‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris [microforme]Chapitre 6 sur 51 · LA VIEILLE HORLOGE · texte numérisé non relu

LA VIEILLE HORLOGE

Tant va la cruche à l'eau Qu'enfin elle se brise.

Vieux meuble délabré, relique sainte et chère Qui depuis quarante ans me suis,

Prête à voir avec moi la moitié de la terre Subir des hivers et des nuits,

Adieu ! Vicux meuble aimé, désormais incapable D'un service qui soit passable, Demain tu passes au rancart !

J'ai longtemp: craint cette heure, Enfin elle est venue, Et, malgré la déconvenue, Lä-haut je te mets à l'écart !

Ah ! je devrais d'abord ciseler ton éloge Dans une ode au sublime essor.

Et dire à l’univers que tu fus une horloge Digne de plus que son poids d’or.

Maïs qui voudrait me croire, humble caisse d’ébène Mal jointe et dégrossie à peine Par un manœuvre maladroit,

Qu'on affubla jadis d’une teinte banale Et d'apparence plutôt sale, La moins admirable qui soit ?

Car parmi nous, humains, sache-le, vieille amie, On ne peut qu'être sans valeur

Si la beauté du port au coin de la chimie

AU LARGE

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Ne relève encor la couleur :

On croirait mon génie à sa millième esclandre, On se pâmerait à m'entendre Et l'on dirait que j'ai menti, l'eau Que, malgré mes serments aux larges envolées Et leurs tirades ampoulées, | Mon éloge n'est pas senti,

| Ne crains pas, cependant, qu'un coupable scrupule Me ravale au rang des ingrats, le Et que soudain pour toi je devienne l’émule De monstres qu'on ne nomme pas. Non ! J'ai trop bien appris ce qu'est l'ingratitude venue, | Pour que sa noire turpitude Se glisse jamais dans mon cœur, Et que jamais en moi l'on sente vivre une âme Qu'un seul jour eût teinte l’infâme De son infernale hideur.

Je garderai sans fin la sainte souvenance De tes services tant heureux, Dont j'aimai quarante ans l'immuable constance Et les fruits si doux pour nous deux.

Je te verrai souvent au coin de l’oubliette, L'air mélancolique, et muette, Sans plus répondre à mon regard ..….

; Ah !'n'en va pas rougir : habite ma demeure Sans désormais me dire l'heure, Car elle est bien faite, ta part.

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J'irai me souvenir à côté d'nne amie Qui fut fidèle si longtemps,

Qui prodigua son aide aux trois quarts de ma vie, | Jusqu'aux flourdeurs de si vieux ans. |

J'y lui dirai les jours de joie et de déboire Qu'elle a vus de ma pâle histoire, Et puis les si nombreuses nuits

Où me poignait au cœur quelque amère pensée Et dont sa voix grêle et cassée M'entrecoupait les longs ennuis.

Je ne regrette aucun de ces temps variables, Tant moins fut-il accidenté :

Qu'ils restent tous, ces jours saintement mémorables Dans leur piofonde éternité.

Ce qu'il faut à mon cœur, c'est ce qui lui rappelle D'uae façon douce et fidèle Ce qui ne doit plus revenir,

C'est de suivre en amont le fleuve des années Pour s'en refaire les journées, C'est le culte du souvenir.

Bientôt, je le pressens, conseillère discrète Qui me suivis en maint séjour,

L'heure en sera venue, au fond de la retraite Je devrai descendre à mon tour.

Une lourdeur de mort s'empare de mon être, Je décline, et demain, peut-être, Je devrai passer à l'écart :

On me l'a dit d'ailleurs, je suis plein de ravage, Les soucis, les travaux et l’âge Me conduisent vite au rancart.

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AU LARGE 23

Je n'aliu.donnerai ma compagne si chère Qu'en passant le seuil du tombeau ; Je lui dirai souvent ce qu'est la vie amère Et tout ce que j'y vis de beau.

Nous serons côte à côte, et sans désormais craindre, Elle, un idiot qui veut peindre, Moi, l'âme horrible des tyrans, A savourer ensemble une paix assurée, Une tranquillité sacrée Au saint repos des vétérans.

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