SUPPLICES SUIVIS DE MORT
La peine de mort fut en usage sous toutes les législations etj chez [tous les peuples du inonde; elle dut être, mallieureusement , pendant un temps trop long, accompagnée de itortures atroces.
Le droit de punir est une nécessité attachée à l'ordre social: c'est un^ droit incontestable
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en effet et incontesté que celui qui appartient à toute association humaine de \'eiller à sa conservation, et conséquemment d'instituer des peines contre tout délit qui tendrait à la dissoudre ou à la troubler; c'est un devoir de l'association en corps de protéger la vie , l'honneur et la propriété de chacun de ses membres contre toute violente atteinte, car c'est pour obtenir cette protection individuelle que l'association s'est établie et s'est maintenue. Aussi , partout où il se forma des réunions de plusieurs familles , il ne tarda pas à s'introduire des peines qui durent varier, selon que les intérêts de l'association se modifièrent, ou suivant que la civilisation fit des progrès.
C'est d'après cette loi naturelle et obligatoire qu'une longue suite de siècles s'est écoulée sans qu'en France ni ailleurs il se soit élevé de doutes sur la légitimité de la peine de mort. Tout en en déplorant la nécessité , les écrivains les plus philanthropes se bornaient à demander qu'elle fût resserrée dans ses plus étroites limites. Quelques-uns avaient exprimé le vœu si humain qu'en l'appliquant on l'exemptât au
moins de toutes les tortures qui 1* aggravaient. Enfin tous les publicistes considéraient avec douleur j mais sans liésitation aucune, la peine de mort comme un châtiment nécessaire (1). Telles étaient les opinions et les habitudes de nos sociétés européennes, lorsqu'au siècle dernier, un savant italien, Beccaria, fit paraître "un ouvrage (2) dans lequel il s'élevait contre la peine de mort; cette opinion devait, quelques années après, être soutenue par le jurisconsulte anglais Bentham (3) et trouver par là même de nombreux partisans parmi ceux auxquels répugne si naturellement l'effusion du sang. L'époque où s'agitait cet important débat semblait favorable aussi à l'innovation proposée : les esprits disposés en France à de nombreuses réformes ne pouvaient manquer, sinon d'accueillir celle-ci, au moins de l'examiner avec soin et attention. Elle devint, dans l'Assemblée constituante, et sur le rapport
(1) xMONTAiGNE : Essais, liv. ii, chap. il.
(2) Traité des Délits et des Peines.
(3) Traité de Législation, ch. IX.
de Michel Lepelletier de Saint-Fargeau, Tobjet d'une sérieuse et savante discussion. Malgré l'unanimité des membres composant les deux comités de constitution et de législation criminelle (1), l'Assemblée se borna à restreindre les cas où la peine capitale pouvait s'appliquer, et à écarter ce qu'elle offrait de plus barbare dans les divers modes d'exécution , que je me propose de passer en revue dans les pages suivantes. La question devait se reproduire sous la Convention nationale, et cette fois ce fut sans beaucoup d'efforts que l'abolition de la peine de mort fut admise en principe, mais avec ajournement jusqu'à la "paix générale, terme toujours reculé et auquel on n'était pas encore parvenu quand, sous l'Empire et en 1810, fut rédigé le nouveau Code pénal des Français. Celui-ci, de même que la loi émanée de l'Assemblée constituante, admet ou maintient la peine de mort dans plusieurs cas déterminés.
(l) Ces membres étaient les députés : Tliouret, Sieyès, Target, Talleyrand-Périgorcl,Desmeuniez, Rabaud-Saint-Etienne, Tronchet,Le Chapellier, Beaumetz,Freteau,Lepelletier-Saiiit- Fargeau, Larochefoucaud, Duport etDinocheau.
Ce rétablissement, par la volonté souveraine, de la peine de mort ne pouvait ni prescrire le silence aux écrivains, ni les empêcher par leurs écrits d'arriver au perfectionneinent de la législation, sur le point le plus important des institutions liimiaines. Lors de la Révolution de 1848, après l'ouvrage de M. Charles Lucas, et les pages si éloquentes de notre grand poëte Victor Hugo, la question de la peine de mort fut encore soumise à la Chambre. Un nouveau pas fut fait, car l'abolition de la peine de mort, en matière politique, fut votée à une grande majorité.
• 11 n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de présenter et de tracer une analyse des nombreux écrits qui ont paru pour ou contre l'abolition de la peine capitale. Quel que doive être définitivement le sort réservé à cette importante question, qu'il me soit permis de dire ici qu'on ne saurait nier ni méconnaître les immenses services qu'a rendus Beccaria en l'agitant et en ouvrant une voie où tant d'autres écrivains de cœur et de talent l'ont suivi; car, ne l'oublions pas, si ce nouveau et généreux
système n'a pas encore obtenu tout l'etï'et qu'en attendait son auteur, du moins a-t-il conduit à examiner beaucoup de cas auxquels s'appliquait la peine de mort. , et à en diminuer considérablement le nombre. Ce n'était pas seulement le meurtre prémédité ou la conspiration contre l'État qui étaient frappés de cette peine : parmi les crimes auxquels elle était infligée, on comptait le rapt, les exactions pécuniaires commises par les greffiers, la rébellion à la justice, même sans liomicide, la banqueroute frauduleuse , le faux commis par les officiers publics (1) , le péculat (2) , le faux témoignage en matière grave (3), le vol* avec effraction dans les maisons ou sur la voie publique, même sans port d'armes (4) , la contrebande avec attroupement de cinq personnes ou plus (5), l'usage de faux poinçons en matière d'orfèvrerie (6) , le vol domestique le plus
(1) Édit de 1660.
(2) Ordonnance de lo31.
(3) Ordonnance de François l®"" de 154o.
(4) Ordonnance du 15 janvier 1534.
(5) Déclaration du 2 août 1729.
(6) Déclaration du 24 janvier 1724.
SnVIS DE MORT "îO
modique (1), les profanations sacrilèges (2), le duel, même non suivi de blessures (3), etc. , etc. Sans fouiller davantage dans les monuments épars de l'ancienne législation de la France, pour y trouver d'autres exemples de cette exorbitante application de la peine de mort, heureusement plus limitée depuis l'introduction, dans le code criminel, des circonstances atténuantes, je vais faire une rapide énumération des trop nombreux supplices ayant pour but de donner la mort, et qui furent en usage depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.
