ROME
On compte environ quarante lieues de Naples à Rome.
Le lecteur classique est familiarisé avec la route , grâces au voyage d’Horace. Quant à la campagne de Rome , nous citerions ici pour la peindre la lettre que M. de Chateaubriand a insérée dans le Génie du christianisme, si ce tableau si solennel et si vrai n'avait été déjà imprimé tant de fois.
Nos voyageurs s’approchèrent de la cité éternelle, par la voie des tombeaux; ils firent d’abord un détour pour aller visiter le joli lac de Némi , « dont les eaux légèrement émues tournent autour d’elles-mémes, sem-
NOTES
blables aux anneaux d’un serpent qui s’endort. » Ils avaient donné rendez-vous à leur voiture près du tombeau d’Uscagne. Là commence la double magie des sites et des noms. La solitude qui entoure 1 ancienne capitale du monde a une majesté qui s’accorde merveilleusement avec tout ce qu’il y a de triste et de grand dans sa décadence et ses souvenirs. On se sent pénétré d’un recueillement religieux , en entrant dans cette cité qui règne encore par les symboles de la foi sur une grande partie du monde civilisé, après avoir perdu le glaive de César. Le poète et son frère éprouvèrent ce sentiment irrésistible depuis la porte de Saint Jean de Latran jusqu aux rues qui avoisinent le Colisee. Leur cœur battait d une pieuse émotion, et s’attristait sur le deuil de Rome déchue , lorsque soudain des cris bruyans s’élèvent de toutes parts. Un joyeux tumulte les entoure: c’était la foule délirante des masques les plus grotesques qui célébraient de nouvelles saturnales autour du vieux Capitole.
En foulant les vestiges de tant de grandeur , il était bien permis d’avoir oublie qu on était en eai naval.
NOTES
NOTE II
Le talent inspire' , qui, pur et sans nuages, N’a brille que par la vertu.
Nous emprunterons quelques passages, propres à caractériser le général Foy, à un de ses anciens collégués dont l’absence n’est pas moins sentie à la tribune qu’au sein de l’Académie française.
« Ce jeune héros qui ne s’arrêtera plus dans la carrière de la gloire ; que verront presque tous les champs de bataille de l’Europe; qui, après avoir, pendant la guerre , versé son sang pour la patrie, voudra encore, dans les loisirs de la paix, combattre et mourir pour elle; qui ne laissera reposer le fer des combats que pour saisir le glaive de la parole ; qui , dans la tribune aux harangues, n'aura quitté ni le poste de l’honneur, ni le champ de la victoire; ce député du peuple, qui sera le modèle des orateurs , après avoir été le modèle des guerriers : c’était le grand citoyen dont la France est en deuil ; c’était le général Foy.
« Né fier et sensible , il embrassa la cause de la révolution avec enthousiasme, il la défendit avec conviction; mais son cœur, noble et pur, se souleva contre
NOTES
ses excès. 11 comprenait trop bien la liberté pour ne point haïr la licence. A travers ce foyer de gloire qui dérobait les infortunes sanglantes de la patrie a ses généreux défenseurs, son regard chagrin voyait l’abîme que creusait l’anarchie et que ne pouvaient combler nos trophées. Préludant a ses glorieuses destinées, le bivouac était une tribune d’où il .éclatait contre l’oppression; placé entre le champ d’honneur et l’échafaud, il exposait doublement sa vie, convaincu que, sous le fer de l’étranger et sous le glaive des bourreaux , c’était toujours la perdre pour la
France.
« Plongé dans les cachots d’Arras , il n’en sortit que pour revoler au poste du danger. Loin d’accuser la liberté, il l’aima de toutes les souffrances qu’il avait endurées pour elle; et quand il en fallut faire le sacrifice pour sauver l’independance du territoire , il en conserva le foyer dans lui-même. L’apparence seule de l’arbitraire révoltait son ame généreuse; comme tous les nobles caractères , un certain attrait le portait toujours vers les victimes de l’oppression. Bientôt les armées eurent aussi leurs courtisans, et le temps vint où, pour avancer, il ne fallait pas seulement de la bravoure et du mérite : aussi sa fortune militaire ne
NOTES
fut-elle point rapide; il conquit tous ses grades et tous ses honneurs à la pointe de l’épée.
