‹ Sept semaines en Tunisie et en AlgérieChapitre 12 sur 14 · DEL-KANTARA A BOUGIE · texte numérisé non relu

DEL-KANTARA A BOUGIE

Trente-cinq kilomètres nous séparent encore de Bougie que nous cache le cap Aokas.

Nous traversons une contrée fertile et cultivée que dévastait jadis le Sidi-Reskoun, mais les ingénieurs ont creusé un tunnel au torrent qui passe au-dessus de la route, contrairement à toute habitude qui veut que les routes passent sur les torrents et non les torrents sur les routes.

Au cap Aokas, nous faisons halte pour déjeuner sous un bosquet de glycines en fleurs, en face d’un singe enchaîné qui nous fait force grimaces et en fait encore bien plus q^and s’abat tout à coup une violente pluie d’orage.

Elle ne dure qu’un quart d’heure ; c’est assez pour que la route, enduite de boue grasse et blanche, devienne, et j’en fais l’expérience à mes dépens, presque incyclable. Je ne sais comment, ayant à lutter contre le vent, nous pourrions atteindre Bougie si la diligence de Djijelli ne venait à passer. Nous nous collons derrière et cela va très bien quand brusquement la diligence s’arrête et nous culbutons l’un sur l’autre à la grande joie des indigènes dont le véhicule est bondé.

Une demi-heure plus tard nous entrons dans Bougie.

Construite par les Carthaginois au flanc du mont Gouraya, Bougie, que les Romains appelèrent Saldœ, n’eut jamais une grande impor-

tance malgré sa situation admirable au bord d’un golfe abrité.

C’est aujourd’hui une ville d’une quinzaine de milliers d’habitants dont près d’un tiers est européen, et malheureusement le court séjour que nous y fîmes ne nous permit pas de la connaître comme elle le mérite.

Entourée de bosquets et de verdure au-dessus de la mer bleue, Bougie, du fort Abd-el- Kader, offre un spectacle merveilleux qu’encadrent superbement les montagnes du Babor déroulées autour du golfe. C’est un des plus beaux panoramas qu’il soit possible de contempler. Comme souvenirs du passé. Bougie montre auprès du port un arceau croulant, construit au xi° siècle, appelé la Porte sarrasine et une porte assez intéressante, celle de Fouta, mais un regard jeté sur ces débris suffit, tandis que des heures ne suffiraient pas à vous rassasier du splendide décor que vous contemplez quand vous vous accoudez à la balustrade de la place du Train,

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