‹ Sept générations d'exécuteurs 1688-1847 (volume 2)Chapitre 3 sur 43 · V COLLIER · texte numérisé non relu

V COLLIER

.. . .: rien de la publicité; elle

. . i:r sur ce qui s'était passé.

. ► ir de l'Assomption, le cardinal,

..,..- au^uiônier, devait officier dans la

. îuit déjà revêtu de ses habits pon-

■ rsiiu'im huissier s'approcha de lui,

,. .: vjue le roi le mandait dans son

;,^ rvn, la reine et M. de Breteuil étaient 7vii:r.is dans cette pièce.

I/)rsque le cardinal fut entré, le roi lui dit, d^un ton fort irrité :

— Monsieur, vous avez acheté des diamants à Bœhmer?

— Oui, sire, répondit le cardinal.

— Qu'en avez- vous fait ?

M. de Rohan hésita un instant.

— Je croyais, sire, dit-il enfin, que ces diamants avaient été remis à la reine.

— Qui vous avait chargé de cette commission?

— Une dame appelée madame la comtesse de la Motte- Valois , qui m'avait apporté une lettre de la reine, à laquelle je croyais faire

ma cour en me chargeant de cette négociation.

La reine Tinterrompit brusquement.

— Comment I monsieur, s'écria-t-elle, comment avez-vous pu croire, vous à qui je n'a^ dressais pas la parole depuis huit ans, que je vous choisissais pour conduire une affaire de <îette espèce et par Tentremise d'une pareille femme ?

— Je vois' bien, reprit le cardinal, que j'ai été cruellement trompé; le désir que j'avais de plaire à Votre Majesté m'a fasciné les yeux. Je payerai le collier... J'ai été la dupe d'une

^supercherie que je n'ai pas soupçonnée; j'en suis au désespoir.

Alors il sortit de sa poche un portefeuille dans lequel était la lettre de la reine que lui avait remise madame de la Motte. Le roi jeta les yeux sur cet écrit.

— Ce n'est, dit-il, ni l'écriture de la reine, ni sa signature. Comment vous, un prince de la maison de Rohan et un grand aumônier de France, avez-vous pu croire que la reine signait Marie- Antoinette de France? Personiie

m II

lia -L'AFFAIRE DU COLLIER

iii^oj:^ que les reines ne signent que leur» nom^ de baptême.

Le eardinal pâlissait de plus en plus, ses 5:eiioux se dérobaient sous lui ; il fut forcé de s aippuyer contre une table pour se soutenir.

Le roi. qui vit son trouble, l'engagea à se remettre et à passer dans la pièce à côté, où il pourrait écrire sa justification.

M. de Rohan obéit; il y resta un quart d'heure, remit le papier à Sa Majesté, qui lui onlonna de se retirer, et trouva à la porte de la chambre du roi M. de Jouffroy, lieutenant aux gardes, qui l'arrêta et le remit aux mains de Taide-major, M. d'Agoult, qui le conduisit î\ la Bastille.

Le lendemain de Tarrestation du cardinal ^ madame de la Motte fut arrêtée à Bar-sur- Aube, où elle s'était réfugiée. Dans son interrogatoire, elle nia hardiment s'être mêlée de l'acquisition du collier, et elle accusa le comte de Cagliostro d'être l'auteur de cette escroquerie, prétendant que c'était lui qui avait engagé M. le cardinal à réaliser cet achat , que les diamants avaient été dépecés par l'Italien et

par sa femme, que, seuls, ils en avaient tiré profit.

A la suite de cette déclaration, M. et madame de Cagliostro furent arrêtés.

Madame de la Motte pouvait croire qu'elle parviendrait à échapper à la justice , en rendant le cardinal et Cagliostro responsables du vol que, seule, elle avait commis ; mais mademoiselle d'Oliva fut enlevée à Bruxelles, où elle s'était réfugiée, et ses révélations commencèrent de jeter quelque lumière sur cette intrigue.

Quelque temps après. Retaux de Villette se laissa prendre à Genève ; il fut confronté avec madame de la Motte, qui dut comprendre qu'elle ne pouvait plus échapper au châtiment.

Dans la nuit du 29 au 30 août, tous les inculpés de l'aflEaire du collier furent transférés de la Bastille à la Conciergerie, et, le 5 septembre suivant, des lettres patentes du roi déférèrent le procès au Parlement.

Ces lettres respiraient le plus profond mécontentement ; elles constituaient pour le cardinal une accusation terrible.

Les voici :

« Louis XVI, etc., ayant été infonné que les nommés Bœhmer et Bossange auraient vendu au cardinal de Rohan un collier en brillants; que ledit cardinal, à Tinsu de la reine, notre très- chère épouse et compagne, leur ayant dit être autorisé par elle à en faire Tacquisition, moyennant le prix de un million six cent mille livres payables en différents temps, il leur aurait fait voir, à cet effet, de prétendues propositions qu'il leur aurait exhibées comme approuvées et signées de la reine ; que ledit collier ayant été livré par lesdits Bœhmer et Bossange audit cardinal et le premier payement convenu entre eux n'ayant pas été effectué, ils auraient eu recours à la reine- Nous n'avons pas pu voir, sans une juste indignation, que l'on ait osé emprunter un nom auguste qui nous est cher à tant de titres, et violer, avec une témérité aussi inouïe, le respect dû à la Majesté toyale.

» Nous avons pensé qu'il était de notre justice de mander devant Nous ledit cardinal, et, sur la déclaration qu'il nous a faite qu'il avait

été trompé par une femme nommée la Motte de Valois, nous avons jugé qu'il était indispensable de nous assurer de sa personne et de ladite la Motte de Valois, et de prendre les mesures que notre sagesse nous a suggérées pour découvrir tous ceux qui auraient pu être auteurs ou complices d'un attentat de cette nature et nous avons jugé à propos de vous en attribuer la connaissance, pour être, par vous, le procès instruit et jugé, la grand'chambre assemblée.

)) A ces causes, etc. ; attendu que la matière requiert célérité, pour ne pas laisser perdre les preuves qui pourraient dépérir par le retardement, Nous vous mandons et ordonnons d'informer desdits faits ci-dessus, circonstances et dépendances à la requête de notre procureur général, et, à cet effet, de commettre tels d'entre vous que vous aviserez, pour procéder à l'audition des témoins qui seraient nommés par notre procureur général et faire tous autres actes tendant à constater lesdits faits et délits, lesquels nous avons autorisés à procéder aux dites instructions môme en temps de vacation.

désirait avoir avec lui une correspondance qui resterait secrète, jusqu'au moment favorable pour manifester hautement la bienveillance de la souveraine ; que madame la comtesse de la Motte deviendrait Tintermédiaire de cette correspondance, dont les suites et les effets devaient nécessairement placer le cardinal au sommet de la faveur et du crédit.

