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CHAPITRE IX

LA KABYLIE

Les excursions sont nombreuses à faire autour de Bougie ; la principale est celle du cap Carbon, pointe septentrionale du Gouraya. L’avoir manquée est un des deux regrets que m’a laissés le voyage (l’autre est Zaghouan), mais mon compagnon ne rêvait que Kabylie et villages indigènes : « Le cap Carbon était « un rocher comme tous ceux que nous avions « vus sur la route de Ziama ; nous perdrions « une journée à y grimper. » J’eus la faiblesse de céder et le soir même de notre arrivée à Bougie nous télégraphions à l’hôtelier de Talzmatt, dans la vallée de l’oued Sahel, de tenir à notre disposition des mulets pour le passage du col de Tirourda ; il est vrai qu’aussitôt, il nous répondait que la neige rendait le col impraticable.

La Kabylie est un massif montagneux dont le nord est borné par la mer, tandis que les

autres limites sont formées par le demi-cercle du Djurjura, dont les plus hauts sommets sont au sud. L’oued Isser à l’ouest, l’oued Sahel à l’est, forment les fossés de cet immense camp retranché. Au milieu coule le Sebaou.

Bougie à droite, Ménerville à gauche, sont aux deux extrémités de l’hémicycle.

Ne pouvant atteindre la Kabylie par l’est, il ne nous restait plus qu’à prendre le chemin de fer et à la contourner pour y pénétrer par Ménerville et Tizi-Ouzou à l’ouest. C’était un détour, mais comme compensation nous traversions les gorges de Palestro et longions la chaîne du Djurjura. Tel n’est pas l’avis de mon compagnon. Après avoir hésité si malgré la neige, il n’essaiera pas de franchir le col de Tirourda, il voit sur une carte qu’à vingt-quatre kilomètres de Bougie, à El-Kseur, s’embranche une seconde route dite des grandes forêts qui conduit à Tizi-Ouzou, et il se décide pour la route des grandes forêts.

Je proteste énergiquement. Au sortir d’El- Kseur, il faut pendant trente kilomètres gravir une rampe de quatre à cinq centimètres par mètre puis gagner le col de Takdintà 985 mètres d’altitude et ce n’est qu’à 55 kilomètres d’El- Kseur,au petit village d’Yakouren que le guide Conty nous annonce « une excellente petite auberge ». Sur la route, rien qu’une maison forestière. Comment ferons-nous ce trajet si,

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comme il paraît certain, nous avons en face Le même vent qu’hier ? Gomment avancerons-nous? Il ne faut pas dans ces forêts compter sur la diligence providentielle de la route de Bougie ! Si un accident survient à nos vélos, comment nous en tirerons nous ? Et puis, à la suite du mauvais temps qui, on nous Ta dit à Bougie, sévit depuis deux mois, surtout depuis la pluie d’hier, dans quel état sera ce chemin tracé au milieu des forêts ? La route du cap Aokas nous le donne à prévoir.

Rien n’ébranle L..., il s’opiniâtre, je persiste et il est décidé que nous irons chacun de notre côté, lui à vélo par les forêts et moi par le chemin de fer. Nous nous séparerons à El-Kseur, nous nous rejoindrons à Tizi-Ouzou.

De Bougie à El-Kseur, le chemin de fer suit la vallée de l’oued Sahel (ou Soummam). Partout des oliviers, des vignes, des céréales ; des géraniums-lierres en fleurs enguirlandent les façades des gares et sur les cheminées nichent les cigognes familières.

A El-Kseur le train fait halte cinq minutes. L... descend selon ce qui a été convenu. Tout à coup il revient, il a trouvé une voiture à la gare, il a fait prix avec le voiturier. Moyennant quinze francs, on me conduira au sommet du col ; que je profite de l’occasion, et vite ! le train va repartir, vite, vite en bas l Le temps est magnifique, je me laisse tenter et me voici

sur le quai avant d’avoir eu le temps de me reconnaître.

Bon gré, mal gré, il faut maintenant arriver à Yakouren.

Après trois heures de montée nous atteignons le sommet de la côte. Nous y trouvons une excellente auberge, Fhôtel Lambert, installée de l’an dernier où nous déjeunons fort bien et où la voiture nous abandonne. Nous montons sur nos bécanes. La route macadamisée de granit est parfaite, sèche et roulante, et pour comble de chance, le vent subitement tourné à l’est nous souffle dans le dos ; nous grimpons les rampes avec une surprenante facilité.

En somme pourtant, j’avais eu raison : la route ne présente pas grand intérêt. Deux ou trois villages kabyles perchés sur des pitons qu’ils couronnent de leurs toits rougës, un joli coup d’œil au col de Talmetz ne suffisent pas à l’agrément du chemin qui s’élève toujours, soit par des déserts pierreux, soit par de maigres forêts de chênes-lièges rabougris.

