OBSERVATION VI
Plaie de la région sus-claviculaire par éclat d’obus. —
Evolution normale. — Septicémie tardive le vingtième jour. — Erysipèle au niveau de la plaie. — Phlébite. —. Guérison.
R... François, classe 1912. Blessé le r2janvier, à 16 heures. Opéré le 12, à 22 heures.
Lésions et interventions. — 1° Large plaie du creux susclaviculaire gauche par éclat d’'obus. Orifice d'entrée audessus de la partie moyenne de la clavicule, Débridement, nettoyage, hémostase. |
Extraction d’un volumineux projectile et de nombreux débris vestimentaires. Le projectile est contre le trapèze, au voisinage des apophyses transverses,
Contre-incision. Mèches.
2° Large plaie antéro-postérieure de la région deltoïdienne gauche. Débridement. Excision. Extraction d’un petit éclat
resté dans le trajet. Suture.
A la suite de cette intervention, l’évolution des plaies parait normale. Pendant les cinq premiers jours, la température dépasse 38 degrés, puis tombe ensuite à 37.
La plaie du creux sus-claviculairé suppure légèrement et - rapidement celle de la région deltoïdienne se ferme.
Il ne se produit aucune hémorragie dans la région sus-claviculaire, aucune complication toujours à craindre dans une région aussi dangereuse dont le nettoyage chirurgical avait été forcément relatif.
A la fin de janvier la température est normale, la suppu«
ration est tarie et l’on n’évacue pas le blessé par simple pru-
dence.
Dans la nuit du 31 janvier au 1° février, sans cause appa-
rente, le blessé est secoué de violents frissons, claque des
dents et au matin les sueurs sontabondantes avec une cépha-
- Jée violente.
1* février, — Frissons moins violents répétés toute la
journée, sueurs. Température 39°6, 39°8.
none)
2 février. — Frissons le matin et le soir, Céphalée frontale
continueile. Alternatives de rougeur et de pâleur au niveau
de la face; le blessé se plaint de bouffées de chaleur conti-
nuelles et de courbature générale. Le soir, la température
dépasse 4o degrés ; la plaie présente une légère sécrétion; il n'existe aucune rougeur autour de la plaie, aucune localisation viscérale, aussi pratiquons- nous une hémoculture qui décèle une septicémie streptococcique.
3 février. — La température a un peu baissé. Aucun frisson. Le blessé se trouve un peu mieux malgré la persistance de la cépaalée et la courbature générale qui reste intense.
Un pe de rougeur autour de la plaie.
Injection d’un centimètre cube d'essence dé térébenthine :
sous-cutané. Légère sécrétion de la plaie, examinée bac-
- tériologiquement.
4 février. — Température toujours élevée. La courbature et la céphalée diminuent. Le pouls est à 90, bien frappé. Le lymphangite s'étend autour de la plaie. Tuméfaction au
niveau de l’abcès térébenthiné, 50 centimètres cubes de sérum antistreptococcique.
5 février. — Le blessé se sent beaucoup mieux. La céphalée a totalement disparu et la courbature générale est à peine
sensible. Aucun frisson.
Autour de la plaie existe un placard d’érysipèle avec un bourrelet typique. Pas de ganglions dans l’aisselle. 5o centimètres cubes de sérum antistreptococcique. La tuméfaction ‘et la rougeur augmentent autour de l’abcès térébenthiné.
6 février. — Léger abaissement thermique. La plaque érysipélateuse s'étend jusque dans la région sous-épineuse gauche. Le blessé se trouve bien ; le pouls est à 90. Une injection d’auto-vaccin.
8 février. — Ni courbature, ni céphalée. La plaque érysipélateuse s’affaisse, il ne persiste qu'un peu de rougeur. Le teint est subictérique.
9 février. — Teint plus clair. Amélioration continuelle de l’état général Hémoculture négative.
Ouverture de l’abcès térébenthiné’aseptique. Une injection d’auto-vaccin.
10 février. — Un peu abattu, subictérique. Toute rougeur a disparu au niveau de la plaie.