Madame de la Motte avait-elle vraiment accès auprès de la reine ? La plupart des historiens, et madame Campan, la première, l'ont nié de la manière la plus formelle ; les pamphlets du temps Font prétendu; mais il ne faut voir dans la plupart d'entre eux que l'œuvre des haines qui commençaient à s'amonceler autour de la pauvre souveraine et ne s'arrêter qu'aux probabilités. Or, s'il est possible que madame de la Motte ait été quelques ois admise dans les petits appartements, il serait absurde d'en conclure que Marie-Antoinette avait pu la choisir pour la confidente de ses pensées les plus secrètes, de ses désirs les plus intimes. S'il en eût été ainsi, du caractère dont était Jeanne de Valois , elle n'eût

pas manqué d'exploiter cette haute faveur ; et on eût vu la bienveillance royale se manifester ostensiblement par des grâces dont çlle et son mari, le garde du corps de Monsieur, avaient si grand besoin.

Sa première fable avait eu un plein succès. Le cardinal avait accueilli avec un recoimais sant enthousiasme les riantes perspectives qu'elle faisait luire à ses yeux ; M. de Rohan avait libéralement récompensé les bons offices, qui n'avaient coûté à l'intrigante que quelques mensonges et la feuille de papier à tranche dorée, sur laquelle un habile faussaire avait cherché à imiter l'écriture de la reine ; cette incroyable crédulité dut singulièrement encourager madame de la Motte dans ses manœuvres.

Un magnifique collier avait été conomandé par Louis XV à MM. Bœhmer et Bassange, joailliers de la couronne.

Le roi était mort avant que ce collier, destiné à madame du Barry, eût été achevé; la favorite ayant été exilée par le nouveau monarque, le merveilleux bijou était resté dans les mains des deux marchands.

désirait avoir avec M une correspondance qui resterait secrète, jusqu'au moment favorable pour manifester hautement la bienveillance de la souveraine ; que madame la comtesse de la Motte deviendrait Tintermédiaire de cette correspondance, dont les suites et les effets devaient nécessairement placer le cardinal au sommet de la faveur et du crédit.

Madame de la Motte avait-elle vraiment accès auprès de la reine? La plupart des historiens, et madame Campan, la première, J'ont nié de la manière la plus formelle ; les pamphlets du temps Tout prétendu ; mais il ne faut voir dans la plupart d'entre eux que l'œuvre des haines qui commençaient à s'amonceler autour de la pauvre souveraine et ne s'arrêter qu'aux probabilités. Or, s'il est possible que madame de la Motte ait été quelques ois admise dans les petits appartements, il serait absurde d'en conclure que Marie-Antoinette avait pu la choisir pour la confidente de ses pensées les plus secrètes, de ses désirs les plus intimes. S'il en eût été ainsi, du caractère dont était Jeanne de Valois , elle n'eût

pas manqué d'exploiter cette haute faveur ; et on eût vu la bienveillance royale se manifester ostensiblement par des grâces dont Qlle et son mari, le garde du corps de Monsieur, avaient si grand besoin.

Sa première fable avait eu un plein succès. Le cardinal avait accueilli avec un reconnaissant enthousiasme les riantes perspectives qu'elle faisait luire à ses yeux ; M. de Rohan avait libéralement récompensé les bons offices, qui n'avaient coûté à l'intrigante que quelques mensonges et la feuille de papier à tranche dorée, sur laquelle un habile faussaire avait cherché à imiter l'écriture de la reine ; cette incroyable crédulité dut singulièrement encourager madame de la Motte dans ses manœuvres.

Un magnifique collier avait été commandé par Louis XV à MM. Bœhmer et Bassange, joailliers de la couronne.

Le roi était mort avant que ce collier, destiné à madame du Barry, eût été achevé; la favorite ayant été exilée par le nouveau monarque, le merveilleux bijou était resté dans les mains des deux marchands.

désirait avoir avec lui une correspondance qui resterait secrète, jusqu'au moment favorable pour manifester hautement la bienveillance de la souveraine ; que madame la comtesse de la Motte deviendrait Tintermédiaire de cette correspondance, dont les suites et les effets devaient nécessairement placer le cardinal au sommet de la faveur et du crédit.

Madame de la Motte avait-elle vraiment accès auprès de la reine? La plupart des historiens, et madame Campan, la première, Pont nié de la manière la plus formelle ; les pamphlets du temps Font prétendu ; mais il ne faut voir dans la plupart d'entre eux que l'œuvre des haines qui commençaient à s'amonceler autour de la pauvre souveraine et ne s'arrêter qu'aux probabilités. Or, s'il est possible que madame de la Motte ait été quelques ois admise dans les petits appartements, il serait absurde d'en conclure que Marie-Antoinette avait pu la choisir pour la confidente de ses pensées les plus secrètes, de ses désirs les plus intimes. S'il en eût été ainsi, du caractère dont était Jeanne de Valois , elle n'eût

pas manqué d'exploiter cette haute faveur ; et on eût vu la bienveillance royale se manifester ostensiblemeni par des grâces dont €ille et son mari, le garde du corps de Monsieur, avaient si grand besoin.

Sa première fable avait eu un plein succès. Le cardinal avait accueilli avec un reconnaissant enthousiasme les riantes perspectives qu'elle faisait luire à ses yeux ; M. de Rohan avait libéralement récompensé les bons offices, qui n'avaient coûté à l'intrigante que quelques mensonges et la feuille de papier à tranche dorée, sur laquelle un habile faussaire avait cherché à imiter l'écriture de la reine ; cette incroyable crédulité dut singulièrement encourager madame de la Motte dans ses manœuvres.

Un magnifique collier avait été commandé par Louis XV à MM. Bœhmer et Bassange, joailliers de la couronne.

Le roi était mort avant que ce collier, destiné à madame du Barry, eût été achevé; la favorite ayant été exilée par le nouveau monarque, le merveilleux bijou était resté dans les mains des deux marchands.

:. vy FAIRE DU COLLIER

... •- :f la ooadamnée et lui dit que quel-

: Il mandait au Palais.

.0 .. • :v.: !•? la Motte était couchée ; elle se re- .^' •. 1: -yte du mur en répondant :

— ^\; LireAienne; je n'ai pas reposé de la ..\ 1^ veux dormir la grasse matinée, 1... :Vui:ue du geôlier lui dit alors que si elle < » .tit [uî avait obtenu la permission de lui par- \ j'ilc* ne marchanderait pas son sommeil, que uiir sini conseil qui, depuis quelque temps, ne n>avnit plus la \isiter.

\ cette nouvelle, madame de la Motte se jeta a Ikis de son lit et s'habilla très à la hâte.

Au moment où elle sortait de sa chambre, un dos aides, qui se tenait caché derrière la porte, lui saisit le bras et le plaça sous le sien, en lui maintenant fortement le poignet ; un autre en fit autant ; mais avec une vigueur à laquelle ils étaient loin de s'attendre , madame de la Motte s'arracha de leurs mains et se rejeta brusquement en arrière pour rentrer dans sa chambre. Charles-Henry, qui s'était avancé, en avait déjà fermé la porte, et il se tenait adossé contre cette porte.

