SEPTIÈME
de Jehovah, le dernier des juges et le plus grand des prophètes depuis Moïse, Samuel, avait naguère gouverné Israël et lutté fortement contre les vices et les malheurs publics; mais « il était devenu vieux, et ses fils, qu'il avait établis pour juges sur Israël, ne suivaient point son exemple; ils se détournaient après le gain déshonnête, et ils prenaient des présents et pervertissaient le droit. C'est pourquoi tous les anciens d'Israël s'assemblèrent, et vinrent vers Samuel à Rama, et ils lui dirent : Voici, tu es devenu vieux, et tes fils ne marchent point dans tes voies ; maintenant établis sur nous un roi pour nous juger, comme en ont' toutes les nations i. » La demande n'avait rien d'étrange; à l'époque même où Dieu, par son serviteur Moïse, gouvernait personnellement Israël, la chance de l'établissement d'une royauté humaine avait été prévue et réglée d'avance par la
A. Samuel, liv. I, chap. viiï, vers. 1-5. (HH)
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loi divine : « Quand tu seras entré au pays que l'Eternel ton Dieu te donne, avait dit Moïse au peuple hébreu, et que tu le posséderas et que tu y demeureras, si tu dis : « J'établirai un roi sur « moi, comme toutes les nations qui sont autour a de moi, » tu ne manqueras pas de t'établir pour roi celui que l'Éternel ton Dieu aura choisi ; tu t'établiras pour roi un homme qui soit d'entre tes frères, et tu ne pourras point établir sur toi un homme étranger qui ne soit point ton frère i. » Bien que prévue par la loi divine, la demande du peuple déplut fortement à Samuel ; « car la domination royale lui était odieuse, dit l'historien Josèphe ; il avait l'amour inné de la justice, et il était ardemment attaché à l'aristocratie, comme au régime politique qui rendait les hommes heureux et dignes de Dieu 2 ; » mais a l'Éternel dit à Samuel : Obéis à la voix du peuple, car ils ne
4. Deutéronome, chap. xvn, vers. '14-15. (II) 2. Josèphe, Ant. Jucl., liv. VI, chap. m.
t'ont point rejeté, mais ils m'ont rejeté afin que je ne règne point sur eux. Maintenant donc, obéis à leur voix ; toutefois, ne manque pas de protester expressément contre eux, et de leur déclarer comment le roi qui régnera sur eux les traitera. » Samuel prédit aux Hébreux tout ce qu'il leur en coûterait d'avoir un roi et tout ce qu'ils auraient à en souffrir dans leurs familles, leurs biens, leurs libertés : a Mais le peuple ne voulut point écouter les discours de Samuel, et ils dirent : Non, mais il y aura un roi sur nous, et nous serons comme toutes les autres nations, et notre roi nous jugera, et sortira devant nous, et conduira nos guerres. — Samuel donc entendit toutes les paroles du peuple, et les rapporta à l'Éternel, et l'Éternel dit à Samuel : — Obéis à leur voix et établis-leur un roi 1 . »
L'histoire du monde n'offre point d'exemple 1. Samuel, liv. I. chap. vin, vers. 6-22. (JJ)
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où les mérites et les vices de la monarchie absolue se soient aussi rapidement développés et manifestés avec autant d'éclat que dans cette petite monarchie hébraïque instituée, sur le vœu du peuple, pour échapper à l'anarchie. Trois rois s'y succèdent, profondément divers d'origine, de caractère, de conduite et de destinée. Saut est un guerrier, choisi par Samuel à raison de sa force, de sa beauté physique et de sa bravoure; toujours prêt à combattre, mais sans prévoyance et sans persévérance dans ses guerres ; bientôt enivré de sa fortune, emporté par des passions brutales, capricieuses et jalouses; tour à tour en lutte furieuse ou en attitude subalterne avec son patron Samuel, son fils Jonathan, son gendre David; vrai roi barbare, arrogant et mobile, effréné et superstitieux, utile un moment à Israël contre ses ennemis, mais incapable de le gouverner au nom de son Dieu. David est au contraire le représentant fidèle et harmonieux de la foi et de la vie religieuse dans
Israël; adorateur fervent et soumis de l'Éternel, à toutes les époques et dans les fortunes les plus diverses de sa carrière tour à tour si humble et si grande; à la fois guerrier, roi, prophète et poëte, ardent à célébrer son Dieu en poëte comme à le servir en guerrier et à lui obéir en roi; également sublime soit qu'il rende grâces à l'Éternel dans ses triomphes, soit qu'il l'invoque dans ses détresses ; accessible aux plus coupables faiblesses humaines, mais prompt au repentir après la faute, et donnant toujours, à ses élans de joie ou de tristesse pieuse, la première place dans son âme ; vrai roi du peuple qui adore le vrai Dieu. David accomplit l'œuvre de son temps ; il atteint le but dans lequel avait été réclamée et instituée la nouvelle monarchie ; il laisse les tribus d'Israël ralliées au dedans, rassurées au dehors, en voie de bon ordre et de confiance. Héritier de ses travaux et de ses succès, son fils Salomon lui succède, et règne quarante ans, avec presque autant de repos que d'éclat :
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« Dieu lui avait donné la sagesse et une fort grande intelligence, et une étendue d'esprit en aussi grande abondance que celle du sable qui est sur le bord de la mer. Il avait la paix avec ceux qui étaient autour de lui de tous côtés; et pendant toute sa vie, Judaet Israël habitaient en assurance, chacun sous sa vigne et sous son figuier, depuis Dan jusqu'à Beersebah 4. » Le royaume et la royauté hébraïques s'élevèrent, sous le gouvernement de Salomon et dans toute l'Asie occidentale, à un degré de puissance et de splendeur jusquelà inconnu des Hébreux. Fortune démesurée pour un nouveau roi et un petit Etat, et qui rappelle les rapides histoires, les comètes politiques de l'Orient. Salomon y perdit sa sagesse avec sa vertu; le premier prince héréditaire de la monarchie hébraïque finit sa vie en voluptueux souverain d'Ecbatane ou de Ninive; le fils du pieux roi David