Le supplice de la Croix ^ s'il est le plus ancien de ceux qu'on a imaginés, est aussi le plus cruel; à ce double titre, il doit occuper le premier rang dans l'étude que j'ai entreprise. Employé dès la plus haute antiquité chez tous les peuples, il est encore en usage dans certaines contrées de l'Asie, au Japon, par exemple, où le crucifiement est
(1) Déclaration du 30 mars 1724.
(2) Édit dejuill-eHeSS.
(3) Édit de 1670.
assez commun. Ce supplice consistait à faire' jnourir quelqu'un en le clouant sur du bois^ disposé en croix de différentes manières. L'instrument du supplice ne fut d'abord qu'une?^ simple pièce de bois plantée en terre sur laquelle le condamné était fixé avec des cordes^ ou des clous; souvent la pièce de bois était remplacée par un arbre : alors le criminel était ou cloué au tronc ou attaché par les bras à de^ branches différentes; mais le plus ordinairement la croix était composée de deux pièces de bois différemment assemblées ; elle avait tantôt la forme d'un T, tantôt la forme d'un X^ comme celle que nous appelons croix de St- André, tantôt celle d'un Y, et alors elle prenait le nom de fourche (furca) . Il y avait encore une infinité d'autres croix diversement construites , comme celle, par exemple, où fut attaché le Sauveur du monde; mais jamais elles ne s'éloignèrent beaucoup des trois formes principales que je viens d'indiquer (1).
Cette variation si grande des formes diverses-
(1) Pour plus de détails voir : Lipsii Justi Je cruce LUtû très, Arastelodami, 1G7C.
•et multipliées que prenaient les croix explique €omment le mot latin crux signifie plutôt torture^ de même que cnœiare signifie tourmenter. Les Romains avaient, pour désigner ce supplice, d'autres termes, tels que infelix arhor, infelix lignum, i7ifamis stipes patihulimi, bien plus souvent employés que le mot crux.
Les écrivains sont partagés sur plusieurs points concernant le mode de mettre ce supplice à exécution. Le condamné était-il attaché à la croix avant qu'elle fût plantée en terre, comme les peintres le représentent dans le crucifiement de Jésus-Christ? quel était le nombre de clous employés? le patient était-il nu ou couvert? ses pieds étaient-ils appuyés sur un petit tasseau ou cloués? En s'arrêtant aux conjectures les plus vraisemblables, on doit penser que les condamnés étaient cloués d'abord sur la croix, et que cette croix, hissée au moyen de cordages et de leviers, était plantée en terre ; pour ceux qui étaient simplement attachés , on pouvait , au moyen d'échelles, les garrotter sur la croix déjà plantée.
Les Grecs et les Romains laissaient mourir
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les condamnés sur la croix (Ij. Les Juifs, au contraire, avaient coutume de les détneheipour les enterrer, mais après leur avoir brisé les os des cuisses, dans le cas où ils n'étaient pas encore morts. Ce complément de cruauté avaii presque toujours lieu, car, avant de les mettre en croix, ils leur faisaient boire du vin excellent, mélangé de drogues fortifiantes et surtoui de myrrhe, d'où le nom de vimmi myrrliatym. Les condamnés, une fois placés sur la croix, on avait soin de leur donner de temps en temps du vinaigre, où Ton avait fait infuser de Yliyso^e. plante qui avait, selon Pline, la propriété d'étancher le sang. Lorsque les soldats vinrent pour rompre les jambes au Sauveur du monde, ils le trouvèrent mort ; un des soldats alors lui perça le côté avec une lance.
Cicéron, en dirigeant contre Verres une accusation pour avoir fait crucifier un citoyen contre la disposition des lois, nous donne une preuve que ce supplice n'était jamais réservé
(1) Les corps devaient tomber en pourriture.
bUIVIS DE MOUT m
aux citoyens. Valère-Maxime nous a fait parvenir de tristes détails sur le mode de mettre * cette sentence à exécution. L'esclave condamné à ce supplice devait, après avoir été battu de fouets de cuir, être traîné aux travers des rues les plus fréquentées, attaché aux bras d'une fourche.
Le supplice de la croix fut aboli par Constantin, et à partir de cette époque cet instrument , réputé jusque-là infâme , est devenu l'objet de la vénération des chrétiens. Si ce supplice apparut quelquefois encore dans les siècles suivants, la croix conserva toujours la forme de celle de Saint- André. Avant le siècle dernier, où l'on vit à l'époque des saturnales du cimetière Saint-Médard , de malheureuses convulsionnaires se faire crucifier, les cas où ce cruel supplice fut mis en usage sont heureusement rares. En 1127, Louis le Gros fit mettre en croix Bertholde, auteur de l'assassinat de Charles le Bon , avec un chien attaché près de lui, qu'on battait de temps en temps afin de le faire mordre (1). Le triste usage de crucifier
(1) Aimon.
la tête en bas fut en vigueur chez les Macédoniens, et mis quelquefois, suivant certains auteurs, en usage en France pour les juifs et les hérétiques.
La DécafilaUon semble être une peine aussi ancienne que le monde. En Chine et au Japon elle est en usage depuis un temps immémorial, aussi bien qu'en Perse; dans la première de ces contrées elle passe pour le supplice le plus infamant parce que le criminel en mourant de cette façon ne conserve pas son corps tel qu'il l'areçu de la nature. Chez les Romains la décapitation se faisait de deux manières différentes: par la hache, selon l'ancien usage, more major iim^ c'était l'ouvrage des licteurs; dans ce cas ce supplice n'avait rien de déshonorant; par l'épée, c'était alors le bourreau qui l'infligeait, et il était infamant. Les Romains semblent avoir été les premiers à se servir de la hache pour exécuter ce châtiment. Comme le patient devait être couché, les licteurs frappaient de leurs verges le criminel jusqu'à ce qu'il tombât de faiblesse. En France la décapitation était réservée pour les nobles : les chroni-
ques sont remplies de ce supplice ; un exemple suffira pour donner une idée de son mode d'exécution : « Le premier jour de juillet 1413, le prévôt de Paris (1) fut pris dans le palais, assis sur une cliarrette, une croix de bois en la main, vêtu d'une houppelande noire , fourrée de martre , une chausse blanche , et un escafin à ses pieds. En ce point mené aux halles de Paris , quant il vit qu'il convenait qu'il mourût, il s'agenouilla devant le bourreau, et baisa une petite image d'argent qu'il avait en sa poitrine, et lui pardonna sa mort moult doucement , et pria tous les seigneurs que son fait ne fut point crié, jusqu'à ce qu'il fut décollé, et on lui octroya (2). »
L'époque où la décapitation fut en France le plus en usage fut celle où Eichelieu, dans le but de donner raison à sa politique, s'attaqua à la noblesse de France, et fit tomber plus de têtes par le tranchant du glaive qu'on n'en avait abattu depuis l'origine de la monarchie. Tout
(1) Pierre des Essarls.
