Genèse, chap. m, vers. 14-15. (QQ
2. Jbid.j chap. ix. vers. 26: chap. xn. vers. 3: chap. xlix, vers. 10. -- Miellée, chap. v, vers. 2. (RR)
DIEU SELON LA BIBLE
Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? lui fait dire le roi-prophète ; tous ceux qui me voient se moquent de moi: ils me font la moue; ils hochent la tête... Ils m'ont donné du fiel dans mon repas, et, dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre... Ils partagent entre eux mes vêtements et jettent le sort sur ma robe... Il se repose, disent-ils, sur l'Éternel; qu'il le délivre et qu'il le sauve s'il a mis en lui son affection... Vous qui craignez l'Éternel, louez-le ; toute la race de Jacob, glorifiez-le, et toute la race d'Israël, redoutez-le... Tous les bouts de la terre s'en souviendront et se convertiront à l'Éternel, et toutes les familles des nations se prosterneront devant toi1. »
Le royaume de David et de Salomon est entré dans sa décadence ; Juda et Israël se sont séparés ; les deux royaumes ont leurs prophètes qui tantôt
I. Psaumes, il, vers. 2, 6. 7; xxn, vers, 2, 8, 9. 19, 24 28: lxix. vers. 22. (SS)
luttent contre les crimes et les maux du présent, tantôt entr'ouvrent les perspectives de l'avenir : « Écoutez maintenant, ô maison de David, dit Ésaïe, le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voici, une vierge sera enceinte, et elle enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel... Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et la lumière a relui sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre de la mort. Car l'enfant nous est né, le fils nous a été donné, et l'empire a été posé sur son épaule, et on appellera son nom l'admirable, le conseiller, le Dieu fort, le puissant, le Père de l'éternité, le prince de la paix... Il sortira un rejeton du tronc d'Isaï, et un surgeon croîtra de ses racines. Et l'Esprit de l'Éternel reposera sur lui, l'Esprit de sagesse et d'intelligence, l'Esprit de conseil et de force, l'Esprit de science et de crainte de l'Éternel... Il ne jugera point par ce qui frappe les yeux et il ne condamnera pas sur un ouï- dire;
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mais il jugera avec justice les petits, et condamnera avec droiture, pour maintenir les débonnaires de la terre... Iles, écoutez-moi, et vous, peuples éloignés, soyez attentifs. L'Éternel m'a appelé dès ma naissance ; il a fait mention de mon nom dès les entrailles de ma mère... Et il m'a dit: « Tu es mon serviteur ; Israël est celui en qui je me glorifierai par toi. » Et moi j'ai dit : « J'ai travaillé en vain; j'ai consumé ma force inutilement et sans fruit; toutefois mon droit est auprès de l'Éternel et mon œuvre est auprès de mon Dieu. Maintenant donc l'Éternel, qui m'a formé dès ma naissance pour être son serviteur, m'a dit que je ramène Jacob à lui; mais Israël ne se rassemble point ; toutefois je serai glorifié aux yeux de l'Éternel, et mon Dieu sera ma force. Et il m'a dit : « C'est peu de chose que tu sois mon serviteur pour rétablir les tribus de Jacob et pour ramener les restes d'Israël ; mais je t'ai donné pour être la lumière' des nations, et pour