C’est monotone : pendant ces 57 kilomètres, une seule maison sur la route, la maison forestière, deux seuls êtres humains rencontrés la femme et la fille du forestier, toujours des montées et des descentes parfois très dures au milieu de forêts qui la plupart du temps ne sont que des broussailles. Çà et là des bornes

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commémoratives rappellent les meurtres commis par Areski, un bandit qui il y a douze ans commit par ici une trentaine d’assassinats.

Enfin le soir nous atteignons Yakouren : déception ! l'auberge n’existe plus, il faut gagner Azazga, à dix kilomètres. Nous sommes maintenant dans une véritable forêt, épaisse et haute, celle des Bou-Hini où dit Conty « les « sangliers et les panthères abondent. Si cette « dernière est peu à craindre le jour, ajoute-t-il, « il n’en est pas de même la nuit ! »

Et voici la nuit ! Les panthères m’inquiètent peu malgré Conty, et quoiqu’à l’hotel Lambert où nous avons déjeuné l’une d’elles ait enlevé un pourceau il y a un mois ; nous ne sommes plus aux temps où Bombonnel en faisait des hécatombes. L..., essaie bien de m’effrayer en tirant deux coups de revolver et en criant : «Une panthère ! » il n’y réussit pas et nous roulons tant bien que mal dans une obscurité à peu près complète quand tout à coup, v’ian ! mon vélo s’arrête, il est bloqué : qu’a-t-il ? Je ne sais.

Il fait nuit noire. Je remonte, je force, et tant bien que mal je roule encore un ou deux kilomètres. Il faut enfin m’arrêter : impossible de faire un tour de plus. O chance ! quelques lueurs apparaissent là-bas, nous sommes à la limite de la forêt. Mon compagnon va à la découverte et/ après une heure je le vois reve-

nir avec une lanterne : Azazga est à cinq cents mètres

Dire qu’ Azazga fut la bienvenue est inutile : Fauberge eût-elle été un taudis infect nous Feussions acceptée avec joie et Fhôtel du Commerce était bon. Un cocher kabyle m’y vola bien mes bottines que j’avais mises à la porte de ma chambre, mais, circonstance atténuante, ce cocher était celui du Procureur de la République alors en tournée et qui trouva la chose amusante.

C’était peut-être ma punition d’avoir le soir, avant de me coucher, défendu ou plutôt expliqué, un peu par conviction et beaucoup par paradoxe, l’arrêt du jury d’Aix si doux pour les accusés de Margueritte, ces indigènes qui s’étaient un jour rués sur les colons, en avaient massacré plusieurs et avaient incendié le village, arrêt qui a soulevé une violente indignation parmi tous les colons de l’Algérie.

Aussi mes contradicteurs de la veille ne manquèrent- ils pas de s’égayer de ma mésaventure. « Ces Kabyles, disait l’hôtesse, tous « canailles, tous voleurs. Tenez, vous voyez ce « gamin, et elle montrait son petit domestique, « il crèverait de faim sans les Français, eh bien! « demandez-lui s’il ne voudrait pas les tuer « tous; n’est-ce pas Ahmed? » — ■ « Oui, oui, « répondait le gamin moitié riant, moitié « sérieux, les Français, nous les chasserons, € nous les tuerons tous. »

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Ma foi, au fond, je ne pouvais lui donner tort et si j’étais à sa place je penserais sans doute de même, à Azazga surtout fondée sur des terres confisquées aux Kabyles après l’insurrection de 1871. Nous apportons, disons-nous, la civilisation : la nôtre ; mais ces peuples n’avaientils pas et n’ont-ils pas la leur ? Laquelle est la meilleure, laquelle rend l’homme plus heureux ? La réponse ne serait peut-être pas en notre faveur. En tous cas, ils ne nous ont pas demandé ces soi-disant biens et, venant de la main d’un conquérant, d’un maître, ils cessent d’être des biens. Ce n’est pas pour eux que nous avons travaillé, c’est pour nous. Un Alsacien doit-il reconnaissance aux Allemands pour les embellissements de Strasbourg ?