(2) Journal d'un bon bourgeois de Paris, sous Charles VI et Charles VII.
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le mérite de cette exécution capitale reposait sur l'habileté du bourreau, qui malheureusement ne pouvait s'exercer que par l'habitude. L'histoire conserve des exemples effrayants de maladresse. Qui ne sait que de Thou ne fut décapité qu'au onzième coup : le bourreau s'était troublé. Un événement semblable arriva, comme on le verra plus loin , à l'exécution de madame Tiquet. En Angleterre, ce supplice atroce d'être exposé à recevoir plusieurs morts au lieu d'une, ne peut se rencontrer. Le patient, couché de toute sa longueur, pose sa tête sur un billot, qui n'a que six pouces de hauteur, ce qui rend l'exécution et plus sûre et plus prompte. Mais hâtons-nous d'ajouter que malheureusement la décapitation en Angleterre était, et est encore une faveur que la clémence du souverain n'accorde que rarement. On n'y connaît guère d'autre genre de supplice que la corde. Ce supplice, qui est encore en usage en Allemagne , a été remplacé en France par l'instrument inventé, ou pour mieux dire, perfectionné par le docteur Guillotin.
En France, concurremment avec la décapitation, figurait la Pendaison. Si, comme je Fai dit , le premier supplice était exclusivement réservé à la noblesse, le second, au con^ traire, n'était subi que parles vilains. J'ajoute cependant qu'il fut un temps où les nobles subissaient quelquefois cette peine : par exemple, le gentilhomme qui séduisait ou déshonorait une demoiselle confiée à sa garde était dépouillé de son fief, et s'il avait agi avec violence il était pendu (1). Enfin des personnages considérables, subirent aussi après leur mort, l'ignominie d'être exposés à la potence. Parmi eux est-il besoin de citer : Enguerrand de Marigny, ministre de Philippe le Bel ; Jean de Montaigu, ministre de Charles VI ; Olivier le Daim, favori de Louis XI; Jacques de Beaume de Semblancay, surintendant des finances sous François P''; l'amiral de Coligny, dont le cadavre était déjà tombé en putréfaction, lorsque Charles IX , entouré de toute la <îour, alla le voir au gibet. C'est dans cette
(1) Journal d'un bon bourgeois de Paris, sous Charles VI et Charles VII.
occasion que le jeune monarque, empruntant le triste mot d'un empereur romain, osa dire aux personnes qui se tenaient à l'écart : « Sachez que le corps d'un ennemi mort ne sent jamais mauvais. » Parmi les victimes dont le corps fut arraclié au gibet après leur supplice, je citerai encore Delisle, un des puissants seigneurs du xiv^ siècle , et Brisson,. qui devait succéder au président de Harlay (1). Le criminel condamné à la potence devait avoir trois cordes au cou : les deux premières, de la grosseur du petit doigt et appelées Tortouses , avaient chacune un nœud coulant et servaient à étrangler le patient. La troisième, appelée le Jet, ne servait qu'à jeter le patient hors de l'échelle. Assis dans la charrette de l'exécuteur , le dos tourné au cheval , il avait
(1) Le curé de Saint-Merry, instruit que ce brigand, avait épousé la nièce du pape, le fit enterrer dans son église pouis'attirer les bonnes grâces du Saint-Père, et lui adressa la lettre suivante, d'une admirable naïveté :
« A peine votre neveu était-il pendu, qu'avec grand luminaire nous allâmes le prendre à la po'ence et nous le fisnaes porter en notre église, où nous l'avons enterré honorablement et gratis. » (Bibliothèque Impériale. Manuscrits.)
à côté de lui le confesseur et derrière le bourreau. Arrivé à la potence où était appuyée et liée une échelle, le bourreau montait le premier à reculons et aidait, au moyen d'une corde, le criminel à monter de la même façon. Le confesseur descendu,, d'un coup de genou et aidé du Jet, l'exécuteur faisait quitter l'échelle au patient qui se trouvait suspendu. Puis le bourreau, se tenant des mains aux branches de la potence, à force de secousses et de coups de genou dans l'estomac, terminait le supplice par la mort.
Le supplice de la corde disparut devant la guillotine ; avant la révolution et dans les derniers temps où il était encore en usage chez nous, il servait à punir un grand nombre de crimes et de délits tels que : l'infanticide, la bigamie , le vol domestique , le vol militaire , la désertion, la fabrication de fausse monnaie, l'assassinat. Sans m' étendre longuement sur l'histoire de ce supplice «dans les autres nations, je dois cependant en dire quelques mots relativement à l'Angleterre, où il n'a point été remplacé par la guillotine et où par consé-
W SI l'I'LiCES
(iiieiit elle est restée comme la seule peine de moi*t, avec la décapitation. Aussi, lorsque l'accusé est déclaré coupable d'un crime capital, le juge lui prononce sa sentence en ces termes : (( X. . . , vous êtes condamné à être pendu par votre cou jusqu'à ce que vous soyez mort, mort, mort (1) ». Les criminels condamnés, en attendant leur supplice, se réjouissent autant qu'ils le peuvent dans leur prison, mangent tout ce dont ils peuvent disposer et convertissent en espèces jusqu'à leur propre cadavre, qu'ils vendent d'avance aux chirurgiens. Le condamné marche au supplice dans une charrette tendue de noir. Arrivé au bas de la potence, le bourreau p^end des mains du patient la corde qui doit servir à son exécution, fixe un côté de cette corde à la traverse de la potence et Tautre bout au cou du patient. Ceci tait, l'exécuteur lui couvre la tête d'un bonnet qu'il rabat sur le visage jusqu'au menton; alors sur le signal que fait le premier shériff,
(1) X. . . . You are sentenced to be lianged by your neck , lill you be dead, dead, dead.
