LES QUATUE SERGENTS DE LA ROCHELLE
reste, la juridiction obligée des affiliés civils ^
qui se trouvaient également compromis dans c6tte affaire, et comme alors il n'y avait point de «loi de disjonction, il fiallait bien que tous les inculpés passassent devant les mêmes juges.
Réunis à la Cîonciergerie, Bories reprit la direction de ces conciliabules, qui n'avaient plus pour objet un complot plus ou moins chimérique , mais le salut commun des malheureuses victimes de cette équipée, et surtout I- avenir de la cause à laquelle elles s'étaient dévouées. Bories voulut tout prendre sur lui afin d'innocenter autant possible ses compagnons de captivité , et de préserver la vente centrale, la vente supérieure, et enfin le comité directeur qui portait les destinées, de la foi politique dont il souhaitait avant tout le triomphe, dût Taurùre n'en luire^ que sur son tombeau.
Ce système de défense arrêté, les coaccusés le suivirent tous invariablement pendant les débats qui s'ouvrirent, le 21 août 1822, devant la^Gour d'assises de la Seine. Vingt-cinq in* colpés étaient assis sur les bancs : d'une part,
Massias, capitaine; Bories, sergent-major; Barâdère, avocat stagiaire; Hénon, ancien militaire, chef d'institution; Gauran, chirurgien; Rosé, employé d'une compagnie d'assurances; Pommier, sergent-major ; Goubin, Raoulx et Asiiès, sergents; Goupillon etBicheron, comme ayant pris part à un complot contre la sûreté de VÈtat; et, d'autre part, Labouré, Cochet, Castille, Lutron, Hue, Barlet, Perreon, Lefebvre,Thomas, (lautiep, Lecoq, Dariotseq et Demais, comme ayant eu connaissance de ce complot et ne rayant point révélé dans les vingt-quatre heures qui avaient suivi ladite connaissance.
Je ne rendrai point compte de ces débats qui ne durèrent pas moins de quinze jours. Les principaux accusés ne s'écartèrent pas un seul instant du plan de défense concerté entre eux à la Conciergerie; ils nièrent tout, laissant Bories supporter seul, comme il s'y était offert, les difficultés de concilier leurs dires contradictoires et expliquer leur association évidente,* en soutenant qu'elle n'avait eu qu'un but philanthropique et de secours mutuels. Les aveux arrachés furent rejetés sur le compte de Tinti-
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midatîon ou de promesses fallacieuses. L'attitude du préfet de police, entendu à l'audience en vertu du pouvoir discrétionnaire du président , ne laissa pas que de donner quelque vraisemblance à ces allégations. Quant au général Despinois, accusé surtout, par Pommier et par Goubin , d'avoir eu recours, vis-à-vis d'eux, à des ruses devant lesquelles eût reculé la pudeur de l'inquisition, bien que le président eût annoncé qu'il viendrait peut-être, il ne comparut pas et déclina la confrontation avec ses' victimes.
Après les interrogatoires et les dépositions des témoins, M. de Marchangy, avocat général, chargé de soutenir l'accusation, prononça un long réquisitoire dans lequel il fit une peinture assez exacte et assez fidèle de l'esprit révolutionnaire qui minait alors sourdement toutes les monarchies de l'Europe . Il fut véritablement'doué d'une éloquence prophétique, lorsque, faisant allusion à l'insultante impunité des meneurs de ces complots, tandis que leurs malheureux instruments en siipportaient tout lé poids, il s'écria :
Féodalité plus humiliante, plus odieuse mille fois que celle contre laquelle on ne cesse de déclamer, bien qu^ello soit à jamais ensevelie depuis des siècles dans la poussière de ses vieilles châtellenies. Là, du moins, on ne se servait point de poignards ; là, le feudatçdre ne refusait pas de partager les dangers où il menait vaillamment ses fidèles; la, on ne s'engageait point par d'exécrables serments à répandre le sang d'un frère pour des tyrans cachés, pour de lâches rhéteurs, dont le premier soin est d'obliger les mslheureux qu'ils égarent à ne pas chercher à les connaître, et néanmoins à mourir pour eux. Fut-il jamais un fanatisme aussi insensé, une servitude aussi révoltante? Dans les associations les plus abjectes, patmi les brigands et les corsaires, les chefs combattent à la tête de leurs compagnons, leurs risques sont communs, ?ls ont également à redouter les poursuites de la justice, ils marchent de front à réchafaud, ils tombent ensemble dans le gouffre qu'ensemble ils ont creusé. Mais cette égalité n'est pas la règle des seigneurs de la haute-vente, de ces privilégiés de l'anarchie qui, du fond de leur comité invisible, prennent leur sûreté contre les chances auxquelles ils exposent leurs séïd^s. c Allez, leur disent-ils dans l'insolence de leur turbulente aristocratie; allez tenter pour nous les hasards d*nne Disurrection dont nous sommes les actionnaires; allez moissonner pour nous sous les coups de la tempête gue nous avons allumée, tandis que nous attendrons, à Tabri, que vous ayez frayé un facile accès à notre pouvoir. Nous par raltrons au signal de vos succès, nous irons vous secourir dans vos triomphes ; si la vigilance des tribunaux déconcerte votre entreprise, nous livrerons aux haines populaires les magistrats liberticides appelés à vous juger ; nous ferons de leur devoir un péril et de leur impartialité un titre de réprobation ; nous les tiendrons à l'étroit entre la crainte