‹ Sept générations d'exécuteurs 1688-1847 (volume 5)Chapitre 26 sur 27 · PERRIN · texte numérisé non relu

PERRIN

forcés à perpétuité, le père futexécuté, à midi, sur la place du Rond-Point-Sain<^ Antoine.

Le jeudi, 20 septembre suivant, exécution, à huit heures du matin, sur la place Saint-Jean, à Melun, du nommé Nicolas-Etienne Desfourneaux, âgé de cinquante-trois ans, marchand quincaillier, demeurant à Fontainebleau, condamné à mort le 24 août, par la Cour d'assises de Seine-et-Marne, pour crime d'empoisonnement sur la personne de sa femme. Cette exécution avait attiré ime affluence considérable d'habitants de Fontainebleau.

Le lundi, 29 octobre suivant, exécution, à huit heures du matin, à Versailles, de Jean- Baptiste Guillon , garçon boucher , âgé de vingt ans, et d'Aimé-Benjamin Michel, condamnés tous les deux à la peine de mort pour crime d'assassinat.

Samedi, 15 décembre suivant, exécution, à huit heures du matin, au rond-point de la barrière Saint-Jacques, de François- Alexandre Perrin, âgé de vingt-quatre ans, typographe, demeurant rue Transnonain, n° 12, condamné à mort par arrêt de la Cour d'assises de la

Seine, du 31 octobre, pour tentative d'assassinat sur deux dames habitant la maison où son père était portier. Ce fut le premier condamné à mort qui partit de la prison de la Roquette. Il faisait un froid si piquant que, pendant le trajet, ce malheureux grelottait et tremblait de tous ses membres; je lui mis mon manteau sur les épaules ; il mourut avec courage et résignation.

Il n'y eut auoime exécution ni à Paris, ni en province, pendant toute Tannée li839.

Nous ne remontâmes Téchafaud que le samedi 29 février 1840, pour exécuter, à sept heures et demie du matin, sur la place Saint-Jacques, le nommé Louis-Augustin Lober, dit Dordoit, condamné à mort par arrêt de la Cour d'assises de la Seine, du 22 précédent, pour tentative d'assassinat et de vol, rue du 29 Juillet. Ce fut encore un condamné qui refusa de se pourvoir en cassation.

Le lundi, 28 décembre 1840, exécution au même endroit, à neuf heures du matin, du nommé Jean Charles, dit Barbier, condamné à mort par arrêt de la Cour d'assises de Paris,

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du 14 novembre, pour avoir assassiné, dans nie Louviers, sa maltresse, une fille surnommée la Belle-Blonde.

Le samedi, 13 février 1841, exécution à neuf heures du matin , sur la place du Franc- Marché, à Beauvais, du nommé Pierre Gontier ou Gauthier, âgé de 57 ans, condamné à mort par la Cour d'assises de TOise.

Le lundi, 31 mai 1841 , nous prîmes à la prison du Petit-Luxembourg, le nommé Ennemond- Marius Darmès, frotteur, âgé de 43 ans, né à Marseille, et demeurant ci-devant à Paris, rue de Paradis-Poissonnière, 41 . Il avait été condamné à la peine des parricides, Tavant-veille, par arrêt de la Cour des pairs, pour avoir tiré un coup de fusil sur le roi, le 15 octobre de Tannée précédente.

Comme on le voit, Tinstruction du procès de Darmès avait été longue et minutieuse ; on commençait à s'effrayer de ces tentatives d'assassinat si répétées sur la personne du roi; mais, cette fois encore , comme dans les deux affiaires antérieures, malgré les lenteurs calculées de la procédure, on ne put arracher à Pac-

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cusé aucunes révélations mettant èi même de remonter jusqu'à la source de tous ces complots renaissants. Darmès se renferma dans un silence absolu, et montra ime énergie et une volonté au-dessus de sa condition. Conduit au supplice en chemise, nu-pieds et la tête couverte d'un voile noir, qui n'avait pas servi depuis Alibaud, il semblait avoir trouvé dans les plis de ce voile le courage dont avait fait preuve son prédécesseur.

Le samedi, 20 novembre suivant, exécution sur la place du Franc-Marché, à Beauvais, du nommé Antoine-Nicolas Marot, âgé de 24 ans, boucher, né à Sennevières, demeurant à Chelles (Oise), pour crime d'empoisonnement sur un sieur Negrini.

Le lundi 29 août de Tannée suivante, exécution, à neuf heures du matin, sur la place publique de Melun , du nommé Pierre-Phîléas Berger, âgé de vingt-huit ans, né et demeurant à Cîombsaville, canton de Brie-Comte- Robert, condamné à la peine des parricides, pour avoir assassiné son père. Ce misérable avait entendu prononcer sa sentence sans frémir.

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— Tant mieux, s'était-il écrié, j'aime mieux mourir que de rester toute ma vie dans les galères.

Le jeudi 9 février 1843, exécution, sur la place Saint-Jacques, à huit heures du matin, du nommé Victor Vallet, dit Délicat, débardeur, âgé de vingt-quatre ans, condamné à mort par arrêt de la Cour d'assises de Paris, du 30 octobre précédent, pour avoir, de complicité avec un autre individu, assassiné et volé un malheureux cocher de cabriolet, appelé Gataigne. Le complice de Vallet, Charles- Louis- Joseph Mirault, avait aussi été condamné à mort, mais sa peine fut commuée en celle des travaux forcés à perpétuité.

Le vendredi 22 mars suivant, exécution, à huit heures du matin, sur la place Saint-Jacques, des nommés Frédéric Depré et Joseph Norbert, condamnés le 31 janvier précédent, pour un assassinat suivi de vol, commis damjB dans la ruelle des Paillassons.