SURIS DE MORT Dl
il fouette le cheval , la charrette avance et le patient reste suspendu. Après une heure de suspension on détache le corps, qui est rendu aux parents ou livré aux écoles d'anatomie dans le cas d'assassinat seulement.
Au onzième siècle, en France, alors que la validité des contrats reposait seulement sur la foi des témoins, on avait coutume, le jour de la signature d'un acte, de frapper les jeunes gens et les enfants assez fort pour leur graver dans la mémoire ce fait important (1). Le même usage existe encore en Espagne à propos de la pendaison : plus d'une mère est dans l'habitude de mener ses enfants en bas âge au spectacle d'une semblable exécution et de les frapper violemment au moment du dernier soupir du mourant, afin que l'exemple gravé chez eux les préserve à jamais de pareils crimes. La potence a été en usage chez tous les peuples. Au Maroc, lorsqu'un condamné doit subir ce supplice, on le pend par les pieds à un gibet, et on
(1) Caitiilaire de Saint-Jean en Vallée. BiblioUièque impériale. Manuscrits. «
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lui coupe la gorge. Les annales de nôtrehistoire nous citent, comme im événement extraordinaire, une femme pendue en 1449,. (( Car oncques plus ne fut \ai au royaume de? France (1). »
Une autre peine qui, de tout temps, chez les: peuples civilisés comme chez les peuples sauvages, a été fort en usage, c'est le Bûcher:; mais nous devons dire que, presque toujours^ cette peine a été appliquée aux crimes qui réclamaient de grands exemples. Le fanatisme' n'a pas cessé d'allumer les bûchers pour assouvir ses vengeances, sous le prétexte de venger les offenses faites à la Divinité. Néanmoins comme je crois l'avoir dit précédemment, ce supplice était aussi usité chez le?^ anciens. Vulcatius Gallicus a laissé une description révoltante de la manière dont ils brûlaient les criminels. On élevait un bûcher haut de cent quatre-vingts pieds romains, sur lequel on attachait, à différentes hauteurs, les hommes condamnés à périr par le feu. En France,.
(1) Monsfrelt^t.
depuis le commencement de la monarchie jusqu'en 1789, ce genre de supplice a eu lieu dans des circonstances où il s'agissait moins de punir les coupables que de porter la terreur dans les ^esprits. Tout d'abord le supplice du bûclier se préparait et s'exécutait de cette façon : on commençait par planter un poteau de sept à huit pieds de long autour duquel, laissant la place du patient, on construisait un bùclier en carré, composé alternativement de fagots, de bûches et de paille. Avant que le bûcher ne fût monté à la hauteur d'un homme, on y faisait entrer le patient, qui, déshabillé et couvert seulement d'une chemise soufrée, était attaché au poteau, par les pieds, par le cou et par le milieu du corps; ensuite on finissait la construction du -bûcher, puis on mettait le feu de toutes parts. Le plus ordinairement la douleur des flammes était évitée aux condamnés. Comme les constructeurs, du bûcher se servaient ordinairement de crocs de batelier, dont le fer avait ..deux pointes , on ajustait un de ces crocs dans le bûcher en le confectionnant, de façon que la pointe se trouvât vis-à-vis du cœur , et ,
t>l SUPPMCKS
aussitôt que le feu était mis au l)iicher, on poussait fortement le croc qui, en perçant le cœur du criminel , lui donnait la mort. Plus tard, on se contenta d'élever un bûclier et d'y placer debout, attaché à un poteau, le criminel ; entre autres exemples célèbres de ce supplice , on peut citer Jeanne d'Arc. Comme nous l'avons déjà dit , en France , le supplice du feu punissait, non pas seulement le crime , mais le plus souvent les opinions. L'infanticide paraît, sous Louis IX, avoir été puni de cette peine. Nous lisons en effet que, a s'il arrive à une femme de tuer ou d'étouffer son enfant par cas fortuit, soit de jour, soit de nuit, elle ne sera pas condamnée la première fois au supplice du feu ; la seconde, elle sera condamnée au feu , parce qu'en elle , ce sera une habitude criminelle (1).» Mais , à part de très-rares exemples , le bûcher ne s'éleva guère, en France, que pour punir les opinions religieuses. Ainsi , on brûlait un juif parce qu'il n'était pas chrétien, un protestant parce qu'il n'était pas catholique , un
(1) Établissements de f.ouis IX.
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catholique même parce qu'on le soupçonnait d'être athée. Que de sentences, emportant ce terrible supplice, portaient ces mots: X......
oiihliant toute crainte de Dieu, mirait coimnis crime d'apostasie et de lèze majesté divine av premier clief^ ayant combattu la Sainie-TriniU, renié Nostre Seigneur et Sauveur Jésvs- Clirist, hlasi:)liémé son saint nom, renoncé son ha/ptême fov/r embrasser le juda'isme et la circoncision, et se serait parjuré.
En 1314, cinquante-neuf Templiers sont brûlés vifs près l'abbaye Saint- Antoine ; le grand bailly, Jacques de Molay et Guy Dauphin, fils de Robert II, furent jetés vifs dans les flammes i\ l'endroit où se trouve la statue de Henri IV. Deux cent-un témoins les avaient accusés de renier Jésus-Christ. Le véritable crime des Templiers ne fut que leurs richesses. Pour les dépouiller, on dut les accuser de forf^iits effroyables et révoltants.
En Angleterre, les opinions religieuses furent aussi presque les seuls crimes punis par le bûcher. La chronique ancienne relate la triste mort de cette femme enceinte, brûlée
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comme hérétique. Au moment où l'on mettait le feu au bûcher, l'effroi et les douleurs la firent accoucher. L'enfant fut rejeté dans les flammes, comme étant un petit hérétique.
