X«0 ARRESTATION DE MON PÈRE
voir auquel entendre. A cette époque d'anarchie surtout, où le droit semblait n'être nulle part, puisque tous le revendiquaient, on courait le risque de se trouver l'instrument aveugle et docile d'une faction lorsqu'on avait cru être l'auxiliaire de la loi : c'est ce qui m'arriva dans ces incompréhensibles journées de thermidor, où le sort de la France se jouait à pile ou face sans que les témoins de la partie pussent soupçonner ce qui retournerait.
» Nous attendions toujours des ordres, quand un jeune homme se disant revêtu d'un grade militaire supérieur et en portant effectivement les insignes, vint à nous et nous donna l'ordre de monter à la Commune pour y constater notre présence; j'obéis à l'instant, et. accompagné de mon oncle, sous-lieutenant, et du sergentmajor Masson, dont j'ai déjà parlé, je gravis l'escalier principal. On nous introduisit dans une salle où se tenait une réunion qui nous parut fort tumultueuse, et on nous fit signer une feuille de présence, puis nous redescendîmes.
» Un moment après . le même officier que
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nous avions déjà vu, suivi cette fois d'une escorte de cavalerie, vint nous donner l'ordre de nous rendre à la Préfecture de Police, qui, à cette époque, se nommait Bureau central. On nous donna pour prétexte la garde d'un trésor qui aurait été enfoui dans cette administration. Nous partîmes, et, après avoir traversé la cour de la Sainte-Chapelle, on nous fit stationner dans la petite rue de Jérusalem. Le Bureau central était alors une succursale de la Commune, où dominaient encore les partisans de Robespierre. Nous restâmes donc enfermés dans cette enceinte dépendante du Palais-de-Justice, privés de toute nouvelle du dehors, et n'osant sortir, de peur de quitter nos pièces et de violer une consigne que nous pensions légale.
» A huit heures du soir, l'affaire était finie ; la Convention avait triomphé , Robespierre et ses amis étaient arrêtés, l'Hôtel-de-Ville était pris, que nous ignorions encore tous ces résultats importants de la journée. C'était au point que trois citoyens de notre section nous furent députes par cette dernière pour nous instruire de ces événements et nous retirer de la fausse