Madame de la Motte s'arrêta devant lui et le regarda fixement et avec des yeux étincelants.

(( C'était, dit mon grand-père, une femme de taille médiocre, mais très-bien prise; elle était plutôt grasse que maigre. Son visage était assez agréable pour que Ton ne s'aperçût pas tout de suite de l'irrégularité de ses traits ; sa physionomie mobile était pleine de charmes ; ce n'était que par l'analyse que l'on remarquait que son nez finissait en pointe aiguë comme celui d'une belette, que sa bouche si expressive était trop grande, que ses yeux, dont l'éclat avait surpris, étaient trop petits. Ce qu'elle avait de plus remarquable était l'exubérance de sa chevelure, la blancheur de sa peau, la finesse et la délicatesse de ses extrémités. Elle était vêtue d'un déshabillé de soie à raies brunes et blanches chargées de petits bouquets de roses. Elle était coiffée d'un bonnet de dentelles que Tabondance de ses cheveux rejetait fortement en arrière. »

Pendant qu'elle considérait Charles-Henry avec la menaçante expression d'une lionne qui va s'élancer, les autres aides et quatre exempts l'avaient entourée ; elle parut calculer monta-

lement la disproportion de la lutte qu*il M fallait subir, ses narines se dilatèrent, elle respira avec effort, et s' adressant à mon grandpère qui avait ôté son chapeau :

— Que voulez-vous de moi ? lui demandât-elle.

— Que vous entendiez votre jugement, madame, répondit Texécuteur .

On vit un frisson courir sur le corps de madame de la Motte, ses doigts crispés tourmentaient machinalement le large ruban qui servait de ceinture à sa redingote; elle demeura un instant pensive et les yeux baissés, puis relevant la tête :

— Eh bien ! allons, dit-elle.

Les deux aides qui lui avaient saisi le bras s'approchèrent, mais elle les repoussa avec le geste dédaigneux d'une grande dame et se mit à marcher devant eux.

Lorsqu'on fut arrivé dans la chambre où la commission pariementaire se trouvait réunie, le greffier commença la lecture de l'arrêt.

Aux premiers mots qui proclamaient sa culpabilité, la violence des sensations qui agi-

talent madame de la Motte se refléta sur sa physionomie. Ses yeux roulaient dans leurs orbites, ses dents mordaient ses lèvres crispées et y laissaient des traces sanguinolentes ; il ne restait rien des traits de la fenime, tout à rheure si séduisante, que le masque d'une furie.

Charles-Henry Sanson, pressentant T orage, s'était rapproché d'elle, et bien lui en prit, car au moment où le greffier arrivait aux dispositions pénales, la rage de la malheureuse éclata avec une impétuosité que l'on n'avait pas prévue. Elle se renversa si brusquement en arrière que, si mon grand-père n'eût pas été là pour la soutenir, elle se fût brisé la tête sur. les dalles. Elle se roula sur le carreau en proie à des convulsions affreuses, poussant des hurlements de bête fauve.

Il fallut cinq hommes pour la contenir, et , bien qu'ils fussent des plus robustes, leurs efforts réunis ne parvenaient qu'à l'empêcher de se blesser ou de se tuer dans ses transports.

On dut renoncer à achever •la lecture de l'arrêt.

Ses forces semblaient s'alimenter dans le

;. Vj'î-'AIRB DU COLLIER

., ;^-ù 1 inspirait ; loin d'être épuisées, . . •*. »r»jjujr^at de soutenir une véritable . re les aides lorsqu'ils essayèrent de ne fallut pas moins de dix minutes ;^.-,^rapher de la résistance surhumaine ^xi ,^ -f vH^posait.

î>::;n on parvint à l'emporter, et on la des- ^^ivîit dans la grande cour du Palais.

I/ei*hafaud était dressé dans cette cour, et précisément sous la grille, qui était grande ouverte. Mais il était six heures du matin, et les curieux n'étaient pas nombreux.

Lorsqu'elle eut été étendue sur la plate-forme, la fustigation commença, et, tant qu'elle dura, ses cris ne cessèrent pas de retentir plus furieux. Ses imprécations s'adressaient surtout au cardinal de Rohan, qu'elle accusait de son malheur et auquel elle prodiguait les épithètes les plus outrageantes; on l'entendit aussi murmurer : « C'est bien ma faute si j'éprouve cette ignominie; je n'avais qu'un mot à dire, et j'étais pendue, rk Elle reçut douze coups de verges.

Jusqu'alors, dans toute l'explosion de cet

incroyable désespoir, on n'avait pas vu une larme s'échapper de ses yeux. Lorsqu'on l'eut relevée, elle pleura abondamment, et ses pleurs, au lieu de ruisseler sur ses joues, jaillissaient de ses paupières et allaient tomber sur sa poitrine comme s'ils eussent été projetés par une -puissante contraction des nerfs.

Peut-être l'accès de sa fureur avait-il déterminé une prostration absolue; peut-être n'avait-elle pas entendu les dernières dispositions du jugement; toujours est-il que, lorsqu'on l'eut assise sur la plate-forme, elle resta pendant quelques instants muette , immobile et comme anéantie.

Charles-Henry Sanson crut devoir en profiter pour exécuter les dernières prescriptions de l'arrêt. Sa robe avait été déchirée dans les assauts qu'elle avait livrés, et son épaule était découverte. Il prit un fer dans le réchaud, et s'approchant d'elle, il le lui imprima sur la peau.

Madame de la Motte poussa un cri de hyène blessée et, se renversant sur un des aides qui la tenaient, elle le mordit à la main avec tant de fureur qu'elle détacha le morceau de chair.

Alors, et bien qu'étroitement garrottée, elle recommença de se défendre. Profitant desménagements que les aides apportaient dans cette lutte contre une femme, elle paralysa longtemps touies leurs tentatives, et ce ne fut qiie très-imparfaitement que le fer put être apposé xme seconde fois sur la seconde épaule.

La justice était satisfaite. Madame de la Motte fut mise dans un fiacre et conduite à la Salpêtrière. Au moment où on la descendit de la voiture, elle essaya de se précipiter sous les roues, et quelques instants après elle tenta encore de s'étouffer en s'enfonçant la couverture de son lit dans la gorge.

Cependant sa détention ne dura que dix mois.

Au mois d'avril suivant elle parvint à s'évader, soit que le gouvernement facilitât sa fuite dans la crainte des révélations que M. de la Motte menaçait de faire à Londres où il s'était réfugié; soit, ce qui semble infiniment plus probable, qu'avec l'argent du collier, le mari eiit gagné quelque sœur de la maison; soit enfin qu'un de ces cœurs excentriques, pour lesquels la perversité est un attrait, s'étant

pris d'une belle passion pour cette triste héroïne, ait entrepris de la sauver.