Dans l'Inde et chez les sauvages de l'Amérique du Sud le supplice du feu est réservé surtout aux ennemis. Il faut citer un exemple pour montrer à quelles atroces tortures ils soumettent le malheureux prisonnier : « Ils plantent en terre un gros pieu auquel ce dernier est attaché par les deux mains ; les sauvages s'étant assis autour du poteau, on allume à quelques pas de là un grand feu où ils font rougir des haches , des canons de fusil et d'autres ferrements. Ensuite ils viennent les uns après les autres, et les lui appliquent tout rouges sur les diverses parties du corps. Ily en a qui lebrûlent avec des tisons ardents , d'autres lui remplissent ses plaies de poudre et lui en frottent tout le corps, après quoi ils y mettent le feu. Enfin chacun le tourmente suivant son caprice, et cela pendant quatre ou cinq heures, quelquefois même pendant un et deux jours .» Le supplice qui consistait à enterrer vivant
le coupable fut en usage chez les anciens et eut lieu à Roixie, pour la première fois, sous le règne de Tarquin T Ancien. Ce fut primitivement des Romains, qui faisaient ainsi périr les vestales qui avaient violé leur vœu de clias teté , que ce supplice passa en France , où il ne devait heureusement pas être longtemps en usage. Sous Pépin et ses premiers successeurs, les juifs étaient enterrés vivants. Dans la suite quelques autres exemples nous sont conservés par l'histoire : un nonimé Prévôt, natif de Paris, fut enterré vivant par ordre de Philippe Auguste, pour avoir porté un faux serment (1). En 1295, Marie de Romainville, soupçonnée de larcin, fut enterrée vivante à Auteuil , par sentence du bailli de Sainte-Geneviève. En 1302, le même bailli condamna à cet horrible supplice, Amelotte de Christ euil pour avoir dérobé, entre autres choses , une cotte , deux anneaux et deux ceintures. En 1460, sous Louis XI, Perrette Mauger fut enterrée vivante comme laronnesse et re-
{\) Sauyal. Antiguités de Pans.
î;ï< supplices
céleuse. Cesupplice, longtemps en usageen Angleterre, s'est conseivé en Allemagne à l'égard des femmes qui font périr leurs enfants (I). Les Eomains, dans la prison de leur Yill(% aj)pelée Tullianum, avaient un endroit trèsélevé d'où l'on précipitait les criminels dans un gouffre qui portait le nom de Baratlivum . Ce gouffre, revêtu de pierres de taille, étai1 hérissé de crampons de fer croclius; quelquesuns avaient la pointe en haut et d'autres de côté pour déchirer et accrocher les condamnés. Ce fut, sans aucun doute, ce Barathrum de l'ancienne Rome qui donna naissance en France aux OnUiettes^ primitivement construites dans les prisons pour servir de cachots aux condamnés à une détention perpétuelle , mais qui, au moyen âge, ne furent qu'un autre genre de mort qu'on ne peut mieux comparer qu'à celui précédemment cité et qui consistait à enterrer vivant. Qui ne connaît l'histoire des oubliettes du cardinal de Richelieu? Ces ouhliettes, situées dans son château de Baveux
(I) ÙtYÏonnance Caroline, cliap. -131,
et fouillées à la fin du siècle dernier, firent découvrir les ossements de plus de quarante cadavres avec les débris de leurs vêtements, montres, bijoux et argent. Le cardinal comblait de caresses et d'amitié, ceux qu'il ne pouvait attaquer publiquement; il les faisait sortir par un escalier dérobé, au bout duquel était le gouffre qui attendait la victime de ce guetapens. Les premiers qui y restèrent furent ceux-là même qui l'avaient creusé. En 1804 on découvrit, à Grenoble, des oubliettes en tout semblables au Barathrum romain. Les crampons de fer étaient remplacés par des lames tranchantes. Le condamné ne pouvait écliapper à la mort : ou il mourait de ses blessures , ou il mourait' de faim. Les couvents et les abbayes avaient aussi leurs oubliettes (1), qui prenaient le nom de In pace. Avant de précipiter le moine coupable dans ce trou , où il devait inévitablement trouver la moii:, on le conduisait en plein chapitre, on le plaçait sur
(1) Des oubliettes de ce genre furent dLCOuAerles à Pari> en 1790.
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une sellette pour lui lire sa sentence ; ceci l'ait, on le promenait processionnellement avec la croix, les cierges, le bénitier, l'encensoir, près (le Vin pace. Puis, après avoir chanté le Libéra^ aspergé et encensé le criminel, après lui avoir donné im pain, im pot à l'eau, un chapelet, un cierge béni, on le descendait dans le caveau, où il mourait bientôt de désespoir et de rage (1). Disons , pour terminer , que les oubliettes servirent bien plus souvent la cruauté et la vengeance particulières, qu'elles n'aidèrent la société à) punir un de ses membres révoltés.
Un des plus affreux supplices des temps anciens fut VJiJcartèlenmd. Tout d'abord , sous l'empereur Aurélien qui avait voulu , par des peines très-sévères , rétablir la -discipline dans les troupes romaines, le soldat qui avait commis le crime d'adultère avec la femme de son hôte était condamné à subir l'écartèlement par les branches d'arbres. A deux grosses branches que l'on avait fait fléchir avec effort
l)Ce3 détails sont donnés par Delangle, dans un ouvrage assez rare : Voyage en Espagne,
en les attirant à soi et qu'on avait soin de maintenir dans cette position avec des cordes, on attachait les pieds du soldat coupable; ces branches, qu'on abandonnait ensuite à leur élasticité, se partageaient le corps de ce mallieureux. Mais l'écartèlement le plus en usage, et qui subsista jusqu'en 1757 (1), consistait à attacher le patient par les pieds et par les mains à, quatre vigoureux chevaux qui tiraient en sens contraire jusqu'à ce que les membres fussent séparés du tronc. Presque toujours ce supplice horrible était réservé à ceux qui s'étaient rendus coupables du crime de lèse-majesté. Deux heures de souffrances impossibles à décrire étaient endurées par le patient avant qu'il rendit le dernier soupir. Malgré ce raffinement de cruauté, l'écart élément était précédé de plusieurs autres peines qui ne faisaient qu'ajouter à sa barbarie. En effet, le criminel, après avoir fait amende honorable et avoir subi la question ordinaire et extraordinaire, était conduit nu au supplice dans une charrette.
