‹ Septicémies au cours de l'évolution des blessures de guerreChapitre 6 sur 35 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Plaies multiples musculaires, osseuses, articulaires. — Etat dit de shock. — Septicémie associée, streptocoque et pneumo-bacille de Friedlander.— Mort en soixante-cinq

heures.

G. Sylvain. Blessé le 22 novembre, à 11 heures du matin, Opéré le 23 novembre, à 5 heures.

Lésions. — Plaies multiples par éclats de grenade au bras

RSR HO droit, main droite, main gauche. Plusieurs fractures avec ouverture des articulations des doigts. Plaies cuisse et genou droit, cuisse et genou gauche. Plaies face et parois latérales

du thorax.

Le blessé arriveà l’ambulance dans un état général extrémement grave, refroidi, le pouls misérable.

Aussi surseoit-on à toute opération, on le réchauffe, on pratique des injections d'huile camphrée, de-sérum, d’adrénaline. En

Le lendemain, 23 novembre, légère amélioration, on se décide à l’opérer. | |

‘Intervention. — Débridement très sommaire, curettage.

Les plaies très souillées ont déjà une odeur fétide.

Injection de 30 centimètres cubes sous-cutanées de sérum de Leclainche et Vallée.

Le soir, état général toujours extrêmement grave.

Aucune ascension thermique, température 37 degrés. Une première hémoculture est pratiquée.

24 novembre. — Aucune amélioration. Température 36° 8, 37 degrés. Une deuxième hémoculture est pratiquée ie 24 au soir. |

Le blessé meurt le 25 novembre, à 5 heures.

Examen de laboratoire

Première hémoculiure. — Positive dès le lendemain. Nombreux bacilles immobiles, fréquemment diplobacilles, ne prenant pas le Gram. Quelques cocci en chaïînettes, prenant le Gram.

Repiquage sur gélose : culture abondante, blanche, vis-

queuse, formée de bacilles,ne prenant pas le Gram.

- Repiquage sur bouillon : chaînettes de cocci et bacilles immobiles, non sporulés, Gram négatif.

Isolement de la forme bacillaire ; sur gélatine, au bout de quarante-huit heures, culture en tête de clou aplatie, formée de bacilles, Gram négatif. Gélatine non liquifiée les jours suivants.

Deuxième hémoculture. — Pratiquée le 24, positive le 25 novembre : longues chaînettes de cocci prenant le Gram,

quelques bacilles, Gram négatif.

Repiquage sur bouillon : longues chaînettes de cocci et

bacilles ne prenant pas le Gram.

Repiquage sur gélose : abondantes colonies punctiformes, formées de courtes chaînettes et de diplocoques. Enduit blanchâtre formé de bacilles ne prenant pas le Gram. ;

Isolement et repiquage sur gélatine du bacille. Mêmes caractères que le précédent.

En résumé, hémocultures positives, streptocoque et pneumobacille de Friedlander associés. Au premier examen, après vingt-quatre heures, le pneumobacille de Friedlander paraissait dominer dans la première hémoculture tandis que le streptocoque avait poussé plus abondamment dans la deuxième.

Examen des plaies. — L'examen bactériologique fut pratiqué au niveau des plaies des cuisses.

A l'examen direct pour la cuisse droite : bacilles Gram négatif, bacilles Gram positif, très nombreuses chaïînettes de streptocoque.

Sur gélose, culture abondante de Friedlander.

Sur gélose profonde, éclatement du tube,bâtonnet prenant

DD ve le Gram, perfringens. Sur bouillon blanc d'œuf vaseliné, | streptocoque et perfringens.

Repiquage de cette dernière culture sur gélose inclinée : culture de streptocoque pur. N Conclusions.— Plaie infectée par le Friedènder le streptocoque et le perfringens.

Dans la plaie de la cuisse gauche on ne décèle que du

Friedlander et du perfringens.

En résumé, il s’est agi d’un blessé atteint de blessures multiples, articulaires, osseuses, musculaires, arrivé à l’ambulance dans un état tellement grave qu’il était inopérable. Il est mort à la fin du troisième jour après ses blessures, succombant, sans aucune élévation thermique, à une septicémie mixte, streptocoque et pneumobacille de Friedlander.

Traumatisme des plus violents, sans grosse hémorragie, semble-t-il, plaies infectées par le streptocoque et le Friedlander, septicémie mixte consécutive ont déterminé cette mort si rapide au-dessus de nos ressources thérapeutiques.

Pour montrer cette virulence toute particulière qu’acquiert le streptocoque dans certaines plaies de guerre et chez certains sujets nous ne pouvons mieux faire que de relater l'observation suivante qui a trait à une plaie de poitrine, suivie de pleurésie purulente à streptocoques avec mort au bout de soixante-

cinq heures. Nous n’avons pu malheureusement pratiquer d’ hémoculture.

OBSERVATION Ibis

Plaie de poitrine. — Pleurésie purulente à streptocoques

Mort en soixante-deux heures

| Capitaine L. S..., + régiment d'infanterie.

Blessé le 23 octobre, à 18 heures, opéré le 25, à 15 heures.

Lésions. — Plaie de la région scapulaire gauche par éclat d'obus. Orifice d'entrée un peu au-dessus du bord supérieur du trapèze à mi-chemin de la colonne vertébrale et de l’acromion. Projectile petit repéré dans le médiastin supérieur au niveau de la troisième vertébre dorsale.

Le blessé est examiné le 24, à 3 heures du matin. Pas de symptômes inquiétants, un peu de dyspnée avec respiration æentrecoupée. Abstention.

24 octobre. — Dans l'après-midi, la température reste à 39 degrés.N ouveau repérage radioscopique difficile. En raison des difficultés opératoires on ne se décide pas à tenter l'intervention.

25 octobre. — Température à 4o degrés, pouls 130, 50 res- Pirations par minute. Cyanose des ongles. Respiration difficile. Souffle et matité base gauche.

Ponction exploratrice ramène liquide purulent renfermant nombreux leucocytes avec des chaînettes typiques de streptocoques. : | ù s

Sous anéthésie locale, on fait deux pleurotomies, l’une basse dans le dixième espace, l’autre dans le huitième espace. Siphon en bas et en haut, irrigation continue au chlorure de

magnésium.

Dans la nuit l'état général s’aggrave de plus en plus, agitation, délire et le blessé meurt le 26 à 9 heures. Autopsie. — L'autopsie nous montre que le projectile avait traversé le sommet du poumon et était venu se loger dans le médiastin le long du bord gauche de la trachée et de l’æœsophage à r centimètre au-dessus de l’origine de la carotide primitive. Foyer d’hépatisation pulmonaire autour du trajet du projectile. Pleurésie purulente de la grande cavité pleurale et de la plèvre médiastinale. Aucune suppuration

trachéale ni d'emphysème, pas d’épanchement péricardique.

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