‹ Sept générations d'exécuteurs, 1688-1847Chapitre 2 sur 14 · C ÉTAIT MA RÉVOCATION · texte numérisé non relu

C ÉTAIT MA RÉVOCATION

Un sentiment étrange et indéfinissable s'empara de moi. Je relevai les yeux sur les portraits de mes ancêtres; je parcourus toutes ces figures sombres, méditatives, sur lesquelles se lisait cette même pensée qui avait jusquelà flétri mon existence : ie rei^cardai mon

grand-23ère^ en costume de chasse, iiiélancoliqueiiieiit appuyé sur le canon de son fusil, et flattant de la main son chien , le seul ami peut-être qu'il lui eût été donné d'avoir.

Je regardai mon père, grave, tenant son chapeau à la main et couvert du lugubre vêtement de deuil qu'il n'avait jamais quitté. Il me semblait foire part, à tous ces témoins muets, du terme de la fatalité qui avait pesé sur leur race et les associer, h ce que j'allais faire.

Alors, tirant le cordon d'une sonnette, je me fis apporter une cuvette et de l'eau, et là, seul, devant Dieu qui voit au fond des cœurs et dans les replis les plus cachés de la conscience, je lavai solennellement ces mains que le sang de mes semblables ne devait plus souiller.

Je me rendis ensuite à l'appartement de ma mère, une pauvre sainte femme, car nous trouvions des femmes, nous!

l.es loups et les seigneurs n'ont-ils pas leur famille !

Je crois la voir encore dans le vieux tau-

H ^ I.NTRODIC l'ION

teuil (le \-el()iirs d'Utrecht d'où elle ne se levait plus que difficilement. Je déposai sur ses genoux la missive de M. le ministre de la Justice. Elle la lut, puis tournant vers moi ses bons yeux dans lesquels j'avais si souvent puisé toute ma force et mon courage :

— Béni soit ce jour, mon fils! me dit-elle. Il vous retire enfin la mauvaise part de l'héritage de vos pères; vous jouirez en paix du reste, et peut-être la Providence n'arrêterat-elle pas là ses dons...

Puis, comme je restais encore muet, vsuffoqué par une émotion dans laquelle la joie allait enfin se faire jour,

— D'ailleurs, ajouta-t-elle, il fallait bien que cela finit. Vous êtes le dernier de votre race. Le ciel ne vous a donné que des filles; je l'en ai toujours remercié.

Le lendemain , dix-huit compétiteurs se disputaient ma sanglante succession, et leurs placets , revêtus des plus hautes apostilles , couraient les antichambres ministérielles. On voit que je ne fus pas difficile à remplacer.

Quant à moi, ma résolution était déjà prise.

Je me hâtai de vendre ce ^deil hôtel, peuplé de si tristes souvenirs, où sept générations des miens avaient vécu parquées dans l'opprobre et l'ignominie; mes chevaux, mon équipage sur lequel , en manière d'armes parlantes , une cloche fêlée tenait la place d'un écusson contemporain des croisades. J'éloignai de moi, en un mot , tout ce qui pouvait y entretenir ou réveiller le souvenir du passé; puis, secouant à la porte la poussière de mes souliers, je sortis j)our toujours de cette demeure héréditaire où, comme mes ancêtres, je n'avais pu goûter ni la paix des jours , ni le repos des nuits.

Sans le grand âge et les infirmités de ma mère, que depuis mon enfance j'entourais d'autant de vénération que d'amour, je serais parti pour le nouveau monde. Ce n'eût pas été trop que l'immensité des mers à mettre entre moi et l'Europe, où j'avais rempli de si tristes fonctions dans celle de ses sociétés qui passe pour la plus civilisée. L'Amérique, avec ses Etats naissants, ses lois à peine écrites, ses mœurs primitives, ses villes improvisées, ses dernières tribus de sauvages expirant sous les

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onvahissemenis de la, civilisation, ses \ a si es solitudes, ses forêts vierges et ses fleuves immenses dont j'avais lu, dans Chateaubriand et dans Cooper, de si poétiques récits, tout cela m'attirait invinciblement. II me semblait que c'était la terre promise des régénérations et ([u'en y débarquant sous un autre nom que celui auquel s'attacliait une si funeste céléluité, je pouvais espérer d'y renaître à une seconde vie, et de conquérir des lettres de naturalisation de citoyen libre et actif d'un grand pays.

