‹ Sept semaines en Tunisie et en AlgérieChapitre 4 sur 14 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

DE TUNIS A CONSTANTINE

Teboursouk — Don g gâ— Hammam Meskoutine.

Réduits à deux, qu’allions-nous faire ? Irionsnous à Zaghouan ? C’est de là que les Carthaginois tiraient l’eau qui alimentait la capitale, et diverses ruines, la nymphée notamment, ont résisté aux invasions successives. Mais franchir les 62 kilomètres qui séparent Zaghouan de Tunis n’est pas commode par suite de la rareté des trains. Nous avions bien de France apporté nos vélos et nous venions de les retrouver à l’hôtel de Paris où nous les avions déposés en débarquant, mais soit en chemin de fer, soit à vélo, cette modeste excursion nous aurait pris deux journées.

Nous y renonçâmes donc (ce fut un tort, et que de fois l’ai-je regretté !) et nous nous contentâmes d’aller à une trentaine de kilomètres voir l’aqueduc antique.

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Descendus de chemin de fer à Tebourba, où un beau pont appuyé sur des substructions romaines traverse la large Medjerda, nous revînmes à Tunis à vélo.

Toute cette contrée, fertilisée par la Medjerda et par les ruisseaux qui s’y jettent, est trè& bien cultivée ; c’est le centre de la colonisation européenne dont on voit partout les fermes éparses dans la campagne.

Les céréales alternent avec les vignes, et le pays a un air de prospérité et de richesse qui charme les yeux : telle devait être toute la Byzacène aux temps romains.

L’aqueduc traverse la route non loin de Djedeïda, mais ce n’est pas le fameux aqueduc que dans Salammbô Spendius coupe d’une manière si dramatique ; celui-là, s’il a jamais existé, a disparu comme toute la Carthage phénicienne. Celui que nous voyons remonte à l’empereur Adrien. C’est une succession de hautes et étroites arcades qui ne font guère honneur au peuple-roi. Formées d’une sorte de conglomérat lié par du ciment que maintenaient des solives aujourd’hui détruites et des ferrures depuis longtemps arrachées, elles ont peu à peu été entamées par la pluie. A la base, le centre bâti en pierres inégales a seul résisté et montre lamentablement son squelette jaunâtre.

Cette misérable construction écroulée en certains endroits a cependant grand air de loin. et

rappelle d’une manière frappante les aqueducs qui traversent la campagne romaine.

Revenus à Tunis nous disions un dernier adieu à la belle et grande ville, et prenant le chemin de fer de Gonstantine nous arrivions pour dîner au coquet hôtel des Colons à Medjezel-Bab. Medjez, à 66 kilomètres de Tunis, est une station de 1200 habitants appelée à devenir une ville quand la ligne ferrée du Kef sera ouverte.

En attendant, c’est une gaie bourgade plus qu’à demi-européenne, ombragée de peupliers, de bouleaux et d’eucalyptus qui se mirent dans la Medjerda, le seul cours d’eau de la Tunisie qui mérite le nom de fleuve, l’ancien Bagradas des Romains.

Les rives en sont envahies par des roseaux où croassent les grenouilles, mais on y chercherait en vain les descendants de l’effroyable serpent qui effraya les soldats de Régulus. U Africa poi'tentosa, l’Afrique mère des monstres n’en engendre plus, du moins en Tunisie, et la Medjerda coule paisiblement ses ondes peu limpides entre des coteaux verdoyants que ne peuplent ni lions, ni boas.

Si nous nous étions arrêtés à Medjez-el-Bab, ce n’était pas pour ses souvenirs antiques ; il ne reste rien de la romaine Membressa, pas même la « Bab », la porte qui donna son nom au village ; c’est que là s’embranche la route de

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Teboursouk et qu’à défaut des ruines deTébessa et de Sbeitla nous voulions au moins voir celles de Douggà.

Il y a quarante-huit kilomètres de Medjez-el- Bab à Teboursouk, aussi dès six heures du matin le dimanche 13 mars enfourchions-nous nos bécanes.

