous, Et bien d'autres choses encore ; Et vos regards ont malgré vous Scruté la lointaine distance, Arrachés à l'insouciance
Par cet aspect sublime et doux.
Alors, dans les plis de votre àme Un transport, un charme inconn:, Est insensiblement venu
Comme un subtil rayon de flamme.
C'est qu'elle voyait de plus haut Les merveilles que sur la terre De l’Aurore au Couchant opère La main puissante du Très-Haut, Et que d'ici-bas arrachée,
Plus loin du monde et de son fiel, Votre âme se sentait du ciel Dans ce moment plus rapprochée ; C'est qu'éloigné d'objets amers Comme tiré de l’abime,
Votre œil contemplait de la cime
Des lieux lointains qui vous sont chers ; C'est que vous croyiez dans la brume Entrevoir au fond d’un hameau
Un vieux toit, peut-être un tombeau Dont le seul penser vous rallume,
Ou sentir dans l'air embaumé
Que vers vous exhalait la plaine
La chaude et caressante haleine
Ou les soupirs d’un être aimé.