‹ Sept générations d'exécuteurs 1688-1847 (volume 5)Chapitre 10 sur 27 · LES QUATRE SEROENTS DE LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

LES QUATRE SEROENTS DE LA ROCHELLE

da libelle ei celle du poigno^rd. Si tous succombez dans uns a^ssion tumultueuse, nous vous érigerpns, à grand brait, des tombeaux ; nous ferons sortir des étincelles de TOtre oôndre agitée; nous sourirons aux larmes commandées pour vos funèbres annirersaires, et nous irons jusque dans le tçmple d'un Dieu de paix chercber des occasions de troubles et des prétextes de vengeance. »

L'érudit et judicieux auteur de la nouvelle collection des Cœmes célèbres^ M. A. Fouquier, dte avec toutes sortes d'éloges bîeti mérités ces parole» remarquables, et il les fait suivre de cette réflexion non moins vraie, que Tavenip justifia pleinement les prédictions de Tavocat gœiéral de la Restauration. Lorsque ce gouvernement succomba sous les pavés de Jtiîllet, on vit les chefs invisibles de tous les complots qui l'avaient sapé monter au pouvoir, et sévir à leur tour contre les pauvres niais qui leur avaient trop complaisamment fait la courte échelle.

Aussi, lorsque, en 1834, un ministère dont liedsaient partie MM. Barthe, Guizot et le duc de Broglie, anciens membres occultes euxrmèmes des sociétés secrètes, se sentit le cou* iftge de présenter aux Chambres im projet de

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loi contre les associations, le plus illustre ora-^ tevr de ce temps, le grand Berryer, eut-il beau jeu de leiu* dire : « Remontez à une date antérieure à 1830. Quelles sociétés secrètes étaient alors organisées? qui y a siégé? qui s'y est entouré de la jeunesse? qui a endoctriné ce peuple toujours jeune dans sa passion? Et que 8erait-;ce, grand Dieul s'il se trouvait qu'un de ces accusés ,.^clierchant dans vos conseils, à la tête de votre justice, au milieu de vous, peut-être au milieu de ses juges, reconnût un honmie et lui dît : Sur le môme poignard nous avons j-uré l'un et l'autre haine éternelle à \sl royauté!-..»

■'■ Je ne pousserai pas plus loin l'analyse de ce réquisitoire. En le terminant , M. de Marchangy fit appel à l'indépendance du jury et l'engagea à montrer, par la fermeté de son verdict, combien il était au-dessus des menaces qui grondaient autour de l'enceintô du «anctuaire où se rendait la justice. C'était, la plus haliilç manière de prendre un jury français.

L'éloquence des défenseurs, MM™ Berville^,

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Barthe, Mérilhoa, ce^ deux derniers faisant secrètement partie de Tassociation des carbonari; Môcquart, Chaix d'Est-Ange, Plougoulm, qui débutaient alors dans la carrière qu'ils devaient parcourir avec tant d'éclat, pour s'élever ensuite , ainsi que leurs confrères, aux plus hautes fonctions de la naagistrature, tout fut impuissant pour sauver les malbeureuses victimes de cette folle échauflfourée,

M. de Marchangy répliqua, du reste, avec une vigueur qui ne s'était point épuisée dans son réquisitoire. ^ 11 s'acharna sur Bories, cette proie facile qui s'offrait d'elle-même : « Toutes les puissances oratoires , s'écria-t-il avec une chaleur qui, cette fois, touchait à la passion, ne pourraient arracher Bories à la vindicte publique. »

Hélas 1 ces puissances oratoires se trouvaient mal à l'aise. Les principales d'entre ell^ , MM*"^ Barthe et Mérilhou, qui sentaient un conspirateur sous leur robe d'avocat , éprouvalent un ^nbarras involontaire dans cette eause où ils étaient à la fois, sans qu'on le sût, défcmseurs et parties.. Pourtant^ M^ MérilhoUt

qui plaidait pour Bories, fit de courageux efforts, il releva éloquemment les paroles pas^ ^, sionnées de M. de Marchangy et lui fit eut^idre que la voix du ministère public n'avait pas toi^ours retenti comme un oracle dans r^Qceinte des délibérations de la justice, et qu'il y avait peut-être quelque témérité à préjtfger ainsi de la délibération d'un jury.

Lorsque les débats furent clos, le président, avant de prononcer son résumé, demanda aux accusés s'ils n'avaient rien à agouter à leur défense; Bories seul demanda à dire quelques mots. Fidèle jusqu'au bout à son généreux système de tout assumer sur lui, il se lève et prononce d'une voix grave et ferme les paroles suivantes :

— Messieurs les jurés , vous avez entendu l'acte d'accusation, les témoins et les débats;, et, après cela, vous avez sans doute été surpris d'entendre le ministère public, par l'organe de M- l'avocat général, s'écrier : « Toutes les puissances oratoires ne sauraient soustraire .Bories à la vindicte publique. » Il m'a désigné conune le chef. Eh bieni j'accepte. Heureux si nm

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tête, roulant stir Téchafaud, peut faire pro^ noncer rabsolution de mes camarades.