Le chemin est bon; il longe la Medjerda et après une vingtaine de kilomètres nous apercevions sur un promontoire qu’enveloppe à demi le fleuve Testour et le haut minaret de sa mosquée.

Testour a été, dit-on, peuplée par les Maures chassés d’Espagne au commencement duxvi6 siècle, Chateaubriand affirme l’authenticité de cette tradition et le Dr Bertholon a trouvé à Testour des types absolument andalous.

Ici nous faisons une halte, nous l’avons bien gagnée ; il fait très chaud bien que le ciel soit couvert et qu’un vent violent nous souffle au visage : le café est bu dans un caboulot italien et nous visitons la ville. Oh! la visite est tôt terminée : une large rue bordée de maisons basses, très commerçante, très vivante et la mosquée.

Le fils du khalifat nous guide. Il parle français ; j’en profite pour lui demander s’il est vrai que ses compatriotes ont conservé les

clefs des maisons que leurs pères habitaient à Grenade, il sourit et ne répond pas. J'insiste : « Je ne comprends pas » finit-il par dire. Gomme évidemment il comprend fort bien j'ai peur de l'avoir froissé et, cessant mes questions, je le suis dans la mosquée.

Nous ne pénétrons pas dans le liouan interdit aux infidèles mais nous entrons dans la cour pavée de larges dalles et entourée d'un portique dont les colonnes proviennent sans nul doute de l'antique Tichilla.

Le minaret, qui de si loin domine la plaine, a été nouvellement restauré. Il est svelte, élégant, revêtu de faïences peintes aux vives couleurs et est surmonté de deux dés octogones : c’est un des plus beaux de la Tunisie.

Du sommet, la vue plane sur la ville, domine la Medjerda sinueuse et s'étend à l'est sur un pays mamelonné, parsemé d’olivettes et verdi de champs d'orge et de fèves, tandis qu'à l’occident les collines s’étagent jusqu'à former à l’horizon une chaîne de montagnes.

C'est dans ce massif que s’engage, en montant toujours, la route de Teboursouk, et nous atteignons bientôt la brousse montagneuse pendant qu’à notre droite la contrée prend un aspect sauvage et se hérisse de monts aux sommets déchiquetés et pointus.

Il faut nous arrêter ; nous sommes à Aïn- Tounga. Une forteresse byzantine à demi écrou-

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lée, un minuscule arc de triomphe, des lambeaux de murailles, quelques piliers d’un temple de Mercure, c’est tout ce qui reste de l’ancienne* Thignica et c’est peu car Thignica fut une cité importante au me siècle. Bientôt il n’en restera même plus rien, car à côté de grosses colonnes couchées sur le sol nous voyons des scies de tailleurs de pierres et déjà plusieurs fûts sont « débités » en morceaux symétriques. Les ouvriers sont absents, mais les entailles toutes fraîches prouvent qu’ils étaient là hier, peut-être tout à l’heure, et ils auront vite eu raison de ces pauvres débris. Combien de ruines disparaissent encore ainsi ! Celles-ci sont peu à regretter aujourd’hui, mais qui sait ce qu’elles étaient il y a vingt ans ?

Après que nous avons lutté contre les rampes et le vent, descendu une profonde vallée et franchi l’oued Khalled, Teboursouk nous apparaît au sommet d’une éminence couverte d’oliviers, terre promise où nous conduit enfin une dernière et longue rampe de huit kilomètres.

Je suis épuisé, fourbu, incapable même d’abord de prendre part au déjeuner qu’on nous sert à l’hôtel International ; mon jeune compagnon lui-même est fatigué.

Une douche, une demi-heure de repos, la lassitude disparaît, l’appétit revient et, sitôt la dernière bouchée, nous montons à mulet ;

nous partons pour Douggâ, seuls, sans guides ; ne sommes-nous pas au pays du fatalisme ? Dieu nous conduira : c’est là-bas, à droite.

De Teboursouk que dire ? Je Fai si peu vue et toutes ces villes se ressemblent tant ! des murs blancs, des maisons basses, des indigènes assis ou couchés, des femmes voilées, partout c’est le même peuple, c’est la même ville.

