‹ Sept générations d'exécuteurs 1688-1847 (volume 5)Chapitre 15 sur 27 · CASTAING · texte numérisé non relu

CASTAING

Force nous est bien de retomber de ces victimes politiques, toujours intéressantes par la noblesse du mobile qui les avait fait agir et en général Télévation de leurs sentiments, parmi les criminels vulgaires qui forment le contingent le plus habituel de la guillotine. Toutefois, avant de passer à Tannée 18^3 et de continuer la suite de mes exécutions, je menlionnerai, malgré le silence que j'avais adopté pour règle à leur sujet, deux expositions : celle de Pierre Coignardy se disant de Pontis, comte de Sainte-Hélène, qui eut lieu le 21 septembre 1819, et celle de Jean Sarrasin, ancien maréchal de camp, le 21 février 1820. Tout le monde connmt Thistoire du premier ; on sait que, forçat évadé, il parvint, à Taide de papiers dont il s'était emparé, à se substituer à un gentilhomme, mort en Espagne sans que

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le décès ait pu être constaté. Rentré en France sous ce faux nom, Coignard y mena quelque temps une existence brillante, fut élevé à des dignités militaires , jusqu'à ce que, reconnu par son ancien compagnon de chaîne, il soit précipité de ces grandeurs usurpées dans son abjection première. Condamné aux travaux forcés à perpétuité pour vols et faux en écritures publiques et authentiques, étant en état de récidive, il resta une heure au carcan, où il fut flétri des lettres T. F P.., imprimées sur Tépaule droite. Le faux gentilhomme avait jeté le masque : il subit cette aggravation de peine avec un cynisme qui montra bien qu'il n'en était pas à ses débuts. Il survécut seize ans à son infamie; il est mort au bagne de Brest dans le courant d'août 1835.

Il n'en fut pas de môme de Sarrasin. Celuici était bien un vrai général, condamné à dix ans de travaux forcés et une heure d'exposition pour crime de trigamie. Il avait, en effet, épousé successivement trois femmes : la première en Italie, la seconde en Angleterre, et la troisième en France. Cet époux cosmopolite

fit une triste figure au carcan; le plus mome abattement se peignait sur ses traits.

Je reprends maintenant la suite des exécutions capitales. Le 21 mai 1823, nous primée à la Cîonciergerie le nommé Henry Feldtmann, ci-devant tailleur d'habits, né en Hanovre , condamné à la peine de mort, le 25 avril précédent, par la Cour d'assises de la Seiiie, pour avoir asssassiné sa propre fille, Etiennette- Victoire Feldtmann, parce qu'elle n'avait pas voulu céder à sa passion incestueuse. Ce monstre avait aussi tenté de donner la mort»: le môme jour, à Elisabetli-Constance Feldtmann, sa seconde fille, et à une autre personne, Marie- Madeleine Léger, dans la crainte, sans doute, qu'elles ne fissent connaître son crime. Le hasard ne permit pas qu'il pût ainsi immoler trois victimes du même coup.

Il marcha au supplice accompagné d'un ministre protestant, avec lequel il s'entretint en allemand pendant le trajet. Il montra plus de sang-froid qu'on n'aurait dû en attendre d'une nature aussi dépravée. A quatre heures vingt minutes, l'exécution était consommée.

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