La lecture du récent ouvrage de MM. Gustave de Beaumont et Alexis de Tocqueville, sur cette nation, qu'ils représentaient comme l'asile de la liberté , ne contribuc'dt pas peu à m'atfermir dans cette idée , et il n'était guère possible de prévoir à cette époque la lutte fratricide qui ensanglante aujourd'hui la patrie de Washington. Mon père était mort depuis sept ans. J'avais eu le bonheur d'établir mes deux filles. Les pauvres enfants ! je dois ici taire les noms sous lesquels elles ont pu cacher celui de leur malheureux père, car je ne veux

point appeler la rougeur de la honte sur leurs fronts innocents.

Mais un lien plus puissant que toutes les séductions me retenait à Paris. Ma mère, plus que septuagénaire , et qui eût voulu m' accompagner, si j'avais commis l' imprudence de lui parler de mon désir, n'aurait jamais pu supporter un si long voyage. Je devais danc rester près d'elle pour lui continuer les soins auxquels je l'avais habituée, veiller sur sa vieillesse adorée et fermer en paix ces yeux qui s'étaient si souvent mouillés de larmes.

Hélas! cette dernière douleur ne m'était que trop tôt réservée. Moins de trois ans après l'incident de ma révocation, j'eus l'irréparable malheur de voir partir pour la patrie des saintes et des anges la digne et vénérable femme qui m'avait mis deux fois au monde : en me portant dans son sein et en me comnmniquant , par la sagesse de ses conseils et l'exemple de ses vertus, la résignation nécessaire pour suppoi*ter mon triste sort.

Ce fut un coup terrible pour moi et qui anéauHt pendant long-temps l'énergie que j'a-

l'i INTIJOIUCTION

vais senti se réveiller à la nouvelle de ma révocation. Le temps avait marclié depuis ; j 'avais atteint cet âge où l'homme ne peut plus nourrir l'illusion de" recommencer la vie. Je renonçai définitivement à l'intention de m' expatrier.

Cependant , je me liâtîd de quitter Paris et de faire choix d'une retraite si sûre et si profonde, que rien ne vînt m'y rappeler le triste emploi des belles années de ma jeunesse et decelles de mon âge mûr. J'y suis enseveli depuis douze ans, sous un nom qui n'est pas le mien, jouissant avec une secrète honte d'amitiés que je me reproche d'usurper et que je tremble à chaque instant de voir s'évanouir par la découverte de mon incognito ; enfin n'osant aimer moi-même sans remords que quelques animaux, compagnons de ma solitude et auxquels- (qu'on me pardonne cette sensibilité pythagoricienne) je donne des soins atfectueux pour meconsoler d'avoir eu le triste courage d'étoutfer le cri de l'hnmanité lorsqu'il s'est agi de mes semblables.

Eh bien , vaines précautions de notre pauvre sagesse ! c'est dans cette retraite obscure .

INTRODUCTION lU

OÙ je voulais fuir jusqu'à mes souvenirs, que je les sens revivre au contraire et m' accabler de tout leur poids. C'est là que , sexagénaire, fatigué de la vie dont je n'ai jamais connu les <louceurs sans un aifreux mélange d'amertume, j'ai cédé à la plus étrange, à la plus vertigineuse tentation qui pût s'emparer de mon esprit, celle d'écrire le livre dont ces pages sont le frontispice.