12 février. — Eruption urticarienne au niveau cuisse droite.
13 février. — Nouvelle élévation thermique. Le blessé se
Mi plaint de douleurs au niveau de la cuisse droite (il a subi à ce niveau des injections de vaccin antistreptococciques). Ganglion assez volumineux au niveau de l’aine.
16 février. — Le blessé est de nouveau abattu depuis deux jours |
La fesse droite est volumineuse, avec une douleur limitée en un point. Incision, on ne trouve ni pus ni sérosité. Suture.
Le soir, la température monte à 4o degrés. Aucun frisson.
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17 février. — Un peu moins d’abattement. La douleur au niveau de la fesse a beaucoup diminué.
18 février. — Le pansement de la fesse est refait. Aucune suppuration. Amélioration de l’état général, disparition du subictère, l'appétit revient. Apparition d'œdème au niveau des pieds, surtout au niveau du pied droit.
19 février. — Empâtement et douleur au niveau du mollet droit ; gouttière.
22 février. — Les signes d’une phlébite du membre inférieur droit se confirment. Tout le membre est le siège d’un ædème considérable blanc, mou, peu douloureux s'étendant du pied au pli de l’aine. L’œdème du pied gauche augmente. Une analyse d’urine montre des traces d'albumine (moins de
Er —
5 centigrammes par litre). Le dépôt renferme de l’urate de soude-et des leucocytes polynucléaires assez nombreux.
24 février. — L’œdèmeenvahit toute la jambe gauche avec des douleurs extrêmement violentes. Le 24, le 25, le 26,
250 centimètres cubes de sérum sucré. Blessé abattu, Jris-
sons.
26 février. — Nouvelle hémoculture positive. : 1° mars. — Petit infaretus pulmonaire.
Du 27 février au 8 mars. — Dix injections d’auto-vaccin.
Le 14 mars. — La plaie originelle est toute petite et en apparence très satisfaisante. Les oscillations thermiquen’ont pas atteint 39 degrés depuis une semaine. Le pouls est bien frappé. Alimentation abondante. L'état général médiocre n’est pas cependant très profondément altéré. Aucune localisation viscérale.
A partir du 20 mars, le blessé est apyrétique et au début d'avril, l'œdème des jambes diminuant, le blessé paraît
entrer en convalescence.
Examens bactériologiques
Hémoculiture, du 2 février : Streptocoque pur. Examen dé la plaie sus claviculaire le 3 février. — Nom- breuses chaïînettes de streptocoque à l'examen direct. En cultures, streptocoque et quelques colonies de staphylocoque.
Hémoculture du 6 février, au cours de l’érysipèle : négative.
Examen de la plaie le 13 février. — Celle-ci est sèche ;
1" scarifications avec la pipette : colonies de streptocoque en
cultures.
Hémoculture du 26 février. — Positive, streptocoque pur.
Si nous résumons cette observation, il s’agit d’une septicémie streptococcique tardive, apparue le vingtième jour après une blessure des parties molles, région sus-claviculaire, dont l’évolution était Jusquelà normale. Le début de cette septicémie est brutal,
. Pétat général inquiétant. Apparition d’ün érysipèle autour de la plaie ; le blessé se sent beaucoup mieux, une nouvelle hémoculture est négative, la température descend en lysis et l'on peut espérer une guérison rapide. Il n'en est malheureusement pas ainsi ; éruption urlicarienne au niveau de la cuisse, probablement sérique, complication mal définie au niveau de la fesse puis phlébite double et retour de la fièvre avec nouvelle hémoculture positive.
Deux mois après le début de cette septicémie streptococcique, la température est redevenue normale, l’état général satisfaisant, l’œdème des jambes rétrocède et le blessé entre en convalescence.
LA
OBSERVATION Vil
Petite plaie du cuir chevelu par éclat d'obus. — Septicémie streptococcique. — Évolution pyohémique. — Conpales-
cence traînante. — Guérison.
B... Auguste, classe 1916.
* Blessé le 27 août, à 22 heures. Opéré le 28 août, à 11 h. 45.