être mon salut jusqu'au bout de la terre. » — « Réjouis-toi extrêmement, fille de Sion ; jette des cris de réjouissance, fille de Jérusalem; voici, ton roi viendra à toi , juste et sauveur, et monté sur un âne, sur le poulain d'une ânesse. » — «Il est monté comme un rejeton devant lui, et comme une racine qui sort d'une terre sèche. Il n'y a en lui ni forme, ni éclat, quand nous le regardons; il n'y a rien en lui, à le voir, qui nous le fasse désirer. Il est le méprisé et le dernier des hommes , un homme de douleur et qui sait ce que c'est que la langueur; et nous avons comme caché notre face de lui ; il était méprisé et nous n'en avons fait aucun cas. Il s'est chargé véritablement de nos langueurs, et il a porté nos douleurs, et pour nous, nous avons cru qu'il était frappé, battu de Dieu et affligé. Mais il a été navré pour nos forfaits et frappé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous apporte la paix est tombé sur lui ; et nous avons la guérison par sa meur-
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trissure. Nous avons tous été errants comme des brebis; nous nous sommes détournés pour suivre chacun son propre chemin, et l'Eternel a fait venir sur lui l'iniquité de nous tous. On le presse et on l'accable, et il n'a point ouvert la bouche ; il a été mené à la tuerie comme un agneau, et comme une brebis muette devant celui qui la tond , il n'a point même ouvert la bouche. Il a été enlevé par la force de l'angoisse et de la condamnation; mais qui racontera sa durée?... Après qu'il aura mis son âme en oblation pour le péché, il se verra de la postérité, il prolongera ses jours, et la volonté de l'Éternel prospérera dans sa main. Il jouira du travail de son âme, et il en sera rassasié; et mon serviteur juste en justifiera plusieurs par la connaissance qu'ils auront de lui, et luimême portera leurs iniquités. C'est pourquoi je lui donnerai son partage parmi les grands, parce qu'il aura livré son âme à la mort, qu'il aura été mis au rang des méchants, et qu'il aura porté les
péchés de plusieurs, et intercédé pour les pécheurs1. »
Quelles que soient les controverses engagées au sujet de ces textes et de tant d'autres que j'y pourrais ajouter, un fait subsiste et s'élève audessus de toutes les questions et de toutes les controverses. Dix-sept siècles se sont écoulés entre le jour où Moïse a reçu sur le mont Sinaï le Décalogue et celui où s'approche le Messie annoncé par les prophètes ; et . au bout de ces dix-sept siècles, le Dieu de qui Moïse a reçu le Décalogue , celui qui s'est défini lui-même : « Je suis celui qui suis, » Jehovah est toujours le Dieu, le seul Dieu d'Israël. Israël a traversé tous les régimes, subi toutes les vicissitudes, encouru tous les égarements que peut connaître un peuple ; il a eu des prêtres, des juges et des rois ; il a été conquérant
1. Ésaïe, chap. vu, vers. 14; chap. ix, vers. 1, 5; chap. xi, vers. 1-4; chap. xlix, vers 1-6 ; chap. lui. — Zacharie^ chap. ix, vers. 9. (TT)
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et conquis, maître et esclave ; il a eu ses jours de puissance et ses jours d'humiliation, ses tentations d'idolâtrie et ses accès d'impiété ; il est toujours revenu au Dieu unique, au vrai Dieu; sa foi a survécu à toutes ses fautes, à tous ses malheurs ; et après dix-sept siècles, Israël attend de Jehovah un Messie qui sera, disent ses plus grands prophètes, le libérateur et le sauveur, non-seulement d'Israël, mais de toutes les nations. Contre ce fait sans pareil, les hommes épuiseront en vain leur science et leur doute; il y a là plus que de l'homme; ce n'est pas là un fait humain. Que sera-ce et que faudra-t-il croire quand le fait aura reçu sa consommation et les prophéties leur accomplissement, quand Jehovah aura donné au monde Jésus -Christ?
Ai-je besoin de dire que par ces mots, selon l'Evangile, j'entends les quatre Évangiles, les Actes des Apôtres, les Epîtres, tous les livres qui composent le canon du Nouveau Testament admis par tous les chrétiens?