Quoi qu'il en soit, un soldat placé en sentinelle sous la croisée de madame de la Motte, lui ayant fait passer, de la part d'une personne qui s'intéressait à elle, un costume d'homme qui consistait en une lévite bleu de roi, un gilet et des culottes noires, des brodequins, un chapeau rond à haute forme, une badine et des gants de peau, elle parvint à l'aide de ce déguisement à sortir de la SalpêtrièriB et à retrouver son mari à Londres.

Elle y mourut le 23 août 1791, les uns disent d'une fièvre bilieuse, les autres d'une chute qu'elle aurait faite en se jetant d'une fenêtre sur le pavé dans un accès de fureur.

On raconte que la sœur qui lui ménagea sa sortie, lui dit en la conduisant à la porte et au moment où elle s'éloignait : Adieu, Madame, "prenez garde de vous faire remarquer.

Il faut bien, ajoute l'auteur des anecdotes sur le règne de Louis XVI , être possédé de la fureur de dire de tristes bons mots pour en faire sur un pareil sujet.

ministre qu'il n'était pas difficile de reconnaître, » voulant désigner M. de Breteuil; et^ de son côté, T avocat général Séguier apostropha très-violemment M. de Fleury.

L'arrêt fut prononcé le 31, à neuf heures et demie du soir. En voici le dispositif :

1° La pièce base du procès, les approuvés et signatures en marge de l'écrit en question, déclarés frauduleusement apposés sur icelui et faussement attribués à la reine.

^ La Motte, contumax, condanmé aux galères à perpétuité.

3° Jeanne de Saint-Rémy-Valois , femme de la Motte, condamnée à faire amende honorable la corde au col, à être fouettée et marquée sur les deux épaules de la lettre V, à être enfermée à l'Hôpital à perpétuité.

4** Retaux de Villette, banni à perpétuité du royaume.

5*^ La demoiselle d'Oliva, hors de cour.

6° Le sieur de Cagliostro, déchargé de l'accusation.

7^ Le cardinal, déchargé de toute espèce d'accusation ; les termes injurieux pour lui ré-

pandus dans le Mémoire de madame de la Motte supprimés; permis àlui de faire imprimer Tarrêt .

Ce jugement fut accueilli avec une espèce d'enthousiasme. Après avoir commis la faute de ne pas étouffer à son essor une affaire dans laquelle un nom auguste allait se trouver mêlé aux noms d'intrigants et d'intrigantes du dernier ordre, la Cour avait eu la maladresse de laisser percer la passion dans ses ordonnances contre le cardinal de Rohan, et cette inimitié lui conciliait des sympathies dont il n'était digne à aucun titre. L'opinion publique voyait donc une première victoire dans cet arrêt, qui infirmait l'acte d'accusation formulé dans les lettres patentes, et elle applaudissait inconsidérément à la résistance des magistrats aux volontés royales si nettement formulées, par cela seul que c'était une résistance. Les juges furent applaudis, écrit M. le baron de Besenval, et tellement accueillis qu'ils eurent peine à se frayer un passage à travers la foule.

Madame de la Motte avait été laissée dans l'ignorance des dispositions du jugement à son égard.

ministre qu'il n'était pas difficile de reconnaître, » voulant désigner M. de Breteuil; et^ de son côté, T avocat général Séguier apostropha très-violemment M. de Fleury.

L'arrêt fut prononcé le 31, à neuf heures et demie du soir. En voici le dispositif :

1° La pièce base du procès, les approuvés et signatures en marge de l'écrit en question, déclarés frauduleusement apposés sur icelui et faussement attribués à la reine,

^ La Motte, contumax, condamné aux galères à perpétuité.

3° Jeanne de Saint-Rémy-Valois , femme de la Motte, condamnée à faire amende honorable la corde au col, à être fouettée et marquée sur les deux épaules de la lettre V, à être enfermée à l'Hôpital à perpétuité.

4** Retaux de Villette, banni à perpétuité du royaimie.

5^ La demoiselle d'Oliva, hors de cour.

6° Le sieur de Cagliostro, déchargé de l'accusation.

7^ Le cardinal, déchargé de toute espèce d'accusation ; les termes injurieux pour lui ré-

LAFFAIRE DU COLLIER 160

pandus dans le Mémoire de madame de la Motte supprimés; permis àlui de faire imprimer l'arrêt.

Ce jugement fat accueilli avec une espèce d'enthousiasme. Après avoir commis la faute de ne pas étouffer à son essor une affaire dans laquelle un nom auguste allait se trouver mêlé aux noms d'intrigants et d'intrigantes du dernier ordre, la Cour avait eu la maladresse de laisser percer la passion dans ses ordonnances contre le cardinal de Rohan, et cette inimitié lui conciliait des sympathies dont il n'était digne à aucun titre. L'opinion publique voyait donc une première victoire dans cet arrêt, qui infirmait l'acte d'accusation formulé dans les lettres patentes, et elle applaudissait inconsidérément à la résistance des magistrats aux volontés royales si nettement formulées, par cela seul que c'était une résistance. Les juges furent applaudis, écrit M. le baron de Besenval, et tellement accueillis qu'ils eurent peine à se frayer un passage à travers la foule.

Madame de la Motte avait été laissée dans l'ignorance des dispositions du jugement à son égard.

ministre qu'il n'était pas difficile de reconnaître, » voulant désigner M. de Breteuil; et^ de son côté, l'avocat général Séguier apostropha très-violemment M. de Fleury.

L'arrêt fut prononcé le 31, à neuf heures et demie du soir. En voici le dispositif :

1° La pièce base du procès, les approuvés et signatures en marge de l'écrit en question, déclarés frauduleusement apposés sur icelui et faussement attribués à la reine.

^° La Motte, contimiax, condamné aux galères à perpétuité.

3*^ Jeanne de Saint-Rémy-Valois , femme de la Motte, condamnée à faire amende honorable la corde au col, à être fouettée et marquée sur les deux épaules de la lettre V, à être enfermée à l'Hôpital à perpétuité.

4^ Retaux de Villette, banni à perpétuité du royaume.

5° La demoiselle d'OUva, hors de cour.

6° Le sieur de CagUostro, déchargé de l'accusation.

7° Le cardinal, déchargé de toute espèce d'accusation ; les termes injurieux pour lui ré-

pandus dans le Mémoire de madame de la Motte supprimés; permis àluide faire imprimer Tarrêt.

Ce jugement fut accueilli avec une espèce d'enthousiasme. Après avoir commis la faute de ne pas étouflfer à son essor une affaire dans laquelle un nom auguste allait se trouver mêlé aux noms d'intrigants et d'intrigantes du dernier ordre, la Cour avait eu la maladresse de laisser percer la passion dans ses ordonnances contre le cardinal de Rohan, et cette inimitié lui conciliait des sympathies dont il n'était digne à aucun titre. L'opinion publique voyait donc une première victoire dans cet arrêt, qui infirmait l'acte d'accusation formulé dans les lettres patentes, et elle applaudissait inconsidérément à la résistance des magistrats aux volontés royales si nettement formulées, par cela seul que c'était une résistance. Les juges furent applaudis, écrit M. le baron de Besenval, et tellement accueillis qu'ils eurent peine à se frayer un passage à travers la foule.