(1) Daraiens fut le dernier régicide écartelé.
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11 était placé à plat sur le dos au milieu de l'écliafaud (1), haut de deux pieds et demi Il trais pieds, où il- était attaché avec des chaînes, dont l'une lui entourait la poitrine et l'autre les cuisses ; on lui liait ensuite à la main droite l'arme dont il s'était servi , puis on la lui hrûlait avec un feu de soufre. Ensuite, avec des tenailles, on lui arrachait des morceaux de chair aux cuisses , aux mamelles , aux bras et aux mollets ; puis on versait sur ces blessures une composition de cire, de soufre et de résine. Cela fait , on attachait une corde à chaque membre, aux jambes, depuis le genou jusqu'au pied, et aux bras, depuis l'épaule jusqu'au poignet ; le surplus de la corde s'attachait au palonnier de chaque cheval, qu'on faisait tirer d'abord par petites secousses, puis ensuite à toutes forces. Le plus souvent , malgré l'effort des quatre chevaux, les membres ne se séparaient pas : alors le bourreau faisait des entailles à chaque jointure, afin de hâter la fin du sup-
(1) Anciennement on disait chaffault. Il est ainsi écrit en un acte de 1413, dans un recueil de pièces concernant la ville de Dijon.
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plice. Chaque cheval entraînait un membre ; on réunissait ensuite sur un bûcher ces lambeaux sanglants, et on les brûlait. C'est de cette triste et cruelle façon qu'après Jean Chastel , qui, en 1595, avait blessé Henri IV d'un coup de couteau au visage, nous voyons périr Eavaillac et Damiens, ces deux régicides dont l'histoire a conservé la longue et cruelle agonie.
Le supplice de \àRove est de toute antiquité^ si on ne le fiiit pas consister dans la rupture des membres. La fable n'a-t-elle pas placé im tourment de ce genre dans son enfer? Les poètes ne parlent jamais de ce lieu de punition sans peindre la roue sur laquelle Ixion estattaché tournant sans cesse (1). S'il est vrni que le supplice de la roue ait été en usage chez les peuples anciens , il fut renouvelé tout d'abord en Allemagne et devint l'équivalent de ce qu'on pourrait appeler être rompu vif. Jus- (|u'au règne de François Y' il fut peu en usage en France. Grégoire de Tours en cite le pre-
(1) Virgile décrit ce supplice an liv. IV de ses Géorgiques.
loi SUPPLICKS
iiiier un exemple: D'mdres furent étendus sur V ornière des routes^ et^ des "pieux étant fixés en terre ^ on ft "passer dessus des voitures chargées et on brisa ainsi sous les roues les os de ces malheureux, qui furent ensuite dogmes en pâture aux oiseaux et aux chiens. Mais notons ici qne ce n'était pas là le vrai supplice de la roue, tel au moins que dans la suite il devait être subi : Suger, dans la Vie de Louis le Gros, nous cite un exemple où ce supplice commence à se rapprocher de celui si souvent répété en France à partir du xvr siècle (1). Ce supplice atroce consistait à placer le condamné les jambes écartées et les bras étendus sur deux morceaux de bois disposés en croix de Saint- André, et taillés de manière que chaque membre portât sur un espace vide. Le bourreau lui brisait à coups de barre de fer (2) les
\\.) Bouchard, assassin de Charles le Gros, fut lié sur une roue (^'levée où il resta exposé à la voracité des oiseaux de proie, après avoir péri à coups de flèches, de dards etde jave- 1 ots, qu'on lui lançait d'en bas.
(2) Cette barre de fer carrée, longue d'un pied et denri, se terminait par un bouton.
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bras, les avant-bras , les cuisses, les jambes et la poitrine. On rattacliait ensuite sur une petite roue de carrosse supportée par un poteau. On ramenait les jambes et les bras brisés derrière le dos, et on tournait la face du supplicié vers le ciel afin qu'il expirât en cet état. Je dois ajouter que souvent par un retentum (1) les juges ordonnaient d'étrangler le patient avant de lui briser les os.
Si l'on en croit Tallemant des Réaux, auteur, du reste, assez suspect, les amateurs de supplices se plaignaient au xvn^ siècle de ce qu'on leur enlevait ainsi une partie du spectacle (2) . Quoi qu'il en soit , ce supplice fut cer-
(1) Retentum signiQait ce qui était retenu in mente judicis. Leretentum n'était guère usité qu'on matière criminelle, par exemple: lorsqu'un homme était condamné au supplice de la roue, la cour mettait en retentum que le criminel serait étranglé au premier, second ou troisième coup. L'usage du retentum est fort ancien. On en trouve un exemple dans des registres de 1310, où il est dit que le Parlement condamna un particulier à l'amende de deux mille livres au profit du roi. Sed intentio curiœ est quod non leventur nisi mille librœ et quod rex quittet residuum.
(2) Historiettes, tome iv, page M 7.
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taineiuent un des plus répandus en France, et, chose affreuse à dire, c'est que plusieurs innocents furent ainsi martyrisés avec une barbarie qu'on retrouve à peine chez les nations les plus sauvages. Qui ne connaît l'histoire du malheureux Calas? La roue ne fut supprimée en France qu'à la révolution, lorsqu'en 1790 il fut décrété que la guillotine serait désormais le seul instrument pour la peine capitale.
Dès le commencement de la monarchie, les sorciers furent condamnés à être noyés. En 1181, Philippe- Auguste rendait un édit par lequel ceux qui prononçaient les jurements de têtebleu, ventrebleu, corbleu, sangbleu, devaient payer une amende s'ils étaient nobles ou être noyés s'ils étaient roturiers. Charles VI étendit cette peine à tous ceux qui étaient compromis dans un mouvement séditieux. On enfermait ces malheureux dans un sac lié par le haut avec une corde et on les précipitait dans l'eau. Louis de Bois-Bourdon, qui s'était signalé en différentes occasions, et entre autres à la bataille d'Azincourt,
allant un jour voir la reine, Isabeau de Bavière , au château de Vincennes , rencontra le roi qui en revenait et qu'il salua, mais sans s'arrêter ni mettre pied à terre. Charles VI, l'ayant reconnu, ordonna à Tanneguy du Chatel, prévôt de Paris, de le conduire en prison. La nuit même il fut mis à la question, puis enfermé dans un sac et jeté dans la Seine, avec ces mots inscrits sur le sac : Laissez j)asser la justice du roi. Louis XI ordonna aussi ce supplice pour certains criminels ; mais fort peu usité en France , il semble avoir disparu quelques années après la mort de ce roi.
