‹ Sept générations d'exécuteurs 1688-1847 (volume 2)Chapitre 8 sur 43 · IH · texte numérisé non relu

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chafise, qui, en rentraînant à de fréquentes absences, lui laissaient le regret de n'être que très-insuffîsamment représenté pendant ces absences, pour le gouvernement de son logis.

Les environs de Montmartre étaient alors Tobjet d'exploitations maraîchères qui étaient une des principales source^ de Tapprovisionnement de nos marchés. Toute cette zone, maintenant couverte d'habitations, et qui fait partie d'arrondissements considérables de la ville de Paris, n'était encore, au milieu du siècle dernier, qu'une longue succession de terrains livrés à la culture potagère, et où les tenanciers de l'abbaye de Saint-Pierre-de- Montmartre n'occupaient que quelques maisons de la plus modeste apparence. Charles- Henry Sanson traversait souvent ces parages dans ses excursions de chasseur. Il y avait fait connaissance d'une dé ces familles de jardiniers qui s'était élevée par son travail à une honnête aisance. La fille aînée de ces braves gens, Marie-Anne Jugier, était une personne accom* plie, douée de l'esprit le plus solide et .du caractère le plus égal. Mon grand-père avait sou-

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vent admiré la sérénité avec laquelle elle suppléait, dans les soins intérieurs, sa mèrei que la vente des produits de leur jardin appelait, dès le matin, sur le carreau des marchés.

Marie-Anne Jugier était ainsi parvenue jusqu^à Tâge de trente-deux ans, sans avoir entrevu d'autre existence que celle qui se composait de ses occupations de chaque jour. Le calme et la monotonie de ce genre de vie s'étaient reflétés sur ses traits, et y avaient imprimé un singulier cachet de résignation et de mélaocolie. Cette vague expression de tristesse ne seyait point mal à la pauvre fille, et lui donnait, au contraire, une beauté douce et simple, à laquelle la placidité de sa vie avait conservé toute la fraîcheur d'un âge plus tendre.

Charles-Henry Sanson, qm avait un peu mené la vie d'aventures, subit les charmes et l'attrait, tout nouveaux pour lui, de Marie- Aime Jugier, qui s'était épanouie àr l'ombre du toît paternel, comme une fleur de la solitude'. Il goûtait un plaisir extrême, le soir, en revenant de ses pérégrinationSi à s'arrêter chez les

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Jugier et à y passer quelque temps près de leur fille. Sa sinistre profession était connue d'eux, et n'avait point paru leur inspirer Téloignenient et Thorreur qu'elle soulevait chez les autres ; il lui semblait, au contraire, avoir surpris dans les yeux de Marie-Anne plus d'un regard empreint d'un sentiment d'intérêt ou de douce commisération.

La pensée de l'épouser s'empara dès lors profondément de son esprit. Mais comment sa demande serait-elle accueillie? C'est la question qu'il dut plus d'une fois s'adresser. Quelques indices pouvaient lui doimer à penser que le consentement du père et de la mère ne serait peut-être pas impossible à obtenir. La situation de fortune de mon grand-père devait, relativement, paraître l'opulence aux Jugier, et c'est là une considération qui fait taire bien des scrupules; mais les femmes, à cette époque surtout et dans cette classe, professaient xm détachement des biens matériels qui ne permetteiit point à leur cœur de se guider par des sentiments si vulgaires.' La réserve, la discrétion habituelle de Marie- Anne faisaient de sa pensée

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intime une lettre close pour Charles-Henry Sanson. Ce fut donc auprès d'elle qu'il crut devoir, avant de s'engager plus loin, entamer la négociation d'un mariage qui était devenu une de ses plus chères espérances.

L'occasion ne tarda pas à se présenter. Un soir qu'il revenait de la chasse, la carnassière vide et la tête remplie de son projet, il s'arrêta à la maison du jardinier pour y faire sa halte accoutumée. Marie- Anne était seule, mgis l'innocence de son cœur était telle que ce tôte-àtôte ne semhla point l'alarmer et qu'elle accueillit Charles-Henry avec le même calme que si ses parents eussent été là.

Mon grand-père s'assit sur un banc à peu de distance d'elle et après quelques paroles insignifiantes, résolu à profiter du moment, il lui dit tout d'un coup :

— Marie-Anne, ne songe7.-vous point à vous marier?

— Il en sera ce qu'il plaira à Dieu, reprit-elle non sans rougir visiblement. Je suis satisfaite de mon sort et n'en ambitionne point d'autre.

— Vos parents ont d'autres enfants qui peu-

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vent déjà vous remplacer dans les devoirs touchants que vous remplissez près d'eux. Pourquoi vous condamneriez-vous à rester privée, pour vous-même, de ces joies de la famille que vous vous êtes montrée si digne d'éprouver?

— Vousm'entretenezlà de choses auxquelles je n'ai point à penser. A quoi bon s'occuper d'événements qui ne doivent point se réaliser : c'est hasarder notre esprit dans les chimères.

—^ Marie- Anne; si parmi ceux qui vous approchent il se trouvait un homme qui vous fût sincèrement attaché, qui vous aim&t comme vous méritez de l'être ; si cet homme que je n ose nommer, mais que vous devinez sans doute, mettait tout son bonheur à obtenir votre main et à unir sa destinée à la vôtre ; y aurait-il quelque considération humaine, quelque préjugé qui élevât entre vous et lui un obstacle infranchissable?

Marie- Anne , vivement émue , resta un instant sans répondre ^ puis enfin dominant son émotion :

— Non, dit-elle, il n'y aurait pas d'obstacle. La pensée importune qui doit troubler l'exis-

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tence de cet homme, je chercherais à la lui faire oublier. Dans sa rude et difficile carrière, je Tencouragerais aujourd'hui pour le consoler demain. J'ai trop souvent plaint Thomme dont vous parlez pour n'avoir pas acquis quelques-uns des sentiments qu'il faudrait pour être sa compagne. Mais celui qui me parle a-t-il réfléchi que j *ai six ans de plus que lui et que je serai presque une vieille femme lorsqu'il sera encore presque un jeune homme; la disproportion de nos âges me paraît le plus sérieux obstacle à cette union, avec le consentement de mes parents dont tout dépend.

— Ne me parlez point de la différence d'âge, Marie-Anne; je suis plus vieux que vous, pauvre fille qui avez vécu dans la paix et la retraite et n'avez point usé votre comr aux passions factices. Le respect que vous m'inspirez est égal à mon amour, et, le jour où je cesserais d'adorer en vous la femme de mon choix, je vénérerais davantage encore la sœur Binée qui m'aurait aidé à supporter les misères de mon existence.

Quelques jotirs après cet entretien. Cbarleg^

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