Les Kabyles étaient en luttes perpétuelles et intestines, nous leur avons apporté la paix, mais s’ils n’en voulaient pas, si, comme la Martine de Molière, ils voulaient se battre et être battus, c’était leur affaire après tout. Et puis, que de privilèges aux Européens, que de dénis de justice aux indigènes, que de lourds impôts pour eux seuls, que de vexations, que de rapines imposées par la force ! Colon, je penserais sans doute comme les colons, mais ce sont ces avanies continuelles qui expliquent, sinon excusent, l’indulgence du jury d’Aix. Des colons n’ont-ils pas demandé qu’on en finisse avec les Arabes, comme les Américains en ont fini avec

les Peaux-Rouges ? J’ai cité ce mot authentique de l’un d’eux : « Quelques milliers de litres « d’absinthe suffiraient. » Non encore une fois, je n’en saurais vouloir au gamin d’Azazga de ses souhaits peu charitables.

Sont-ils bien de lui d’ailleurs, et ne lui ont-ils pas été soufflés ? Les Anglais, m’a-t-on assuré, (et M. G. Glaretie confirme expressément ce « mouvement anti-français »), font une propagande active en Kabylie sous le couvert de ces bons missionnaires qui empoisonnaient nos soldats à Madagascar et de leurs épouses à longues dents. L’Armée du Salut elle-même manœuvrerait de ce côté. A l’aide de colifichets et de bijoux de pacotille ces dames gagneraient peu à peu la confiance des indigènes, et un Algérois m’a affirmé avoir entendu couramment des Kabyles dire : « Les Anglais sont riches « et quand ils seront là nous ne paierons plus « d’impôts. » L’administration ferme les yeux, elle n’a jamais songé à expulser les soldats de

la Salvator Army et quant au sénateur mais

c’est là de la politique, revenons au voyage.

Azazga fondé vers 1880 est un village entièrement français. Larges avenues bordées d’arbres, place publique et fontaine, mairie, écoles et gendarmerie, il possède tout ce que possèdent les villages créés en Algérie : les fonctionnaires sont là. Il ne lui manque que les colons, ils viendront peut-être.

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D’Azazga la route descend par de longs lacets dans la vallée du Sebaou, le fleuve kabyle qui ne tarit jamais et qui sépare la région presque déserte des grandes forêts de celle du sud, cultivée et populeuse.

Nous roulons à force de pédales, il faut en effet que nous arrivions à temps pour profiter de la diligence qui monte à Fort National et nous sommes partis très tard d’Azazga : il a fallu plusieurs heures pour tant bien que mal réparer mon pauvre vélo et le mettre en état de rendre encore service. Gomment même avais-je pu rouler la veille? Un écrou était perdu, les billes ne formaient qu’une bouillie et du cône brisé il ne restait qu’un filet! Ce filet sauveur me permit de continuer ma route.

D’ailleurs le rôle des vélos était à peu près terminé jusqu’à Alger, la route de Fort National a des rampes trop dures et trop longues pour eux. Nous les déposons au pied de la montagne à l’huilerie deTak-Sebt et nous rejoignons à pied la route par un raidillon boueux! Oh! ce raidillon, quel souvenir ! comme il me sembla long à gravir ! Du reste, mon compagnon, malgré sa vigoureuse jeunesse, semblait presque aussi harassé que moi, quand nous atteignîmes enfin la route. Dieu soit loué ! nous arrivions à temps ; nous pouvions même déjeuner à l’ombre d’un talus.

La route de Fort National a été construite au

milieu des combats livrés pour la conquête de la Kabylie. Elle fut, chose incroyable, terminée en dix-sept jours et le 21 juin 1857 une section d’artillerie, partie de Tizi-Ouzou arrivait à l’emplacement actuel du Fort. Le terrible combat d’Icheriden qui détermina la soumission des Beni-Raten, la plus puissante tribu kabyle, est du 24 juin. Cette route est donc surtout stratégique ; aussi couronne-t-elle la crête centrale du massif kabyle, entre la vallée du Sebaou au nord et les montagnes qui s’échelonnent au sud jusqu’à la grande chaîne du Djurjura.

Tout son parcours offre des panoramas grandioses. Elle contourne le village d’Adeni, mais avec de si longs lacets qu’il est aisé aux voyageurs de descendre de la diligence et de la rejoindre après avoir traversé le village.

Comme tous les villages kabyles, Adeni ne ressemble guère aux villages arabes.

Les maisons s’éparpillent avec la même fantaisie et leurs murs ne sont guère plus avenants, mais les maisons kabyles sont en pierres et couvertes uniformément de toits en tuiles rouges. Nous ne sommes plus au Djérid où les pluies atteignent à peine douze centimètres par an, nous sommes dans une région froide, pluvieuse, où les terrasses seraient un contre-sens. Pourtant pas plus qu’au Djérid les maisons n’ont de cheminées, la fumée s’échappe comme elle peut par les fenêtres^

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par les fentes du toit. Autre différence, les maisons sont serrées les unes contre les autres et les premières sont reliées de manière à former Fenceinte du village, enceinte continue autrefois, nécessaire alors que les communes étaient en guerres perpétuelles.

