Méchants, méchants, les Allemands
i/aurès
tage avec des Arabes qu’avec des Alsaciens ?
Nous ne sommes qu’à quelques lieues d’El- Kantara et cependant nous excitons autant de curiosité qu’à Menaah. Quand nous nous installons devant un café, une cinquantaine d’indigènes viennent en rond, à quinze pas devant nous, s’asseoir et nous contempler silencieusement.
Si nous marchons une troupe d’enfants nous suit pas à pas, mais dès que nous braquons l’objectif les fillettes s’enfuient ou se cachent. C’est à grand’peine que la vue d’un « sordi » et les objurgations du turco décident l’une d’elles, plus hardie, à avancer sa petite patte brune ; les garçons, eux, sont plus vaillants et les pièces de menue monnaie que nous leur jetons de temps à autre, sans d’ailleurs qu’ils les réclament, occasionnent dans la bande des culbutes et des bousculades que nous nous empressons de photographier.
Au crépuscule le spectacle me rappelle les soirées alpestres de Riederalp et du Sentis. Des troupeaux de chèvres descendent de la montagne sous la garded’un Kabyle aux jambes nues; des groupes ou des animaux isolés se détachent de temps en temps pour gagner leur demeure, située quelquefois loin du sentier el la longue file, bêlant et trottant, disparait sous les figuiers et les grenadiers; seules les clochettes manquent. Les chiens au loin aboient, et, derrière
la montagne, le soleil disparu darde encore ses derniers rayons sur les sommets roses. Un vent froid semble souffler de quelque glacier invisible.
A table le soir, nous avons la compagnie silencieuse mais souriante du vieux cheik à barbe blanche tandis que son petit-fils, superbe dans sa tunique immaculée, nous apporte le couscouss.
Le patriarche prend le kaoua avec nous ; le jeune homme s’excuse : il jeûne. C’était la fête de l’Achoudra il y a quelques jours et alors il était en voyage. Or, le Koran dit : « Celui qui « sera malade ou en voyage jeûnera dans la « suite un nombre de jours égal. »
La nuit fut dure : parqués dans une pièce dont la porte était la seule ouverture, nous n’avions que de minces tapis et nos couvertures pour nous séparer de la terre battue, aussi le lendemain matin nos reins étaient-ils endoloris de ce contact peu moëlleux avec le sein maternel.
Nous poussions alors notre flânerie jusqu’au troisième village, découvrant à chaque pas quelque scène amusante, quelque fontaine biblique, ici des femmes filant sur l’antique quenouille, là un forgeron frappant en plein air sur son enclume. Des cultivateurs descendaient dans la vallée la pioche sur l’épaule, des femmes en remontaient chargées de branchages ou Foutre pleine sur la tête ; des gens
l’aurès
revenant d’un enterrement portaient au bout d’un bâton le quartier de mouton distribué sur la tombe du défunt et nous nous repaissions de ces spectacles que nous allions quitter pour rentrer dans la vie accoutumée.
Dieu veuille que je puisse encore revoir les Beni-Ferrah, mais les Beni-Ferrah garderontils longtemps encore leur originalité ?
A quelques lieues au delà de Menaah, dans la vallée de l’Oued-el-Abiod, à Taghit, il y a une mine de mercure, la seule qui existe dans nos possessions africaines; elle est, dit-on, très riche et on nous a raconté la stupéfaction d’un cheik à qui le directeur avait permis d’emporter tout le mercure qu’il pourrait saisir. Enchanté, le brave Chaouia plongea sa main dans la cuve, mais quand il vit qu’il ne pouvait retenir la moindre parcelle de cet « argent diabolique », il s’enfuit en invoquant Allah et son prophète.
La mine est d’accès difficile, et pour en faciliter l’exploitation il est question de relier par une route Taghit à El-Kantara.
Elle exécutée, ce sont les touristes envahissant l’Aurès, les ingénieurs coupant ces ravins solitaires, les Juifs s’installant dans les villages.
Aujourd’hui les fils d’Abraham li’habitent pas l’Aurès ; ils y seraient mal venus du reste si j’en juge par la répulsion que le Fils du cheik de Menaah avait pour eux, mais que leur importerait? Ne sont-ils pas citoyens français,
tandis que les Kabyles ne sont que sujets de la France ?
Si cette route n’existe pas encore, un chemin bien tracé joint les villages des Beni-Ferrah à El-Kantara, à travers les dernières ramifications des montagnes toujours désolées, pentes âpres et buissonneuses que brûle le soleil et que ne rafraîchit aucun ruisseau. Vers une heure nous atteignons un col : impossible de trouver endroit plus favorable à la halte et au déballement des « harnois de gueule » ; la vue est magnifique.
Au nord, des montagnes neigeuses regardent au-dessus d’un amoncellement de cimes plus modestes; au midi, c’est la plaine de Biskra, cette tache sombre là-bas c’est l’oasis, celle plus petite qui d’ici semble presque la toucher c’est Sidi-Okba,mais derrière, plus loin, dans la brume lumineuse et mouvante, qu’est-ce ? On croirait la mer lointaine; c’est une mer en effet, la mer de sable, c’est le désert, le Sahara infini.
Le déjeuner terminé, nous nous remettons en route et bientôt à nos pieds se déploie la plaine fermée au nord par une haute muraille fendue en un seul endroit par ce formidable coup de sabre, la Foum es Sahara .
Une descente rapide de quatre cents mètres de hauteur, trois ou quatre kilomètres au grand trot des mulets par le steppe pierreux, et dans