« Il ne fut jamais esclave que du devoir; sous le joug de la discipline militaire, il gardait Indépendance de son esprit; mais l’amour de la patrie était la plus ardente et la plus douce de ses affections, et les
faveurs de la gloire le consolaient des disgrâces de la liberté. »
(< attitude calme et fiere, un organe sonore et pénétrant, un geste plein de noblesse et de grâce, un regard brûlant où se réfléchissaient tous les mouvemens d une ame enflammee de l’amour de la patrie, une diction pure et forte, embellie par des tours heureux, animée par des images pittoresques; une sensibilité qui ne doit rien à l’art et qui a tout son foyer dans le cœur ; un air chevaleresque qui rappelait encore le guerrier et qui donnait à toutes ses paroles ce chai me si puissant sur une nation qui, dans la jalousie de sa liberté , aime toujours à se souvenir de sa glone , tels étaient les caractères de cette éloquence
brillante et sage qui illustra la tribune et consola la
France. » ( Eloge du général Fcy,par M. Etienne.)
NOTES
NOTE III
Ces traits eloquens ont pâli ,
Qui de Famé élancés pénétraient jusqu’à Famé, etc,
M. Jay , dans un Essai très remarquable sur le talent oratoire du général Foy, a tracé cet éloquent parallèle entre le général et les autres orateurs auxquels il a été
comparé :
a On a voulu comparer le général Foy à d’autres orateurs : celui qui en a le plus approché est ce vertueux Camille Jordan qui fut son ami et qui mérita de l’ètre. Le cœur de Camille Jordan palpitait aussi d’indignation contre les ennemis de la France ; 1 aspect menaçant de la contre-révolution avait exalte son énergie morale ; mais les efforts de la tribune abrégèrent aussi sa vie , et son dernier soupir fut pour la
liberté.
« Fa ut- il rappeler Mirabeau et Vergniaud? Us ont eu le génie propre à leur époque. Mirabeau, porte par la révolution, avait l’avantage de l’attaque ; sa lorce se multipliait par toutes les forces d’une puissante majorité : il parlait en triomphateur devant un pou-
NOTES
voir vaincu. Le général Foy, au contraire , soutenait
les attaques de la contre-révolution, victorieuse et
acharnée sur sa proie ; toujours en défense, son éloquence était protectrice et non agressive : les élans de cette ame héroïque n’avaient rien d’hostile. La stabilité du trône , la gloire et la prospérité de la patrie , voilà
ce qu’il protégeait avec les armes de la raison et les
soudaines illuminations du génie.
« L’éloquence de Yergniaud était orageuse comme le temps où il vivait; il lance des foudres, mais il répand peu de lumière. Son admirable langage est rempli d’émotions et d’images ; il appelle à son aide tout le pathétique des passions. Le général Foy, s’adressant a la raison publique et aux intérêts de tous , échauffe et éclaire tout à la fois : il est incomparable lorsqu’il défend la gloire nationale insultée et l’honorable misère de ses compagnons d’armes; lorsqu’il conjure le ministère, si prodigue envers ses agens, d’épargner les cent cinquante officiers-généraux de notre vieille armée, atteins dans leur repos par ce qu’il nomme a le dernier coup de canon échappé de Waterloo. » Le général Foy ne souleva jamais que les plus nobles affections : s’il s’indigne de la calomnie, c’est l’indignation de la vertu ; placé au dessus des passions du vulgaire,
NOTES
il s’oublie lui-même, il ne voit que la patrie, il ne vospire que la patrie.
«J’entends demander quels services il a rendus, comme législateur, à son pays. Quels services? je vais vous le dire. Il nous a formés aux habitudes et au langage de la liberté ; il a soutenu, il a fortifié ces opinions constitutionnelles qui , au milieu des clameurs du fanatisme et des cris vindicatifs d’une aristocratie contrerévolutionnaire , se répandent , s’affermissent et poussent leurs racines jusque dans les fondations de l’édifice social. Du haut de la tribune nationale, il exprimait les vœux de la nation, et la nation l’ écoutait avec reconnaissance et admiration. Sa voix libre et retentissante prévenait le découragement , rassurait la faiblesse, intimidait le despotisme administratif, ralentissait son activité, et lui opposait deux forces dominantes, la sagesse et le temps. Qui plus que lui a contribué à vaincre ces préjugés qui séparaient, divises d’opinions sur quelques points, mais enfin réunis, pour soustraire les libertés publiques aux atteintes d’une secte impie dont l’audace veut associer la religion à la tyrannie? Vous demandez quels ont été les services rendus par le général Foy? Ne parlons ni des triomphes de son éloquence ni de ses travaux guer-
NOTES. 2 131
riers : venez près de cette fosse où va descendre T enveloppe matérielle de sa grande ame; contemplez cette immense population plongée dans le deuil, calme dans sa douleur, et adoptant, au milieu des alarmes, les jeunes fils du lieros citoyen; entendez la France entière répondre avec enthousiasme à cette noble inspiration. Quel plus grand service que la révélation de l'opinion nationale, toujours la même , toujours unanime, qui sort toute puissante d’un tombeau, et qui nous montre 1 orateur de la liberté devenant même par sa mort le bienfaiteur de son pays. ».