Quant au costume des indigènes, si beaucoup d’hommes ont conservé le burnous, un certain nombre, les pauvres surtout, se contentent d’une tunique serrée à la taille par une ceinture, les jambes nues. Les femmes ont le visage découvert et tatoué en bleu de signes différents pour chaque village. Leur tête est entourée d’un foulard qui ressemble à la « marmotte » des paysannes des environs de Paris et qui se noue différemment selon que la femme est mariée ou non. Les bijoux ont aussi leur signification. « Le nombre des enfants s’indique « par les épingles de la coiffure. Un garçon « donne à la mère le droit pendant deux mois « à une broche ronde sur le front ; pour une « fille, elle la porte à la poitrine. » (Charveriat.)

Fort National, autrefois Fort Napoléon, est un bourg européen construit autour de la forteresse dont il a pris le nom. Celle-ci est à 974 mètres d’altitude et est bien, comme le disent les indigènes, « l’épine dans l’œil de la « Kabylie ». C’est le « fantôme blanc qui chaque «jour lui répète : Souviens-toi. » Des remparts

de la citadelle, la vue s’étend sur toute la Kabylie : panorama magnifique que cette superbe chaîne du Djurjura avec ses sommets dentelés resplendissants de neige, et cette infinité de cimes et de pitons couronnés de villages qui ressemblent à des vagues crêtées d’écume venant se briser au pied d’une falaise cyclopéenne.

La population est en effet extrêmement dense, et comme malgré tout le soin des habitants à ne pas perdre une parcelle de terrain le sol ne suffit pas à les nourrir, le Kabyle émigre volontiers pendant une partie de l’année pour aller travailler dans la plaine. Ce sont les Kabyles qui labourent et ensemencent la Mitidja et vont au loin piocher les vignes algériennes, ce sont eux qui servent chez les colons, et eux aussi qui, il y a neuf ans, requis pour les transports de l’armée, ont été par milliers mourir de la fièvre dans les marécages de Madagascar.

Les Kabyles, ces anciens Berbères qu’aucun des conquérants africains n’avait pu dompter, n’ont cédé aux troupes françaises qu’après une résistance désespérée et ils n’ont pas encore accepté complètement leur défaite. Le « fan- « tome blanc » de Fort National n’a pas toujours suffi à les intimider et en 1871, ils furent les premiers à se soulever. Fort National fut bloqué pendant deux mois ; il l’est encore un

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peu aujourd’hui car les zouaves de la forteresse, s’ils se hasardaient dans les villages des alentours, y seraient reçus à coups de pierres.

Le Commandant a dû interdire aux soldats d’y pénétrer. Singulière situation que celle de ce pays français où ne peuvent aller les soldats français. Cette défense n’a pas peu contribué à augmenter l’insolence des indigènes désormais dans leur droit en refusant l’accès de leurs villages, et il y a un mois, m’assurait un sergent de zouaves, trois zouaves « en bordée » ont dû dégainer. Le sergent avouait d’ailleurs que la garnison n’est pas précisément composée de l’élite du régiment ; Fort National est un peu considéré comme une sorte d’étape vers les compagnies de discipline et le Commandant a voulu éviter des rixes et des querelles. « C’est « égal, ajoutait le sergent, ce n’est pas gai « d’être ici où on n’a pour distraction que la vue « du Djurjura et certains jours, par un temps « très clair, un coin de mer entrevu au nord. »

Heureusement l’ostracisme dont sont frappés les zouaves ne s’étend pas aux touristes, et il n’y a pas d’exemple que ceux-ci aient été insultés dans les villages indigènes.

Nous le vîmes bien le lendemain, quand sur nos mulets (de beaux mulets, bien harnachés qui ne ressemblaient guère aux pauvres bêtes de l’Aurès), nous entrâmes dans Taourirt- Amokrane, à trois kilomètres de Fort National.

Une nuée d’enfants déguenillés s’attacha à nos pas, nous entourant, nous suivant, battant des mains et criant sans discontinuer : « jette « un sou ! jette un sou ! » C’était exaspérant. Les hommes heureusement ne se mêlaient pas à cette foule piaillarde et insupportable, ils se contentaient de nous regarder, mais comment voir quelque chose au milieu de ce concert assourdissant ? Quant au village, les Tableaux algériens nous le décrivent : « Deux rangées de « maisons basses construites en pierres brutes, « couvertes de tuiles grossières, sans ouver- « tures sur la rue, et séparées toutes par une « étroite impasse qui s’évanouit à vingt pas au- « dessus du gouffre. Chaque foyer prend son « jour dans cette impasse ; elle offre une « agréable échappée sur le pays et les habitants « peuvent de chez eux surveiller les alentours.