Madame de la Motte avait été laissée dans l'ignorance des dispositions du jugement à son égard.

connaître la domination intelligente de son vainqueur. En ce moment les regards de maître Mathurin s'arrêtèrent sur son fils. Le teint du jeune homme, encore enfiévré de la lutte qu'il venait de subir, s'était empourpré; quelques gouttes de sueur perlaient sur son front ; dans ses yeux, dans le pli de ses lèvres, on lisait le juste orgueil qu'inspire à l'homme sa puissance sur la matière, et le bonhomme fut frappé combien, en ce moment, son rejeton ressemblait à ces lutteurs antiques dont il avait vu les statues de marbre dans les jardins du palais ; dans son enivrement paternel il oublia la délicate opération qu'il était entrain d'accomplir; un coup de marteau irréfléchi échappa à son émotion, le clou pénétrant trop perpendiculairement dans la muraille atteignit un tendon, il en résulta une claudication que le propriétaire du cheval reprocha bien cruellement au vieux maréchal-ferrant, ce qui ne laissa pas que de faire une désagréable blessure à l'amourpropre de celui-ci ; mais il ne parvint jamais à se la reprocher sincèrement tant la cause qui l'avait produite lui semblait légitime.

r^hart, que nous venons de voir nlir les modestes fonctions de ^al, avait reçu une éducacet état.

^*iche ; il lui eût sem-

s devoirs en enlevant à

.tî lices de cette fortune.

.1 élever au collège du Plessis,

moins que l'enfant du plus riche

lais en même temps, en raison de ses principes sur la hiérarchie sociale et de ses prédilections pour sa profession, il lui semblait inadmissible que le jeune homme choisît une autre carrière que celle qui avait été la sienne et que ses pères avaient exercée avant lui.

— Depuis que le monde est monde, disaitil, les Louschart sont maréchaux-f errants ; lorsqu'un d'entre eux se fera marchand de drap ou notaire, c'est que le jour de la vallée de Josaphat sera proche.

Quitter les tranquilles études, les douces camaraderies du collège, ces préludes à la vie élégante et facile, pour endosser la veste de

bure et le tablier de cuir, pour manier et tordre le fer brûlant, pour respirer les vapeurs embrasées de la forge, pour vivre dans ce milieu dont les travaux et les joies affectaient une grossièreté qui répugnait aux habitudes qu'il avait prises, cela avait certainement semblé bien dur à l'élève du collège du Plessîs; mais il était habitué dès Tenfance à une soumission aveugle aux volontés paternelles; et puis la joie avec laquelle maître Mathurin s'applaudissait de s'être ménagé un . successeur si savant, était tellement sincère, il y avait tant de con^dction dans l'enthousiasme avec lequel il entreprenait le panégyrique d'une profession dont, disait-il, on avait pris le nom pour honorer le plus haut grade de la hiérarchie militaire, que, dans sa crainte d'affliger le bonhomme, Jean -Louis n'avait pas laissé percer la plus imperceptible de ses répugnances.

Tant que le jour durait, il battait le fer, il pratiquait des étampures, il promenait la cisaille et la râpe sur la corne des quadrupèdes, puis il s'asseyait à la droite de son père, à la

table où celui-ci présidait patriarcalement au souper des compagnons, ne se montrant ni plus gai, ni plus triste que les autres, réprimant un peu sa répugnance à faire honneur aux rasades qui, selon maître Mathurin, étaient nécessaires pour réparer Tévaporation et Thumidité interne qu'avait produit le feu de la forge; mais aussitôt qu'il pouvait s'échapper, il se réfugiait dans sa chambrette, il effaçait les stigmates de ses rudes travaux, prenait avec un religieux attendrissement un des livres épars sur une tablette, et il passait une partie de la nuit en tête à tête avec ces amis de son enfance, qui seuls avaient le secret de reposer son âme et d'adoucir les tristes comparaisons qu'il faisait entre le présent et le passé.

Bien que maître Mathurin assurât que la science ne pouvait rien gâter, ne devait avoir que de bienfaisants résultats dans un maréchalferrant, ce fut cette soif de s'instruire, cette ardeur de la lecture qui altéra les excellents rapports qui avaient jusque-là existé entre le père et le nls.

Tant que le fils,. en cédant au besoin d'épan-

chement qui consume tous les jeunes savants, se borna à fournir à son père des échantillons de ses classiques grecs ou latins, tout alla bien. Il était même un vers, fameux par son harmonie imitative :

Quadrupedante pulrcin sonitu quatit ungula campum,

que le bon homme aimait à lui entendre répéter, et qui lui faisait dire que ce monsieur Virgile pouvait ne pas savoir rabattre convenablement ses rivets ou contourner agréablement son biseau, mais qu'à coup sûr ce n'était pas un sot, car il avait compris qu'il n'est pas de plus douce musique que celle de quatre bons fers sur le pavé du roi.

Malheureusement on ne s'arrête jamais à la première bouchée après avoir mordu au fruit de l'arbre du savoir ; saturé des anciens, le jeune homme voulut faire la connaissance des modernes, et ces modernes, qui étaient désignés à sa curiorité, autant par l'admiration des uns que par l'animadversion des autres , s'appelaient Voltaire, Rousseau, Montesquieu et Diderot.

Plus malheureusement encore, il ne réfléchit pas que les opinions philosophiques qui le séduisirent immédiatement , allaient se trouver en contradiction flagrante avec les principes dont le vieux maréchal - ferrant proclamait Texcellence avec non moins d'autorité que ces rois de la littérature du xvm® siècle dans leurs écrits. Dans son juvénile enthousiasme, il ne fut pas plus sobre de paradoxes encyclopédistes qu'il ne Tavait été de citations virgiliennes, et, dès le premier pas qu'il avança, la physionomie béate et admirative avec laquelle maître Mathurin Fécoutait d'ordinaire, subit une modification singulière

La malencontreuse phrase que Jean-Louis venait de laisser tomber de ses lèvres fit au vieil artisan l'effet d'une des trompettes du jugement dernier. Il avait entendu un bruit, mais il ne pouvait croire que ce bruit eût un sens, ou du moins le sens absurde, iïnpossible, écrasant que lui donnait sa compréhension. Il fut jusqu'à supposer que son garçon lui fournissait là un nouvel échantillon d'une nouvelle langue étrangère ; H l'engagea à répéter ses paroles et

Alors, et bien qu'étroitement garrottée, elle recommença de se défendre. Profitant des ménagements que les aides apportaient dans cette lutte contre une femme, elle paralysa longtemps toutes leurs tentatives, et ce ne fut qile très-imparfaitement que le fer put être apposé ime seconde fois sur la seconde épaule.

La justice était satisfaite. Madame de la Motte fut mise dans un fiacre et conduite à la Salpêtrière. Au moment où on la descendit de la voiture, elle essaya de se précipiter sous les roues, et quelques instants après elle tenta encore de s'étouifer en s'enfonçant la couverture de son lit dans la gorge.