NOTE IV
Que ce concours sacré d’un peuple entier pleurant. Pleurant la perte d’un seul homme!
tl ~~ La nuit était profonde, quelques torches seulement en perçaient 1 obscurité : enfin le cercueil pénètre dans 1 asile des morts; ii s’avance lentement avec une partie de son immense cortège, et arrive sur les hauteurs couronnées par un autre peuple en deuil, qui attendait le défenseur de la patrie au lieu où il allait reposer à côté de Savoyc Rollin , son ami , auquel il
NOTES
avait rendu un si éloquent hommage, et de Camdle Jordan, mort, comme lui , avec calme au milieu des plus intolérables douleurs , et fidèle jusqu’à son dernier soupir à la cause sacrée. Lorsque l’orateur, appelé à parler le premier dans cette triste circonstance, s’approchait de la fosse que venaient habiter les restes du général Foy, la multitude, empressée d’entendre son éloge, avait envahi involontairement plusieurs tombes ; à cet aspect, un vénérable octogénaire, M. Gohier, s’écrie : « Messieurs, honorez le héros citoyen ,
mais songez que la reposent aussi Savoye Rollin et Camille Jordan! ne foulez pas la cendre du juste et du sage. » La foule s’écarte respectueusement à ces paroles. Alors, a la clarté de quelques flambeaux qui éclairaient d’une lumière sombre cette lugubre scène, M. Casimir Périer s’avance vers la tombe , sur le bord
de laquelle étaient rangés les principaux amis du général et ses enfans, et prononce, avec l’accent de la plus vive émotion , un discours éloquent et simple.
Au moment où l’orateur fit entendre ces paroles : « La France adopterait la famille de son défenseur, » le profond silence qui avait régné jusqu’alors lut interrompu par cette acclamation universelle : « Oui , oui, la France l’adopte! les enfans du général Foy
NOTES
sont les enfans de la patrie. » L’assemblée entière répéta de même avec enthousiasme cet adieu de l'interprète de la douleur de la France, veuve d’un grand citoyen : « Honneur éternel ! honneur au général Foy !»
NOTES
DE LA
SIXIÈME MESSÉNIENNE
toux a
wvv» i
\- ^/*'-%S% •'*%,’% ■s. V -%s TJ -•%. % ■%. <*►
SIXIÈME MESSÉNIENNE
NOTE PREMIÈRE
L'airain avait sonne l'hymne pieux du soir;
Sur Saint Jean de Latran , où cessait la prière , etc.
La façade de cette église est une des plus belles qu’on puisse citer : c’est un de ces monumens qui rappellent que Rome, reine du inonde catholique, n’a point dégénéré, du moins pour la gloire des arts, de la Rome d’Auguste et d’Adrien.
NOTE II
Au milieu du Forum, triste, j'allai m'asseoir.
Voyez les notes d’Hobhousc, qui cite ce passage d’une lettre de Middleton : « Pour moi , toutes les fois
NOTES
<iue j'ai erré autour de ces rosira de ia vieille Rome , et dans ce temple de la Concorde où Cicéron assembla le sénat lors de la conspiration de Catilina, je ne saurais m’empêcher de croire mieux sentir toute la lorce de son éloquence, alors que l’aspect des lieux enflamme mon imagination comme si je faisais partie de l’ancien
auditoire des consuls romains. »
Ce lieu a inspiré à notre Corinne une de ses plus belles pages i Ce Forum, dont 1 enceinte est si ilsserrée, et qui a vu tant de choses, est une preuve frappante de la grandeur morale de l’homme. Quand l’univers, dans les derniers temps de gloire, était soumis à des maîtres sans gloire, on trouve des siècles entiers dont l’histoire peut a peine conserver quelques faits ; et ce Forum , petit espace , centre d’une ville alors très circonscrite , et dont les habitans combattaient autour d’elle pour son territoire, ce f orum n at-il pas occupé, par les souvenirs qu il retrace, les plus beaux souvenirs de tous les temps? Honneur donc, éternel honneur aux peuples courageux et libres, puisqu’ils captivent ainsi les regards de la postérité. »
{Corinne, liv. ier.)
NOTES
NOTE III
L’air grave et doux dont le chant se marie....
L’improvisation est un don presque exclusif de la belle Italie, et que sert admirablement sa langue facile et sonore. L’air auquel M. Delavigne fait ici allusion est fréquemment associé aux improvisations chantées: c’est une mélopée dont le caractère solennel est d’un grand effet. Appliqué aux Adieux à Rome , il complète en quelque sorte cette composition, en réalisant toute la pensée du poète qui s’en est inspiré lorsqu’il méditait ses vers.