« Au centre à peu près du village, la file des « constructions est interrompue par une petite « place ouverte sur les perspectives bleues du « grand Atlas.

« Un vestibule ouvre sur la place et sur un « hangar où trois femmes sont occupées à faire « tourner la meule à broyer l’olive. »

C’est la peinture de tout village kabyle et depuis le jour où Guillaumet a écrit ces lignes rien n’a changé à Taourirt-Amokrane : maisons, impasses, hangar, meule, tout est là. Les femmes seules manquent, mais ne cherchez pas

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loin, les voilà tout près qui répandent les olives au soleil sur le pavé d’une cour ; dans quelques jours sans doute elles viendront au hangar et tourneront sa meule.

Une mosquée à minaret carré serrée entre les maisons du village occupe lapointe du piton rocheux ; cinq ou six élèves y ânonnent les versets du Koran.

L’instruction française est obligatoire en Kabylie, aussi la plupart des enfants parlent notre langue, ou du moins en connaissent quelques mots. Quels seront les résultats de cette tentative ? Jusqu’ici, ils sont non seulement nuis, ils sont mauvais. « L’hostilité d’un indigène, « a écrit un professeur algérois, se mesure à « son degré d’instruction française. Plus il est « instruit, plus il y a lieu de s’en délier. Tout le « monde, sans exception, est d’accord là-des- « sus. Je me suis longtemps insurgé contre « cette vérité désespérante, maintenant ma con- « viction est faite. »

Le Kabyle est pourtant plus assimilable à nous que l’Arabe, bien que le Koran soit un obstacle à peu près insurmontable au rapprochement des deux races ; nous avons vu en plusieurs villages des enfants très intelligents, mais combien vaniteux de leur science !

Un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui pourtant n’avait pas vu jouer Blanchette , ne se gêna pas pour nous dire que le gouverne-

ment lui devait une place puisqu’il Pavait forcé à apprendre le français, « il était savant, lui, il « n’était pas comme tous ceux-là qui ne savaient « rien ; aussi voulait-il aller à Paris où il trou- « verait facilement à gagner sa vie. Pourquoi ne « l’emmènerions-nous pas ? »

Nous tâchâmes d’éclairer le pauvre garçon, ce fut peine perdue, et je ne serais pas surpris qu’un jour ce malheureux vînt mourir de faim à Paris.

Et ce n’est pas assez; on instruit aussi les filles ! On paie dix francs par mois aux pères qui veulent bien confier les leurs, on prend des orphelines, on racole par tous les moyens. Ah! les malheureuses ! Celles-là, leur sort est clair : elles ne se marieront jamais et la plupart iront jouer les Ouled-Nails à Biskra ou ailleurs.

Quel musulman voudrait les épouser ?

Les villages des Beni-Yenni sont plus au sud. Un bon chemin construit l’année dernière permet d’y accéder. Chose caractéristique, les Kabyles l’ont adopté tout de suite et nous en rencontrons un certain nombre, qui à pied, qui à âne, suivant les lacets du chemin. Des Arabes certes eussent continué à se servir de l’ancien sentier pierreux et escarpé, non que le temps leur compte pour quelque chose, mais par routine, par mépris de l’œuvre du Roumi, comme ils continuent à se servir de leur charrue antédiluvienne à côté de la charrue

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brabant des colons. L’exemple est mal choisi, car le Kabyle, pas plus que l’Arabe, n’a voulu changer sa charrue ; mais nos instruments perfectionnés manœuvreraient-ils facilement sur les pentes raides de ces montagnes?

Le terrain arable est rare, aussi les habitants en utilisent la moindre parcelle et souvent soutiennent quelques mottes de terre par une muraille, comme les riverains du Rhin les espaces étroits où ils plantent leurs vignes. Tel champ d’orge n’a pas quatre mètres carrés.

Les figuiers, les oliviers, les frênes, les caroubiers jaillissent de la moindre fente de rocher, et atteignent parfois des dimensions colossales.

Nous déballons nos conserves à l’ombre d’un olivier centenaire, à deux pas d’un ruisseau cascadeur, en face d’un paysage agreste et vert que commandent à l’horizon les dures lignes de Fort National ; mais, scrupuleux observateurs de la Loi, nos deux muletiers refusent de partager nos provisions. Ils flairent, défiants, notre bœuf conservé et prétendent qu’il est cuit dans de la graisse de porc ; quant au vin, ils n’en ont bu une goutte de leur vie. Combien de dévots catholiques sont aussi intransigeants?