Cependant sa détention ne dura que dix moi-s.

Au mois d'avril suivant elle parvint à s'évader, soit que le gouvernement facilitât sa fuite dans la crainte des révélations que M. de la Motte menaçait de faire à Londres où il s'était réfugié; soit, ce qui semble infiniment plus probable, qu'avec l'argent du collier, le mari eut gagné quelque sœur de la maison; soit enfin qu'un de ces cœurs excentriques, pour lesquels la perversité est un attrait, s'étant

pris d'une belle passion pour cette triste héroïne, ait entrepris de la sauver.

Quoi qu'il en soit, un soldat placé en sentinelle sous la croisée de madame de la Motte, lui ayant fait passer, de la part d'une personne qui s'intéressait à elle, un costume d'homme qui consistait en une lévite bleu de roi, un gilet et des culottes noires, des brodequins, un chapeau rond à haute forme, ime badine et des gants de peau, elle parvint à l'aide de ce déguisement à sortir de la Salpêtrière et à retrouver son mari à Londres.

Elle y mourut le 23 août 1791, les uns disent d'une fièvre bilieuse, les autres d'une chute qu'elle aurait faite en se jetant d'une fenêtre sur le pavé dans un accès de fureur.

On raconte que la sœur qui lui ménagea sa sortie, lui dit en la conduisant à la porte et au moment où elle s'éloignait : Adieu, Mordame, prenez garde de vous faire remarquer.

Il faut bien, ajoute l'auteur des anecdotes sur le règne de Louis XVI , être possédé de la fureur de dire de tristes bons mots pour en faire sur un pareil sujet.

Alors, et bien qu'étroitement garrottée, elle recommença de se défendre. Profitant des ménagements que les aides apportaient dans cette lutte contre une femme, elle paralysa longtemps toutes leurs tentatives, et ce ne fut qile très-imparfaitement que le fer put être apposé ime seconde fois sur la seconde épaule.

La justice était satisfaite. Madame de la Motte fut mise dans un fiacre et conduite à la Salpêtrière. Au moment où on la descendit de la voiture, elle essaya de se précipiter sous les roues, et quelques instants après elle tenta encore de s'étouifer en s'enfonçant la couverture de son lit dans la gorge.

Cependant sa détention ne dura que dix moi«.

Au mois d'avril suivant elle parvint à s'évader, soit que le gouvernement facilitât sa fuite dans la crainte des révélations que M. de la Motte menaçait de faire à Londres où il s'était réfugié; soit, ce qui semble infiniment plus probable, qu'avec l'argent du collier, le mari eût gagné quelque sœur de la maison; soit enfin qu'un de ces cœurs excentriques, pour lesquels la perversité est un attrait, s'étant

L'AFFAIRB DU COLLIER 119

pris d'une belle passion pour cette triste héroïne, ait entrepris de la sauver.

Quoi qu'il en soit, un soldat placé en sentinelle sous la croisée de madame de la Motte, lui ayant fait passer, de la part d'une personne qui s'intéressait à elle, un costume d'homme qui consistait en une lévite bleu de roi, un gilet et des culottes noires, des brodequins, un chapeau rond à haute forme, une badine et des gants de peau , elle parvint à l'aide de ce déguisement à sortir de la Salpêtrière et à retrouver son mari à Londres.

Elle y mourut le 23 août 1791, les uns disent d'une fièvre bilieuse, les autres d'une chute qu'elle aurait faite en se jetant d'une fenêtre sur le pavé dans un accès de fureur.

On raconte que la sœur qui lui ménagea sa sortie, lui dit en la conduisant à la porte et au moment où elle s'éloignait : Adieu, Madame, 'prenez garde de vous faire remarquer.

Il faut bien, ajoute l'auteur des anecdotes sur le règne de Louis XVI , être possédé de la fureur de dire de tristes bons mots pour en faire sur un pareil sujet.

Alors, et bien qu'étroitement garrottée, elle recommença de se défendre. Profitant des ménagements que les aides apportaient dans cette lutte contre une femme, elle paralysa longtemps toutes leurs tentatives, et ce ne fut qile très-imparfaitement que le fer put être apposé ime seconde fois sur la seconde épaule.

La justice était satisfaite. Madame de la Motte fut mise dans un fiacre et conduite à la Salpêtrière. Au moment où on la descendit de la voiture, elle essaya de se précipiter sous les roues, et quelques instants après elle tenta encore de s'étouifer en s'enfonçant la couverture de son lit dans la gorge.

Cependant sa détention ne dura que dix mois.

Au mois d'avril suivant elle parvint à s'évader, soit que le gouvernement facilitât sa fuite dans la crainte des révélations que M. de la Motte menaçait de faire à Londres où il s'était réfugié; soit, ce qui semble infiniment plus probable, qu'avec l'argent du collier, le mari eût gagné quelque sœur de la maison; soit enfin qu'un de ces cœurs excentriques, pour lesquels la perversité est un attrait, s'étant

pris d'une belle passion pour cette triste héroïne, ait entrepris de la sauver.

Quoi qu'il en soit, un soldat placé en sentinelle sous la croisée de madame de la Motte, lui ayant fait passer, de la part d'une personne qui s'intéressait à elle, un costume d'homme qui consistait en une lévite bleu de roi, un gilet et des culottes noires, des brodequins, un chapeau rond à haute forme, une badine et des gants de peau, elle parvint à l'aide de ce déguisement à sortir de la Salpêtrièr0 et à retrouver son mari à Londres.

Elle y mourut le 23 août 1791, les uns disent d'une fièvre bilieuse, les autres d'une chute qu'elle aurait faite en se jetant d'une fenêtre sur le pavé dans un accès de fureur.

On raconte que la sœur qui lui ménagea sa sortie, lui dit en la conduisant à la porte et au moment où eUe s'éloignait : Adieu, Madame, 'prenez garde de vous faire remarquer.

Il faut bien, ajoute l'auteur des anecdotes sur le règne de Louis XVI , être possédé de la fureur de dire de tristes bons mots pour en faire sur un pareil sujet.

chevau-légerô et les gardes de la porte se trouvèrent supprimés, et la cavalerie de la maison du roi réduite aux seuls gardes du corps.

Cette réduction irrita plus ceux dont elle froissait les intérêts qu'elle ne satisfit l'opinion publique qui, en fait de réformes, devenait gourmande.

Maître Mathurin Louschart ne se trouvait qu'indirectement atteint par cette suppression, qui amoindrissait sa clientèle; cependant nul de ceux qui avaient à en souflErir ne se montra aussi vivement affecté.

Etait-il sollicité par le souci de ses intérêts, cédait-il à la véhémence de ses sentiments? C'est ce dont il ne m'appartient pas de décider, mais toujours est-il qu'il accueillit cette nouveauté avec un désespoir, qui n'avait d'égal que dans l'exaspération qui lui succédait.

