‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris [microforme]Chapitre 4 sur 51 · ET · texte numérisé non relu

ET

urt.

muse,

Si je veux voir le front de l'antique Borée,

Je descends le couloir à la rampe pourprée

Par où je sais grimper à mon petit logis.

J'aperçois au sortir des vergers, des taillis,

Dont mon œil en passant admire le feuillage,

Puis j'arrive à deux troncs. arbres du plus vieil âge, Que j'ai vus se prêter en bien des mauvais jours Contre les vents d'orage un mutuel secours.

Une même racine au même antre asservie

Avec la même'sève alimente leur vie :

Le même doux murmure enchante leurs rameaux Qui. pour mieux sembrasser, se courbent en arceaux : Si l'un deux que'jue jour se déracine et tombe, L'autre, à n'en pas douter, le suivra dans la tombe (#) Je médite un instant la sublime leçon

Qu'ils donnent sans dispute à l’humaine raison, Puis je m'assieds entre eux, la face vers Borée

Que je trouve souvent la lèvre bigarrée.

Là. je suis sur un mont, un sublime juchoir :

J'y domine des bois au grand feuillage noir

Dont s'enveloppe au loin le féerique rivage

Où le beau Saint-Laurent dort sous le frais ombrage. En face, et sous mes pieds, sont deux minces galets Où quelques vieux pêcheurs attachent leurs filets,

Et plus de cent esquifs à la voile tremblante

Tout près viennent s'ancrer à la glaise écumante,

Tel se peint en huit vers l'adorable tableau

Qui semble sous mes pieds défier le pinceau.

* Voir plus loin Les deux Peupliers

Une forêt de joncs par les flots arrosée

Forme un large avant-plan à la rive opposée, Mais si de ce bourbier je soulève les yeux,

En arrière, et semblant incrustés dans les cieux, J'aperçois des monts hauts à dérouter la vue Par pics et tourillons s’élancer dans la nue.

Et j'admire à leur base un léger chapelet

De maisons qu’on dirait ou d'albâtre ou de lait Dont s’entoure le front d’une longue colline Qui vis-à-vis de moi coquettement s'incline : Je salue en retour ses pâturages verts

Et ses pieds qu’en chantant baignent les flots amers.

Voilà qui peut charmer une âme un peu vibrante. Cela me charme-t-il ? A bon droit je m'en vante. Mais, de l'Est à l'Ouest, du Sud à l’Aquilon,

Nulle part ne paraît un seul point d’horizon.

Je me trompe. Il est vrai, par une dentelure

Du côté de Beauport—triste et cruel augure ! — J'en aperçois un coin vaporeux et lointain.

Mais il est bien étroit, plus étroit que la main. Lorsque mon œil distrait par hasard l’envisage,

Je crois surprendre au vol une nique, un outrage Que me lance de loin cet odieux pays.

J'abaisse le regard en fronçant les sourcils :

Durant quelques inetants le Couchant m'est en haîne, Son reflet empourpré me fatigue et me gêne,

Et je voudrais même être un de mes peupliers !

Moins rudes à fourbir, moins sages, moins caissiens, Que nous tou., sots humaine pleins de philosophie, Ils savent vivre à deux et de la même vie, r

AU LARGE 17

Je leur dis quelquefois : « Ensemble, arbres heureux, Vous pouvez défier l’aquilon douleureux.

Si l’on vous imitait, modèles de la terre,

Qui se brise à trente ans deviendrait centenaire.

De plus, si, moins remplis de sagesse et moins fats, Nous étions peupliers, Beauport ne serait pas.

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