On a en général étudié ces livres tantôt pour contester, tantôt pour expliquer Jésus - Christ ,
dans un but de polémique ou de commentaire. Je ne me propose ni l'un ni l'autre dessein. Je voudrais étudier Jésus-Christ dans les Évangiles uniquement pour le bien connaître et le faire bien connaître, pour le reproduire et le peindre fidèlement d'après les documents de son histoire. J'examinerai plus lard, dans la seconde série de ces Méditations, l'authenticité de ces documents et le degré de confiance qui leur est dû. Aujourd'hui je prends leur témoignage pour bon et valable. A coup sûr, ils ont droit à ce procédé respectueux, à ces premiers égards. La puissance de ces livres et de leurs récits, tels que nous les possédons, a été éprouvée et prouvée. Ils ont vaincu le paganisme. Ils ont conquis la Grèce, Rome, l'Europe barbare. Ils sont en train de conquérir le monde. Et la sincérité des auteurs n'est pas moins certaine que la puissance des livres; on peut contester les lumières, la sagacité critique des premiers historiens de Jésus-Christ; on ne
saurait contester leur bonne foi ; elle éclate dans leurs paroles ; ils ont cru ce qu'ils ont dit ; ils ont scellé de leur sang leurs assertions : « Je ne crois que les histoires dont les témoins se font égorger, » dit Pascal. Ce n'est pas toujours là une raison suffisante pour croire au récit; mais c'est une raison décisive pour croire à la sincérité du témoin.
Je viens de rappeler quelques-uns des textes bibliques qui promettaient à Israël le Messie. La promesse avait évidemment excité parmi les Juifs une vive attente; la satisfaction causée par son accomplissement éclata à la naissance de Jésus- Christ : « Seigneur, s'écria le vieillard Siméon , homme juste et craignant Dieu, qui attendait la consolation d'Israël, tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé pour être présenté à tous les peuples , pour être la lumière qui doit éclairer les nations et la gloire de ton
m HUITIÈME MÉDITATION.
peuple d'Israël1. » Auprès de Siméon, une pieuse femme, « âgée d'environ quatre-vingt-quatre ans, et qui ne sortait point du Temple, célébrait Dieu nuit et jour en jeûnes et en prières ; Anne louait le Seigneur , et elle parlait de Jésus à tous ceux de Jérusalem qui attendaient la délivrance d'Israël2. » Il y avait bien plus que Siméon et Anne et que ces élans de joie des fidèles de Jehovah : « En ce temps-là Jean -Baptiste vint , prêchant dans le désert de Judée. Il avait un habit de poils de chameau et une ceinture de cuir autour de ses reins, et sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage. Et il disait : — Amendezvous, car le royaume des cieux est proche; car c'est celui dont Ésaïe le prophète a parlé en disant : La voix de celui qui crie dans le désert dit : Préparez le chemin du Seigneur ; dressez ses sentiers... Pour moi, je vous baptise d'eau pour
i. Évang. selon saint Luc, chap. n, vers. 25-32. (UU) %. Ibid., vers. 36-38. (VV)
vous porter à la repentance , mais il y a un. homme au milieu de vous que vous ne connaissez point. C'est celui qui vient après moi, qui m'est préféré , et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers... Et pour moi, je ne le connaissais pas; mais je suis venu baptiser d'eau afin qu'il soit manifesté à Israël... et je l'ai vu, et j'ai rendu témoignage que c'est lui qui est le fils de Dieu1. »
On a quelquefois, bien que timidement, tenté de représenter Jésus-Christ comme le plus émanent entre plusieurs réformateurs qui, vers la même époque, aspirèrent au titre et au rôle du Messie prédit par les prophètes et attendu par Israël. On a spécialement indiqué, comme l'un de ses prédécesseurs, Juda le Gaulonite qui, peu d'années
I. Évang. selon saint Matthieu, chap. m, vers. 4-5. — Selon saint Marc, chap. i, vers. 2—14. — Selon saint Luc, chap. ni, \<ers. 1-18. — Selon saint Jean, chap. i, vers. 26-33. (XX)
.après la naissance de Jésus et à l'occasion d'un recensement ordonné par le légat impérial Quirinius, entreprit de soulever la Judée contre cette mesure, contre l'impôt qu'elle établissait et contre l'empereur lui-même, proclamant qu'à Dieu seul appartenait le nom de maître et que la liberté valait mieux que la vie1. Ces comparaisons, je ne veux pas dire ces assimilations, sont dénuées de tout fondement; les prétendus devanciers de Jésus-Christ étaient uniquement des adversaires de la domination romaine, soulevés, comme avant eux les Macchabées, au nom de l'indépendance nationale et dans un esprit de réaction vers le régime mosaïque. Jésus-Christ n'eut point de devancier; son œuvre n'eut aucun rapport avec aucune des tentatives antérieures, et son seul précurseur fut Jean-Baptiste, étranger, comme lui, à toute entreprise, à toute vue politique, et aussi