Pour lui, la grandeur de la monarchie ne pouvait se manifester autrement que par le nombre des chevaux qu'elle réunissait autour d'elle. Cette cavalerie, c'était l'attribut dont elle devait être le plus jalouse; mieux valait laisser la couroime rouler dans la poussière que de

renoncer an moindre des mnlets de la bonche I En songeant à la longanimité aveo laquelle le roi se résignait à renoncer h la plus belle de «es prérogatives, ses yeux s'humectaient ; il levait vers le ciel ses mains noires et calleuses , et, comme si le voile qui dérobait l'avenir à ses yeux se fût déchiré, il répétait d'une voix lamentable : a Pauvre roi, où te conduira ta faiblesse? »

Mais ces attendrissements étaient trop antipathiques à sa nature violente pour se prolonger. Bientôt sa physionomie devenait menaçante, ses mains jointes se crispaient, il agitait son énorme poing à l'adresse de ceux dont l'esprit de révolte, dont les indécentes criailleries avaient provoqué cette incroyable mesure. En attendant que ce terrible poing pût les atteindre, il les accablait des qualifications les plus injurieuses, et il les envoyait, sans ambages, à tous les diables de l'enfer.

Parmi ceux-là son fils occupait nécessairement le premier rang. En stigmatisant les fauteurs dû désordre, c'était toujours Jean-Louis qui les représentait à ses yeux. Depuis que "la

contagion des instincts révolutionnaires avait gangrené cette chair de sa chair et ce sang de soipsang, il semblait que cette révolution détestée se résumait dans ce fils, jadis si cher. Avec la naïve bonne foi des convictions véhémentes, il le rendait responsable de l'esprit séditieux qui envahissait toutes les classes et qui excitait si fortement son indignation. Un peu plus, et il Teût tenu pour convaincu d'avoir, aux lieu et place de M- de Lafayette, prononcé, pour la première fois, ce mot étrange d'assemblée nationale, et répondu au comte d'Artois, qui s'étonnait qu'un membre de la noblesse osât parler de convoquer les Etats généraux : « Oui, Monseigneur, et même mieux qîie cela ! »

La paternité ne plaidait plus la cause de cet enfant réprouvé. Le cœur de maître Mathurin s'endurcissait dans la colère et dans l'horreur que lui causait une apostasie qui l'avait frappé à la fois dans son orgueil et dans sa religion. Les sentiments ne débordaient plus au dehors, les scènes étaient moins fréquentes; mais en perdant de leur violence expansive, en

se concentrant, ils gagnaient en puissance, et ses passions politiques n'étaient pas loin de devenir du fanatisme. Quelquefois assis sur un angle de son enclume, les bras croisés, la tête inclinée sur la poitrine, il laissait tomber sur son fils des regards farouches et on Tentendait murmurer à voix basse des paroles sinistres et menaçantes.

Cette situation affectait cruellement Jean- Louis. Ce n'était pas pour lui-môme qu'elle l'épouvantait ; mais chaque jour, il lui semblait que le front du vieillard devenait plus pâle que la veille; chaque jour il surprenait une ride nouvelle sur ce visage altéré ; il voyait les yeux du vieux maréchal s'enfoncer de plus en plus dans leurs orbites, et l'éclat fiévreux dont ils brillaient, augmenter. IL comprenait que, si déraisonnable que fài le chagrin de son père, ce chagrin n'en acquérait pas moins les proportions d'un mal sérieux, qu'il dégénérait en consomption, et allait avoir des conséquences terribles pour sa santé ; il se reprochait amèrement d'être, sinon la cause, du moins le prétexte du désastre qu'il redoutait; il

résolut de tout tenter pour arriver à le conjurer.

Un dimanche l'atelier était fermé, la forge éteinte et muette. De la fenêtre de la chambre qu'il habitait, Jean-Louis aperçut son père qui revenait de la messe, suivi de la servante ; il remarqua que le pas, jadis si ferme du vieux maréchal, était chancelant et mal assuré ; il fut consterné de l'altération toiyours croissante de ses traits et résolut d'exécuter ce qu'il avait décidé, n descendit donc précipitamment l'escalier afin de provoquer l'explication qui devait ramener le calme dans la maison.

Mais Jean-Louis avait mal choisi son heure.

Les écuries employaient maître Mathurin qui, chaque année, portait à l'écuyer de trimestre le livre où il enregistrait ses comptes avec la maison du roi, afin que cet officier le vérifiât et le vîsftt bon à être payé par le trésorier de l'épargne.

La veille, le vieux maréchal-ferrant avait rendu sa visite annuelle à ce fonctionnaire.

Celui-ci avait examiné le compte, avait paru le trouver très en règle, mais ne Pavait pas

A VBRSAILLES 9DB

moins rendu à Tartisan en hii dÎBant avec un triste sourire :

— Cette année , j'aurai le plaisir de vous voir deux fois au lieu d'une, monsieur Lous* chart; depuis quelque temps nos créanciers nous malmènent, tout trésor royal que nous sommes, et tant de dents ont mordu au g&teau qu'il n'en leste pas une pauvre bouchée à vous offrir.

Le visage de maître Mathurin s'était plissé à ces mots, et il avait fait une grimace à la signification de laquelle le trésorier put se méprendre,

— Monsieur , avait-il dit enfin , avez-vous reconnu que le total de ce compte était exact ?

— Pardieu I nous vous connaissons de longue date et nous savons que vous êtes aussi hon*nète qu'habile, monsieur Louschart.

— C'est tout ce qui est nécessaire. Monsieur, avait répliqué le maréclial-ferrant qui, en mdme temps, avait déchiré de son livre les pages du compte qui constituaient le titre de sa créance, les avait froissées dans ses larges mains et jetées dans le feu.

— Que diable faites-vous donc là? s'écria le trésorier.

— Monsieur, répartit froidement le maréchal-ferrant, je ne suis pas un de ces oiseaux de malheur qui becquètent et déchirent la main qui les a nourris, lorsque cette main est vide. Le roi me doit cinq mille huit cent trente-deux livres et six sous, voilà tout. — Le roi me paiera lorsque bon lui semblera. Et si, une fois dans ma vie, j'ai regretté de ne pas être autre chose que Mathurin Louschart, c'est aujourd'hui, Monsieur, pour avoir le droit de dire à Sa Majesté : Sire, voici deux cent vingt mille livres dont la meilleure partie a été gagnée à votre service, acceptez-les et soyez convaincu que votre maréchal-ferrant se montrera digne de l'honneur que vous voudrez bien lui faire, en lui donnant pour débiteur le roi de France.

Et, sans écouter les félicitations du trésorier, maître Mathurin s'en était allé le cœur tout gonflé de cette pénurie royale.

En s'en allsuit et malgré son émotion, peutêtre en raison de cette émotion, il avait remar-

que que les antichambres, que les salons du ciiâteau, au milieu desquels on avait autrefois tant de peine à se frayer un passage à travers la foule des courtisans, étaient abandonnés, presque déserts.