Douggâ est à sept kilomètres de Teboursouk et nous commençons à nous demander si nous ne nous sommes pas trompés de direction quand nous nous apercevons que nos mulets marchent sur des pierres et des briques brisées. La terre disparaît sous ces fragments, et des fondations de murs raient le sol. Un détour du sentier nous amène brusquement à des maisons arabes alignées en face d’une colonnade romaine, c’est Douggâ, c’est la scène du théâtre.

Le théâtre de Douggâ rappelle étrangement celui de Taormine en Sicile et je ne sais lequel des deux est le mieux conservé ; si à Douggâ le mur de la scène est écroulé, celui de l’orchestre est intact avec ses hémicycles et les piédestaux qui supportaient les statues. Les fouilles dirigées par M. Carton ont mis à nu vingt-cinq rangées de gradins divisés en trois précinctions, les couloirs d’accès à la scène, les loges des artistes, les autels des dieux qui présidaient aux spectacles, les colonnades du portique. Comme à Orange, les acteurs peuvent

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venir aujourd’hui reprendre la suite des représentations interrompues il y a quinze cents ans.

Le théâtre de Taormine est grec, celui de Douggâ est romain ; sans doute, ils doivent différer par quelques détails connus des archéologues, le simple touriste les confond dans une même admiration. Si du portique de leur théâtre les citoyens de Thugga ne jouissaient pas comme ceux de Taormine de l’incomparable décor de la mer bleue et des côtes siciliennes dominées par l’Etna neigeux et fumant, celui qu’ils avaient sous les yeux n’était pas à dédaigner. Étagée à leurs pieds, la ville descendait jusqu’à la rivière ; en face d’eux un aqueduc, dont les arches subsistent encore en partie, franchissait la vallée, et sur une colline rivale, l’Acropole aux murs formidables se détachait sur un fond de hauteurs vertes ou rocheuses ; enfin à droite, tout près, des avenues bordées de statues montaient vers le temple majestueux de Jupiter, de Minerve et de Junon.

Ce temple est le Capitole, car, municipe romain, Thugga avait son capitole. Il était, comme je viens de le dire, dédié à la triade capitoline. C’est, pour me servir des termes barbares chers aux archéologues, un monument « tétrastyle et pseudo-périptère ».

Il est heureusement parvenu jusqu’à nous* non hélas ! entier ; la cella à l’exception de la

porte a disparu, les colonnes latérales aussi, mais sur le soubassement auquel on accède par un haut perron, la façade dresse encore les quatre belles colonnes cannelées de son péristyle. Leurs chapiteaux corinthiens soutiennent le fronton, et s’il est dépouillé de ses marbres, l’aigle romaine y déploie encore ses ailes mutilées.

Au milieu des masures du village arabe on trouve à demi enfouis les nombreux degré8 des escaliers qui précédaient le temple.

Ces masures sont elles-mêmes tirées des monuments antiques, les murs de la plupart au lieu d’être en briques crues ou en torchis, sont en pierres, et dans un grand nombre on découvre des fragments de colonnes, des débris de chapiteaux et même des lambeaux d’inscriptions.

Les fouilles, si elles étaient continuées, seraient sans nul doute fécondes en surprises, car la ville romaine se révèle partout : des arcs de triomphe se dressent au milieu des oliviers; l’un d eux bien conservé porte le nom de Bab-el- Roumia (Porte de la Chrétienne). Si, du temple de la Déesse Céleste , il ne reste que le soubassement où les colonnes ont laissé l’empreinte circulaire de leurs fûts, celui de Saturne en a encore quelques-unes debout et on distingue parfaitement les dimensions et la forme de l’édifice. Il renfermait trois cellœ séparées par des murs épais et, disposition très rare qui.

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d’après M. Toutain, serait la preuve d’une haute antiquité, une cour intérieure.

Un peu plus bas, des citernes béent sur la pente de la colline; la ville ensevelie est à fleur de terre, il suffirait de gratter le sol pour la remettre au jour.