Aux villages des Beni-Yenni, moins fréquemment visités que Taourirt-Amokrane, nous ne sommes pas excédés par la foule criarde des enfants; ceux qui nous approchent nous

souhaitent seulement le « bonjour » et les fillettes nous suivent craintivement. Si nous nous retournons brusquement, c'est une fuite soudaine, une envolée éperdue dans les ruelles et les allées des maisons. Les hommes, eux, portent silencieusement la main à leur front et font le salut militaire. Ce sont bien les frères desChaouias deMenaah.

Pourquoi parmi eux tant de chevelures blondes, de barbes rousses et d'yeux bleus ? Sont-ce les fils des Lybiens autochtones, des déserteurs romains ou des Vandales? Les ethnologues discutent, et discuteront longtemps en cha Allah !

Pendant que nous buvons le kaoua chez le bijoutier du village (car les Beni-Yenni sont des bijoutiers renommés) un indigène s'avance et souriant, tend la main à L... Encore une connaissance de l’Exposition, un nommé Achri ; on se reconnaît, on se félicite et Achri nous conduit chez lui.

La salle où il nous offre le café est misérable, deux bancs et quatre murs blancs ; pourtant Achri est un gros négociant, je ne sais trop en quoi. Il a fait, dit-il, d'excellentes affaires à Paris ; depuis, il est allé à une autre exposition, à Vienne, je crois, et il ne demande qu’à recommencer.

Expansif quand il s’agit de parler de ceux qui étaient avec lui à Paris, il se montre très réservé

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dès qu’on met sur le tapis soit la vie intime, soit les sentiments des indigènes à l’égard des conquérants. L’impôt a été considérablement augmenté en 1887 ; c’est la lezma, sorte d’impôt sur le revenu. Les indigènes sont d’après leur fortune divisés en cinq classes, et naturellement trouvent trop élevée la classe dans laquelle ils sont rangés, voilà à peu près tout ce que nous pouvons apprendre. Achri nous dit aussi que les femmes kabyles d’une certaine situation ne sortent que très rarement ; nous le savions. Les siennes n’ont jamais dépassé les limites de la commune. Si leur appartement est aussi luxueux que la pièce de réception je les plains.

Quant à l’organisation municipale qui, autrefois, faisait de chaque commune une petite république autonome, gouvernée par un arnin élu par la djemâa c’est-à-dire par l’assemblée générale des citoyens, elle avait survécu à la conquête, et le maréchal Randon avait promis aux Beni-Raten de la respecter. La parole fut tenue, mais quand, à la chute de l’Empire, les grands chefs se virent soumis à des « mercantis » et à des Juifs, ils s’indignèrent. Une lettre deCrémieux amena l’insurrection : « Je n’obéirai « jamais à un Juif, répondit Mokrani, je veux « bien me mettre au-dessous d’un sabre, dût-il « me trancher la tête, mais au-dessous d’un Juify « jamais, jamais ! »

Après la défaite des insurgés, la nomination des amins fut retirée aux communes et réservée à l'administrateur français.

Les pouvoirs des djemâas furent également très diminués, cependant ces djémâas existent toujours. Dans tout village kabyle on trouve une salle plus ou moins grande, ouverte à tous les vents, le plus souvent traversée par une rue, et dont les côtés sont garnis de bancs en pierre; c'est la djemâa, un même mot servant à désigner l’assemblée et l’endroit où elle se réunit.

Sous la domination française, les luttes sanglantes de commune à commune ont disparu, mais il en est resté un vestige dont, du reste, nous aurions bien tort de souhaiter la disparition, puisqu’il est un obstacle à une coalition des tribus, ce sont les çofs , tous ennemis les uns des autres. — « Le çof ressemble à nos par- « tis, mais il ne connaît que la défense des inté- « rêts privés de ses membres. Empêcher l’in- « dividfu d’être opprimé par le nombre, tel est « sa raison d’être; c’est par sa naissance qu’on « entre dans un çof et on n’en sort pas sans un « motif grave. Le çof s’étend sur toute la con- « fédération, toujours prêt à défendre par tous « les moyens, au besoin les armes à la main,

« celui de ses membres qui serait opprimé (E.

« Fallot). » Un Kabyle qui hésiterait à sauver par un faux témoignage un homme de son çof serait déshonoré.

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D’Aït-Hassem, le village d’Achri, un sentier raide et abominablement rocailleux descend vers l’oued. La Kabylie n’en connaissait pas d’autres autrefois ; c’est de pareils chemins que nos troupiers durent en 1857 escalader sous une fusillade terrible, car les Beni-Yenni furent avec les Beni-Raten et les Aït-Fraoucen les plus opiniâtres à la résistance. La prise des villages des Beni-Yenni termina la campagne.