Le spectacle de cette ingratitude avait ajouté à sa consternation, à sa douleur,

A l'église dont il sortait au moment où son fils venait le trouver, il avait pu renouveler son observation du jour précédent.

Malgré la solennité de TEpiphanie que Ton célébrait, TégUse était presque déserte. Des vieillards, des femmes, des enfants étaient venus seuls s'agenouiller aux pieds des autels. Ce n'était pas seulement les souverains de la terre qu'abandonnait la multitude : c'était le roi du ciel qui était sacrifié aux nouvelles idoles.

Maître Mathurin était rentré au logis en gémissant à sa manière, c'est-à-dire en maudissant ceux qu'il accusait de cet abandon. La présence de son fils ne fit qu'aviver ses plaies et aigrir le fiel qui rempli(5sait son cœur.

Aux premiers mots que prononça le jeune

a06 LAUTO-DA-FÉ DE LA PLACE SAINT-LOUIS

homme, au désir qu'il exprima avec une tendre véhémence de voir son père lui rendre Taffeotion des anciens jours, aux r^rets qu'il manifesta, au désespoir avec lequel il parla de leurs funestes dissidences, maître Mathurin crut que Dieu accordait un miracle à ses prières en lui renvoyant l'enfant prodigue, et il ouvrit ses hras pour le recevoir. Mais ces bras, il avait une trop haute opinion de son autorité paternelle et de la faute qu'il reprochait à son fils, pour les refermer sur le coupable avant que celui-ci n'eût fait amende honorable; il exigea donc de Jean-Louis, avant d'accorder son pardon, qu'il renonçât à ce qu'il appelait : Satan, ses pompes et ses œuvres, aux idées philosophiques, aux principes de la liberté et de l'égalité politiques.

Jean-Louis s'était cru résigné à tout pour recouvrer le cœur de son père; il n'avait pas songé qu'il pût exiger ce qui répugnait le plus à sa droiture, un mensonge; il hésita. Puis, et sans répondre directement à la demande du vieillard, il insinua avec toutes sortes de précautions oratoires, qu'il était bien triste pour

M de voir son père attacher une importance â exagérée à des différences d'opinion qui ne pouvaient les empêcher de s'estimer et encore

moins de s'aimer l'un et l'autre.

Le vieillard rie le laissa pas achever. En rencontrant cette douce fermeté au lieu de l'humiliation et du repentir sur lesquels il se croyait le droit de compter ; en voyant s'écrouler l'es illusions qui, pendant un instant, rassérénant son orgueil, lui avaient fait savourer toutes les joies du triomphe, ses sensations que, depuis si longtemps il comprimait, firent une violente explosion. Il répliqua vertement à son fils que la légèreté avec laquelle il parlait de ce qui était le plus respectable sur la terre donnait la mesure de ses nouveaux sentiments; que quant à lui, il eût préféré voir son fils mort, plutôt que de lui voir trahir sa foi et manquer à rhoimeur. Son fils essayait vainement de le calmer; maître Mathurin ne l'écoutait plus; tout lefiel qui, depuis cinq mois, s'amassait dans son cœur s'exhalait en reproches, en épithètes injurieuses, en imprécations; en proie à une véritable frénésie, il déclara à son fils qu'il ne

JMI' '^ V-^yy^JcTS Ï>E LA PLACE SAINT-LOUIS

^Mîiuût piTs? dormir sous le même toit qu'un ?ïrci*fcatt. il lui ordonna de sortir à l'instant de >;i iettwure. Jean-Louis essaya encore de le flé- .'liir ^îtt invoquant le souvenir de sa mère ; mais »» vovunt que des velléités de résistance dans 5W supplications; le vieux maréchal -ferrant î>r{t :?on marteau et, le faisant tournoyer hors de ^ îtHe, il jura avec un affreux serment qu'il all;ùt lui fendre le crâne s'il s'obstinait à rester un instant dans la maison.

Des voisins et la servante qui étaient accourus aux cris de maître Louschart, entraînèrent Jean-Louis que son père continuait de maudire, bien qu'il ne pût l'entendre.

Jean-Louis ne pouvait se résigner à cette séparation. Pendant quelques jours il ne cessa d'errer autour du logis paternel, espérant toujours que son absence aurait apaisé le ressentiment du vieux maréchal, qu'il serait cruellement affecté par le vide qui devait exister autour de lui et que sa pensée se reporterait à celui qu'il avait banni pour le rappeler à ce foyer où sa place était marquée. La servante qui l'avait élevé et qui l'aimait, lui avait pro-

mis de parler pour lui ; elle le tenta : mais aux premiers mots qu'elle prononça, maître Mathurin l'avait regardée de travers, et l'expression de sa physionomie avait fait comprendre à la brave femme que ce ne serait pas impunément qu'elle aurait plaidé la cause de l'absent. Aussi conseilla-t-elle au jeune homme de patienter et d'attendre.

Mais pour attendre U fallait vivre. Jean- Louis n'avait pas d'autres ressources que son travail ; il dut donc songer avant tout à se chercher un emploi.

L'injustice de son père l'avait rendu libre de ses actions ; il avait trop de répugnance pour la profession que la volonté de maître Mathurin lui avait imposée, pour la continuer désormais; il chercha im état plus en rapport avec ses goûts et son éducation première.

Il avait contracté quelques liaisons avec des clercs et des commis dont les manières et les habitudes tranchaient avec la grossièreté bruyante des compagnons ordinaires de ses travaux. Ces jeunes gens lui vinrent en aide; l'un d'eux, employé chez M. Lecointre, lemar-

^ ... '•.-kCE SAINT-LOUIS

; ,• ur. parla à son patron de , ^., ^.:uo que les principes dé- , v^ ^c :ia-i*auis Louachart lui avaient . ^ i^ liJjLÙ^n de l'étrange aristocrate à ,u:jr. il. Lecointre voulut voir le . .^ :.e. il fut frappé de sa distinction ; >^ V JLT la sensibilité avec laquelle il par- >; >ï.'£i malheur, il l'admit dans sa maison ,s..v ji^iviutements de huit cents livres par an. \.uii^ M. Lecointre, malgré sa qualité de marv-haud de la cour, passait pour complèteîuoiit acquis aux idées nouvelles. Cet abandon vie 1 état paternel, ce choix du patronage d'un révolutionnaire bien connu, n'étaient pas faits poiur apaiser le courroux de maître Mathurin , ils constituèrent à ses yeux de nouveaux griefs qui mettaient le comble à ceux que déjà il se croyait; ils confirmaient ses accusations, ils scellaient le jugement qu'il avait porté sur ce fils ingrat : ils les séparaient à jamais.

Il affecta alors de ne plus prononcer le nom de son fils et, s'il avait à s'informer sur sa situation personnelle, de se représenter comme

affranchi de tous les liens, de toutes les obligations qu'imposent la paternité.

Bientôt il annonça à tous ses voisins qu'il allait se remarier, et le choix qu'il avait fait était un nouveau témoignage de la haine qu'il portait désormais à son fils.

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