Encore faudrait-il que les travaux ne fussent pas confiés à des Anglais. Il y avait à Dougga un mausolée qui remontait à l’époque carthaginoise, c’était le seul monument punique connu, et son authenticité était constatée par une inscription écrite en libyen et en carthaginois. En 1842, le consul anglais voulut envoyer cette inscription au British Muséum et pour enlever plus facilement la pierre les ouvriers démolirent le monument.

Il n’en reste que le piédestal. Des bas-reliefs représentant des chars de guerre et des déesses, et des fragments de statues jonchent le sol alentour : à une des statues, une femme drapée, il ne manque que la tête. Cet édifice serait facile à reconstituer ; les matériaux sont là et le dessin du mausolée existe, pris par un Anglais peu de temps avant sa destruction. C’était un pilier carré dans le genre de celui d’Igel auprès de Trêves ; comme celui-ci, il était revêtu de bas-reliefs encadrés de pilastres et était surmonté d’un pyramidion.

Fera-t-on jamais cette reconstitution ? C’est peu probable puisque, faute des 20.000 francs

nécessaires à sa consolidation, on va laisser tomber le temple du Capitole.

Franchement n’aurait-il pas mieux valu consacrer à ce travail les 20.000 francs dépensés l’an dernier pour faire tuer à un de nos ministres les trois mouffïons sur lesquels il s’est fait représenter dans Y Illustration posant un pied vainqueur ?

A errer dans le village et dans les olivettes à la recherche des ruines, à admirer le Capitole, à prendre des photographies, les heures avaient passé et la nuit approchait.

Mes appels à mon compagnon n’avaient pour écho que les aboiements furieux des chiens grimpés sur les terrasses. Il m’avait, une heure auparavant, quitté pour tirer un cliché et je savais que, Funivers croulât-il, rien ne l’empêcherait d’attendre le moment jugé favorable et ne hâterait un de ses pas, aussi me décidai-je à partir seul, d’autant plus qu’un gros nuage émergeant des montagnes se dirigeait de notre côté.

La nuit me surprit en route ; je laissai mon mulet me guider dans les sentiers ravinés, il s’en tira et m’en tira fort bien, et tout à coup je vis une ombre auprès de moi. L... et son mulet m’avaient rejoint.

L’orage à ce moment grondait sur nos tètes et zébrait le ciel d’éclails ; nous en fûmes quittes pour la peur et je ne sais même si L...

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eut peur ; plein de confiance dans le génie caché qui depuis son enfance l’a toujours protégé contre les ennuis de la vie, il trouva tout naturel qu'il écartât l'orage et nous ramenât sains et saufs en pleine nuit à l'hotel International, où, inquiet, le muletier nous attendait.

A peine étions-nous à l'abri, la tempête que ne retenait plus le manitou se déchaîna. Elle fit rage toute la nuit, et le matin, à quatre heures, la pluie battait encore les vitres de nos chambres. Que faire ? L... est bien tranquille ; il se lèvera tout à l'heure, il fera très beau, il enfourchera sa bécane et il sera à Medjez à temps pour prendre à dix heures le train de Gonstantine.

Moi, j’ai moins confiance et si je pouvais trouver une voiture, je n’hésiterais pas à la louer. C’est impossible, il est trop tard ; que faire? Rester est plus prudent; la pluie a cessé, il est vrai, mais que de gros nuages, quel vent ! Survient L... : « les nuages ne crèveront pas ; « le vent, nous l’aurons dans le dos. »

Je me laisse convaincre, et nous roulons vers Testour. Une heure après, le manitou avait encore vaincu : les nuages s'évanouissaient et le vent nous poussait vigoureusement, si vigoureusement, que sur une pente L... atteignait la vitesse d’un kilomètre en cinquante - deux secondes !

Autant nous avions eu de peine à atteindre

Teboursouk, autant nous en eûmes peu à en descendre ; la pluie n’avait pas détrempé l’excellente route et nous n’avions qu’à nous laisser rouler, à roue libre, sur la pente continue.

Vous doutez-vous que de Tunis à Constantine il y a 465 kilomètres ? Moi, les deux villes me semblaient, je ne sais pourquoi, presque voisines. Or, ces 465 kilomètres, le train met quinze heures à les franchir; heureusement nous devions couper l’étape par une halte à Hammam-Meskoutine.