L'oisiveté et la solitude sont de mauvais refuges pour T imagination qui cherche à se dérober à elle-même : je n'ai pu supporter un plus long tête-à-tête avec ma pensée. Obsédé de mille réliexions qui me ramenaient toutes à la fatale prédestination de ma naissance, au premier emploi de ma vie, je me reportais involontairement à l'époque où une aventure, dont on aura plus loin le récit , et qui , malgré sa réalité, semble par son côté romanesque toucher aux fictions habituelles de notre littérature , fit entrer dans ma famille , l'horrible liéritage que, grâce à Dieu, je n'ai eu à transmettre à aucun des miens. Je me représentais cette suite d'aïeux parmi lesquels même un

M INTKODI ('TH)N

enfant de sept ans n'avait pu trouver grâce . Mon bisaïeul, Charles- Jean-Baptiste Hanson^ né à Paris le 19 avril 1719, succéda à son père, le 2 octobre 1726, et comme il n'était pas possible qu'un enfant de cet âge pût remplir par lui-même le sinistre office dont il était pourvu , le Parlement lui donna pour suppléant un questionnaire nommé Prudliomme , mais en exigeant , toutefois , qu'il assistât aux exécutions, qui comportaient alors, comme on sait, d'abominables supplices , pour les sanctionner légalement par sa présence. N'est-ce pas quelque cliose digne de remarque que cette minorité et cette régence dans l'histoire de l'Echafaud !

Je pensais à mon grand- père, revêtu de cette robe de Nessus, à l'époque inouïe pour laquelle le mot de Terreur semble un nom trop doux, obligé de promener le niveau sanglant de la hache sur les têtes les plus nobles comme les plus coupables, n'ayant plus même, pour s'affermir dans sa tâche, cette horreur du crime et ce mépris de la victime qui, pour moi, je le déclare, ne sont jamais parvenus à étouffer le

cri du cœur et les murmures de la conscience. Je me représentais donc ce vieillard dont il m'a été donné d'apercevoir la pâle figure dans mon enfance , remplissant avec l'impassibilité du destin , au milieu de la lutte des pai*tis qui s'entre-dévoraient , son implacable mission ; voyant immoler aujourd'hui les vainqueiu^s de la veille et demain ceux d'aujourd'liui; mandataire de cette furie de la mort qui fut le signe le plus caractéristique de cet incroyable moment de notre histoire.

Enfin mon aïeul m' apparaissait surtout dans cet épouvantement suprême qui le saisit le 21 janvier 1793, lorsque la révolution présenta pour la seconde fois au monde frappé de stupeur, cette fulgurante antithèse d'une tête

royale tombant sous la main du bourreau

Je savais la place que cet événement si inattendu avait toujours occupée dans nos traditions de famille, les terreurs, les larmes, les expiations qu'il avait semées à notre foyer, la page de deuil entre tant de deuils qui lui est consacrée sur une espèce de registre funèbre , où, depuis un siècle et demi , mes ancêtres ont inscrit

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jour pîir jour les faits et gestes de notre race. Kn parcourant ces singulières annales que j'ai moi-même continuées, et qui partent presque (le la Chambre ardente et de la Poudre de succession, puis passent par les saturnales de la régence et du règne de Louis XV, pour arriver à la révolution et enfin jusqu'à notre siècle; en y trouvant à chaque page de curieux souvenirs, des anecdoctes du temps tout à fait ignorées, une foule de traditions soigneusement conservées dans le sein d'une famille vouée depuis deux siècles, comme les anciens parias, à l'isolement et à la réprobation publique, et scellant de mystérieuses archives pour un avenir inconnu ; en y rencontrant un pêle-mêle étrange de noms illustres et de noms abjects : le comte Horn entre Poulailler et Cartouche ; Lally Tollendal et le chevalier de la Barre à côté de Damiens; puis, un roi entête, ce grand cortège des victimes de la Révolution qui présente im martyrologe sans pareil dans l'histoire ; en me rappelant les entretiens de mon père sur l'empire, sur l'affaire de la machine infernale, sur celles de Georges Cadoudal, des compagnons