A la nuit tombante nous entrons dans Michelet.

A peu près à mi-chemin de Fort National au col de Tirourda, Michelet (autrefois Aïn-el- Hammam), à cent vingt-quatre mètres d’altitude, ne se compose que de quelques maisons européennes échelonnées le long de la route. C’est cependant un centre communal dont les villages dispersés sur 26.000 hectares comptent 62.800 habitants, soit 240 par kilomètre, plus que dans notre département du Nord.

Le lendemain, de bonne heure par un soleil radieux, nous prenions la direction du col de Tirourda. Ne l’ayant pu atteindre par l’est, nous y parviendrions peut-être par l’ouest. La route, prolongement de celle de Fort National, continue à offrir un panorama admirable. Tout le Djurdjura déroule à nos yeux ses massifs imposants de THaïzer à l’Akouker d’où émerge la Lella-Kbadidja haute de 2308 mètres. Non loin de cette cime maîtresse on remarque une

muraille noire et dentelée que les indigènes appellent la main du Juif, je ne sais pourquoi, car si les dentelures dessinent vaguement des doigts, cette main est largement ouverte. La neige qui recouvre les sommets et qui parfois descend assez bas augmente la majesté du spectacle.

Passer à côté du village de Tifferdoul sans y entrer serait manquer à nos principes. Il n'a rien de particulier .-mosquée plus que simple, où sur le minaret trapu, une patte levée, dans une attitude héraldique, rêve immobile un couple de cigognes, et djemâa très modeste. Un notable nous offre le café ; nous nous excusons, la matinée est déjà trop courte pour nos projets.

Un peu plus loin à droite voici le hameau de Sidi-Ahmed, agglomération de paillottes rondes en branchages semblables aux huttes des nègres de l’Oubanghi et du Fouta-Djallon.

Sous les figuiers et les oliviers elles produisent un effet charmant.

Depuis Michelet nous avons longé en corniche le flanc de la montagne, toujours en nous rapprochant de la chaîne principale ; elle est maintenant tout près de nous et par une rampe rapide nous en escaladons le premier gradin.

Le paysage change subitement ; ce ne sont plus que montagnes abruptes, rochers majestueux et sauvages, pointes aiguës, abîmes profonds que traversent en tournoyant de petits

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vautours jaunes, les charognards, si communs en Kabylie. A une centaine de mètres au-dessous de nous, une sorte de tombeau ; c’est une mosquée, la dernière de la Kabylie et c’est aussi un abri contre les tourmentes de neige. Plus bas au fond du ravin, un village, Tirourda.

La route s’accroche à la montagne, la contourne, s’y suspend par instants et enfin, arrêtée par une paroi de rochers, la perce ; un peu plus loin, un second tunnel nous amène en vue du col. L’hôtelier de Talzmatt a dit vrai, il est infranchissable ; à quelques centaines de mètres de nous, la route disparaît sous la neige.

Il faut revenir sur nos pas, non sans avoir longuement admiré ce paysage alpestre. Quel coup de théâtre, quand au détour de la route, la Kabylie apparaît soudain avec ses innombrables villages perchés sur des pitons, ses bosquets sombres, ses champs d’un vert vif, et jetée au travers de tout cela, la ligne blanche de la route, « cette lame de sabre sur le cou de « la Kabylie ! »

Nous sommes de retour à Michelet pour déjeuner.

Aussitôt le café pris, nous remontons à mulet ; nos muletiers qui retournent à Fort National, ont consenti à se détourner et à nous amener au pied du principal village des Beni-Menguellet. Là nous disons adieu à ces braves gens

qui partent tout heureux d’une chaude poignée de mains et plus encore sans doute d’un pourboire bien mérité.

Du village des Beni-Menguellet j’ai conservé le meilleur souvenir. Pourquoi? Je ne saurais trop le dire. Les maisons, le minaret, la djemâa sont quelconques, les rues sont aussi raides, pierreuses et tortueuses que n’importe en quel village; la vue y est splendide, mais pas plus que celle admirée aux Beni-Yenni, à Michelet ou à Tifferdoul. Peut-être est-ce parce que nous avons vu là les plus beaux enfants, les plus jolies fillettes, une surtout dont les yeux immenses ombragés de longs cils étaient merveilleux. Les garçons parlent couramment le français et le lisent aisément : ils sont instruits par les Pères Blancs qui ont une école au pied même du village.