Un autre supplice, peut être encore plus atroce que le précédent, était celui qui consistait à être écorclié vif. Je dois avouer que malheureusement on en a fait souvent usage en France. Marguerite, Jeanne et Blanche, toutes trois femmes des enfants de Philippe le Bel, furent accusées d'adultère. Celle de Louis le Hutin, Marguerite, et celle de Charles, Blanche , convaincues de ce crime (1) , avec
(1) Mezeray. Histoire de France.
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Philippe ot Gautier d'Aiilnay, furent confinées à Chùteau-Gaillard-d'Andelys, et les galants écorchés tout vifs. En 1366, le chambellan du comte de Rouci fut écorehé vif, pour avoir laissé pénétrer par trahison les Anglais à Laon. Au temps où la querelle des Armagnacs et des Bourguignons couvrait la France de sang et de ruines, le connétable d'Armagnac fut livré h ses ennemis par un maçon, chez lequel il s'était caché. Ses ennemis Técorchèrent vif et formèrent sur son corps une croix de St- André, afin qu'il fût Bourguignon après sa mort.
Ce cruel et monstrueux supplice semble avoir pris naissance chez les Perses. Qui ne connaît la punition que Cambyse (1) fit en-
{\) Dans son allégorie du Jugement de Pluton, J.-B. Rousseau a célébré cet événement :
Fais appeler le juge de Carabyae
A ce discours, un cadavre souillé, Couvert de sang et de chair dépouillé, S'offre à sa vue, et d'une horreur soudaine. Fait frissonner la troupe souterraine.
Pluton le voit, et de couleur changé.
— Quel est ton nom ? — Sizaine riiflligé !
— Ta qualité? — Juge, indigne de l'être .'
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durer à un juge qui s'était vendu? 11 fit étendre sa peau sur le banc de ses collègues. Les Chinois, qui font usage de tortures atroces, écorchent seulement par degrés le corps du criminel, et on lui enlève de petites lanières de peau jusqu'à ce qu'il ait avoué son crime.
Après avoir passé en revue les supplices le plus communément employés pour donner la mort aux criminels, nous arrivons à ceux qui , sur le sol de la France , furent mis en usage pendant un laps de temps bien plus court ou tout au moins ne firent qu'apparaître : je citerai donc tout d'abord la Lcifidation (1).
Ce supplice, qui consistait à tuer un liomnie à coups de pierres, était fort en usage chez les
— Et ton pays? — La Perse m'a vu naître.
— Mais qui l'a mis en ce tragique état ?
— Ce fut le voi .- ce juste potentat Me fit subir cette peine équitable, Et, pour laisser un monuu:ent capable D'intimider tout ministre vénal,
Fit de ma cbair couvrir le tribunal Où par mes mains la justice vendue.
Après ma mort, devait être rendue.
(0 Du latin la'pis, pierre.
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Hébreux : quand un homme était condamné à mort, il était conduit hors la ville, ayant devant lui un huissier avec une pique en main au haut de laquelle était un drapeau pour attirer rattention de toutes parts ^ afin que ceux qui avaient quelque chose à dire pour In justification du coupable, le pussent exposer avant d'aller plus loin. Si personne ne se présentait, on le lapidait. La lapidation se faisait de deux manières ; on accablait de pierres le coupable, ou bien^ après l'avoir mené sur une hauteur, l'un des conducteurs le précipitait tandis que l'autre lui faisait rouler une grosse pierre sur le corps. J'ai hâte de dire que la lapidation, très en usage chez les Romains, n'est mentionnée dans les annales de notre histoire qu'une seule fois (1). En 570, Sigebert P^', roi d'Austrasie, après s'être emparé de Paris, fit lapider quelques séditieux à la tête de son armée. Un Gallo -Romain , nommé Parthenius, ministre du roi Théodebert P% avait tenté de soumettre les Francs à l'impôt.
(I) Grégoire de Tour?.
Ils le jDOursuivirent après la mort de Tliéodebert , Tarraclièrent de l'église de Trêves , où il s'était réfugié, l'attaclièrent à une colonne , et le lapidèrent. Ce seul fait, s'il n'était accompagné du précédent, ne prouverait pas que le supplice de la lapidation ait été en usage ; en tout cas il est incontestable que ce supplice n'apparaît en France que comme une exception.
Il en fut de même de VFrjqKdement, qui ne fut appliqué dans notre pays qu'à l'époque de Frédégonde. Elle le fit subir à une jeune fille remarquable par sa noblesse et sa beauté (1). L'empalement fut très en usage chez les Orientaux, où il subsiste encore aujourd'hui. Voici en quoi consiste ce barbare et horrible supplice : une fois le patient couché à plat ventre, les mains liées derrière le dos, un homme assis sur lui pour l'empêcher de remuer , un autre lui tenant le cou , on lui enfonce un pal dans le fondement, qui ensuite est chassé avec un maillet; une fois le pal planté enterre, le poids
Scissœ sudi impositam cU'pgi,
(lu corps le faisant entrer davantage, il finit par sortir sous l'aisselle ou par la poitrine.
Enfin, en dernier lieu je dois citer XEstral)ade^ non pas à cause du peu de temps que lut usité ce supplice en France , mais à cause de l'époque récente, comparativement à celles que j'ai passées en revue, où il fut employé. L'invention de l'estrapade remonte seulement à François I" (1) , et c'est sous son règne que la place, lieu ordinaire de ces supplices, prit le nom d'Estrapade, qu'elle porte encore de nos jours. Primitivement, ce genre de supplice employé en France contre les militaires et les marins, consistait à hisser le condamné les mains liées derrière le dos au liant d'une longue pièce de bois et à le laisser retomber de manière que le poids du corps disloquât ses membres. Sous François 1" ces malheureux tombaient dans un brasier enflammé . Auparavant, les individus, bien qu'estropiés pour le reste de leur vie, pouvaient encore sortir vivants de cette cruelle épreuve. L'inno-
(1) Six jirolcslaîits fiircnl soumis ù ce cruel supplice.
