ES ÉTATS DE SERVICE DANS L'ARTILLERIE
cultivateurs, qui ne voulaient pas se soumettre au maximum, n'apportaient plus de denrées ?ur les marchés, qui restaient déserts, de sorte que l'approvisionnement devenait de plus en plus difficile ; on était bien forcé d'aller chercher dans la campagne, chez les fermiers, les grains, fruits et autres substances alimentaires, et de les payer au-dessus du maximum, malgré les prohibitions expresses de la loi. Que firent le petit bossu et ses dignes collègues ? Us prirent encore à leur manière, c'est-à-dire sans en faire part à personne, un arrêté qui défendait de sortir de la ville pour aller chercher des provisions hors de son enceinte.
» Comme ils ne savaient à qui s'adresser pour faire prêter main-forte à l'exécution de leurs arrêtés, ils se partagèrent la rude besogne de se placer eux-mêmes aux diverses barrières pour veiller à l'observation de celui-ci et fouiller, aux portes de la ville, tous ceux qui y entraient. Voilà donc nos administrateurs se faisant commis de gabelle et cumulant assez plaisamment le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Le pauvre bossu eut la chance de tomber avec un
1TJ MANUSCRIT DE MON i»l!RP.
de scs collègues sur un fort mauvais poste , car les deux premiers contrevenants qu'ils voulurent prendre en flagrant délit se trouvèrent être deux sapeurs de ma compagnie d'une taille de cinq pieds dix ou onze pouces, fort peu endurants de leur naturel et d'autant moins disposés à se laisser fouiller, qu'ils ignoraient complètement l'arrêté et rapportaient en effet des vivres qu'ils s'étaient procurés à grand 'peine. Une altercation s'éleva entre eux et les deux membres du comité , et , je dois l'avouer, soit que mes sapeurs doutassent de la réalité des augustes fonctions du bossu, soit qu'ils fussent rebelles en connaissance de cause, l'altercation dégénéra en une véritable rixe dans laquelle les horions furent, comme on le pense bien, pour le pouvoir civil. Le respectable président du comité attrapa quelques coups de pieds au-dessous de sa bosse et son digne collègue ne fut pas mieux traité.
» Je fus mandé sur-le-champ devant la terrible autorité pour rendre compte de la conduite de mes subordonnés. Cette affaire, quoiqu'elle ne me menaçât pas personnellement , me donna