‹ Sept générations d'exécuteurs 1688-1847 (volume 5)Chapitre 8 sur 27 · LES QUATRE 8SBOENTS DE LA ROCHELLE 8B · texte numérisé non relu

LES QUATRE 8SBOENTS DE LA ROCHELLE 8B

affiliations se pratiquaient en masse, mais le danger de cette incessante propagande se trouvait neutralisé par le mode d'organisaticm de l'association qui, divisée en petits groupœ, appelés ventes particulières, ne se rattachant que par un lien caché à des ventes centrales, qui ne correspondaient elles-mêmes que par des moyens occultes avec les ventes supérieures, formait ainsi une immense chaîne dont on pouvait bien saisir un anneau , mais dont il était impossible d'atteindre l'ensemble.

C'est avec de pareilles précautions, qui leur promettaient en tout état de cause l'impunité, que des hommes considérables, les coryphées de ce qu'on appelait alors l'opinion libérale, les Lafayette, Dupont (de l'Eure), Manuel, Voyer d'Argenson, Benjamin Constant, Foy, Laffîtte, etc. , non contents de l'agitation qu'ils semaient à la tribune et dans la presse par leurs discours et leurs écrits, se mirent à la tète d'une conspiration active, permanente, dont les premiers coups de main ne devaient aboutir qu'à faire répandre le sang d'obscurs complices, qui moururent pour ces illustres chefe

de complot, sans même avoir la consolation de le savoir.

L'armée, et ce fut le malheur de ce gouver^ nement, ne fut jamais attachée à la Bestauron tion. L'esprit militaire, Ssusciné par 1^ souvenus héroïques de l'Empire, ne put se réconcilier avec un drapeau qui ne s'était déployé qu'à la suite de nos revers. En 1822, la mort de Napoléon sur le rocher de Sainte-Hélène, venait de le transfigurer et d'en foire une sorte de Prométhée, dont la figure légendaire électrir sait d'enthousiasme le cœur du soldat. Les habiles meneurs du carbonarisme n'eureût garde de laisser échapper cette occasion de travailler sourdement les régiments, afin de faire entrer rélément militaire dans les incessantes machinations de leurs complots.

Ils ne réussirent que trop avec le 45* de ligne, dans le cadre duquel se trouvaient quelques vétérans de Tannée de la Loire, anciens sous-officiers que la Restauration avait refusé de maintenir dans leurs grades. Mais ce ne fut point ceux-là qui payèrent le plus cher leur funeste docilité à ces dangereuses excitations.

LBS QUATRB 8ERQENTS DB X«A ROCUELLB J88

Il y avait^ au 45^, ua jeune sergent à Tàme fortement trempée, ouverte aux aspirations élevées, douédes séductions de la personne et de la parole, exerçant sur ses camarades cet ascendant irrésistible (lue donne une supériorité incontestable. Bories, c'était son nom, embrassa avec Mdeur les ouvertures qui lui furent faites, et eut bientôt organisé, dans le 45% une vente militaire, dont le concours devait être précieux au mouvement insurrectionnel que Ton fomentait. Il remit à plusieurs de ses compagnons le poignard du carbonaro, insigne de l'association „ que ceux-ci serrèrent sur leur poitrine sans songer combien il jurait avec Tépée qu'ils portaient au côté.

Malgré la fidélité religieuse avec laquelle les conjurés gardèrent leur secret, certaines apparences les rendirent suspects. Bien jeunes pour faire des conspirateurs, ils ne purent dissimulex leurs sentiments, et il n'en fallait pas d^^vantage pour attirer sur eux l'attention et la surveillance. Au moment de la tentative avortée du général Berton sur Saumur, Bories était déjà arrêté par suite des vagues soupçons

m , MBS EXÉCUTIONS

qu'on avait conçus contre lui. Enfin, la trsihison vint couronner l'œuvre; un des initiés, plus faible d'esprit et plus prompt au découragement que les autres, Groupillon, se laissa arracher par le colonel le secret de la vente. Le soir même de cette révélation, tous les autr^ conjurés furent arrêtés à la chambrée après l'appel et conduits à la prison de la ville.

Presque tous, sans tomber toutefois, dans la feiblesse de Goupillon, firent des aveux plus ou moins complets ; Bories, seul, persista dans un système de dénégation absolue. Interrogé à part par le général commandant la division Despinois, royaliste exalté, il fut sourd à toutes prières comme à toutes menaces. Ce dernier fut plus heureux avec deux autres membres de la vente , les sergents Pommier et Goubin, vis-àvis desquels il employa, s'il faut en croire un historien démocratique, des moyens d'instruction peu dignes d'un juge en épaulettes;

Tous les accusés furent transférés à Paris, comme justiciables de la Cour d'assises de la Seine, dans le ressort de laquelle la plupart d'entre eux avaient leur résidence. C'était, du

Page 1