Le lundi 6 novembre suivant, exécution à Versailles, à huit heures du matin, de Clovi»- Joseph Béliard, condamné à mort par arrêt de

la C!our d'assises de Seine-et-Oise, pour assassinat sui\i de vol, commis à Saint-Cloud, sur une femme et son enfant.

Le jeudi 30 novembre suivant, exécution, à huit heures du matin, place Saint-Jacques, du nommé Henri Salmon, âgé de vingt-deux ans, condamné le 30 septembre précédent, pour avoir assassiné dans le bois de Vincennes, un individu appelé Sôchepine. On sait que depuis qûialque temps je laissais à Piot le soin de pourvoir à tous les détails de Texécution; à ma grande surprise, il vint me dire que Henri Salmon avait manifesté le désir que je procédasse moi-môme à sa toilette funèbre. Je ne pus m'empêcher d'y condescendre, et, ayant demandé à ce malheureux ce qui avait pu lui donner cette pensée, il me dit que depuis longtemps il me connaissait ainsi que ma famille, et que sachant que nous étions bons et humains, il comptait sur moi pour adoucir l'horreur de ses derniers moments. J'étais vivement ému, et je fis en effet tout ce qui était en mon pouvoir pour le soutenir dans une aussi terrible épreuve. 4

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Salinon eut pour successeur sur récliafaud un homme avec lequel nous n'eûmes point cette peine, je veux parler du fameux Poulmann, dit Durand, dit Legrand, dont la hideuse' célébrité balança un instant celle de Lacenaire. Poulmann était, en effet, une nature exceptionnelle, et s'il n'érigea ni le crime ni le meurtre en principes, comme son rival, il était assurément infiniment plus doué de la puissance physique nécessaire pour briller dans une pareille carrière. Condamné à mort le 27 janvier, pour avoir assassiné un vieillard de soixante-dix ans, qui tenait une auberge isolée, entre Marmont et Nangis, il ne voulut même pas se pourvoir en cassation. Lorsque Theure du châtiment vint à sonner, il fit preuve du plus étonnant courage. A rencontre de ceux qui en puisent un bien plus noble et bien plus élevé dans les sentiments religieux, il trouva le sien dans le matérialisme épouvantable qui lui faisait repousser Tidée d'une autre vie. La mort, pour ce malheureux déshérité de la faculté de croire, ne fut que le passage de la Vte au néant, un instant à franchir pour

être délivré de toutes les sensations humaines.

4yec de pareils êtres, la force brutale est reine du monde. Poulmann était particulièrement orgueilleux de la sienne ; on craignait qu'il ne voulût en faire preuve au dernier moment, en opposant une vive résistance à Texécution de l'arrôt. J'avais été engagé, par cette raison, à doubler le nombre des aides.

Ces appréhensions ne se réalisèrent point. Il se laissa couper les cheveux sans objection ; mais, lorsqu'on s'approcha pour lui attacher les mains , il eut un moment d'hésitation.

— Qu'est-ce que vous voulez ? dit-il brusment.

Je m'avançai en lui disant que l'usage était de lier les mains à tous les condamnés, qu'il était indispensable que cela se fit.

— Est-ce bien sûr au moins que vous faites ça pour tout le monde? Si je croyais que ce fût pour moi seul, je vous aurais bientôt envoyé rouler à cent pas avec toute votre clique.

Poulmann avait toujours refusé, et quelquefois avec humeur, les consolations de la'reli-

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gion. 11 ne voulut môme pas permettre à M. Tabbé Montés de l'accompagner pendant le trajet de la Roquette à la barrière Saint-Jacques. Le digne prêtre fut obligé de partir devant, dans une voiture à part, afin de se trouver sur le lieu du supplice, dans le cas où la vue de l'instrument de mort ferait enfin un pénitent de ce coupable endurci.

11 n'en fut rien, Poulmann contempla la guillotine sans sourciller.

— Ce n'est que cela, dit-il.

11 n'y avait, je le certifie, aucime aflfectation, aucune fanfaronnade dans cette incroyable assurance. C'était la plus complète insouciance de la vie ou de la mort, voilà tout; c'était l'atrophio de l'intelligence par la matière, et, par conséquent, l'absence des pensées et des sentiments qui animent toutes les créatures de Dieu, chez lesquelles ces deux éléments s'allient sans s'exclure.

Arrivé sur l'échafaud, Poulmann se tourna vers les aides et leur dit :

— Ahl cal vous autres, est-ce que vous n'allez pas mettre une pièce de vingt sous dans

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ma poche pour le fossoyeur? Il ne fait pas

chaud, il faut bien que le pauvre b puisse,

après sa besogne, se réchauflfer en buvant une

bonne bouteille de vin à ma santé, ajou-

ta-t-il avec un gros rire.

Piot s'empressa d'obtempérer à ce désir :

— Adieu la compagnie ! ajouta Poulmann ; à toi, ma Louise bien-aimée, ma dernière pensée; tu es plus à plaindre que moi, car tu vis encore et nous ne nous verrons plus.

Cette invocation était adressée à sa maîtresse Marie-Louise Frenot, femme Simonet, condamnée, par le même arrêt que lui, à vingt ans de travaux forcés.

A huit heures du matin Poulmann n'existait plus.

Le samedi, 16 mars 1844, exécution à Beauvais, à dix heures du matin, du nommé Benoist Valère, âgé de quarante-sept ans, condamné à mort par la Cour d'assises de l'Oise, comme incendiaire.

Le mercredi, 10 avril 1844, exécution à neuf heures du matin, à Melun, du nommé- Pierre-François Robichon, âgé de trente-deux

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