La route est peu intéressante ; sauf aux endroits où la voie serpente à côté de la Medjerda dans des ravins étroits et pittoresques, partout c’est une vaste plaine bornée au nord par des montagnes boisées. Tantôt cette plaine est bien cultivée, verte de céréales, tantôt elle est inculte, abandonnée aux buissons et aux mauvaises herbes, et ne laisse, comme arbres, entrevoir que les eucalyptus plantés autour des stations par la Compagnie du chemin de fer.

Des fermes, des villages, des villes même, Souk-el-Arba, Ghardimaou jalonnent la voie, et dans toutes ces stations, le mélange heurté des deux civilisations, de la maison française et de la hutte arabe, du bourgeron beauceron et du burnous musulman produit une singulière et désagréable impression.

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Le soir nous descendons à Hammam-Meskoutine. Nous n'avons pas voulu passer si près de la « Chaudière du Diable » sans y faire halte. Je ne sais si c’est de l’enfer que viennent les sources d’Hammam-Meskoutine, mais elles sont « diablement » chaudes, puisque leur température atteint 95 degrés. Elles sourdent à différents points sur un plateau qu’elles ont recouvert de cônes en carbonate de chaux hauts de plusieurs mètres et se réunissent en deux nappes pour tomber en cascades dans la vallée.

Ces chutes d’eau bouillante ont laissé sur le sol une couche de sédiments qui les font ressembler à des cascades congelées. Les nappes calcaires d'un blanc de lait sur lesquelles glisse l’eau au milieu des nuages de vapeur laissent pendre comme des stalactites et des aiguilles de glace ; çà et là, le fer déposé par l'eau a tracé de longues traînées rousses sur ces vasques et ces mamelons neigeux, amas séculaires de la chaux refroidie.

Le débit, dit on, s’élève à cent mille litres par minute ; cela me paraît exagéré, bien que le volume des cascades soit assez considérable pour couvrir une largeur d’environ deux cents mètres.

Au pied, les eaux se rassemblent en une petite rivière fumante dont les rives, d’abord arides et nues, se couvrent, à mesure qu’en coulant

les eaux se refroidissent, d’une végétation tropicale. Palmiers, oliviers, grenadiers, jujubiers, se pressent dans ce ravin privilégié, serre chaude que ne sauraient refroidir les rigueurs d’aucun hiver.

Des cônes épars sur le plateau, dépôts de sources aujourd’hui déplacées ou taries, les plus anciens sont maintenant revêtus de mousses et de broussailles, les autres, restés frustes et blancs, semblent le soir surtout autant de fantômes pétrifiés.

Les légendes ne pouvaient manquer à ce lieu étrange, elles sont nombreuses, je vous en fais grâce. Que ces deux cônes soient un couple incestueux puni comme la femme de Loth auprès de Sodome, que celui-ci soit un marabout impie, et celui-là une épouse adultère, peu vous importe sans doute, et les bédouines qui aux pieds des « statues de sel » viennent échauder les poulets de l’hôtel, laver le linge, et faire cuire les œufs, n’y croient sans doute plus elles-mêmes.

Les Romains, ces grands amateurs de thermes, n’avaient eu garde de négliger ceux que les dieux de l’Hadès leur fournissaient gratuitement : ils avaient établi des piscines dont plusieurs ont résisté au temps et les longues rigoles qu’ils avaient creusées pour diriger les aquæ thibilltanœ sillonnent encore le plateau.

Aujourd’hui, un établissement thermal a capté

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une petite partie de ces eaux, et le séjour ne doit pas y être désagréable.

L’hôtel est bon, les environs sont pittoresques, parsemés de restes antiques (rhôtel renferme un musée des trouvailles provenant de Thibilis), et les montagnes voisines cachent des lacs souterrains, de belles grottes et de nombreux dolmens funéraires car, chose bizarre on a retrouvé ici les pierres druidiques de notre Bretagne.

En quittant Hammam-Meskoutine le train s’engage dans les gorges de la Taya, puis il traverse de vastes cultures exploitées par la Compagnie algérienne et après quatre heures qui semblent longues, Constantine apparaît.

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