4. Josèphe, Antiq. Jud., liv. XVII, chap. vi; liv. XVIII, chap. i. — Actes des Apôtres, chap. v, vers. 34-39.
humble devant lui, devant le vrai et unique Messie, que Juda le Gaulonite et ses adhérents étaient hardis contre l'empereur.
Trente ans s'écoulent depuis la naissance de Jésus-Christ et le jour où il entre activement dans sa mission divine1. Pourtant ces trente années ne sont pas vides et sans témoignages de lui et de son avenir : « Joseph et sa mère étaient dans l'admiration des choses qu'on disait de lui... L'enfant croissait et se fortifiait en esprit, étant rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. Or, son père et sa mère allaient tous les ans à Jérusalem, à la fête de Pâque. Et quand il eut atteint l'âge
1 . La question de l'époque de la naissance de Jésus-Christ, ainsi que du commencement et de la durée de son activité publique, est bien résumée dans la Synopsis Evangelica de M.Constantin Tischendorf (p. 16-1 9, Leipsig, 1864). Le résultat le plus vraisemblable de ses recherches, c'est que Jésus-Christ est né au commencement de l'an de Rome 750, qu'il a commencé sa mission divine vers la fin de l'an de Rome 780, et que sa mort doit être placée dans le quatrième mois de l'an de Rome 783.
de douze ans, ils montèrent à Jérusalem, selon la coutume de la fête. Lorsque les jours de la fête furent achevés, comme ils s'en retournaient, l'enfant Jésus demeura dans Jérusalem, et Joseph et sa mère ne s'en aperçurent point. Mais pensant qu'il était en la compagnie de ceux qui faisaient le voyage avec eux, ils marchèrent une journée, et ils le cherchèrent parmi leurs parents et ceux de leur connaissance; et ne le trouvant point, ils retournèrent à Jérusalem pour l'y chercher. Et au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et leur luisant des questions. Et tous ceux qui l'entendaient étaient ravis de sa sagesse et de ses réponses. Quand Joseph et Marie le virent, ils furent étonnés, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi as-tu ainsi agi avec nous? Voilà ton père et moi qui te cherchions, étant fort en peine. Et il leur dit : « Pourquoi me cherchiez -vous? Ne saviez- « vous qu'il me faut être occupé aux affaires de
« mon Père? » Mais ils ne comprirent point ce qu'il leur disait. Il s'en alla ensuite avec eux et vint à Nazareth, et il leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur. Et Jésus croissait en sagesse, en stature et en grâce, devant Dieu et devant les hommes 1. »
Ainsi commence à se manifester, dans la personne de Jésus-Christ enfant, ce mélange d'humanité et de divinité^ de vie naturelle et de vie miraculeuse, qui est son propre et sublime caractère. Pour quiconque repousse, en principe, le surnaturel, ce mélange, et par conséquent Jésus-Christ lui-même, est incompréhensible et inadmissible. Et comment s'étonner qu'il rencontre aujourd'hui de tels adversaires? Ils les a rencontrés de son vivant, parmi ses contemporains, dans sa famille. A ses premiers jours, Marie, sa mère, le voyait et ne le comprenait point. Et pourtant Marie « conservait