Cette école est fréquentée par environ cent cinquante élèves, car, chose bizarre, les Kabyles, si réfractaires aux écoles officielles, n’hésitent pas à y envoyer leurs enfants. L’instruction des Pères est gratuite et jamais, sous aucun prétexte, il n’est question de religion; c’est, a dit un magistrat algérien, la laïcité par des religieux. Les Pères enseignent à leurs élèves les grands principes de morale pratique et ils s’efforcent de leur donner l’amour de la France. Ne sont-ils pas expulsés maintenant?

Les femmes des Beni-Menguellet m’ont paru

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d’un type plus régulier qu’ailleurs, bien qu’un affreux tatouage, des croix et des signes bleus sur le front et le menton les défigurent.

Il n ’est du reste pas facile de les examiner ; toutes, les jeunes surtout, se sauvent à notre approche et nous avons bien ri d’une troupe de fillettes qui en fuyant L.. étaient venues se jeter sur moi resté en arrière. Prises entre deux feux, les pauvrettes ne savaient où se réfugier.

Quand nous quittâmes le village, la nuit tombait. Assis sur le talus du chemin creux, nous voyions tour à tour défiler les travailleurs la pioche sur l’épaule, les femmes pliées sous le lourd faix des branchages, les moutons se bousculant, les chiens, les bœufs et les ânes chargés revenant des champs. Tout cela montait, passait et disparaissait sous la porte du village et dans le crépuscule de plus en plus sombre, ces hommes vêtus de burnous ou de blouses, jambes nues, ces femmes au costume oriental, ces troupeaux bêlant et mugissant évoquaient invinciblement les souvenirs bibliques, et j’entendais en ma mémoire chanter les beaux vers qui commencent le Kain de Leconte de l’Isle.

A l’aube du lendemain, il y avait foule devant le bureau communal ; deux ou trois cents Kabyles attendaient qu’on leur délivrât la permission de quitter leur village pour aller travailler au loin, car, sans que je m’explique bien l’uti-

lité de cette tracasserie, l’indigène ne peut sans autorisation sortir de ses montagnes.

Nous qui n’avions pas besoin du visa de l’administrateur, nous montions sur l’impériale de la diligence où heureusement nous avions trouvé place, car dans l’intérieur s’entassaient je ne sais combien de sacs et d’indigènes plus ou moins « habités ».

La brume couvrait encore les vallées, et les nuages blancs, pompés par un soleil déjà chaud, escaladaient lentement les pentes du Djurdjura avant d’aller se dissiper dans le ciel bleu.

Autre aspect différent, mais non moins pittoresque de la Kabylie.

A huit kilomètres de Fort National, nous passons à une cinquantaine de mètres au-dessous d’une pyramide de pierre blanche qu’on aperçoit de toute la contrée. Elle rappelle les deux combats qui, en 1857 et en 1871, décidèrent de son sort. Ce village tout là-haut est en effet Icheriden, la « montagne de la victoire » des poètes kabyles, devenue pour eux celle de la défaite.

Gomment nos soldats ont-ils pu s’emparer de ces sommets que défendaient 4.000 Kabyles abrités derrière des murailles crénelées, des gros troncs d’arbres et des poutres? Jamais en Algérie, sauf à Zaatcha, la résistance ne fut aussi acharnée et j’ai connu tel soldat de Cri-

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niée qui disait n'avoir jamais entendu fusillade plus nourrie.

A Fort National, nous nous arrêtons pendant une heure pour déjeuner. Puis c’est la descente vers la vallée par les longs lacets aux lianes de la montagne.

En bas nous retrouvons nos vélos au moulin où nous les avons laissés, et vite ! en route ! Il faut arriver à Tizi-Ouzou pour prendre à quatre heures le train d’Alger. Et nous roulons, nous traversons l’oued Aïssi à deux pas de son confluent avec le Sebaou, nous ne sommes plus qu’à cinq kilomètres de Tizi-Ouzou, mais voici une longue et rude montée et il faut, sous un soleil ardent, pousser nos bécanes devant nous.

Enfin nous arrivons à Tizi-Ouzou, gros bourg européen aux rues régulières, aux maisons banales qui est le principal marché et le chef-lieu de la Kabylie.

Il n’offre aucun intérêt; du reste nous n’aurions pas le temps de le visiter et nous nous hâtons de gagner la gare.

Des ondulations rondes, sans arbres, des champs, des vignes, tel est le pays quand, à quelques kilomètres de Tizi-Ouzou, le chemin de fer a laissé sur la gauche les derniers contreforts du Djurdjura.

Les stations portent des noms sonores : Mirabeau, Camp du Maréchal, Haussonvilliers, cette

dernière due à une colonie d’Alsaciens, amenée ici en 1872 par M. d’Haussonville. A Ménerville, la ligne de Tizi-Ouzou rejoint la grande ligne de Gonstantine et deux heures plus tard nous descendons à Alger.

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