A ces mots, une émotion universelle se répand dans l'auditoire. M® Mérilhou ne peut contenir la sienne, et, imposant silence à son généreux client, c'est lui qui prend la parole, et, d'une voix souvent coupée par les larmes, ajoute à la défense qu'il a déjà prononcée cette admirable péroraison :

Magistrats et jurés, vous tous également appelés à prononcer sur le sort de Bories, vous venez d'entendre de la bouche même de ce jeune accusé des paroles graves et solennelles dont le souvenir-caractérisera ce procès dans Thistoire.

Messieurs les jurés, ces accents sont nouveaux dans cette enceinte, où d'ordinaire les accusés luttent entre eux pour conserver la vie, et non pour se sacrifier les uns aux autres. Je ne sais quels sentiments ce spectacle a pu soulever au fond de vos cœurs. Quant à moi, attendri et troublé par mille pensées diverses, je ne puis que vous dire que celuilà est digne de conserver la vie, qui ne craint pas de Toffrir pour ses frères d'armes et qui demande de sceller de son sang leur innocence et leur salut.

Mais vous, ministres de la loi, vous n'êtes pas ici pour sanctionner par votre suffrage l'exaltation de l'amitié ; vous n'êtes pas ici pour signer des capitulations homicides; vous êtes ici pour faire bonne justice a tous et juger chacun selon ses œuvres. Vous jugerez Bories d'après les éléments dvL procès» d'après les explications qu'il voua donne;. vous

m MES EXECUTIONS

^'écouterez comme des preuves, ni le vcçu de la partie pu-blique qui demande sa tôte, ni le consentement de Taccusé qui l'abandonne; n*écoatez pas, vous crîe la loi, n'-écoutez pas Taccusé qui veut mourir ; ne vous rendez pas complices du suicide qu'il veut commettre. Rejetez ce funeste dévouement qui le porte à sacrifier son innocente vie, pour détourner le glaive qn*on promène sur ces bancs; n'accueiliez pa^ ce dégoût de Texistence qui accable un malheureux fiaitigué de lutter contre de fausses apparences et d^ardentes préventions.

Et vous, Bories, de quel droit venez-vous ici détourner Tordre de la justice et faire violence à la nature! Vos jours ne vous appartiennent pas, ils appartiennent à la loi qui, seule, peut en disposer; laissez faire cette loi qui vous protège, cette providence qui veille sur vous. Ce consentement que vous donnez serait inutile si vous étiez coupable, c'est un suicide criminel si vous êtes innocent. N^avezvous donc aucun lien qui vous attache îi la vie ? Ne craîgnez-vous pas les larmes d'une mère ? Les regrets de l'amitié sont-ils sans prix pour vous ? Et cet avenir de gloire que la valeur promet au héros, a-t-il perdu à vos yeux cet atitnii tout puissant qui dès l'enfance vous entraînait au champ d'honneur ? Vivez, Bories, vivez pour entendre du président de celle Cour cette déclaration d'innocence qui doit briser vos fers. Vivez pour répondre au ministère public par une vie utile et honorable, soit que le devoir vous appelle encore dans les combats, soit que vous rentriez dans la vie privée. Vivez pour justifier le dévouement sans réserve de votre défenseur, et pour prouver que, si des préi^oibptions peuvent amener un innocent sur le banc dos accusés, elles ne peuvent prévaloir contre les lumières d^un débat, et contre la raison et l'indépendance d'un jury français.

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Tant d'efforts furent impuissants. Le parti du jury était pris, il voulait se montrer impitoyable. De maladroits amis avaient, du reste, singulièrement nui aux accusés en cherchant à les servir ; on avait fait parvenir aux membres de la Ck)ur, aux jurés et à leurs familles, des lettres anonymes sur lesquelles était figuré le poignard^ emblème du carbonarisme, avec ces mots menaçants : Mort aux bourreaiix l le sang sera vengé par le sang ! L'avoeat général, M. de^Marchangy, avait habilement exploité cette circonstance pour faire appel au courage et à la fermeté des jurés ; c'était, je le répète, la tactique la plus adroite.

Les véritables questions qui eussent dû. être posées dans le procès, celles qui eussent réduit cet embryon de complot à sa juste proportion, ^ furent repoussées malgré rinsistance des défenseurs pour les faire soumettre au jury ; ce fut le programme de racousation avec toutes ses exagérations qui dicta la position des questions* Il devait «n résulter en cas de réponse affirmative une pénalité toujours terrible, mais qui le pandt encore d'avantage si Vxm

songe au peu de gravité des faits et à la jeunesse des accusés.

C'est malheureusement ce qui eut lieu; Eo-^ ries, Pommier, Raoulx et Goubin ayant été déclarés coupables d'avoir dans les derniers mois de 1821 ou les premiera mois de 1822, participé à un complot concerté, arrêté entàre plusieurs individus et ayant pour but, soit do détruire ou de changer le gouvemOTiMit, soit de changer Tordre de successibilité au trône, soit d'exciter les citoyens ou habitants à ^s'armer contre Tautorité royale, soit d'exciter à la guerre civile en armant ou en portant les citoyens à s'armer les uns contre les autres; ils furent condamnés à mort. Des autres accusés, les uns furent condamnés à des peines plus ou moins sévères suivant le degré de criminalité des faits dont ils avaient été reconnus convaiur eus, les autres furent acquittés.

Il est impossible de ne pas remarquer les termes vagues de cette question dont la solution affirmative devait faire rouler quatre jeunes têtes sur l'échafaud- Ils ne fixent ni l'époque du complot ourdi dans les derniers mois

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