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blait la famille des condanmés. DeptÛB le Gh&telet jusqu'à la Grève, ces jeunes gens n'ont cessé d'élever leursbras vers le peuple, et dédire : Messieurs^ demaiîdêz notre grâce, nom sonpmes repentants. Le peuple a crié : Orâcel mais c'était le cri de la pitié et de la raison. Il voyait des coupables, mais il ne sentait pas qu'ils ne pussent être punis que par la mort. Le peuple ne raisonnait point ; mais il sentait bien qu'il n'y avait nul rapport entre de faux billets et la perte de la vie.
» Les frères Agasse ont été conduits à l'Hôtelde-- Ville, et bientôt le bourreau est descendu, conduisant le plus jeime; après de longs prépar ratifs il a fait son office, la cocarde nationale au chapeau.
D Aussitôt il est remonté à rHôtel-de-YUle pour chercher Agasse l'alné. A peine le malheureux est-il au bas du perron qu'il aperçoit. . . le corps de son frère suspendu à une potence, près de celle qui l'attend. Le bourreau et ses agents lui font fEÛre encore quelques pas vers ce corps. 11 détourne la tète, ses forces Tabandonnent; on lui couvre le visage d'un mou-
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choir et on le porte au pied du gibet, sur lequel il expire au bout de quelques minutes.
» J*ai lu Tarrôt des frères Agasse; je n'y ai point vu que Tun ou Tautre fût condamné à être témoin de la suspension de son frère ; et je lis dans la I^édaration des Droits que la loi ne peut établir qm des peines évidemment et strictement nécessaires; à plus forte raison le rapporteur ni Texécuteur n'ont-ils pas le droit d'ajouter à la peine des circonstances aggravantes qui ne sont pas nécessaires et que le jugement n'a point prescrites.
» Puisqu'ils étaient condamnés l'un et l'autre à la mort seulement, il fallait exécuter littéralement l'arrêt, et, après la suspension d'un des frères, soustraire son corps aux regards de l'autre. Il y a donc ici tout à la fois prévarication et inhumanité, soit delà part du juge qui présidait l'exécution, soit de la part de l'exécuteur. Ils ont outre-passé l'arrêt par une circonstance qui aggravait considérablement la peine.
» Cest Vusage. . . Cannibales ! Que m'importent vos exécrables usages? Le coupable con-
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damné cesse-lr-il d*Ôtre un homme, d* être votre frère ; c'est un citoyen qui a une grande dette à payer à la société, et la société doit à ce débiteur tous les adoucissements qu'il n'est pas strictement et tmde7nment nécessaire de lui refuser. Que les Français eussent été, avant la Révolution, spectateurs muets de cette atrocité gratuite, il n'aurait pas fallu s'en étonner; ils ne savaient pas être ni hommes ni citoyens; mais que depuis la Révolution, trois cent mille Français libres n'aient pas élevé une voix pror tectrice pour faire enlever le corps du supplicié avant qu'il fût aperçu par celui qui allait l'être, il n'y a que trop de quoi faire craindre que les âmes françaises ne s'élèveront jamais.
» Un citoyen, ce fait est certain, un citoyen s'est avancé, l'arrêt à la main, pour faire ceuJe juste et touchante réquisition ; une baïonnette nationale l'a repoussé.
» Leurs corps ont été rendus à leurs parents, qui ont fait célébrer un convoi dans l'égliae Saint~André-des-Arts. Le grand concours de citoyens qui y ont assisté suffit pour prouver que les frères Agasse ont emporté avec eux les
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restes du préjugé dont nous sommes déjà étonnés d'avoir été dupes pendant tant de siècles. »
Ces sublimes principes de justice et d'humarnité si noblement mis en action, le peuple et Prudhomme lui-même devaient les oublier bien promptement sous Finfluence des ressentiments politiques.
A cette époque trois grands procès étaient pendants devant le Chàtelet, devenu tribunal suprême, et tous les trois surexcitaient également les passions populaires. Ces procès étaient celui du fermier-général Augeard, accusé d'avoir fourni à la cour les fonds à Taide desquels elle avait stipendié les troupes rassemblées au Champ-de-Mars; celui du baron de Besenval, colonel-général des Suisses, qui commandait au Champ-de-Mars au mois de juillet précédent ; et enfin celui du marquis de Favras, inculpé d'avoir voulu introduire la nuit, dans Paris, des soldats armés afin de se défaire des chefs des principales administrations , d'enlever les sceaux de l'Etat et d'emmener le Roi et la farmillé royale à Péronne,
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MM. Augeard et de Besenval avaient été acqtdttés et ces acqmttementA, en soulevant une indignation qu'attisaient quotidiennement les pamphlets et les journaux, rendaient la situation du marquis de Favras très-périlleuse.
Thomas Mahy , marquis de Favras, était né à Blois en 1745. Il était Talné de deux frères dont Tun se nomma le baron Mahy de Corméré, et l'autre M. de Chitenay. Il était entré dans les mousquetaires en 1760 et avait fait, avec la maison du roi, la campagne de 1761; puis il passa, en qualité d'aide-major, au régiment de Belzunce et devint enfin lieutenant des gardes suisses de Monsieur, frère du roi. U se maria en 1774, se démit de sa charge et fit un voyage à Vienne où il fit reconnaître sa femme comme fiUe unique et légitime du prince d'Anhalt-Schaumbourg. Poussé par son esprit aventureux, il alla en Hollande, où il commandait une légion dans l'insurrection qui souleva, en 1787, les Provinces-Unies contre le stadouder.
C'était, en 1789, un homme de quarantecinq ans, chez lequel la maturité de l'&ge n'a-
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vait point amorti les ardeurs de rimagination et l'enthousiasme des conceptions hasardeuses. Au physique, c'était le type accompli du gentilhomme, réunissant à la fois la noblesse, l'élégance et la dignité.
U avait assisté aux attentats des 5 et 6 octobre. Il avait vu le sanctuaire de la majesté royale devenir le théâtre d'une sanglante satumale; ce spectacle l'avait rempli d'indigna* tion, et, dans son exaltation chevaleresque, il avait résolu d'arracher le roi et la reine aux dangers dont il les voyait menacés.
11 avait conçu un plan pour l'enlèvement du roi. — A cette époque, il n'était pas un serviteur de la monarchie qui n'eût le sien. — Mais avec le caractère entreprenant de M. de Favras, il ne pouvait se contenter d'une inutile théorie de fuite royale ; il s'occupa avec plus de zèle que de circonspection de trouver les moyens de mettre son projet à exécution.
Si ce projet était tel que l'espion Bertrand de MolieviUe le rapporte dans ses Mémoires, il me semble aussi chimérique que pas^ un de ceux qui furent soumis à Louis XVL