OBSERVATION
Nous résumons ici une observation inédite de notre maître M. A. MOULONGUET, de septicémie à streptocoques sans thrombose. La guérison survint après traitement chirurgical oto-mastoïdien, ligature de la ijiugulaire, curettage sinusien et résection secondaire de la jugulaire;
traitement médical par les sulfamides.
BER... (Jean), 30 ans. Antécédents nuls.
23 février 1939. — Grippe, rhino-pharyngite et fièvre qui l’obligent à cesser toute activité.
25 février 1939. — Violente otalgie gauche. La température monte le soir à 39°5.
26 février 1939. — Otalgie gauche. Douleur mastoiïdienne gauche à la pression.
Paracentèse : écoulement abondant de liquide sérosanglant.
Rubiazol.
1 mars 1939. — La fièvre, qui évoluait entre 39° et 39°5, tombe progressivement aux environs de 38°.
3 mars 1939. — La température monte le soir à 40°5. Légers frissons. La douleur mastoïdienne, à la pression,
a à peu près disparu. Ecoulement auriculaire très peu
on
abondant. Aucun signe pulmonaire n’explique cette
montée thermique.
4 mars 1939. — Température le matin : 37°5; le soir : 40°6. Le malade est calme, euphorique, un peu obnubilé, ne se plaignant de rien. Ex. hématologique : hyperleucocytose à 12.000 avec 80 0/0 de polynucléaires. Une hémoculture pratiquée ce jour-là révélera 3 jours plus tard la présence de streptocoques dans le sang. Le sérodiagnostic de Widal est négatif. L'examen bactériologique des sécrétions auriculaires y montre des streptocoques et des staphylocoques. L’écoulement auriculaire est peu abondant; il n’arrive pas à s’extérioriser entre les pansements faits matin et soir.
5 mars 1939. — Le matin, température 37°7; le soir, température 40°8.Le soir à 21 heures, le malade est calme, indifférent; il répond bien aux questions qu'on lui pose et ne se plaint de rien. En insistant, on lui fait dire qu’il a eu dans la journée, à 2 ou 3 reprises, des sensations de froid. L’entourage précise qu’il a somnolé toute la journée. Le teint est pâle, les pommettes sont rosées. Lèvres fuligineuses. Langue humide.
Examen général négatif : aucune anomalie respiratoire. Pas d’albumine dans les urines. Rate non perceptible. Aucun signe neurologique. Réflexes normaux. Pas de Nystagmus. Foie normal.
Examen otoscopique : le pus auriculaire qu’on recueille contre le tympan est crémeux, jaune verdâtre. Petite perforation postéro-inférieure. Ecoulement pulsale, qui n’est pas plus abondant quand on comprime les
jugulaires. Sensibilité mastoïdienne peu marquée; mais
le doigt enfoncé dans la région angulo-maxillaire gauche
éveille une sensation douloureuse qui n’est pas produite à droite. La voix chuchotée est perçue au contact. L’examen du fond de l’œil est normal. Une radio de face ne donne aucun renseignement.
A 11 heures du soir, intervention sous anesthésie générale au Schleich. Ouverture de la mastoïde gauche; lésions discrètes de mastoïdite fongueuse; la corticale interne est intacte, on la trépane et on dégage largement le sinus qui est souple et d’apparence normale. Aprés iodage soigneux, on le ponctionne avec une fine aiguille : la paroi du sinus n’est pas épaissie et le sang coule aussitôt; la plaie est laissée largement ouverte.
Découverte de la jugulaire interne : la veine d’apparence normale est disséquée et sectionnée; le bout inférieur, lié au catgut, est abandonné; le bout supérieur, dégagé sur une hauteur de 3 cm., est lié avec un fil de soie dont les bouts, laissés longs, sortent hors de la plaie. Celle-ci n’est pas suturée. Pansements à plat.
Les 6, 7, 8 et 9 mars, la fièvre évolue entre 37°5 et 38°5. Le malade se sent mieux, il prend 8 comprimés par jour de 1162 F.
A partir du 10 mars, la température remonte progressivement le soir, à 38°9 d’abord, puis à 39°2; le 11 mars, à 39°5; le 12 et le 13, la température du matin restant toujours la même, autour de 37°5.
Le 13 mars 1939 à 22 heures, l’état du malade est bon, il ne se plaint que d’une légère céphalée intermittante gauche. L’écoulement de l'oreille a cessé.
On réintervient sous anesthésie générale au Schleich :
exploration de la plaie mastoïdienne; on ne trouve pas de nouveau groupe cellulaire infecté. La dure-mère a bourgeonné et le repérage du sinus latéral est assez difficile; il paraît dur et infiltré. On incise sa paroi, très épaissie, et l’on tombe sur un caillot jaunâtre, hémorragique en certains points, ramolli et suppuré dans d’autres. En haut et en arrière, le sinus latéral, dans sa partie horizontale, est dégagé jusqu’à ce qu’il saigne; la paroi externe du sinus est réséquée. En bas, la face inférieure du sinus est profondément dégagée et enlevée jusqu’à
un centimètre environ du trou déchiré postérieur.
On explore alors la plaie cervicale; on repère le bout supérieur de la jugulaire accroché par le fil de soie; on arrache le bout supérieur : pas d’hémorragie. A l’aide d’un petit tube de caoutchouc enfoncé dans le sinus latéral jusqu’au trou déchiré postérieur, on essaye de faire passer un jet de sérum physiologique, mais le liquide ne passe pas dans le cou. Pansement à plat.
Suites opératoires très simples : on fait tous les jours un lavage au sérum avec un petit tube de caoutchouc enfoncé dans le trou déchiré postérieur, dans le sinus latéral.
En trois jours, la température est tombée à la normale,
et au bout d’un mois cicatrisation complète.