‹ Sept générations d'exécuteurs, 1688-1847Chapitre 11 sur 14 · II. Martin, Histoire des Français · texte numérisé non relu

II. Martin, Histoire des Français

Le Maire, Histoire d'Orléans.

On voudra bien s'expliquer de celte façon l'emploi du mol

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de Bourreau, qui se trouve quelquefois dans cette étude : c'est rarement moi qui m'en suis servi , car il m'appartenait moins qu'à tout autre d'employer une expression contre laquelle ma famille et moi n'avons cessé Je protester, et qui pourrait blesser de légitimes susceptibilités.

MÉMOIRES DES SiNSON

Les auteurs de mémoires préludent ordinairement à l'autobiographie dont leurs récits sont le prétexte, par de minutieux détails sur la généalogie de celui qui se met en scène.

La vanité humaine ne saurait laisser échapper cette occasion de décliner ses titres, de déployer ses parchemins.

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Je comprends trop combien des prétentions nobiliaires peuvent paraître ou ridicules ou odieuses chez le descendant direct et légitime de tant de bourreaux, pour n'avoir pas songé à me soustraire, sur ce point, aux exigences de la situation.

Ce ne sera pas sans répugnance, ce ne sera pas sans avoir soutenu une lutte contre moimême, que je me serai résigné à dépouiller le cimier du noUe homme de la rouille sanglante qui cachait à tous les regards l'écusson trèsréel de Messieurs de Paris.

Mais qui dit mémoires, dit confession.

Le principe essentiel d'ime confession, fûtelle profane, est l'humilité ; pour premier devoir elle impose le sacrifice de ses sentiments personnels à la vérité.

Force m'est donc de raconter comment, par une amère dérision de la destinée , celui qui légua à son fils le terrible héritage que j'ai recueilli à mon tour, était un gentilhomme; force me sera d'avouer au début de ce livre que ce fut une chute qui précipita six générations de mes ancêtres dans la voie d'opprobre

OÙ la fatalité les a maintenues jusqu'à moi.

En 1829, un éditeur nommé Sautelet demanda à une agrégation d'écrivains, des mémoires, qu'avec une audace incroyable il ne craignit pas d'attribuer à mon père.

Celui-ci était un liomme d'un caractère doux et timide. Tant que la main de la justice ne venait pas heurter à sa porte, tant que la société ne commandait pas, il éprouvait une profonde répugnance à sortir de l'ombre et de l'oubli qui pouvaient seuls adoucir momentanément les amertumes de sa triste profession.

Il liésita longtemps avant de se décider à protester contre cette inqualifiable usurpation de sa personnalité et de son nom. Il était, néanmoins, sur le point de le faire, lorsqu'un tragique événement, le suicide de l'éditeur, vint, en suspendant cette publication, permettre à mon père d'ajourner sa légitime réclamation.

Peu de temps après, la révolution de 1830 était consommée.

La catastrophe qui renversait pour la seconde fois une monarchie de neuf siècles absorbait tous les esprits.

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Un roi tombait. Qui pouvait avoir souci du bourreau, de ses plaintes, ou de ses prétendus Mémoires?

Deux volumes de cette publication avaient été mis en vente, et les souscripteurs euxmêmes ne paraissaient pas songer à en réclamer la suite.

Mon père ne laissa donc point échapper cette occasion de ne pas sortir du mutisme qu'il considérait comme une des obligations de sa position sociale.

Ces deux volumes sont du reste un tissu d'allégations mensongères et d'inventions puériles, dénuées, je ne dirai pas seulement de vérité, mais même de vraisemblance.

Voici la version que les auteurs avaient imaginé de placer dans la bouche de mon père à propos de l'origine de notre famille.

<( En fouillant dans nos annales judiciaires, » disaient-ils, on trouve que sousLouisXIII,un » Sanson était exécuteur commissionné par le » duc de Lorge, grand justicier de France, )) et qu'il s'était allié à la famille des Ferey, » qui avait le privilège de mettre à mort les

» criminels dans le ressort de l'île de France.

» En remontant plus avant dans la série de » nos ancêtres, on découvre la fatalité hérédi- » taire à laquelle j'ai vainement tenté moi- » même de dérober mon existence.

» Le premier des Sanson qui ait voué son )) existence au châtiment des coupables, Pietro » Sansoni, car il était italien, fut jeté dans » cette carrière de réprobation par des senti- » ments héroïques pour le temps où il vivait et )) par un concours de circonstances bien affreu- » ses. Son histoire serait un document précieux » pour quiconque désire connaître à quel degré » d'exaltation peuvent arriver les passions hu- » maines. »

Les auteurs de ces soi-disant Mémoires n'ont pas été plus heureux dans la fable généalogique qu'ils nous prêtaient, que dans les récits historiques qu'ils nous ont attribués. Tout est faux dans ce paragraphe, je veux le démontrer avant d'établir la filiation- réelle de mes aïeux.

Le roi Louis XIII avait bien son justicier de fait. C'était cet illustre cardinal qui fauchait grands et petits et couvrait tout de sa soutane

rouge ; mais de justicier en titre, il n'en existait pas.

Ayant créé la charge, en affubler un duc de Lorges, c'est en vérité dépasser les bornes de la licence pseudo-historique. Le duc de Lorges de 1()35 doit aller retrouver le ,(/r<^>^f^ justicier dans le royaume des chimères; ce ne fut qu'après la mort de Turenne, en 1676, que le chef de cette maison fut créé duc et maréchal par Louis XIV.

Avec la moindre notion de la coutume de l'Ile de France, ces messieurs se fussent épargné -cette prodigalité d'imagination. Ce n'était pas le grand justicier du royaume qui délivrait les lettres de provision d'office d'exécuteur, c'était le chancelier, au nom du roi, et un élève de quatrième suffisait pour leur indiquer le nom •du titulaire de cette charge à l'époque qu'ils indiquent, et leur apprendre qu'il se nommait Pierre Séguier.

Enfin, un dernier argument sera péremptoire : les noms des exécuteurs des hautes-œuvres ont été conservés. Aucun Sanson ne figure yarmi eux avant l'année 1688. Celui qui exer-

çait ces fonctions antérieurement, s'appelait Nicolas Levasseur dit La Rivière.

Je ne disconviens pas que cette invention romanesque qui nous assigne l'Italie pour berceau, et nous fait descendre de quelque bravo aux gages de l'une des républiques de la péninsule, n'eût une pliysionomie pittoresque qui devait séduire des gens en quête de tout ce qui leur paraissait susceptible de surexciter la curiosité publique.

Ces messieurs ne trouvaient pas sans doute en nous assez d'exterminateurs, et peu leur coûtait d'adjoindre le poignard à la liacbe.

Un peu plus, un peu moins de sang aux mains des bourreaux, que leur importait?

Si je me suis étendu aussi longuement sur ces Mémoires apocryphes , c'est pour qu'ils ne puissent jamais être opposés par les personnes de bonne foi à l'ouvrage que je publie aujourd'hui, et qui est le seul véritable dépôt des souvenirs de ma famille. J'ai retrouvé dans les papiers de mon père, un projet de la lettre qu'il se proposait d'écrire aux journaux pour démentir ces faux Mémoires.

Ce projet est ainsi conçu :

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