LB TRIBUNAL DU H AOUT IW
fiur un brasier ardent, et l'on n'en aura «acore qu' une idée bien imparfaite. Qu'on se représente ce peuple en proie aux passions les plus brûlantes : la fièvre du patriotisme et celle de la peur ; dont la fermentation était entretenue par les sourdes rumeurs du massacre qui devait éclater le lendemain, par les grondements du canon^ d'alarme, par la nouvelle de l'approclie des Prussiens et des émigrés, et l'on comprendra peut-être l'effet que dut produire sur lui cette provocation insensée.
Le malheureux Jean Julien n'avait point achevé, qu'une grêle de projectiles de toute espèce crépitait sur le plancher de l'échafaud. . Presque aussitôt il était arraché du pilori et , malgré les efforts et les supplications de l'exécu* teur et de ses aides, il allait être mis en pièces. Il fiit sauvé de cette mort horrible par l'intervention du procureur syndic Manuel qui, en cette circonstance, fit preuve d'un grand courage. Se précipitant au plus épais de la foule, luttant corps à corps avec les plus furieux , il parvint h entraîner le malheureux Julien dans l'Hôtel-de-Ville. Mais en se voyant enlever
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sa proie, la rage des spectateurs ne connut plus de bornes, et rémotion populaire allait dégénérer en émeute. On la calma en ordonnant de conduire immédiatement le coupable au tribunal extraordinaire, qui le jugea séance tenante, et le condamna à mort. Jean Julien fut exécuté le lendemain.
Le 3 SEPTEMBRE , LA GUILLOTINE CHOMA.
U est vrai que, ce jour-là, ceux qui poussaient le peuple dans la voie sanglante où Ton ne rétrogade pas, ceux qui trouvaient la justice trop lente à suivre leurs ardeurs vengeresses, se donnèrent d'amples dédommagements aux vacances que le tribunal accordait à. ses. serviteurs.
Mais passons. Dans la pénible tàcbe que je me suis imposée, je remercie le ciel de n'avoir point . à retracer Thistoire de ces journées de septembre, où une foule d'égorgeurs usurpa si bien notre horrible office et souilla les prisons, d^ atrocités d'exécutions dignes d'anthropophages. Combien, parmi ces misérables armés de piques, de sabres et versant avec une féroQe volupté le sang de leurs semblables, eus^