NOTE IV
Tout doit mourir, tout doit changer :
Un culte même est passager.
« Quel est cet arc de triomphe ? quelle est cette colonne que j’aperçois devant moi? est-ce celle de Titus ou de Traj an ? Non,.... c’est celle du temps. Conquêtes, trophe'es, colonnes, le temps change vos noms en souriant, et la statue de Fhe'ritier des apôtres a envahi la place de l’urne impe'riale, »
(Childc -Harold , eh, IV.)
NOTES
NOTE V
« Adieu, vallon frais où Numa
« Consultait sa nymphe chérie !
« J’entends le ruisseau qu’il aima
« Murmurer le nom d’Egerie.
Childe-Harold adresse aussi une invocation à cette nymphe qui fut pour Numa ee qu’était probablement pour Socrate son démon familier.
NOTE VI
« Panthéon, ee ciel étoilé « Achève ta voûte entr’ouverte ; etc.
Voyez, dans Childe-Harold ( ch. iv), les strophes cxlvi et suivantes.
« Temple majestueux, sévère et sublime dans ton architectecturc, consacré à tous les saints , temple de tous les dieux, depuis Jupiter jusqu’au Christ. »
M. Hobhouse ajoute à ces strophes la note suivante :
« Quoiqu’on ait enlevé tous ses bronzes , excepté l’anneau qui était nécessaire pour maintenir l’ouverture supérieure ;
NOTES
quoiqu’elle ait plusieurs lois été endommagée par des incendies et par les inondations de la rivière, enfin, quoiqu'elle soit toujours exposée à la pluie, la rotonde du Panthéon est encore le mieux conservé de tous les monumens qui remontent à la même date. La conversion du temple païen en église s’est faite sans beaucoup de changemens ; et les niches de la rotonde étaient si bien appropriées pour recevoir des autels chrétiens, que Michel- Ange, qui se connaissait en beautés antiques, en adopta la forme pour celles qu’il fit construire dans une église catholique.
« Le Panthéon est aujourd’hui occupé par les bustes des grands hommes, ou plutôt des Romains distingués du temps moderne ; la lumière , qui , passant par l’ouverture circulaire du sommet de la voûte , tombait jadis sur la réunion de toutes les divinités, éclaire maintenant une nombreuse collection de mortels , dont un ou deux ont été presque déifiés par la vénération de leurs compatriotes. »
NOTE VII
« Je vous revois, parvis sacrés, etc.
Lorsque le Tasse apprit que Rome lui décernait les honneurs du triomphe: « C’est un cercueil qu’il faut me préparer, » dit-il avec le pressentiment de sa fin pro-
NOTES
chaîne; réservez le laurier pour mon tombeau. » Cependant il céda aux instances du cardinal Aldobrandini, et se rendit à Rome. Son entrée était déjà une ovation : les acclamations du peuple saluèrent cet homme dont le génie avait naguère passé pour folie à la cour tyrannique de Ferrare. Les nobles se mêlèrent à la foule, et le cortège s’augmenta des cardinaux et des neveux même du pape, qui sonlles princes du sang dans la cour pontificale. Il fut ainsi conduit au Vatican, ou le pape lui dit : « Venez honorer cette couronne qui a honoré tous ceux qui Font portée avant vous. » Mais déjà la maladie mortelle du Tasse avait miné ses forces qui achevèrent de s’épuiser pendant les piepaiatifs de la cérémonie ; il sollicita la faveur d etre tiansporte au couvent de Saint-Onuphre; là, se détachant des choses de ce monde, n’aspirant plus qu’à la couronne des saints , se rapprochant du ciel par le recueillement et la prière , il expira au milieu du deuil de Rome. Le peuple accourut sur le mont Janicule pour saluer respectueusement son cadavre revêtu de la toge romaine, et son front décoloré qu ombrageait le lauriei du
Capitole.
Les restes du Tasse sont relégués dans l’église de Saint-Onuphre. Lord Ryron a rendu plusieurs fois
NOTES
hommage au poète italien dont les vers lui étaient si familiers. Peut-être n’ont-ils pas peu contribué à cet enthousiasme de croisé qui lui fit aller chercher la mort au seuil du Parthénon.
DE LA
SEPTIÈME MESSÉNIENNE
Jjbà-
^'V V V^V/V X ^ X'V'V- WV> VV/V* V- VWVV%V\ -V-VX X.% %y>. WW
% vv
DE LA
SEPTIÈME MESSÉNIENNE
NOTE PREMIÈRE