de Jéhu, des Chauffeurs, etc. ; eu me reportant aux temps qu'il m'a été donné à moi- môme de traverser, et aux souvenirs qu'ils m'ont laissés, aux tristes drames dont le sangiant dénoûment m'est échu en partage : la condamnation des quatre Sergents de la Rochelle, celles d(^ Louvel et de tous ces disciples des Jacques Clément et des Ravaillac , qui tentèrent vainement d'assassiner Louis Philippe ; en passant de ces victimes du fanatisme à celles qu'on impute aune erreur judiciaire , comme Lesurques , et enfin môme à la plèhe des scélérats, tels que Desrue, Papavoine, Castaing. Lacenaire, Souffiard, Poulmann, etc., où il ne reste plus guère à étudier que les variétés du crime et les degrés de la perversité humaine , je me suis demandé s'il n'y avait point là les éléments d'un livre, dont lutilité et l'intérêt excuseraient l'indignité de Ttiuteur, et si le soin de l'écrire n'était pas le meilleur emploi que je pusse faire des heures de ma vieillesse.

Je l'avoue, car c'est mon exen^p. je n'en doutai pas un seul instant.

Je me mis donc au travail et j'écrivis lente^

ment ce livre , en commençant par une rapide esquisse de V Histoire des Swpflices et de celle de VExécutetcr^ qui m'en parut le préambule obligé.

C'est l'ouvrage que je publie aujourd'hui.

Le bruit que l'annonce seule a produit m'a montré tous les dangers de la pente sur laquelle je m'étais risqué; mais cela n'a point suffi pour m'arrêter. On me jugera mieux en me lisant. Peut-être a-t-on supposé que j'étais allé ramasser, dans la fange des lettres, quelque gâclieur de phrases pour tailler un livre sur mon nom , et de là les indignations et les railleries qui se sont élevées contre celui-ci avant même son apparition. On ne tardera point à s'apercevoir que c'est une œuvre sincère, authentique, et qui ne pouvait germer que dans la pensée d'un homme éprouvé par les douleurs qui ont été mon apanage , et instruit par les enseignements qui m'en sont restés.

Peut-être alors les lecteurs qui cherchent avidement, dans les colonnes des journaux judiciaires, le compte rendu , aussi uniforme qu'infidèle, des exécutions capitales, accueil-

leront-ils avec moins cV hostilité le seul ouvrage qui , pour près de deux siècles de notre histoire, puisse offrir un récit exact de ces drames sanglants; peut-être la souveraine répulsion qui s'attache aux fonctions que j'ai -exercées, répulsion que je n'ai point la prétention de taxer de préjugé, sera-t-elle un instant diminuée par l'intérêt philosophique, historique et, j'ose le dire, moral, répandu sur la plupart de ces pages.

Quelquesjournaux, très-hospitaliers pour les sanglantes immoralités du roman-feuilleton, ont foudroyé de leur anathème le titre de mon <Buvre.

Les plus indulgents se sont écriés : Pourquoi <^e livre ?

Je n'ai point, hélas ! reconquis mon droit à la susceptibilité : ce sera donc à ceux-là seulement qui ont semblé me poser cette question que je demanderai la permission de répliquer.

Si la société répudie justement jusqu'à la mémoire des criminels, elle revendique tout ce qui concerne les hommes qui ont été des victimes.

i!0 INTKOIH'CTION

La dernièro pulsation du cœur d'un martyr appartient à la postérité; elle a le droit, elle a le devoir d'apprendre vers quel horizon il tournait ses regards en expirant.

Laissez donc l'iioimne auquel vos pères, dans tcurs discordes, assignaient un rôle si affreusement militant, apporter à l'histoire son témoignage ; laissez-le raconter ce qu'ils le condamnaient à voir.

Si cette œuvre n'aA^ait d'autre objet que de fournir un nouvel aliment à la curiosité blasée des gens qui, n'osant aller chercher eux-mêmes leurs émotions au pied de l'échafaud , voudraient néanmoins les trouver dans ime sorte de photographie écrite des péripéties qui se dénouent sur ce théâtre de la mort, vos répulsions deviendraient légitimes; mais je n'eusse pas attendu qu'elles se manifestassent pour donner aux flammes le soin de faire justice d'un livre écrit dans un tel but.