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vation de François l" ne devait a^oir d'autre sultat que de leur enlever cette dernière chance de salut.
Il est un autre genre de supplice qui en France fut réservé à une certaine classe de criminels: les faux-monnayeurs devaient être botcilUs.Les lois romaines condamnaient le coupable au supplice du feu avec confiscation de ses biens (1). C'était simplement dans l'eau qu'on faisait bouillir les condamnés; cependant, dans certains cas graves, l'eau était remplacée 'par de l'huile bouillante. Sauvai (2) rapporte qu'en 1410, un gantier de Paris fut brûlé vif dans l'huile pour ce crime, et ajoute que ce supplice était encore en usage au xvi*' siècle (3) . Au xvn* siècle, ils ne furent plus condamnés qu'à être pendus, mais toutefois ce ne fut que le 27 septembre 1791, que cette peine tombée depuis longtemps en désuétude, fut définitivement rayée du code pénal français.
(1) Code Thcodosien, loi 9. — Code de Justinien, joi i, 2. et 3, De falsâ monetâ.
(2) Antiquités de Paris.
(3) Antiquités de Paris, tom. il. pag. 596.
Un supplice beaucoup plus rare, et qui suppose un atroce raffinement de cruauté, consistait à étouffer le condamné sous une chap'pe de plomb. On lit dans Mathieu Paris que Jeansans-Terre fit périr par ce supplice un archidiacre qui Tavait offensé par quelques paroles imprudentes. Dante, qui a décrit ce supplice dans son Enfer ^ ne Tavait donc point inventé.
Les plus anciens monuments historiques font mention de la iStrangidation, qui a été une des premières inventions du génie destructeur et vindicatif de notre espèce : la strangulation dut vite être remplacée par la pendaison, qui n'était autre que la même peine ; cependant, dans le courant du xiv^ siècle, vers 1314, nous voyons un exemple qui prouve que la pendaison n'était pas encore en usage : Marguerite de Bourgogne, petite-fille de Louis IX et femme de Louis le Hutin, ayant été convaincue d'adultère, fut étranglée avec une serviette.
Pour terminer avec cette classe des supplices donnant la mort, mais peu en usage en France, ou n'y ayant fait qu'une courte apparition, il faut dire un mot du TenaiUement. Le plus
SUIVIS DE MORT lir»
généralement cette peine n'était, il est vrai, que l'adjonction ou les préliminaires d'une peine plus grave ; maïs dans quelques cas elle était seule imposée au coupable, et comme presque toujours il y succombait, j'ai cru devoir la faire figurer dans cette si navrante histoire des supplices devant entraîner la mort.
Ce supplice atroce, très-fréquent chez les anciens, consistait à tirer et déchirer la peau du patient avec des tenailles rougies au feu (1). Quelquefois on ajoutait à tous ces raffinements
(1) Brantôme cite un exemple de tenaillement où il semble que les défenseurs de la société aient porté aux malfaiteurs cet horrible défi: « Commettez les crimes les plus grands et les plus inouïs, nous saurons nous rendre par notre vengeance plus odieux que vous. En 1584, Gérard, assassin de Guillaume d'Orange, le troisième jour fut tenaillé par-devant aux mamelles et aux bras; le quatrième, il fut de même tenaillé aux bras et aux fesses, et ainsi fat cet homme martyrisé pendantl'espace de 18 jours. Le plus grand qu'il endura, c'est qu'il fut attaché tout nu au milieu de la place, et tout à l'entour de lui fut mis force charbon, auquel on mit le feu. Pour la fin, en dernier martyre, il fut roué et maillotté, dont il ne mourut point et vécut encore plus de six heures. EnGn le lieutenant criminel fut prié de le faire parachever et étrangler. »
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de cruauté, en versant du j^lomb fondu dans la bouche et dans les plaies de la victime.
Un mot aussi de la peine du taUo7i, qui était en vigueur anciennement (1), et qui semble être le résultat d'une loi très-juste ^ puisqu'elle punissait le coupable en lui faisant subir le même mal qu'il avait causé. Une charte de 11 85 nous atteste que cette loi, plutôt que cette peine, existait en France : « Que celui qui est convaincu d'un crime rende tête pour tête.
mem])re pour membre [2] . » Avec le temps la peine du talion cessa d'être en usage. En France on la remplaça par des peines arbitraires. Mais disons cependant qull se conserva toujours quelque chose de cette loi dans un grand nombre de dispositions pénales : ainsi on fendait les lèvres et on perçait la langue aux blasphémateurs , on coupait le poing aux parjures et aux parricides.
(1) Si quelqu'un a lenlé de s'emparer du faucon d'autrui, le faucon mangera six onces de chair sur son sein. (Loi des Burgondes).
(2) Et encore : Cartalaire de l'abbaye de Sainl-BeiUn de Chartres, lettre ul*.
Avant de parler de la guillotine , seul instrument de mort à notre époque, pour la société outragée, je consacrerai quelques lignes au supplice de la Cale^ réservé spécialement aux marins et matelots. Avant la Révolution on infligeait à l'homme de l'équipage convaincu d'avoir volé , employé des voies de fait envers un officier, excité quelque révolte ou commis un assassinat, le supplice de la cale sèche; qui par conséquent, sur le vaisseau, correspondait à la peine de mort. On attachait le criminel avec une corde qui lui passait sous les bras et allait rejoindre une poulie attachée à la grande vergue précisément au dessus du pont. Trois ou quatre matelots hissaient le coupable jusqu'à la vergue, et lâchant ensuite le bout de la corde , le laissaient retomber sur le pont de toute la pesanteur de son corps , ce qui lui disloquait tous les membres. 11 y avait aussi la cale ordinaire ou mouillée : on hissait le patient au haut de la vergue du grand mat, et on le précipitait dans la mer une ou plusieurs fois, selon la nature de la faute qu'il avait commise. Quelquefois on lui attacliait