Enfin, à Dieu ne plaise que j'aie eu un inslant la pensée , comme d'autres encore ont pu le croire, d'entrejjrendre l'apologie de la guillotine ou la réhabilitation de l'exécuteur! Ma

introd;:ction 21

main se serait séchée , plutôt que (ressayer une œuvre si contraire à mes convictions intimes et aux aspirations de toute ma vie. Loin de là, s'il est une raison d'ordre supérieur qui m'ait armé de la plume que je tiens en ce moment, c'est le spectacle de cette grande cause pendante devant le tribunal de la civilisation, et dans laquelle tant de voix éloquentes, depuis Montesquieu , Beccaria , Filangieri , jusqu'à Victor Hugo , se sont fait entendre pour réclamer l'abolition du cMtiment implacable dont j'ai eu le malheur d'être la vivante personnification.

En présence du travail constant qui s'opère dans les esprits sur cette grave question, d^ la généreuse initiative prise par un petit État de l'Allemagne (1), qui s'honore d'avoir donné le jour à Goethe, à Schiller et à Wieland, ce Voltaire germanique, je me suis dit qu'il ne m'était plus permis de rester neutre, et que c'était pour moi un suprême devoir d'apporter, à mon tour, ma boule noire ou mon témoi-

(1) Le forant] flnrlir de \Vrim;!r.

gnage à cliarge dans rinstnictioii de ce grand procès, poursuivi depuis plus d'un siècle, contre une peine à laquelle nos mœurs répugnent de plus en plus.

11 n'est point de livre qui ait fait sur ma jeunesse une impression plus profonde queZ^ dernier jour dJim condamné. Je le lus pour la première fois longtemps avant d'accompagner mon père à la première exécution où il me demanda de l'assister, et je crois que, si la demande m'avait été faite au moment où j'étais encore sous l'impression de cette lecture, j'aurais méconnu les devoirs de la piété filiale.

J'éprouve aujourd'hui une singulière satisfaction à publier cet ouvrage, presque en même temps qu'une œuvre nouvelle de l'auteur du Dernier joior d'un condamné. Je ne me dissimule pas rimmensité de l'abîme qui nous sépare et r ombre que les rayons de sa gloire* jettent sur ma sinistre personnalité ; mais je n'en suis pas moins heureux d'élever humblement la voix pour une cause dont il a été et demeurera le plus admirable défenseur.

Si l'on demande comment, avec de pareils

sentiments, j'ai pu remplir si longtemps les horribles fonctions qui m'étaient échues en partage, je n'ai que ceci à répondre : qu'on veuille bien jeter les yeux sur la condition dans laquelle j'étais né. Les fils de Jacques d'Armagnac sentirent, dit-on, le sang de leur père dégoutter sur eux à travers les planches mal jointes d'un échafaud. Non moins à plaindre, j'ai revêtu la robe virile sur l'autel des expiations de la justice humaine, le jour où, jeune lévite, j'assistai pour la première fois mon père dans l'exercice de ce terrible sacerdoce, que de Maistre appelle la clef de voûte des sociétés. Le glaive de la loi s'est transmis dans ma fîimille comme l'épée chez les gentilshommes, comme le sceptre dans les races royales : pouvais-je me choisir une autre destinée sans renier la mémoire de mes ancêtres et outrager la vieillesse de mon père assis à mon foyer? Rivé par des devoirs sacrés au billot et à la hache, j'ai dû remplir la sinistre tâche que m'imposait ma naissance. Mais au milieu de ma carrière, unique rejeton de cette sorte de dynastie d'exécuteurs,

ïl INTHODIICTION

j'ai résigne avec bonheur la pourpre de ViScliafaiid et le sceptre de la moi't. Puissé-je, avant d'aller reposer m;i tète sons la sépulture lioimie de mes pères, voir disparaître de nos institntions nne peine dont l'adoucissement des mœnrs rend l'application de plus en plus rare, \m supplice qui est, an milieu de notre civilisation, connue le dernier vestige des sacrifices humains de la barbarie ! Puissent dans un avenir prochain ceux qui auront parcouru ces pages dire en fermant le livre : C'est le testament de la peine de moi't par le dernier bourreau 1

COUP-DŒIL HISTORKJUE

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